Reverser un pourcentage du droit sur l'image aux athlètes ? Rien de très farfelu.

A New York, fin septembre, le FBI tenait une conférence de presse suite à une longue investigation au coeur du système de fonctionnement de la NCAA, et notamment le basketball.

Les fédéraux américains annonçaient avoir arrêté quatre personnes : Chuck Person (Auburn), Lamont Evans (Oklahoma State), Emanuel Richardson (Arizona) et Tony Bland (USC), tous entraineurs assistants. La suite ? Rick Pitino était mis à la porte, plusieurs joueurs à travers le pays revenaient sur leurs engagements, la NCAA retirait le titre national de Louisville obtenu en 2013 et, surtout, un système qui fait débat depuis des années se trouve sur la sellette.

Pourtant, cette saison 2017-18 s’annonçait spéciale de par la nouvelle classe de freshmen. Peut-être la meilleure depuis 10 ans. DeAndre Ayton, Marvin Bagley, Michael Porter Jr, Mohamed Bamba et bien d’autres.

On les attendait, et on n’a pas été déçu. A commencer par Trae Young, le gamin de l’Oklahoma qui a décidé de rester près de chez lui et qui a dominé aujourd’hui la Division I en points et passes décisives pendant toute la première partie de saison.

Finalement, au moment de regarder dans le rétroviseur, cette saison aura été belle et spéciale… mais pas pour le basketball. Cette affaire de corruption révélée par le FBI a mis le feu aux poudres au paysage du basketball universitaire en révélant un secret de Polichinelle au monde entier.

Oui, certaines universités payent les joueurs et/ou leurs familles pour qu’ils jouent sous leurs maillots.

Oui, des agents, avec l’espérance de voir signer ces joueurs avec eux plus tard, leur offrent leurs services.

C’était connu, on savait même pour les sommes souvent… Les agents avec qui vont signer les jeunes, c’était su dès le lycée en général, » me racontait un scout contacté suite aux révélations de Yahoo Sports.

Mais peut-on taper sur ces joueurs d’accepter d’entrer dans un tel “contre-marché” ? Honnêtement, pas vraiment.

La NCAA est un business, avant tout

Le système de fonctionnement de la NCAA fait énormément parler. N’importe quel joueur voulant jouer pour une université, un jour, ne doit être en contact avec aucune personne hors du personnel universitaire. Or, comme le football ici en Europe, tous ces jeunes sont scrutés depuis un bail et des agents prennent contact avec eux ou les parents rapidement.

C’est du business avant tout. Maintenant, le point qui fait le plus débat : le statut d’amateur.

Tous les joueurs qui foulent un parquet universitaire ne touchent absolument rien. Or sans eux, la NCAA ne pourrait pas signer des contrats mirobolants avec les différentes chaînes de télévisions américaines.

Deux exemples : ESPN paie $5.6 milliards afin de pouvoir diffuser les matchs du College Football Playoff pour un contrat de 11 ans (2014-2025). De son côté, CBS débourse $8.8 milliards pour le droit de diffusion de la March Madness jusqu’en 2032.

Certes, en contre partie, ces athlètes-étudiants ont de nombreux avantages dont un accès à des infrastructures hors-normes mais les sacrifices sont eux aussi énormes.

Il ne faut pas oublier une chose : seul 2% des athlètes-étudiants ont la chance de signer un contrat avec une équipe professionnelle, américaine ou étrangère. La NCAA le sait. Une nouvelle fois, peut-on réellement tomber sur ces joueurs et leurs familles ? Difficile.

Comme l’instance américaine, les joueurs font eux-aussi du business.

L’hypocrisie de la NCAA commence ici. Elle refuse de rendre à ces joueurs ce qu’il leur revient de droit : c’est à dire une image. Une image dont profite allègrement la NCAA puisque pour elle, les joueurs ont avant tout un statut d’amateur.

Alors quand elle rend inéligible un garçon, Braxton Beverly, pour avoir été en cours dans une école quelques semaines avant de finalement demander son transfert à cause du limogeage de son entraîneur, on est en droit de rigoler.

Une hypocrisie que John Oliver (HBO) explique très bien, avec humour :

La NCAA tient au statut d’amateur. Beaucoup. Trop, peut-être.

Dans un procès, un ancien athlète-étudiant, Lawrence Livers, fait savoir que les détenteurs de bourses universitaires doivent être payé. Son angle d’attaque ? Les étudiants-athlètes travaillent pour l’université et doivent ainsi recevoir un salaire pour ce travail au vu des heures passées (entraînements et matchs).

La réponse de la NCAA pour démontrer qu’elle ne doit pas payer ses étudiants-athlètes est quelque peu osée. Cette réponse, un procès de 1992 : Vanskike vs. Peters.

Le premier est un prisonnier, le second est le directeur d’un centre pénitentiaire. Ce prisonnier travaille pour la prison, et logiquement son avocat se sert de cette activité pour appuyer sa demande. Pour lui, en tant que travailleur, les prisonniers, quel qu’ils soient, doivent être payé au salaire minimum.

Finalement, le juge rejette cet argument en se servant du 13ème amendement de la Constitution américaine. Un amendement reconnu aux Etats-Unis puisqu’il a mis un terme à l’esclavage en stipulant que : “ni l’esclavage, ni le service involontaire, excepté si une personne est condamnée d’un crime, ne doit exister sur le sol américain ou tout autre lieu qui utilise sa juridiction.” 

