Après quatre mois de compétition intense, le College Football Playoff donne le ton à une nouvelle année 2018 avec la grâce de deux demi-finales qui s'annoncent exceptionnelles de tout point de vue.

Il est aisé de débattre afin de savoir quelles équipes ont dominé les débats au cours des dernières saisons, quelles universités ont empoché la plus grande part du gâteau, quelles écoles ont tiré la majorité de la couverture vers elles malgré la compétitivité naturelle de la ligue universitaire.

Ces deux équipes se rencontrent par ailleurs pour la troisième année consécutive au moment du College Football Playoff : il est bien entendu question de Clemson et d’Alabama.

Les Tigers et le Crimson Tide se sont partagés les deux derniers titres nationaux, en confrontation directe, l’avantage penchant en faveur de Nick Saban lors du premier National Championship Game avant que Dabo Swinney prenne sa revanche l’an dernier, dans un rematch attendu par tous (et qui n’a pas déçu, bien au contraire).

Sauf que cette année, les adversaires se rencontrent une semaine plus tôt, dans le cadre du Sugar Bowl. Une belle aura finalement lieu, sauf qu’elle ne décernera pas la couronne du titre national ; le vainqueur obtiendra “simplement” le droit de continuer sa route, soit pour reprendre son bien ou pour conserver son statut de patron.

Quoi qu’il en soit, cette troisième bataille entre #1 Clemson et #4 Alabama devrait être tout autant passionnante que les deux précédentes.


Quel est le chemin de #1 Clemson jusque là ?

Beaucoup et peu à la fois n’a changé pour Clemson depuis la saison dernière.

Les Tigers ont remporté leur premier titre national en 35 ans grâce à la performance démentielle de leur quarterback, Deshaun Watson, qui a balayé la puissance défensive extraordinaire du Crimson Tide comme si de rien n’était (pour la seconde finale consécutive, d’ailleurs). Mais il brille désormais chez les professionnels.

On se dit que Alabama pourrait souffler… mais ce serait bien mal connaitre Dabo Swinney. Les têtes ont changé, tout du moins en attaque, mais les Tigers n’en demeurent pas moins dangereux.

Clemson a remporté la conférence ACC pour la troisième saison consécutive, asseyant une domination que Florida State leur a légué au fil des années. Avec 12 victoires à l’heure actuelle en 2017, les Tigers poursuivent une série incroyable de six saisons en dépassant le plateau des 10 victoires et il ne faut pas oublier qu’ils sont devenus l’an passé la première équipe de l’histoire de la ligue à avoir enchainé deux saisons à 14 succès.

Ce n’est peut-être pas une coïncidence mais le quatuor majeur des entraineurs à Clemson (Dabo Swinney au sommet, Brent Venables en défense, Tony Elliott et Jeff Scott en attaque) dirige cette équipe depuis… six ans.

Cette continuité se ressent sur le terrain. Les visages ne sont plus les mêmes et pourtant une même identité transpire à chaque nouvelle saison. L’animation offensive repose toujours sur les mêmes concepts spread originaux de Dabo Swinney (bien qu’elle tende cette année davantage vers la course) et la défense est toujours… aussi effrayante et talentueuse.

A part la petite sortie de route au Carrier Dome de Syracuse, un vendredi soir, dans une ambiance où n’importe quelle équipe serait tombée, Clemson a maintenu le cap avec une constance surprenante.

Si l’on enlève la performance difficile face à Auburn en seconde semaine de compétition, les Tigers ont marqué 24 points à chaque rencontre, dépassant la barre des 30 points à neuf reprises. Beaucoup s’en contenterait ; surtout que dans le même temps, l’intraitable défense n’a autorisé plus de 20 points qu’à trois reprises. Contre Syracuse, Louisville (ou plutôt Lamar Jackson) et NC State.

On doutait des capacités de Clemson a conservé son titre après un mois de compétition, mais l’équipe n’a fait que monter en puissance. L’illustration de cette progression au fil des matchs ? La rouste infligée à Miami (FL) en finale de conférence ACC (38-3).

