Cette saison légendaire d'Indiana ne se serait jamais déroulée sans une défaite préalable.

Bienvenue dans les Throwbacks de Midnight on Campus !

Mais que sont les Midnight Throwbacks ? Et bien tout simplement la chronique à travers laquelle nous vous ferons revivre les plus grands moments, les plus belles équipes, les meilleurs joueurs de l’histoire de la NCAA.

Au programme de ce premier épisode, les éternels Hoosiers d’Indiana de 1975-76, champions nationaux en ayant perdu aucun match. Depuis, nombreuses sont les équipes ayant tenté de reproduire cet exploit. Mais aucune n’y est parvenu. Sans plus attendre, rentrons dans les détails de cette exceptionnelle saison.

Avant l’invincibilité, la désillusion

Il faut revenir un an en arrière pour comprendre le début de la magnifique épopée de ce groupe.

Lors de la saison 1974-75, les Hoosiers étaient déjà les hommes à abattre, terminant la saison régulière sur un bilan parfait de 29 victoires pour 0 défaites, et remportant leurs deux premiers matchs lors de la March Madness.

Et si Scott May, alors joueur star de l’équipe, ne s’était pas cassé le bras lors du dernier match de saison régulière, Indiana ne se serait sûrement pas incliné face à Kentucky (92-90) en finale de la région Mideast, tant l’équipe était dominante. Elle s’était d’ailleurs déjà imposée face aux Wildcats plus tôt dans la saison, sur un score sans appel de 98 à 74. Hélas, la blessure de May le limite en temps de jeu, et le rêve de titre d’Indiana prend fin aux portes du Final Four.

Scott May et ses coéquipiers reviennent donc la saison suivante avec le titre de champion comme seul objectif. La suite est gravée dans les livres d’histoire.

Il est important de noter que chaque joueur présent lors de la campagne victorieuse en 1975-76 était déjà dans l’équipe lors de la désillusion de 1974-75. Pas besoin d’aller chercher très loin pour comprendre l’esprit de revanche qui habitait le groupe en 1976, ainsi que la volonté de chercher le titre qui lui semblait promis l’année précédente.

Malgré tout, Bobby Knight a toujours affirmé que l’équipe ayant terminé avec un bilan de 31-1 en 1974-75 est la meilleure qu’il ait jamais eu sous ses ordres. Mais c’est bien en 1976 que les Hoosiers terminent la saison sur la plus haute marche, laissant la colonne des défaites totalement vierge. Sans rien enlever à la performance de l’équipe de 1975, c’est bien des champions de 1976 dont tout le monde se rappelle.

Et finalement, comme le dit si bien Quinn Buckner, alors capitaine : “Les gens essayent encore de trouver un moyen de battre cette équipe“.

Bobby Knight, head coach de légende

Comment présenter l’exploit d’Indiana sans présenter le chef d’orchestre du groupe, le légendaire Bobby Knight. Celui que l’on surnomme “Le Général” aura été à la tête des Hoosiers de 1971 à 2000, les menant à trois reprises au titre de champion national (1976, 1981 & 1987). Ces trente années au sein de l’Indiana sont précédées d’un apprentissage du métier sur les bancs de l’Army (1965-71) et suivies d’une fin de carrière au soleil à la tête de Texas Tech (2001-08).

Le chemin menant au titre, Bobby Knight le connaissait bien avant de devenir head coach. En 1960, il devient champion national en tant que joueur sous le maillot des Buckeyes de Ohio State, l’équipe de son état natal. Cette première campagne victorieuse s’est faite aux côtés notamment de la future légende des Celtics de Boston, John Havlicek.

En 1984, il est nommé à la tête de l’équipe nationale des États-Unis pour les Jeux Olympiques de 1984 se déroulant aux USA.

Et c’est avec un groupe uniquement composée de joueurs universitaires (à l’époque, les Etats-Unis n’envoyaient pas de joueur professionnels aux JO) qu’il remporte la médaille d’or olympique, en battant l’Espagne en finale ; une équipe d’Espagne qui avait d’ailleurs éliminé la mythique Yougoslavie (championne olympique en 1980) en demi-finale. Les jeunes Patrick Ewing, Michael Jordan ou encore Chris Mullin étaient d’ailleurs sous ses ordre lors de cette compétition.

(Crédit : Jonathan Daniel – Allsport)

Désormais retraité, Bobby Knight totalise 902 victoires sur les bancs universitaires, tout simplement le plus grand total de l’histoire au moment où il s’est arrêté. Il s’est depuis fait dépasser par son ancien disciple Mike Krzyzewski (Duke), qu’il a eu sous ses ordres en tant que joueur à l’Army ainsi qu’en assistant à Indiana lors de la fameuse désillusion de 1975. On parle ici de deux des meilleurs head coaches de l’histoire du basketball, tout deux champions universitaires et Olympiques.

L’histoire nous apprend que de tels exploits s’accompagnent très souvent d’une personnalité hors du commun. Et avec son fort caractère, Le Général n’échappe pas à la règle.