Et comme l’écrit Shaun King sur The Intercept, qui a révélé cette histoire, une partie est importante : “excepté si une personne est condamnée d’un crime”.

La NCAA s’est servie à deux reprises de ce 13ème amendement dans différents procès. Deux procès remportées par l’association sportive américaine. La NCAA pense que ses étudiants-athlètes sont… des criminels.

Alors, peut-on vraiment tomber sur les joueurs ? Honnêtement, pas vraiment.

Finalement, la NCAA a elle-même créé ce “contre-marché” en profitant de l’image des joueurs.

Le semaine dernière, suite aux révélations de Yahoo Sports et ESPN, le président de la NCAA, Mark Emmert, a répondu à ces allégations. Une réponse qui, franchement, frise le ridicule :

Ces allégations, si elles sont vraies, montrent que le système ne fonctionne pas et qu’il doit être fixé et fixé maintenant si l’on veut que perdure le sport universitaire en Amérique. Tout simplement, les personnes avec un tel comportement n’ont plus leur place dans le sport universitaire. Ils sont une honte face à ceux qui respectent les règles. […]

Le conseil d’administration et moi-même sommes entièrement engagés afin de changer les choses et faire en sorte que toutes les personnes impliquées dans le sport universitaire fassent preuve d’intégrité. Nous continuerons également de coopérer avec les fédéraux afin de punir ces personnes sans scrupules qui cherchent à exploiter le système de façon criminel.”

Comment peut-il oser parler de punir les personnes inculpées quand la NCAA, elle-même, n’est pas capable de rendre un verdict adéquat suite, par exemple, à l’affaire de North Carolina ? L’université de Carolina du Nord était accusée de fournir de fausses présences et de fausses notes à différents athlètes-étudiants pendant plusieurs années afin qu’ils soient éligibles à la pratique du sport universitaire.

Comment peut-il parler de criminels quand la NCAA, encore elle, a couvert Michigan State pendant plus d’une décennie dans l’affaire d’agressions sexuelles qui touche en ce moment l’université ? dans cette affaire, la NCAA était au courant de ces agressions sexuelles depuis le début des années 2000 mais n’a pas jugé bon de faire quoi que ce soit pour arrêter cela. aux grands désarrois de centaines de jeunes femmes.

Mais ceci, est encore autre chose. Et qui ne touche en aucun cas l’affaire que nous étudions. Revenons à nos moutons.

Aujourd’hui que ce système est connu du grand public, que va devenir la NCAA et un système de corruption qui ne répond pas à son règlement ? C’est la question que je me pose.

Il est clair que Mark Emmert, président de la NCAA, et ses conseillers doivent trouver une solution pour changer les choses. Autrement, la logique même du sport universitaire tombe à l’eau. Il ne faut pas l’oublier, en décidant de prendre le chemin d’une université, ces jeunes hommes sont d’abord des étudiants et des représentants de leurs écoles avant d’être athlètes.

Mais alors, quelles solutions ?

La balle est dans votre camp, Mark Emmert

Un “salaire” croissant selon l’ancienneté identique pour toutes les universités ? Reverser un pourcentage des contrats de diffusion aux joueurs ? Se calquer sur le système olympique ? Les idées sont multiples pour une situation qui ne correspond plus à son époque.

Je ne développerai qu’un seul des exemples ci-dessus : le système olympique.

Aux Etats-Unis, de nombreux athlètes participant aux Jeux Olympiques sont encore à l’université ; Katie Ledecky est l’exemple le plus connu. Or, les médailles remportées aux Jeux Olympiques rapportent de l’argent aux athlètes. de l’argent que normalement les étudiants ont interdiction de percevoir.

Pour contourner cela, depuis 2001, il existe le “Operation Gold Program” qui permet à ces étudiants médaillés de recevoir leur dû.

Le fonctionnement est simple : en accord avec la NCAA, et selon les performances, le comité olympique américain verse les primes dues par échelonnement sur l’année scolaire suivante. Du coup, suite à ses médaillés remportées en natation aux Jeux Olympiques de Rio (quatre en or et une argent), Katie Ledecky a reçu $115 000 entre septembre 2016 et mai 2017 alors qu’elle n’était que freshman à Stanford.

Au total, grâce à ce système, les étudiants-athlètes américains ayant participé aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 ont perçu pas moins de $1.3 millions. Une somme qui monte à $2.1 millions lorsque l’on compte les étudiants étrangers. Depuis 2015, la NCAA permet aussi aux étudiants-athlètes étrangers médaillés olympique de profiter de ce système.

Ici, en suivant ce système olympique, il n’est pas farfelu de penser que la NCAA peut reverser un pourcentage sur le droit d’image des athlètes (télévision, affiches, etc…).

Nul doute que cette affaire fera bouger les choses dans les prochains mois. Mais attention, si une solution doit être trouvée, elle doit respecter tout le monde, universités et joueurs. Il n’est pas question de se retrouver dans quelques années avec un gouffre entre les “meilleurs” programmes et les autres ou pire encore, de nouveau un scandale généralisé.

Néanmoins, la NCAA doit aussi jouer avec un élément non négligeable : la NBA.

Si le one-and-done existe, c’est à cause de la ligue professionnelle américaine qui oblige les joueurs voulant se présenter à la Draft d’attendre leurs 19 ans. Une règle susceptible de changer dans les mois à venir.

Mark Emmert, à vous de jouer afin d’éclaircir le futur de la NCAA. La balle est désormais dans votre camp.