Les Tigers sont prêts pour défendre leur titre avec une équipe digne de Dabo Swinney, complète et efficace dans tous les compartiments de jeu.


Quel est le chemin de #4 Alabama jusque là ?

Ne pensez surtout pas que Nick Saban peut se faire berner deux fois de la même manière face à Clemson, ce serait bien mal connaitre l’intraitable head coach.

Certains pourraient faire la remarque que Alabama apparait un peu plus friable cette année que par le passé ; mais il s’agit bien d’une impression. Le Crimson Tide propose une équipe moins spectaculaire, deux deux côtés de la balle aussi surprenant soit-il, sans que cela n’enlève en rien à la domination de cette escouade.

La production offensive n’a pas réellement diminué d’une année sur l’autre, au contraire : de 455.3 yards offensifs par match et 6.49 yards par action en 2016, Alabama compte aujourd’hui une moyenne de 465.4 yards offensifs par match et de 6.92 yards par action. Le départ de Lane Kiffin ne coûte en rien sur le fond mais la représentation en pâtit quelque peu.

C’est ainsi que Alabama roule sur les deux premiers mois de compétition telle une machine qu’on ne peut stopper, écrasant Florida State (24-7) avant d’enchainer six matchs à plus de 40 points inscrits en sept semaines. Le seul écart ? 27 points sur le terrain de Texas A&M, toujours un déplacement périlleux.

Au même moment, la défense se révèle intraitable et ne concède qu’un total de 78 points en huit rencontres (dont 23 points lors du garbage time face à Colorado State). Et puis, le mois de novembre bascule.

Une victoire solide face à LSU, un upset évité de peu (et de fort belle manière) sur le terrain de Mississippi State et enfin, la crise de la saison.

Alabama était encore invaincu à ce moment-ci de la saison et il fallait se déplacer au Jordan-Hare Stadium d’une escouade d’Auburn en feu. Le résultat parle de lui-même : les Tigers l’emportent sur le score net de 26 à 14. Il n’en fallait pas davantage pour mettre au gout du jour les soucis du Crimson Tide.

Outre le fait de perdre son titre de champion de conférence SEC pour la première fois en quatre ans, avec une seule défaite au compteur mais celle qu’il ne fallait pas concéder, Alabama se rend compte lors de l’Iron Bowl que la machine de guerre possède quelques points faibles qu’il faut corriger. La ligne offensive du Crimson Tide ne peut pas supporter toute la pression du monde (la défense d’Auburn est magnifique, ceci dit) et le front-seven subit les contre-coups des blessures qui se sont enchainées en cascade au cours de la deuxième partie de saison.

Les cinq semaines de repos forcé depuis l’Iron Bowl seront bénéfiques à tout le monde. Les joueurs peuvent récupérer de leurs blessures tandis que Nick Saban peut consolider ses défenses affaiblies. Et ne croyez pas que Alabama oublie de corriger ce qui fonctionne mal.


Quels joueurs feront basculer la rencontre ?

Le sort d’un match réside parfois entre les mains d’un seul joueur. La pression de tout une université a beau être sur ses épaules, il a arrive tout de même à sortir une action surnaturelle qui change radicalement le momentum d’un match.

Le football est certes un sport collectif, mais il nous a souvent prouvé que les aptitudes hors du commun d’un joueur peut changer le cours du match. Encore plus quand il s’agit d’une demi-finale de College Football Playoff.

C’est pourquoi nous vous proposons de présenter trois hommes forts, du côté de Clemson et du côté d’Alabama, qui pourraient influencer davantage sur le sort du match de par leur talent pur.

Kelly Bryant (QB, Clemson)

Au sein d’un système offensif où les performances du quarterback sont primordiales (demandez à Deshaun Watson), que ce soit par les prises de décision, l’impact du jeu de jambes et la distribution des ballons dans les airs, Kelly Bryant est indissociable du succès de Clemson.

