Ohio State a subi les foudres des Boilermakers. Cela devait arriver à un moment ou un autre.

Il faut remonter à 1984 pour retrouver une équipe de Purdue victorieuse face à un membre de du Top-2. Et il y a plus de 30 ans, cela s’était déjà déroulé face à Ohio State.

Seul légère différence, les Boilermakers ont cette fois-ci écrasé les Buckeyes sur le score de 49 à 20.

Le plan de jeu de Jeff Brohm a porté ses fruits dans un Ross-Ade Stadium chauffé à blanc et porté par un facteur externe au sport, avec la présence de Tyler Trent, étudiant atteint d’un cancer des os et dont l’histoire diffusée sur ESPN a ému l’univers du football universitaire.

Le head coach des Boilermakers a totalement dominé son compère, Urban Meyer, en faisant exploser les Buckeyes des deux côtés du terrain.

En défense, Purdue a réalisé le match parfait où tous les éléments s’assemblent à l’instant opportun. La ligne offensive de Ohio State n’a jamais été en mesure d’offrir des solutions sur le jeu au sol et cela a notamment coûté cher dans la red-zone, où seuls 2 des 5 présences ont débouché sur des points.

Défensivement, le secondary a coulé sous la performance exceptionnelle de Rondale Moore (170 yards et 2 TDs en 12 réceptions). Le receveur et plus généralement l’attaque des Boilermakers n’ont en réalité que révélé les faiblesses d’Ohio State.

Les Buckeyes sont arrivés à cacher leurs défaillances face à TCU (40-28) et Penn State (27-26) en revenant en seconde période, mais elles devaient éclater au grand jour.

 

Une incapacité à ouvrir des brèches pour la course

 

C’est ce qui frappe le plus lorsque l’on regarde le match : la ligne offensive n’a jamais réussi à créer des espaces pour ses coureurs.

Pour mettre les choses en perspective, Ohio State possède pourtant deux coureurs au talent rare. Entre Mike Weber l’expérimenté et J.K. Dobbins la pile électrique, tous les deux d’anciens prospects 4-étoiles, le coaching staff ne peut pas se plaindre de ne pas avoir les armes pour apporter du soutien à Dwayne Haskins.

Le quarterback, véritable outsider pour le Heisman Trophy, en avait pourtant besoin face à Purdue.

Avec 470 yards et 2 touchdowns (pour une interception), il semblerait qu’il ait une nouvelle fois maîtrisé de forte belle manière l’attaque des Buckeyes. Mais en réalité, avec 49 passes complétées pour 73 passes tentées (le précédent record du programme était de 52 !!!), Dwayne Haskins a très vite été épuisé par un front-seven des Boilermakers très agressif.

Pour soutenir une attaque en difficulté incapable d’inscrire un touchdown avant le dernier quart-temps, Ohio State aurait très certainement apprécié pouvoir s’appuyer sur son jeu de course. Seul problème, la ligne offensive a failli à prendre le dessus sur les joueurs de Purdue. Et Urban Meyer, pourtant très fort tactiquement en temps normal, n’a pas osé demander à ses deux running backs de porter le cuir plus souvent.

Au total, Mike Weber (9 portées) et J.K. Dobbins (11) n’ont couru que 20 fois pour un total famélique de 69 yards. Ces statistiques très faibles sont évidemment au crédit de l’intensité mise par les Boilermakers, mais Ohio State ne peut que s’en vouloir.

Menés de 15 points, les Buckeyes ont ici la possibilité de revenir à hauteur des Boilermakers avant l’entame du dernier quart-temps.

Il ne reste que trois petits yards à avaler, mais le jeu de course est incapable de convertir ses occasions. Sur cette deuxième tentative, J.K. Dobbins perd même du terrain. Si déjà sur ce point de vue, il est possible de voir une ligne offensive s’affaisser et rompre face aux linemen de Purdue, le ralenti est encore plus parlant.

Certes, la ligne offensive n’est pas en surnombre avec la présence d’edge rushers du côté défensif, mais la faiblesse de bloc de Michael Jordan (#73) coûte très cher. Le centre d’Ohio State se fait mystifier par un magnifique swin move du defensive tackle Lorenzo Neal (#9).

Ce type de jeu s’est répété à chaque tentative de course des Buckeyes.

Paradoxalement, cette même ligne a plutôt bien protéger Dwayne Haskins sur la passe. Mais face à des linebackers et des safeties au centre de gabarit plus bas appelés à blitzer souvent, les linemen ont été impuissants sur le run block.

Avec 171 yards accumulés à la course par match (69e), Ohio State est en retrait par rapport à la saison dernière. En 2017, les Buckeyes couraient pour 243 yards de moyenne (17e). Cela est inquiétant étant donné que Mike Weber et J.K. Dobbins forment l’un des meilleurs duos du pays sur le papier. Le jeu aérien répond évidemment présent, mais les Buckeyes ont délaissé le jeu de course depuis le début de la saison, et cela devait les punir à un moment donné.

