NCAA Logo Drapeau NIL 2021

C’est bon : la NCAA autorise les athlètes à être rémunérés pour leurs droits d’image à partir du 1er juillet

Une nouvelle ère (attendue) débute en NCAA.

La date du 1er juillet 2021 marque un tournant majeur dans l’organisation des sports universitaires. En effet, le “Board of Directors” de la NCAA a adoptée une législation qui autorise les athlètes-étudiants à profiter de leurs droits d’image et à obtenir une rémunération sans causer la perte de leur éligibilité universitaire ou une violation du statut d’amateurisme.

Dans les faits, elle révoque l’utilisation de la “Bylaw 12” du règlement sur l’éligibilité universitaire et le statut d’amateurisme. Cet amendement contraignait (en essence) toute rémunération et “bénéfice(s) illicite(s)” à une perte d’éligibilité pour les athlètes concernés. La nouvelle législation permet de contourner cette partie du règlement pour n’importe quel avantage monétaire en lien avec les droits d’image.

C’est un jour important pour les athlètes universitaires, puisqu’ils sont tous en position de profiter d’opportunités en lien avec leurs droits d’image.

déclare le Président de la NCAA, Mark Emmert, dans un communiqué officiel de la ligue.

Cependant, la laisse n’est pas très longue.

Il faut savoir que tout bénéfice monétaire lié à une participation sportive ou dans le but de séduire une recrue pour s’engager auprès d’une université est toujours prohibé en dépit de cette ouverture. Toutes les contraintes n’ont pas disparu du jour au lendemain. Et, du point de vue du “pay-for-play”, ce n’est pas plus mal.

Ainsi, malgré l’adaptation restreinte du règlement, l’ensemble des 460.000 athlètes-étudiants affiliées aux Divisions I, II et III se trouvent enfin en position de profiter de leur nom, image et silhouette.

Ouvrez bien les oreilles et lisez à voix haute, si nécessaire.

Tous les athlètes engagés en NCAA peuvent obtenir une rémunération grâce à l’utilisation de leur nom et leur image. Oui, tous les athlètes universitaires. Qu’ils soient connus/populaires ou non. Qu’ils participent à un sport à revenus, un sport médiatique ou un sport olympique. Que l’on parle d’un basketteur, d’une golfeuse, d’une volleyeuse ou d’un tennisman. Dédicace à @FranceGators.

Après, tous n’empocheront pas des revenus à 5 chiffres, dans le futur proche ou lointain.

Les profits comprennent, notamment et pas seulement, des contrats de sponsoring divers et variés, du merchandising associé à une marque personnelle, des apparitions monétisées auprès d’une entreprise locale ou nationale et des revenus acquis au travers de plateformes digitales.

En somme, des ventes de t-shirt avec son propre logo, des séances de signature d’autographes dans un restaurant local ou des revenus publicitaires en lien avec une chaine YouTube.

Une législation temporaire, restreinte et inégale apportée par la NCAA

La ligue universitaire a trainé les pieds jusqu’au dernier moment pour entrer dans un nouveau paradigme inévitable, qui a pris forme depuis plusieurs années, au fil de l’évolution du paysage sportif universitaire en faveur des athlètes.

Elle a implémentée cette législation à la veille de l’entrée en vigueur de lois adoptées par une dizaine d’Etats (14). Littéralement. Celles-ci ont forcé la main (volontairement lente) de la NCAA à agir et à contenir les velléités étatiques ; qui ne sont pas identiques et plus ou moins agressives pour attirer les athlètes. Face à la pression, la gouvernance de la ligue a pris une masse et a détruit le mur de lois obsolètes derrière lequel elle se cachait depuis des décennies.

Attention : la législation implémentée par la NCAA est toutefois temporaire.

La ligue universitaire ne souhaite pas se battre face à une multitude de lois différentes et espère toujours “négocier” une législation au niveau fédéral auprès du Congrès des Etats-Unis.

De plus, la NCAA ne se mouille pas trop.

Elle s’attaque uniquement aux revenus liés aux droits d’image des athlètes-étudiants et laisse de côté tous les autres sujets abordés par les Etats et le Congrès. Tels que les bénéfices en lien avec l’éducation, avec la santé ou avec la formation de représentation légale de groupe.

L’évolution actée par la NCAA ne s’éloigne pas du modèle de gouvernance envisagé par la NCAA en avril 2020, vis-à-vis de la rémunération des athlètes-étudiants pour leurs droits d’image, que Midnight on Campus avait vulgarisé.

Le règlement universitaire subit un coup de jeune afin de “prendre en compte un nouveau paysage médiatique et promotionnel”. La nouvelle législation permet ainsi “d’autoriser les athlètes-étudiants à être rémunéré pour des accords avec des entreprises externes (à la NCAA et aux universités ; ndlr)”, qu’ils soient “liés ou séparés de l’univers sportif”, sur la base du nom et de l’image des athlètes-étudiants. 