Lorsque le junior joue moyennement bien, les Tigers ont du mal à produire un jeu aussi léché qu’à leur habitude et pâtissent d’une identité multi-dimensionnelle tellement importante. Cependant, on n’a plus assisté à un match manqué de la part de Kelly Bryant depuis belle lurette, surtout au niveau de la passe. Il a constamment progressé dans les situations de passe au fil de sa première année en tant que titulaire.

Avec seulement 2,678 yards à la passe (52ème), 13 touchdowns et 6 interceptions et un total de 646 yards (17ème chez les quarterbacks) et 11 touchdowns, Kelly Bryant s’impose comme une double menace qu’il faut prendre en compte.

Il s’est imposé comme un coureur plus développé que Deshaun Watson, plus rapide et surtout plus puissant. Mais ce qui est d’autant plus surprenant avec le quarterback, c’est qu’il n’a pas flanché lors des grands moments.

Il n’a commis aucune interception malgré ses lacunes face à Auburn et Louisville, pour le compte de ses deuxième et troisième titularisations en carrière, et a même aligné son meilleur total de yards à la passe face aux Cardinals (316). ll s’est enfin joué de Miami (FL) lors de la finale de conférence ACC comme s’il était un vétéran à son poste.

Tous ces éléments attestent de plusieurs qualités : il garde la tête froide quoi qu’il arrive et prend les bonnes décisions sans coûter des erreurs. Kelly Bryant n’est certainement pas aussi talentueux que son prédécesseur, mais il est entièrement capable de faire tourner la machine à plein régime.

Le succès de Clemson ne peut aller sans une performance réussie de son quarterback, ni plus ni moins. Si l’on regarde bien cette saison, la seule rencontre manquée est celle face à Syracuse… la seule défaite des Tigers en 2017. Cela n’est pas anodin.

On sait que Kelly Bryant peut tenir la pression d’événements majeurs ; en revanche, on ne sait pas comment il réagira face à une équipe du calibre d’Alabama. Il n’a jamais affronté une équipe si terrifiante et complète que celle-ci.

Hunter Renfrow (WR, Clemson)

Pourquoi le second meilleur receveur de la saison à Clemson devrait être un des hommes forts de cette demi-finale, d’autant plus avec un total de 571 yards et 3 touchdowns à la réception en 13 matchs ?

La réponse est toute simple : Hunter Renfrow est le bourreau d’Alabama.

L’ancien walk-on des Tigers s’est révélé au grand jour lors de la première finale face au Crimson Tide, en 2015 : 7 réceptions, 88 yards et surtout 2 TDs. Un inconnu avait émergé de nulle part pour titiller la meilleure école de la dernière décennie. Cela n’avait pas été suffisant et c’est ainsi qu’il est revenu aux affaires en 2016, dans le cadre de la revanche entre les deux universités en finale nationale à nouveau : 10 réceptions, 92 yards, 2 TDs.

Deshaun Watson était allé conquérir le College Football Playoff avec l’aide de son fidèle destrier, qui avait attrapé le touchdown de la victoire dans les dernières secondes, qui plus est.

Malgré ces deux performances entrées dans la légende du football universitaire, la carrière de Hunter Renfrow n’a pas explosé comme on pouvait l’attendre cette saison. Il est resté dans l’ombre des autres receveurs plus spectaculaires que lui… pour attendre une nouvelle fois son heure face à Alabama ? Permettez-nous de le penser.

Avec Deon Cain et Ray-Ray McCloud, les trois receveurs auront la tâche de renverser le secondary du Crimson Tide (bon courage) pour apporter une véritable dimension aérienne aux Tigers, qui n’ont pas émerveillé dans ce domaine depuis le mois de septembre, afin d’ouvrir des espaces dans une défense adverse absolument intraitable.

Si tel est le cas, les hommes de Nick Saban se trouveront en grand danger. Regardez le scénario des deux dernières finales nationales.

