Au moment de gagner, Urban Meyer s'est révélé meilleur que James Franklin pour la 2ème saison consécutive.

Urban Meyer doit connaitre la recette secrète afin de renverser Penn State. 

Pour la deuxième saison consécutive, Ohio State comble un retard de plus de 10 points contre les Nittany Lions et remporte une des plus belles rencontres de la saison par un petit point d’avance. Le head coach des Buckeyes qualifiait la performance héroïque de J.T. Barrett, l’an dernier, de l’une des plus grandes performances parmi tous les quarterbacks qu’il a entrainé.

« Je n’ai jamais eu de gamin jouant à la perfection, mais qu’il en était proche. »

Cette année, Urban Meyer utilise un autre superlatif pour qualifier la série victorieuse, conclue par un touchdown de K.J. Hill à 2min03 de la fin, pour donner une avance au score de 27 à 26, qui se révéla irrémédiable quelques instants plus tard.

« Une des plus grandes séries de l’histoire de Ohio State. »

Il fait bien de préciser qu’il s’agit de cette fameuse série, puisque la partie s’est révélée à l’avantage de Penn State, jusque dans les derniers instants. Tout roulait parfaitement pour les locaux, avant que la défense subisse la puissance offensive retrouvée de Ohio State et que James Franklin décide de ruiner les espoirs des Nittany Lions avec la pire action qu’il pouvait appeler sur 4th & 5.

 

 

Penn State et une inefficacité offensive rageante

 

Penn State peut clairement se mordre les doigts de cette défaite. 

Ohio State était la meilleure équipe sur le terrain en 2017, mais cette année, les Nittany Lions ont dominé des deux côtés du terrain pendant 3 quart-temps et demi et ont été soutenus formidablement par une foule électrique de 110,889 spectateurs vêtus de blanc. Les seules erreurs de Penn State ont simplement coûté la victoire.

La première mi-temps ne s’est jouée que dans un seul sens et pourtant, les locaux ne sont rentrés au vestiaire qu’avec une maigre avance de 13-7.

Pourquoi ? Les Nittany Lions gâchent trois séries offensives en l’espace de 10 minutes de jeu. Les locaux doivent se remettre au pied de Jake Pinegar à trois reprises, pour seulement deux réussites. La première intervient après que Tommy Stevens commette un fumble dans la red-zone adverse, tandis que la seconde se produit à la fin d’un three-and-out, alors que Garrett Taylor venait d’intercepter Dwayne Haskins dans sa propre partie du terrain. 

(Crédit photo : James Lang-USA TODAY Sports)

Une telle inefficacité offensive est d’autant plus rageante que la défense contient parfaitement Ohio State avec un pass-rush diabolique et que K.J. Hamler explose dans la foulée pour un touchdown de 93 yards, où sa vitesse supersonique prend de court la totalité de la défense adverse (13-0).

Mais les Buckeyes réalisent ce qu’ils savent faire de mieux : jouer avec efficacité.

Tuf Borland force un fumble des mains de Miles Sanders à 2min30 de la pause, et 42 secondes plus tard, J.K. Dobbins franchit l’en-but sur une « screen pass » de 26 yards pour ramener les siens au contact de Penn State.

Outre l’aspect comptable, cette réalisation est certainement le tournant du match.

 

Des « screen pass » salvatrices pour Ohio State

 

Le running back des Buckeyes a ouvert le compteur des siens en pénétrant avec aisance au sein de la défense des Nittany Lions, impénétrable jusque-là. Comment ? Urban Meyer a appelé une « screen pass » et le secondary adverse n’avait aucune réponse pour un playmaker si puissant dans le champ ouvert.

Vous pouvez être certain que le head coach s’en est souvenu dans le quatrième quart-temps, quand Ohio State était mené (21-26) et avait besoin d’un touchdown pour repartir à la maison avec une victoire. 

Le touchdown de 47 yards de Binjimen Victor, qui a permis de raccrocher au wagon à moins d’une possession d’écart, a dû sceller l’esprit de Urban Meyer.

Le receveur a capté le ballon au niveau de la ligne de first down, mais en cassant un puis deux plaquages, il se retrouve dans le champ ouvert et les defensive backs de Penn State n’ont jamais été en mesure de faire tomber la grande carcasse (qui plus est, rapide) de Binjimen Victor. 

Une série offensive plus tard, Urban Meyer décide de mettre son plan à exécution, au meilleur moment, pour reprendre le leadership de la rencontre. 

Et justement, l’exécution de cette série salvatrice pour les Buckeyes est tout simplement à montrer dans toutes les écoles de football. Dwayne Haskins a été dérangé par le pass rush des Nitany Lions pendant toute la rencontre et n’est jamais arrivé à poser son jeu. Les playmakers offensifs de Ohio State ont, de leur côté, montré qu’ils pouvaient retourner le secondary adverse avec une facilité déconcertante. Urban Meyer s’est alors empressé d’appeler des « screen pass » à foison, pour profiter de l’agressivité de la ligne défensive, libérer Dwayne Haskins de cette pression et envoyer les playmakers dans le champ ouvert.

Première « screen pass » pour J.K. Dobbins au départ de la série, sur ses propres 4 yards : gain de 35 yards.

Seconde « screen pass » pour Paris Campbell : gain de 14 yards et Ohio State se positionne déjà à 30 yards de l’en-but de Penn State.

