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No Chris Boucher, no problem pour Oregon

Oregon est l’un des invités surprise du Final Four 2017 malgré son seed 3. Après une saison des plus réussies, les Ducks ont eu très peur en voyant leur ailier à tout faire, Chris Boucher, joueur central de la rotation de Dana Altman, se rompre les ligaments croisés en demi-finale du tournoi de conférence Pac-12.

Retour sur le pari réussi des Ducks de s’adapter à un nouveau plan de jeu pendant le tournoi final.

Le couteau suisse des Ducks

Si Chris Boucher n’était pas le plus gros scoreur des Ducks ni le joueur le plus utilisé par Dana Altman, son rôle n’en était pas moins central pour la rotation. Ayant connu une progression fulgurante après avoir commencé le basket extrêmement tard (à 19 ans seulement dans une vraie équipe), il est souvent appelé le Moutombo de Montreal pour son histoire atypique.

Du haut de ses 1.85m (2.25m d’envergure !) et 90kg, il était le couteau suisse d’Oregon, l’huile qui fluidifie le jeu de son équipe du mouvement offensif à la défense. 11.8 points (52.4%), 6.1 rebonds, 0.4 passe, 2.5 contres par match en 23.5 minutes en moyenne cette saison. Après un début de saison difficile (2 défaites sur les 4 premiers matchs et un upset évité de peu au 5e match), les Ducks ont trouvé leur jeu et roulé sur leurs adversaires pour signer une série de 17 victoires consécutives, et Chris Boucher a joué les premiers rôles dans cette belle dynamique.

Long et spectaculaire (habitué des célébrations notamment), il est le all-around que les coachs de la ligue jalousent tant il est complet dans tous les compartiments du jeu. QI basket, footwork, vision, ses talents sont multiples. Toujours bien placé à l’intérieur pour conclure les actions par des dunks assassins, il est aussi capable de tirer de loin assez efficacement (35%)malgré sa mécanique atypique.

Mais c’est surtout de l’autre côté du terrain que son apport est le plus impressionnant : ses 2.5 contres par match ne sont qu’un compartiment de son jeu défensif ultra-complet. Capable de défendre sur des intérieurs comme des ailiers, son sens de l’anticipation est particulièrement développé et ses mains rapides lui permettent de contester efficacement les adversaires. Brave et déterminé, il impose une résistance physique qui a énormément gêné tous les intérieurs du pays cette saison.

Très important surtout dans le travail de l’ombre, il est le joueur qui joignait toute l’équipe en s’attelant aux tâches ingrates, et est très important pour le vestiaire et la vie de l’équipe.

“Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé”

J’aime son activité. Chris est un joueur unique, il travaille bien, très talentueux.

Si son head coach, Dana Altman, est si élogieux à son égard, c’est qu’il a accordé à Chris Boucher énormément de confiance au fil du temps. Lorsqu’il se blesse le 11 mars en demi-finale du tournoi de conférence Pac-12 contre California, ce sont tous les fans d’Oregon qui retiennent leur souffle, d’abord rassurés par le fait que Chris Boucher ait terminé le match malgré tout. Mais quelques jours plus tard, on apprend que sa saison est terminée, et tout est à reconstruire pour les Ducks.

Sans leur ailier senior, leur plan de jeu est complètement à revoir. La finale arrive trop vite et est perdue par Oregon contre Arizona malgré leur titre en saison régulière.

Sans son strech forward fétiche, c’est avant tout la défense des Ducks qui prend un coup : dans le top 20 des meilleures équipes de la ligue en efficacité défensive, ils n’autorisaient que 0.932 points à leurs adversaires par possession. Sur les trois premiers matchs sans Boucher, ce chiffre est passé à 1.117. Les chiffres significatifs ne manquent pas pour exprimer le trou laissé par la blessure de Boucher : 65.8 points à 41.7% pour les adversaires d’Oregon en présence du canadien, 77.3 points à 50.3% sans lui.