Clelin Ferrell et Austin Bryant (DEs, Clemson)

Auburn a montré la voie au début du mois de décembre : si vous espérez battre Alabama, il faut un pass-rush (extrêmement) puissant et efficace afin de déstabiliser le rythme de seigneur développé par l’attaque du Crimson Tide.

Clemson possède justement une des meilleures lignes défensives du pays au côté de… Auburn.

Le fabuleux coordinateur défensif des Tigers, Brent Venables, s’est forgé une réputation au gré des saisons de constructeur hors-pair de front-seven à tomber par terre. Vous pouvez être certains qu’il propose toujours une ligne défensive affreusement bonne malgré les départs de ses joueurs vers la NFL. Cette année n’est pas différente (44 sacks de la ligne défensive) grâce à une magnifique paire de defensive ends, Clelin Ferrell et Austin Bryant.

L’intérieur de la ligne défensive est tout aussi excellent avec Christian Wilkins et Dexter Lawrence ; toutefois, les defensive ends auront un importance bien plus grande face à Alabama.

Le sophomore Clelin Ferrell (8.5 sacks) et le junior Austin Bryant (7.5 sacks) sont deux des meilleurs pass-rushers du pays et arrivent à mettre de la pression face à quiconque. La clé pour ralentir l’animation d’Alabama est de terroriser le quarterback Jalen Hurts et de conserver le Crimson Tide à une dimension unique, à base de course. Le reste du front-seven pourra ainsi s’occuper de manger ses adversaires directs.

Toujours face à Jalen Hurts, outre le fait de contenir son impact aérien, le duo de defensive ends doit également prendre en étau le quarterback dans la poche pour l’empêcher d’utiliser ses jambes et de courir si la pression arrive d’autres parts.

L’attaque d’Alabama se distingue ces dernières saisons de part sa force de frappe explosive dans les airs, à coup de passes en profondeur renversantes. Limiter cet aspect serait une première victoire pour les Tigers surtout si l’attaque joue des tours à Nick Saban.

Ils seront également à suivre du côté de #1 Clemson :

  • Travis Etienne (RB)
  • Dorian O’Daniel (LB)
  • Ryan Carter (CB)

Jalen Hurts (QB, Alabama)

Si l’on enlève la finale de conférence SEC et le College Football Playoff de l’an dernier, Jalen Hurts possède des statistiques à peu près similaires, si ce n’est un influence à la passe moins grande.

Il n’a pas progressé dans les lignes de statistiques entre ses années freshman et sophomore, mais il ne demeure pas moins une pièce cruciale du système offensif d’Alabama. Le quarterback dual-threat manie et propulse l’attaque conçue par le coordinateur offensif Brian Daboll avec une grande précision, tout du moins lorsque les éléments le supportent.

Les turnovers ont coûté très cher au Crimson Tide la saison dernière et ils provenaient en masse du quarterback freshman. Sauf que aujourd’hui, au bout de 12 rencontres, Jalen Hurts ne compte qu’une seule interception et deux fumbles perdus.

Le maitre à jouer d’Alabama gagne en sécurité (il avait terminé l’an passé avec 9 interceptions et 11 fumbles perdus à son compteur) et surtout, il apporte une troisième présence au sol dangereuse dans le backfield.

Au côté des running backs 5-étoiles de l’effectif, il a apporté cette saison 768 yards (13ème parmi les quarterbacks) et 8 touchdowns, une influence non-négligable pour ouvrir des lignes de course à ses compères et de ce fait pour aider l’animation offensive à s’envoler dans sa totalité. S’il peut continuer à jouer des coudes dans le backfield d’Alabama et à conserver une empreinte majeure au-délà de la ligne de démarcation, les Tigers auront du mal à stopper l’avancée du Crimson Tide.

Jalen Hurts endossera également la tâche ardue de faire sauter le verrou de Clemson au sol : les Tigers n’ont encaissé que 5 touchdowns à la course de la saison et ils sont connus pour une défense très solide de leurs defensive backs dans ce compartiment du jeu.