Enfin, deux actions plus tard, troisième « screen pass » pour K.J. Hill : gain de 24 yards et le touchdown de la victoire.

Chacune des « screen pass » a été réalisée à la perfection et les playmakers s’infiltraient dans la défense sans être touché avant le plaquage final.

Les linemen offensifs ont joué les coups de manière irréprochable, surtout sur la première « screen pass » pour J.K. Dobbins. Les receveurs ont admirablement participé aux actions, surtout sur la « screen pass » menant au touchdown, où K.J. Hill profite des blocs de Austin Mack (#11) et de Sherrod Berry (#13), également à l’action pour Paris Campbell entre temps.

On a vite remarqué que la hantise des defensive backs de Penn State était d’affronter les talentueux et rapides playmakers de Ohio State dans le champ ouvert. Nous n’étions pas les seuls, Urban Meyer s’en est aperçu et a adapté son du bord de la touche pour renverser la vapeur et remporter un match crucial dans la course à la conférence Big Ten.

 

James Franklin n’a pas su mettre le ballon dans les bonnes mains

 

L’homme du match ne jouait pas pour Ohio State, mais bien pour l’équipe perdante, au contraire de l’année précédente. 

Personne sur le terrain ne s’est révélé aussi transcendant que Trace McSorley. Le quarterback a sorti le plus beau match de sa carrière avec les Nittany Lions en accomplissant des prouesses dans les airs (286 yards, 2 TDs) mais surtout au sol, en alignant les courses tranchantes les unes après les autres (25 portées pour 175 yards). Jamais un quarterback n’avait compilé 461 yards pour Penn State.

Et pourtant sur l’action décisive de la rencontre, un 4th & 5 désormais fameux pour les mauvaises raisons, James Franklin était prêt à enlever le ballon des mains de son quarterback.

(Crédit photo : Tim Tai-Philly Daily News/The Inquirer)

A la suite de deux temps-morts consécutifs, un de chaque côté, Penn State se retrouve à donner le ballon à Miles Sanders. Le defensive end des Buckeyes, Chase Young, avale littéralement le running back et tue une action cruciale dans l’oeuf avant même qu’elle puisse se développer.

Il est presque impossible de concevoir que James Franklin veuille donner le ballon à Miles Sanders avec 5 yards à parcourir sur une 4ème tentative, d’autant plus face à Ohio State. La formation offensive laisse penser à une « run-pass option » (RPO, dans le jargon footballistique), un jeu dévastateur au cours de tout le match dès lors que Trace McSorley prenait ses jambes à son cou et attaquait le champ ouvert. Les trois receveurs alignés sur le côté ouvert du terrain semblent confirmer cette option, surtout avec le décalage de Mac Hippenhammer vers un « screen pass » au moment du snap.

Sauf que le front-seven a magistralement exécuté son action, au contraire de la ligne offensive, qui s’est totalement écroulé.

Un « stunt » entre Jashon Cornell (#9) et Chase Young (#2) libère ce dernier pour déstabiliser la poche et se retrouver nez-à-nez avec Miles Sanders, stoppant le running back avec la plaquage (pour perte) de la victoire. Mais l’action a été remportée à l’opposée de Chase Young. 

Le left guard et le left tackle de Penn State ont été surpris par le « shift » du linebacker Malik Harrison (#39). Le côté gauche de la ligne se retrouve alors en infériorité numérique, avec la présence de Dre’Mont Joes (#86) et Jonathon Cooper (#18) là où Trace McSorley pouvait ou devait s’échapper. Cette présence annihile dans la même seconde la possibilité de passe vers Mac Hippenhammer. Trace McSorley a littéralement une fraction de seconde pour ajuster sa stratégie et il ne peut que donner le ballon à Miles Sanders.

La futur star défensive des Buckeyes, Chase Young, se retrouve alors sur son chemin.

Mais quoi qu’il en soit, plutôt que d’appeler une passe avec un quarterback qui réalise le match de sa vie, James Franklin préfère se fier à une « run-pass option » où la quasi-totalité de l’attaque doit réaliser son bloc, au même moment, et sans faute. Statistiquement, ce n’est pas du tout la meilleure option face à un front-seven bien plus talentueux que la ligne offensive et cette décision s’est finalement retournée contre le head coach de Penn State.

 

Que faut-il retenir de cette victoire des Buckeyes ?

 

1. James Franklin a pris une mauvaise décision au moment le plus important de la rencontre et coûte, certainement, la victoire à Penn State.

2. A l’inverse, alors que la pression était sur lui, Urban Meyer s’adapte à la situation et délivre un « play-calling » presque parfait dans le dernier quart-temps pour distiller une série victorieuse afin de porter les Buckeyes à un second comeback de qualité à l’extérieur en trois semaines (après TCU).

3. C’est un thème récurrent depuis le début de saison : la défense des Nittany Lions possède des lacunes sévères et cause en partie la défaite de son équipe.

4. La défense aérienne inexpérimentée de Ohio State n’est pas forcément meilleure, allouant beaucoup trop de gains majeurs et commettant trop de fautes pour être d’un soutien correct à un front-seven qui monte en puissance.

5. Le vainqueur de cette opposition remporte la conférence Big Ten depuis deux ans (Penn State en 2016 et Ohio State en 2017). Doit-on désormais s’attendre à la passe de trois pour les Buckeyes, malgré les ombres de Michigan State, Wisconsin et Michigan encore au calendrier ?