Face à Michigan, Purdue a montré que les efforts de Jeff Brohm commencent à payer.

Une passe renversée en tant que jeu inaugural face à l’une des meilleures défenses du football universitaire ? Cela veut tout dire sur la philosophie insufflée par Jeff Brohm à Purdue. Les Boilermakers n’ont plus peur et font peur.

Michigan se déplaçait sur le campus de West Lafayette avec une étiquette de favori en grand danger d’upset. Une telle menace s’est révélée à l’ordre du jour dès les premières minutes ; les Wolverines sont même rentrés aux vestiaires à la traine au score, menés 10 à 7. La rencontre n’était pas nécessairement fameuse, puisque les défenses prenaient le pas sur les attaques.

Au terme de la rencontre, Michigan évite le faux-pas et s’en sort en tant que large vainqueur. Le score de 28-10 ne s’est pourtant dessiné qu’à 10 minutes de la fin du match, un moment où Purdue ne se trouvait qu’à une distance de 4 points. Mais les Wolverines ont profité de la puissance de leur force de frappe en enchainant deux touchdowns au sol, coup sur coup, tout d’abord grâce à Ty Isaac qui conclue une longue série suivi de près par Chris Evans qui porte le coup fatal avec une explosion de 49 yards.

Purdue s’est battu (plus que solidement) mais Purdue a perdu. Toutefois, il ne faut surtout pas jeter le produit de cette rencontre.

Les statistiques offensives des Boilermakers ne reflètent pas réellement ce que l’on a pu voir samedi sur le gazon. 189 yards offensifs au total, seulement 9 first downs obtenus et aucun sur troisième tentative, 30 yards à la course. C’est assez pauvre, certes, mais il faut bien se rendre compte que la défense des Wolverines peut être considérée aisément parmi l’élite du pays.

Le quarterback David Blough a connu un véritable calvaire lors de cette partie. Après les quatre premières séries, Purdue n’avait pas réussi un drive de plus de 36 yards et 5 actions ; et sur cette série de 36 yards, 24 d’entre eux avait été réalisé lors de cette fameuse passe renversée inaugurale. Jeff Brohm a alors décidé de prendre le taureau par les cornes : alors que Michigan ouvrait le score, le head coach des Boilermakers prend la décision de remplacer David Blough par Elijah Sindelar.

Résultat : Purdue égalise dans la foulée, dès la première série du quarterback remplaçant, avec un touchdown à la place et prend l’avantage dans les minutes qui suivent par l’intermédiaire d’un field goal réussi.

Jeff Brohm a été agressif en plaçant son quarterback titulaire sur le banc et cela a payé tout de suite. L’ancien head coach de Western Kentucky a construit sa jeune carrière d’entraineur sur l’agressivité, que ce soit dans le système offensif adopté (où l’influence de Bobby Petrino est grande) ou que ce soit pour un appel de jeux qui n’a pas froid dans le dos. On en revient à cette passe renversée, qui illustre parfaitement une telle philosophie.

Nommez une seule équipe capable d’ouvrir une rencontre face à Michigan avec une passe renversée. On se rapproche bien plus d’un total nul, en toute honnêteté.

Certes, cela n’aura pas payé et Michigan a pris la main de la rencontre au retour de la pause pour ne plus la lâcher. On ne renverse pas une équipe du Top 10 si facilement.

Purdue a trainé sa misère au sein de la conférence Big Ten depuis de très nombreuses années. Très récemment, sous Darrell Hazell, les Boilermakers n’ont jamais dépassé le total des trois victoires. Pourquoi ? Il n’existait aucune véritable identité. Jeff Brohm est arrivé avec une identité bien définie : une attaque dynamique, plutôt balancée entre course et passe, explosive et présentant un grand nombre de trick plays ou feintes de jeu.

Il a tenté de mettre cela à exécution face à Michigan mais l’écart intrinsèque en terme de talent ainsi que le manque de joueurs capables d’évoluer au sein d’un tel système n’a pas permis à Purdue de confirmer les performances réalisées depuis le début de saison. L’attaque des Boilermakers a joué au coude à coude avec Louisville (perdant seulement avec un touchdown d’écart) puis a dominé facilement les équipes de Ohio et Missouri.

La puissance défensive des Wolverines était trop forte pour demeurer en compétition durant la totalité d’une rencontre (et leur attaque était grandement en galère, aussi). Mais sachez bien que ce n’est qu’une question de temps avant que Purdue titille les gros poissons de la conférence Big Ten à répétition.

La clé du succès ? Le recrutement.

On ne peut pas s’inquiéter sur la réussite du système offensif ; celui-ci montre déjà des signes très positifs et seulement un mois de compétition s’est écoulé. Malheureusement, la base de l’effectif de Purdue manque réellement de talents pour un programme de la Big Ten, s’étant classé 13e parmi les 14 équipes de la conférence sur une moyenne de recrutement à cinq ans.

Certes, Jeff Brohm a utilisé des joueurs de “seconde zone” pour accomplir des performances offensives de niveau national à Western Kentucky. Un tel système offensif innovant et excitant n’appelle pas forcément à une base de talent exceptionnelle, et les qualités d’entraineur de Jeff Brohm complètent le reste. Ceci dit, Purdue nage dans des eaux bien plus relevés que celles de la Conference-USA. Jouer face à des programmes bien plus compétents à chaque saison requiert une certaine base de talents.

Le running back Tario Fuller est une présence intéressante dans le backfield, sur lequel Jeff Brohm se base pour imiter son animation offensive. Mais à l’inverse, il faut absolument fixer la ligne offensive, très en retard face à ses compères de la conférence. Seuls le receveur Jackson Anthrop ainsi que les tight ends Cole Herdman et Brycen Hopkins ont émergé comme des cibles aériennes convaincantes (ajoutons notre français Anthony Mahoungou dans le lot, en tant que quatrième cible la plus productive après quatre matchs). David Blough réalise une première partie de saison correcte, mais il faut savoir qu’un tel système offensif permet de sublimer les performances du quarterback.

Mais cela ne fera pas le boulot face à une flopée d’anciennes recrues 4- et 5-étoiles. De plus, la défense de Purdue n’est certainement pas à la pointe de la conférence et bien qu’elle soit déjà bien meilleure que par rapport à l’an dernier, une masse de travail reste à abattre.

La reconstruction du programme de football de Purdue est en marche ; et celle-ci avance bien. Les premiers fruits peuvent déjà être cueillis. Cependant, il faudra attendre quelques temps pour découvrir des Boilermakers à la sauce Jeff Brohm. Le recrutement doit progresser et le système offensif sera perfectionné avec le temps, c’est-à-dire a minima dès la saison prochaine.

Evoluer dans la division Big Ten West peut devenir un cadeau : Minnesota, Wisconsin, Rutgers, Nebraska, Illinois, Northwestern, Iowa et Indiana demeurent au programme de cette saison. Il est très difficile de ne pas entrevoir un coup d’éclat d’ici au moins de décembre.