Le quarterback sophomore n’a pas le rôle de renverser une partie à lui-seul ; mais il est d’autant plus dangereux s’il peut mener le bateau sans erreurs et transmettre la balle efficacement autour de lui. Et c’est ce qu’il réussit à merveille.

Damien Harris et Bo Scarbrough (RBs, Alabama)

A travers les âges, Alabama s’est donné un poing d’honneur à maitriser le ballon avec l’appui d’un jeu de course puissant, éreintant et capable d’enchainer les first downs pour jouer avec le tempo de la rencontre.

Rares sont les équipes sous la houlette de Nick Saban à ne pas réussir telle entreprise et cette équipe du Crimson Tide n’est pas étrangère à cela. Les running backs sont les véritables chevaux de trait de l’attaque. Ils encaissent des charges de travail hallucinantes à longueur de saison. Depuis l’an dernier, les juniors Damien Harris et Bo Scarbrough se partagent le boulot de manière équitable.

Alabama dispose annuellement d’un des meilleurs jeux de course du pays ; si l’on enlève les écoles adeptes de la triple-option, le Crimson Tide se classe cette saison en 4ème position avec 265.3 yards au sol en moyenne par match.

Bo Scarbrough détient un rôle de masse, épuisant les lignes adverses à longueur de match grâce à une carrure impressionnante et une dureté typique des running backs d’Alabama. Damien Harris intervient de son côté avec des qualités plus explosives, jouant de son agilité pour obtenir des gains significatifs si ce n’est des touchdowns longue distance.

Ils ne détiennent pas des statistiques effarantes pour autant : aucun ne dépasse la barre des 1000 yards et Damien Harris domine le groupe de coureurs avec 906 yards et 11 TDs à la course.

Ce qui fait, en revanche, la spécificité de l’attaque au sol du Crimson Tide est la versatilité. Chaque running back amène des qualités différentes et ils se complètent bien sur le terrain, comme on le disait précédemment. Mais à cela faut-il encore ajouter l’apport conséquent de Jalen Hurts, qui permet de composer une trident de coureurs tous plus dangereux les uns que les autres, comme si leur talent ne suffisait pas pour les départager du reste de la population.

Peu d’équipes, pas même Clemson, peuvent se targuer de posséder un tel backfield et encore moins de le stopper. Il s’agit de la force majeure d’Alabama et elle mène régulièrement à la victoire face à n’importe qui.

Minkah Fitzpatrick (DB, Alabama)

Il n’est plus utile de décrire l’excellence de la défense d’Alabama. Ceci est devenu une marque de fabrique de Nick Saban et elle permet bien plus au Crimson Tide à remporter ses matchs que les performances offensives.

C’est pourquoi le staff cherche à empiler les recrues 4- et 5-étoiles afin de composer une escouade traversée de talents transcendants. Ces derniers ne manquent pas mais un joueur sort du lot : le safety junior Minkah Fitzpatrick.

Il peut être considéré comme un des meilleurs joueurs défensifs du pays, capable de couvrir une partie du terrain à lui seul et d’influencer une rencontre sur une seule action. Le groupe de defensive backs s’est d’ailleurs révélé à un meilleur niveau qu’attendu : les adversaires ne sont parvenus qu’à lancer 7 touchdowns sur le saison, pour seulement 5.50 yards pr tentative, les deux meilleures marques du pays dans ces catégories. Sans compter sur le fait que le Crimson Tide n’autorise seulement 163.7 yards dans les airs en moyenne par match (6ème).

Ce n’est pas une coïncidence. Minkah Fitzpatrick couvre une partie impressionnante du milieu du terrain et sa seule présence décourage les lancers des quarterbacks adverses.

Certes, le safety junior traine une blessure aux ischio-jambiers depuis plusieurs longues semaines, l’empêchant de conclure la saison régulière en bonne et due forte. Mais avec le temps de repos de plus d’un mois qui vient de s’écouler, s’il peut retrouver son niveau habituel, Alabama tient là un atout plus que crucial dans la maitrise de l’influence aérienne de Clemson.