Ils pourront également percevoir de l’argent au travers d’autres opportunités acquises via “les réseaux sociaux, des entreprises qu’ils ont démarré eux-mêmes et des apparitions personnelles”.

La législation adoptée par la ligue universitaire demeure également vague et incomplète (et c’est voulu).

Elle laisse un pouvoir important aux universités afin de jouer le rôle de policier. Les écoles doivent en effet contrôler le respect du règlement universitaire amendé et vérifier que les contrats signés par les athlètes restent en conformité avec les lois adoptées par leur Etat de résidence.

Les universités sont bien évidemment anticipées une telle situation et ont mis en place des processus afin de couvrir leurs arrières et ceux de leurs athlètes.

Chaque athlète doit partager n’importe quel accord réalisé en lien avec ses droits d’image auprès de son université et des limites existent, en fonction de leur Etat de résidence. Par exemple, de nombreux Etats ont prohibé les contrats afin de promouvoir la consommation d’alcool, les jeux d’argent ou bien en lien avec les métiers du sexe.

La nouvelle législation apporte aussi une couverture pour les universités qui se situent dans des Etats qui n’ont pas implémentés de lois sur les droits d’image des athlètes universitaires. Les écoles en question peuvent créer leurs propres structures légales ; alors que les autres suivront les directives de la NCAA et de leur Etat de résidence.

Si vous êtes malins, vous avez déjà compris le problème.

Une multitude de législations différentes entre Etats et universités elles-même.

Des inégalités existent déjà d’un Etat à l’autre. Et la NCAA, avec sa propre législation, ajoute une épaisseur supplémentaire au gâteau. Sans oublier que les universités écrivent dès à présent leurs propres politiques en fonction de ce que leur Etat de résidence leur permet de mettre en place.

C’est le seul chemin pour la NCAA. Ils ont besoin de chaos. Il s’agit du seul moyen qu’ils ont pour introduire une législation fédérale plus rapidement.

explique Blake Lawrence, Président de Opendorse, une des plus grandes entreprises sur le terrain des droits d’image, à Sports Illustrated.

“Une fois que le dentifrice est sorti, tu ne peux pas le remettre dans le tube.”

Jusqu’au mois dernier, la NCAA employait toutes ses forces dans la bataille pour conserver un environnement inégal, obsolète et antique.

La Cour Suprême n’a rendu son verdict que la semaine passée. La ligue argumentait, en essence, pour un maintien de la situation face à la plus haute instance gouvernementale américaine. Toutefois, les “sages” de la Cour Suprême ont taclé le statut d’amateurisme à l’unanimité (9-0) et ont asséné un ultime coup sur la fondation du monopole de la NCAA.

Cette défaite a forcé la ligue à revoir sa copie.

Et la gouvernance universitaire a changé son fusil d’épaule face à une impasse.

Les dizaines de législations votées et adoptées par les Etats, avec la Californie en premier instigateur dès 2019, ont également causé des dégâts à la structure universitaire. Elles auraient dû être une alerte prise au sérieux bien plus tôt. Mais, avec la pression de l’entrée en vigueur de 14 législations étatiques au 1er juillet, la NCAA n’avait plus de corde à son arc brinquebalant.

Le désir d’entériner à temps une législation fédérale auprès du Congrès a échoué.

Elle a donc été forcée de concéder une défaite historique et a succombé au mouvement de rémunération des athlètes lancé depuis des décennies.

Une fois que le dentifrice est sorti, tu ne peux pas le remettre à l’intérieur du tube.

précise Bryce Choate à Sports Illustrated, ancien athlète au sein du programme d’athlétisme de Oral Roberts et actuel représentant des athlètes auprès du “Division I Council” de la NCAA.

Mais, dans quelle direction se dirige le paysage des sports universitaires ?

Excellente question. Personne ne le sait encore vraiment. Tout le monde navigue à vue et explore un univers inconnu au sein duquel les nouveautés, surprises et découvertes sont quotidiennes. Et la litanie de législations différentes entre Etats n’arrange pas la maitrise et/ou le contrôle d’un tel business aussi énigmatique que profitable.

A l’aube d’un nouvelle ère, il s’agit bien de la plus grande difficulté… et de la plus belle opportunité pour modeler et développer, pas à pas, un paysage flambant neuf.

Bien que la base de toutes les législations est à peu près identique, Ross Dellenger de Sports Illustrated rappelle que les détails varient grandement d’un Etat à l’autre.