Parmi ses nombreux faits d’armes, on note une chaise lancée sur le terrain suite à un désaccord avec un arbitre, une arrestation pour agression ou encore de régulières altercations avec des journalistes. Mais malgré ce fort caractère, Bobby Knight reste un entraineur irréprochable : aucune de ses équipes n’a été sanctionnée par la NCAA pour entorse au règlement des recrutements, falsification de documents académiques ou autre scandale que l’on a l’habitude de voir éclater au grand jour.

Véritable légende du basketball, l’un des meilleurs entraîneurs de tous les temps, Bobby Knight est logiquement entré au Basketball Hall of Fame en 1991 ainsi qu’au College Basketball Hall of Fame en 2006.

Et il est bien évidemment l’une des raisons principales du succès retentissant d’Indiana en 1976.

Un cinq majeur ultra-dominant

Au cours de cette saison, Indiana survole le monde du basket universitaire, remportant ses matchs avec 18 points d’avance en moyenne, grâce notamment à une attaque des plus efficaces, inscrivant 82 points par match à 52% de réussite.

De l’autre côté du terrain, les hommes de Bobby Knight sont tout aussi excellents, n’encaissant que 64 points en moyenne. La défense de fer imposée par les titulaires n’y est pas étrangère.

À la tête de ce cinq majeur, on retrouve l’ailier Scott May avec ses 23.5 points à 53% de réussite, 7.7 rebonds et 2.1 passes décisives par rencontre. Il s’adjuge sans aucune discussion possible les titres de Big Ten Player of the Year et National Player of the Year. À ses côtés, l’imposant pivot Kent Benson, véritable patron des raquettes tout au long de la saison : 17.3 points, 8.8 rebonds et 1.6 passes décisives en moyenne.

Quinn Buckner était chargé de diriger ce beau monde, pour sa quatrième et dernière saison sous le maillot des Hoosiers. Meneur de jeu et capitaine, il compile 8.9 points et 4.2 passes décisives par match. Ces statistiques sont légèrement inférieures à ses moyennes en carrière, mais c’était dans le but de laisser briller May et Benson, inarrêtables tout au long de l’année.

L’arrière Bob Wilkerson (7.8 points, 4.9 rebonds et 5.3 passes) et l’ailier Tom Abernathy (10 points, 5.3 rebonds et 2 passes) viennent compléter ce cinq majeur de légende.

Quatre d’entre eux ont d’ailleurs réalisé le grand saut en NBA par la grande porte. Lors de la Draft NBA en 1976, Scott May est sélectionné en 2ème position par les Chicago Bulls, Quinn Buckner en 9ème position par les Milwaukee Bucks, et Bob Wilkerson en 11ème position par les Seattle SuperSonics.

Un an plus tard, le premier choix des Bucks se porte cette fois-ci sur Kent Benson.

Un début de saison de haute volée

La désillusion de l’année passée est encore bien présente lorsqu’Indiana entame sa saison. Cet esprit de revanche fut assurément l’un des moteurs du succès des Hoosiers, qui ne perdent pas de temps pour montrer à tout le monde qu’il faudra encore compter sur eux. Et ce, malgré le départ de deux pièces maîtresses durant l’été : Steve Green, meilleur scoreur de l’équipe (16.5 points à 59.6% de réussite) ainsi que le “super sub” John Laskowski quittent en effet le campus suite à l’obtention de leur diplôme.

Les Hoosiers débutent leur saison par un match amical face à l’équipe nationale de l’URSS, championne olympique en titre. Le match est largement remporté 94-78 par les hommes de Bobby Knight, propulsés par un Scott May de gala (34 points à 13/15 au tir). Ce succès les place logiquement à la première place de l’AP Poll, place qu’il conserveront de la première à la dernière semaine de la saison régulière.

Indiana entame ses rencontres hors-conférence de la plus belle des manières, faisant tomber #2 UCLA – tenant du titre et champion pour la dixième fois en douze ans – sur le score de 84 à 64.

Nous parlerons en détail de la dynastie des Bruins dans un futur épisode des Midnight Throwbacks. Mais retournons auprès de nos Hoosiers, qui deux semaines plus tard, s’imposent successivement face à #8 Notre Dame (63-60) et #14 Kentucky en prolongation (77-68). Le reste de la première partie de saison se déroule sans embuches, et l’année civile se termine le 28 décembre sur une courte victoire face à #17 St. John’s (76-69) dans un Madison Square Garden plein à craquer.

La Big Ten, une formalité

Après neuf victoires en autant des matchs, place désormais aux matchs de conférence.

Il est temps pour Indiana, comme l’année passée, de s’adjuger le titre ; et pour la deuxième fois en deux ans, les Hoosiers réussissent ce qu’aucune autre équipe de la très relevée conférence Big Ten n’a réussi à faire : remporter l’ensemble des rencontres du calendrier de conférence.