En renversant le cours de la rencontre avec un ou plusieurs turnovers, par exemple.

Ils seront également à suivre du côté de #4 Alabama :

  • Calvin Ridley (WR)
  • Rashaan Evans (LB)
  • Levi Wallace (CB)

Quelle faiblesse pourrait coûter à chaque équipe ?

Evidemment, si Clemson et Alabma se retrouvent aujourd’hui au Sugar Bowl, c’est qu’ils font partie des meilleurs équipes du pays et méritent (même s’il peut avoir débat pour le Crimson Tide) leur place au College Football Playoff. Cependant, aucune équipe n’est parfaite et chacune possède des faiblesses qui pourraient coûter cher un moment ou un autre ce lundi soir, si ce n’est la victoire.

Cela semble logique du côté des Tigers, Kelly Bryant est l’une des principales interrogations. Alors que l’équipe parait sans faille sur tous les autres secteurs de jeu, le quarterback junior doit répondre présent à l’image de son prédécesseur.

Il est vrai, Kelly Bryant a des caractéristiques qui vont parfaitement avec le système offensif de Clemson de par son jeu de course efficace et un style à la passe qui nous rappelle Deshaun Watson. Cependant, le numéro 2 manque de créativité et d’anticipation, ce qui ne rassure pas à l’approche d’affronter les talentueux linemen défensifs d’Alabama.

En effet, Kelly Bryant n’a pas été de tout reproche cette saison. Avec seulement 13 touchdowns et 6 interceptions à la passe, il n’a pas réussi à faire de Clemson une véritable menace aérienne alors que les playmakers à la réception ne manquent pas (Deon Cain, Hunter Renfrow, Ray-Ray McCloud…).

(Crédit Photo : Sporting News)

Certes, son taux de réussite est élevé avec 67.4% de passes complétées et présage donc d’une belle précision, mais la plupart de ses lancers ont été effectués sur de petites distances. Ainsi, Kelly Bryant n’est pas capable de se connecter avec ses receveurs lorsqu’il s’agit de dépasser les 20 yards : seulement 35 passes complétées de ce type.

Cette situation pourrait s’avérer critique lors du Sugar Bowl étant donné que le Crimson Tide possède les armes nécessaires pour stopper le jeu de course des Tigers. Clemson devrait alors s’appuyer sur un Kelly Bryant au sommet de sa forme capable de créer des big plays à la passe, un domaine où il a été en difficulté cette saison. Et dans une rencontre où chaque drive aura son importance, cela pourrait être très problématique.

De plus, Kelly Bryant est beaucoup trop irrégulier lorsqu’il s’agit d’être clucth. Sur troisième tentative, il peut très bien assurer dans le costume du patron, mais aussi se montrer fébrile (3 interceptions concédées).

En fait, Kelly Bryant n’est pas un point faible pour Clemson, loin de là. Il a largement la carrure pour permettre à l’attaque des Tigers de réaliser une bonne partie. Cependant, si Alabama réussit à le faire sortir de sa zone de confort et le pousser dans ses retranchements, cela deviendrait une situation délicate à gérer.

Il est toujours compliqué de ressortir une faiblesse de l’effectif d’Alabama. Nick Saban a construit une machine de guerre quasiment impossible à rouiller et ce ne sont pas les quatre titres nationaux en huit ans, que ce soit dans l’ère du BCS ou dans celle du College Football Playoff, qui diront le contraire.

Malgré tout, le Crimson Tide apparait légèrement plus vulnérable que les saisons précédentes. On chipote, certes, mais le pensionnaire de la conférence SEC nous a offert un degré d’excellence si élevé sur une longue période.

La baisse de régime la plus flagrante demeure la vulnérabilité de la ligne offensive. C’est une position où Nick Saban place de très hautes attentes puisqu’il permet de mettre en route le jeu de course du Crimson Tide, base primordiale de l’animation offensive. Malheureusement, bien que les statistiques de la production à la course restent identiques ou sont meilleures, la poche autour du quarterback est beaucoup moins stable que par le passé.