L’ajustement réussi de Dana Atlman

Dana Altman n’avait que cinq jours entre la finale du tournoi de conférence Pac-12 et le début de la March Madness pour remodeler son plan de jeu. Un pari extrêmement compliqué tant la perte est grande, et pourtant relevé par une équipe à la hauteur des attentes. Steve Lavin, ancien head coach de UCLA, a toujours cru en Dana Altman pour réagir :

Dana Altman est aussi bon qu’il le faut en basketball universitaire pour bricoler et faire des ajustements pour mettre son équipe en position de gagner des matches. Avec Boucher, ayant ses attributs et ses abilités pour influencer le jeu des deux côtés du terrain, ils seraient meilleurs, mais cela ne veut pas dire que les Ducks ne peuvent pas avancer

Pour pallier à l’absence de Boucher, Dana Altman a aussitôt misé sur son autre intérieur, Jordan Bell (10.3 rebonds de moyenne depuis la blessure de Boucher). Dans la victoire contre Michigan en Sweet 16, les Ducks n’ont pris que 6 rebonds offensifs, mais 4 d’entre eux venaient de Jordan Bell, dont 3 dans les 6 dernières minutes d’un match extrêmement serré (69-68). Jordan Bell termine le match avec 16 points et 13 rebonds (3 double-doubles sur les 4 matchs du tournoi).

Très actif en défense bien qu’il ne soit pas le protecteur de cercle que Chris Boucher était, il a étouffé Moritz Wagner qui n’a marqué que trois de ses dix tirs tentés. Au delà de Bell, c’est toute la rotation défensive d’Oregon qui s’est progressivement durcie au cours du tournoi : 83 points accordés à Arizona (finale de la Pac-12), 77 à Iona, 72 à Rhode Island, 68 à Michigan et enfin 60 à Kansas, qui n’était jamais passé sous la barre des 90 points dans le tournoi avant de croiser le chemin des Ducks.

En attaque, Dana Altman a pu compter sur son backcourt et surtout sur Tyler Dorsey (24.7 points de moyenne sur les trois matches suivant l’absence de l’ailier) pour combler le manque de Chris Boucher, bien que les pourcentages des Ducks se soient quelque peu affaissés.

La plus grande prouesse de Dana Altman a sans doute été de ne presque rien changer, de garder son équipe dans le même état d’esprit malgré la mauvaise nouvelle. Des ajustements, mais pas de revirement, comme l’explique Tyler Dorsey :

Non, Dana Altman n’a rien changé, nous n’avons rien changé dans ce que nous faisons avant et pendant les matches. Tout a été identique, tout a été naturel.

Un rôle encore central

Aussitôt la nouvelle de sa blessure apprise, Chris Boucher a aussitôt tenu à motiver ses coéquipiers pour gagner sans lui :

Ne soyez pas désolés pour moi, ne gâchez pas l’opportunité qui se présente. Avant les matchs, j’étais un peu négatif par rapport à moi, ce que je ne faisais pas, etc. Puis quand vous ne jouez plus du tout, vous vous dites que vous auriez juste du être heureux de jouer, finalement.

Bien que blessé, il a tenu à voyager avec ses coéquipiers et à les soutenir à chaque rencontre, rôle qu’il prend à coeur. A chaque panier marqué, à chaque action défensive réussie, Chris Boucher encourage ses coéquipiers depuis le banc de touche avec une ferveur qui montre son implication encore importante dans le vestiaire. Son coéquipier Dylan Ennis commente :

Qu’il soit sur le banc ou sur le terrain, c’est la même chose au niveau de l’alchimie. Il n’est pas physiquement là mais il fait tellement partie de l’équipe en nous encourageant.

Le chemin jusqu’au Final Four a été un long chemin semé d’embûche pour la formation de l’Oregon depuis la blessure de leur homme à tout faire, mais ils ont toujours su s’adapter à leurs adversaires en exploitant leurs faiblesses pour se frayer une voie vers la victoire. Qu’en sera-t-il contre North Carolina, en demi-finale, qui semble être armé pour prendre les Ducks à leur propre jeu en insistant sur leur point faible : l’intérieur désormais. La défense d’Oregon sera-t-elle assez solide sans leur protecteur de cercle pour résister à l’assaut de Justin Jackson et sa bande ?

Quelque soit leur sort dimanche soir, Oregon aura déjà prouvé une magnifique force de caractère et d’adaptation en se qualifiant pour leur premier Final Four en 78 ans malgré la perte de la pièce maîtresse de la rotation de Dana Altman a seulement 6 jours du début du tournoi.

No Chris Boucher, no problem. 

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