Il fallait que cela sorte au milieu d'une situation actuelle très malsaine.

J’écris ce papier par rapport à mon ressenti depuis un petit moment sur la situation actuelle en NCAA.

Malgré les nouvelles accusations et les nouvelles preuves amenées par l’investigation sur le système de corruption du FBI, mon opinion sur le fait de payer les « joueurs » ne change pas : ce serait une très mauvaise idée.

Je sais que beaucoup de monde ne partage mon avis sur la question. Mais c’est ainsi que je vois les choses.

L’enquête menée par le FBI a fait grand bruit un peu partout dans le monde du sport universitaire. La découverte de pots-de-vin dans le recrutement des lycéens n’est pas nouveau, mais on possède dorénavant la preuve (que ce soit audio ou même écrite) qu’il s’agit de quelque chose qui se pratique de manière assez régulière.

Cependant, ce sont les mêmes universités dont le nom revient dans ces affaires : Kentucky, Duke, Arizona et j’en passe. Que des programmes qui réalisent des millions de bénéfices par an, de part les revenus médiatiques, les performances liés aux équipes dans les différents sports et les contrats de sponsoring.

Mais en face, d’un autre côté, vous retrouvez les mid-majors, qui ne génèrent pas autant de revenus que ces gros programmes mais qui arrivent tout de même à performer et à recruter des prospects de talent, année après année.

Si l’on autorise les joueurs à percevoir un salaire, le gouffre entre les mid-majors et les conférences du Power Six ne fera que continuer à grandir puisque les revenus ne sont pas équivalents. Et rien ne changera.

Cela vaut-il vraiment le coup de réinstaurer ce genre d’inégalités ? Je ne pense pas.

Rappelons tout de même que les athlètes-étudiants (et j’insiste bien sur la notion d’étudiant), lors de leur signature dans une université, ne payent aucun frais de scolarité, ni même de frais annexes comme la nourriture, le logement ou même les livres scolaires. Vous allez me dire que ce n’est pas de l’argent pur qui tombent dans la poche des joueurs, mais faisons un rapide calcul.

$72.000 pour faire une année scolaire du côté de Duke (université privée) $28.000 du côté de Kentucky (université publique). Pour l’année 2017-18, on peut compter sur une moyenne de $35.420 par étudiant pour intégrer une université américaine. En sachant que pour une équipe de basketball, 13 bourses d’études existent ; et ce n’est sans compter les 85 bourses d’études que compte le football ainsi que les dizaines d’autres sports universitaires.

Oui, la NCAA ne se limite pas au basketball et au football. Du lacrosse, du baseball, de la lutte, du golf, de l’athlétisme et j’en oublie, cela fait quand même un coût très important pour l’université mine de rien, et cela chaque année.

Vous allez me dire : « oui, c’est vrai, mais bon, les écoles gagnent des millions sur le dos des joueurs ».

On ne peut pas le nier, les athlètes-étudiants jouent le rôle de vaches à lait.

Mais quand j’entends certains parler « d’esclavagisme » par exemple, je trouve cela démesuré. Encore s’ils devaient payer les frais de scolarité, là je pourrais vous rejoindre sur ce point, mais non. De plus, on n’y pense pas forcément, mais chaque année, un joueur reçoit un sac plein de vêtements et de chaussures de la marque qui sponsorise l’université. Un des nombreux avantages d’être un athlète-étudiant.

Ce qui me gêne, outre le fait que les mid-majors risquent encore de trinquer (j’en reparle plus tard), c’est surtout pour les étudiants lambda de chaque université.

Déjà que l’on sait qu’une petite majorité des sportifs possèdent quelques aides sur le plan scolaire (le mythe du nerd attitré est un peu surfait, mais…), si en plus on les paye, cela peut créer un fossé d’autant plus grand entre les étudiants et les athlètes-étudiants au sein même de l’université.

Et on sait que cela peut dégénérer assez rapidement dans ce genre de situation.

Et puis, en tant que défenseur des mid-majors, je suis contre le fait de payer les joueurs.

Pourquoi ? Comme j’ai pu le dire un peu plus haut, les revenus générés ne sont pas les mêmes que pour les programmes issus des conférences du Power Six. Et si l’on instaure un système de paiement, les grands joueurs iront jouer pour les grandes universités et rien ne changera…

Les mentalités commencent à évoluer depuis deux ans, avec d’excellents prospects qui n’hésitent pas à rejoindre des programmes moins prestigieux afin de rester proche de leur famille etc.

Malheureusement, installer un système de paiement risque de revenir à la situation où les cadors rafflent chaque prospects intéressants, laissant des miettes aux mid-majors, incapable de se défendre sur le terrain de l’argent.

De plus, je me questionne sur le paiement : est-ce que les universités fixeront elles-même leur salaire ? Aura-t-on des différences énormes entre la future superstar, prospect 5-étoiles, et le joueur lambda du bout de banc ? Là-aussi, cela risque de créer des tensions comme à chaque fois qu’il est question d’argent et d’inégalité.

Un revenu de base instauré par la NCAA elle-même serait l’idée la plus crédible sur le long terme, pour tout le monde au sein de la Division I. Mais on sait bien qu’il y aura toujours des magouilles pour attirer les gros prospects, avec des petits pots-de-vin pour certains…

Et l’on revient à la case départ.

Ce qui me semble le plus honnête, c’est de récompenser les athlètes-étudiants avec un petit bonus de fin de saison, une sorte de pourcentage final sur les revenus générés par leur équipe sur la totalité de la saison. Comme un pourcentage de 15-20% à se partager entre coéquipiers et les différents sports.

A mon sens, offrir un salaire serait une très mauvaise idée !

Je tiens à dire que les athlètes-étudiants savent dans quoi ils s’embarquent lorsqu’ils signent leur National Letter of Intent (déclaration officielle de la NCAA afin de conclure leur appartenance à une université). Ils savent pertinemment qu’ils arrivent sur le campus pour gagner et se montrer pour leur carrière future.

La NCAA n’est rien de plus qu’un tremplin, ce n’est pas nouveau, du moins pour une majorité des joueurs. Ils savent qu’ils n’auront aucun centime à débourser durant leur(s) année(s), que ce soit pour le logement, les cours, les vêtements et lors des voyages. La contrepartie reste que l’université profite de cette médiatisation pour ce faire un petit paquet d’argent.

C’est le business.

Et pour moi, c’est du gagnant-gagnant.

Effectivement, les affaires qui émergent sont très malsaines, et je dis merci au FBI pour mettre tout ceci au clair. Que les personnes étant dans ce système pourri jusqu’à la moelle en payent le prix cher (Sean Miller & co, par exemple) mais je le répète une dernière fois : payer les étudiants-athlètes avec un salaire ne fera pas disparaître les magouilles, au contraire même.

Cela risque de créer un fossé énorme entre les grandes et les petites universités. Et au final, qui sera perdant ?

Nous, adeptes des sports universitaires.