Il suffit simplement de regarder l’Iron Bowl face à Auburn : Jalen Hurts a été sacké à deux reprises par le pass-rush des Tigers, qui a poussé le quarterback neuf fois de plus hors de protection. La pression adverse a l’argent dérangé Jalen Hurts, totu au long du match, et ce n’est pas une surprise que le résultat soit une défaite pour le Crimson Tide.

(Crédit photo : Marvin Gentry-USA TODAY Sports)

Mauvaise nouvelle pour Alabama : la ligne défense de Clemson est encore plus performante et talentueuse que celle d’Auburn.

Lorsque les deux équipes se sont rencontrées en début de saison, le pass-rush des Tigers de la Caroline du Sud a transformé la ligne offensive des Tigers de l’Alabama en un groupe composé de cinq plots. Une performance ahurissante qui s’est conclue avec 11 sacks.

Alabama ne possède aucun marge d’erreur face à la défense de Clemson et si Jalen Hurts se retrouve constamment sous pression, subissant une myriade de jeux négatifs, le Crimson Tide ne tient aucune chance de battre les Tigers. C’est pourquoi la tenue de la ligne offensive est cruciale pour le résultat final de la demi-finale.

Et si l’on se fie aux performances de la saison régulière, Jalen Hurts devrait courir un paquet de fois pour sauver sa vie. Ce qui n’est jamais un bon signe pour n’importe quel équipe, même Alabama.


Quels scénarios sont à envisager ?

A force de se rencontrer une fois par an lors du College Football Playoff, Alabama et Clemson commencent à se connaitre plutôt bien et les dernières confrontations nous ont montré que les équipes proposent de nombreuses similarités.

De superbes défenses avec des front-seven démentiels, adeptes d’un pass-rush féroce et capables de bloquer la course avec succès. Les secondaries ont logiquement souffert de ses forces prégnantes. Cependant, le Crimson Tide et les Tigers se sont séparés l’un de l’autre, à tour de rôle, grâce à leur force de frappe offensive distincte.

Les running backs ont exploité les faiblesses adverses au fil de la rencontre pour revenir de derrière et remporter une première finale nationale sous le College Football Playoff, tandis que Deshaun Watson a illuminé la revanche un an plus tard à coup de passes et de courses dévastatrices.

Malheureusement, le trident de running backs du Crimson Tide est toujours présent et le quarterback vedette des Tigers joue aujourd’hui en NFL.

La stabilité offensive des pensionnaires de la conférence SEC est un avantage indéniable, surtout que le nouveau quarterback des champions de la conférence ACC, Kelly Bryant, est loin d’être aussi transcendant que son prédécesseur. Si ce dernier arrive à inverser une telle tendance sur le terrain, Clemson prendra un avantage certain ; sauf que ni les running backs, ni Jalen Hurts n’ont fait défaut à leur équipe jusque là.

Intrinsèquement, attaque contre attaque, Alabama semble meilleur que Clemson. Mais il faut ajouter la présence de la défense et le pass-rush des Tigers a légitimement de quoi effrayer le Crimson Tide.

Outre les performances de Kelly Bryant, le succès de la ligne défensive et la conséquence de la pression folle administrée sur la ligne offensive est l’élément qui peut faire pencher la balance en faveur de Clemson. Ni plus, ni moins, le recette de la déchéance d’Alabama réside dans la capacité à faire sortir le backfield de ses gonds et a stoppé une animation offensive huilée.

Vous l’aurez compris, le Sugar Bowl sera remporté dans les tranchées. L’équipe prenant l’avantage à cet endroit fera un grand pas vers la victoire ; mais une chose est certaine : la troisième confrontation en trois ans entre Alabama et Clemson accouchera d’une nouvelle partie épique.

Score final probable : 31-27 Alabama.