Les recrues ne peuvent pas profiter de leurs droits d’image dans l’Etat du Mississippi. Une éducation sur les droits d’image est obligatoire dans l’Etat de Floride. Une liste assez longue d’entreprises prohibées (en lien avec les jeux d’argent ou la consommation d’alcool et de drogue) existe dans l’Etat du Texas. Et, dans l’Etat d’Alabama, les athlètes doivent partager leurs contrats à l’avance auprès de leur université pour que celle-ci donne son approbation (ce qui est valable dans une multitude d’autres Etats, par ailleurs).

Qui des athlètes ou des universités peut en profiter le plus ? Qui est avantagé et qui est désavantagé ? Est-ce que cela peut rebattre les cartes du recrutement et, si oui, de quelle façon ? S’agit-il d’un nouveau missile dans la course à l’armement entre superpuissances universitaires ?

Une chose est certaine : les bureaux de conformité (ou “compliance” pour les experts) de chaque université croulent déjà sous le travail. Et cela n’ira pas en s’améliorant.

Donc, beaucoup de questions et peu de réponses… à l’heure actuelle.

Hormis la crème de la crème (du paysage universitaire ; ndlr), aucune des écoles n’est prêt pour cela. Tout le monde sous-estime le défi dont il s’agit.

précise Blake Lawrence à Sports Illustrated.

Le plus grand bénéfice ? Pour les sports non-médiatisés et les femmes

A l’image de l’attention médiatique habituelle en NCAA, on ne parle que des ressorts lucratifs à disposition des athlètes de football et de basketball masculin pour signer des contrats (hypothétiques) de 5 ou 6 chiffres.

Sauf qu’ils ne sont pas les grands gagnants de cette législation, a priori.

Il faut plutôt porter le regard sur les athlètes féminines et les athlètes les plus influents de sports olympiques, qui ne sont pas autant médiatisés aux Etats-Unis que le football ou le basketball masculin. Ils ne sont pas non plus aussi connus que Trevor Lawrence, Justin Fields, Jalen Suggs ou Cade Cunningham. Mais, leur support médiatique sur les réseaux sociaux est très puissant, encore plus que ces derniers, et leur permet de faire valoir une excellente arme de marketing.

Cette situation est d’autant plus prégnante vis-à-vis des athlètes féminines.

Dans certains cas, elles possèdent des revenus potentiels supérieurs à leurs homologues masculins. Dès lors qu’on parle de branding, le nombre de fans engagés avec un athlète sur les réseaux sociaux peut être plus essentiel que leurs statistiques ou l’exposition médiatique de leur sport.

rend compte Michelle Kauffman du Miami-Herald.

Les jumelles Haley et Hanna Cavinder, basketteuses à Fresno State, possèdent 3.3 millions de followers sur TikTok et plus de 500.000 followers combinés sur Instagram. Une telle base pourrait leur permettre d’empocher des centaines de milliers de dollars rien qu’en contrats de sponsoring sur les réseaux sociaux. Et, dès le 1er juillet, elles ont signé un contrat avec Boost (un opérateur téléphonique) pour apparaitre sur un écran géant de Times Square à New York.

La gymnaste de LSU, Olivia Dunne, est l’athlète la plus suivie du paysage universitaire (oui, tous sports confondus) avec plus de 3.9 millions de followers sur TikTok et plus de 1.1 millions de followers sur Instagram.

Et, on ne peut pas s’empêcher de penser au programme de gymnastique féminine de UCLA.

En plus de la médiatisation régulière du programme grâce à des moments viraux assez récurrents, les routines basées sur la “Black Excellence” de Nia Dennis (suivie par environ 600.000 followers sur Instagram) ont déjà tourné sur les ondes. Et l’une des vidéos virales a accumulé plus de 11 millions de vues sur YouTube.

Je sais que cela été un sujet plutôt controversé, mais, c’est une bonne chose que les athlètes-étudiants soient en position de profiter de leurs droits d’image.

On a mis beaucoup d’efforts afin de promouvoir la marque de nos universités. Et, maintenant, on peut utiliser notre valeur marchande pour faire connaître notre nom et promouvoir notre sport.

avoue Taylor Burrell, volleyeuse actuelle à Miami (FL) qui profite déjà d’un contrat de sponsoring, au Miami-Herald.

Nombreux sont les athlètes-étudiants à avoir signé des contrats et être rémunérés pour leurs droits d’image, à peine 24 heures après l’autorisation légale de la NCAA et des Etats.

Ce n’est que le début.

La ligue universitaire s’est résolue à accepter une ouverture contre-nature (pour elle) vers les athlètes, par le biais d’un modèle temporaire mais plus libéral et permissif que jamais dans son histoire. On ne reviendra pas en arrière. Tout le monde l’a bien compris.

Il suffit juste de définir les termes du nouveau contrat social. “Let the fun begins”.