Pour sa première sortie de l’année 1976, Indiana se fait très peur et ne s’impose que de seulement deux petits points (66-64) face à une équipe de Ohio State qui termina la saison à la dernière place de la conférence. Mais ce petit écart n’est finalement qu’une anecdote, tant les Hoosiers ont marché sur la Big Ten par la suite.

1er rang, en bas (gauche à droite): Bobby Wilkerson, Jim Crews, Scott May, Quinn Buckner, Tom Abernethy, Kent Benson; 2ème rang: manager Tim Walker, Rich Valavicius, Mark Haymore, Scott Eells, Wayne Radford, Bob Bender, manager Chuck Swenson; 3ème rang: head coach Bob Knight, assistant coach Harold Andreas, Jim Roberson, Jim Wisman, assistant coach Bob Donewald, assistant coach Bob Weltlich (Crédit : IU Archives)

Quelques jours plus tard, les Hoosiers s’imposent sur le parquet de #19 Michigan (80-74) dans un match très disputé. Lors de la seconde rencontre entre ces deux équipes, les Wolverines arrachent d’ailleurs la prolongation, mais c’est bien Indiana, une nouvelle fois, qui en sort vainqueur (72-67). Ces deux équipes se rencontreront une troisième et dernière fois au cours de la saison, en finale nationale.

Peu après, les Hoosiers se font tout de même une petite frayeur face à Purdue, par deux occasions : d’abord une courte victoire 71-67 à domicile, puis 74-71 à l’extérieur quelques semaines plus tard. Les autres matchs de conférence ne sont qu’une formalité : victoire 114-61 face à Wisconsin, 83-55 en déplacement à Illinois ou encore 101-81 contre Iowa.

La consécration

C’est donc ce cinq majeur présenté plus tôt qui, après une saison régulière gérée à la perfection, mena Indiana jusqu’au titre lors d’une March Madness 1976 qui ne fut pas de tout repos.

En effet, chacune des cinq équipes rencontrées furent classées dans le Top 10 de l’AP Poll au moins une fois au cours de la saison. Mais il en fallait plus que ça pour arrêter Bob Knight et ses hommes.

La Big Dance commence face à St. John’s, que les Hoosiers ont difficilement battu quelques semaines auparavant. Mais cette fois-ci, Scott May & co. n’ont pas l’intention de laisser une seule lueur d’espoir à leurs adversaires. La rencontre se termine sur un score sans appel de 90 à 70, et Indiana passe au tour suivant.

Lors du Sweet Sixteen, c’est Alabama qui se dresse sur le chemin du titre. Le Crimson Tide est d’ailleurs l’équipe ayant posé le plus de problème à nos Hoosiers durant cette March Madness, luttant jusque dans les dernières secondes pour au final s’incliner 74-69. Indiana accède alors à la finale régionale où elle affronte la solide équipe de Marquette, classée n°2 dans la région Mideast et n’ayant perdu qu’un seul match de l’année. Sans briller, les Hoosiers s’imposent 65-56 grâce à une défense toujours aussi solide.

Place désormais au Final Four, l’ultime étape de cette course au titre.

En demi-finale, les hommes de Bobby Knight font face à UCLA, champion en titre, pour la deuxième fois de la saison. Après s’être inclinés de 20 points lors de la première rencontre, les Bruins sont bien déterminés à prendre leur revanche pour filer en finale, qui aurait été leur onzième en treize ans. Mais à nouveau, la défense de fer des Hoosiers leur permet de s’imposer (65-51), limitant à seulement 51 points une équipe d’UCLA qui en marquait 83 en moyenne cette saison.

Le titre se jouera face à Michigan, qu’Indiana rencontre pour la troisième et dernière fois de l’année. C’est d’ailleurs la première fois de l’histoire que deux équipes de la même conférence s’affrontent en finale nationale. Cependant, le match ne commence pas de la meilleure des manières avec la rapide blessure à la tête de Bob Wilkerson.

Les Hoosiers sont à la peine : ils se retrouvent menés 35-29 après vingt minutes de jeu ; mais il était inconcevable pour l’équipe, après la saison passée, de s’incliner une nouvelle fois suite à la blessure de l’un de ses titulaires.

Au retour des vestiaires, c’est une toute autre histoire. Indiana reprend rapidement les devants et ne se fera plus rattraper, en jouant ce que de nombreux observateurs considèrent comme la plus belle mi-temps de leurs deux dernières saisons, au cours de laquelle les Hoosiers infligent un 57-33 aux Wolverines en seconde période, pour finalement s’imposer 86-68.

Après deux saisons exceptionnelles et une grosse désillusion, Indiana devient champion invaincu, en réalisant une saison parfaite. Véritable exploit que de nombreuses équipes ont tenté de reproduire, sans jamais y parvenir.

Ces Hoosiers de 1975-76 ont marqué l’histoire de la plus belle des manières, et resteront à jamais comme l’une des plus grandes équipes de l’histoire de la NCAA.