Que ce soit Alabama (220 yards), Clemson (254), Notre Dame (179), LSU (190), Michigan (213) Georgia (226) ou Oklahoma (225), la plupart des favoris au titre utilisent davantage le jeu de course sans pour autant se passer d’un quarterback de grande qualité.

Urban Meyer doit se poser les bonnes questions.

 

Un secondary de première classe, vraiment ?

 

C’est un peu une tradition du côté de Columbus, Ohio State produit de très bons defensive backs qui rejoignent la NFL à chaque saison. Logiquement, le secondary des Buckeyes était considéré comme l’un des meilleurs du pays à l’intersaison… avant que Purdue n’intervienne.

Alors que le programme encaissait 196 yards par match à la passe la saison dernière (30e), il en encaisse 241 (90e) cette saison. Face à Purdue, ce secteur a plus que jamais été mis à mal en laissant David Blough lancer pour 378 yards et 3 touchdowns. Le quarterback des Boilermakers a trouvé 12 fois Rondale Moore, qui a accumulé 170 yards pour 2 touchdowns.

Le true freshman a éclaboussé de son talent la rencontre en s’amusant dans le secondary adverse.

Malgré l’absence de Nick Bosa, l’un des meilleurs defensive ends du pays, le pass rush des Buckeyes n’est pourtant pas passé à côté de son match en sackant deux fois David Bough tout en mettant une pression constante.

Symbole de la débâcle collective du secondary d’Ohio State, Kendall Sheffield (#8) a été catastrophique dans cette rencontre. Souvent à côté de ses crampons, il a surpris par son manque d’activité et surtout, il ne fut que très peu attentif comme sur ce jeu où Isaac Zico (#7) se balade tranquillement sans vis-à-vis.

Ici, Isaac Zico profite notamment de la présence de Rondale Moore sur le terrain. Le receveur n’a pas cessé d’attirer les défenseurs tout au long de la partie. Il faut dire que l’ancien 4-étoiles a été la menace numéro une de Purdue. Il n’a jamais été stoppé par le backfield défensif d’Ohio State. Tous les systèmes ont été essayé, mais Rondale Moore a remporté ses duels contre tous ses adversaires.

Outre Kendall Sheffield, Shaun Wade et Isaiah Pryor se sont également coltinés Rondale Moore, sans succès. Le coordinateur défensif Greg Schiano a même tenté de mettre un linebacker en la personne de Malik Harrison en couverture.

Mais Rondale Moore, de par sa vitesse et son centre de gravité très bas, a sanctionné ces systèmes défensifs en enchaînant les big plays.

 

 

Au total, Ohio State a déjà offert 22 jeux de plus de 30 yards sur le jeu aérien en huit matchs, plaçant le programme à une inquiétante 118e place nationale.

Dans le quatrième quart-temps, les Buckeyes ont bien tenté de limiter le jeu aérien, mais Jeff Brohm les a punis de la meilleure des manières en utilisant énormément D.J. Knox (128 yards et 3 TDs). Le running back a surpris le coaching staff de Ohio State, qui a vu Purdue lancer le cuire pendant 45 minutes.

Résultat, le secondary a une nouvelle fois été débordé, manquant cruellement de communication comme sur le touchdown de 40 yards de D.J. Knox qui a scellé le sort du match.

Le mouvement de Rondale Moore (#4) dans le backfield de Purdue vient déséquilibrer la défense.

En effet, Jordan Fuller (#4) et Isaiah Pryor (#12) décident tous les deux de prendre en homme-à-homme le receveur des Boilermakers. Sans ces deux safeties et avec un Shaun Wade (#24) qui ne sait plus qui défendre, le terrain se voit ainsi grand ouvert pour D.J. Knox qui n’a plus qu’à s’aider des blocs.

Cette lourde défaite (49-20) concédée par Ohio State devait arriver au cours de la saison. Bien que les Buckeyes soient un cador du pays avec un jeu aérien exceptionnel et un front seven de grande qualité, Purdue et son head coach ont révélé les faiblesses de l’équipe. Les running backs ne sont que très peu impliqués ces derniers temps et le secondary n’a pas su gérer les départs de ses cadres à l’inter-saison malgré l’apport de jeunes talentueux.

Evidemment, Ohio State n’a pas tout perdu et peut toujours aller chercher le titre de la conférence Big Ten ainsi que le College Football Playoff. Mais en comparaison à une équipe de Michigan qui monte en puissance, Urban Mayer et ses hommes apportent moins de garanties.

“The Game” entre les deux rivaux le 24 novembre prochain risque de tourner à l’avantage des Wolverines si rien ne change du côté de Columbus.