On imaginait cet été que la saison de Michigan s’arrêterait à nouveau avant le titre de conférence. Il se peut que nous ayons eu tort. 

Les Wolverines se positionnement à l’heure actuelle comme la meilleure équipe de la Big Ten devant Ohio State et Penn State, positionnée dans le Top-5 national en étant le seul programme de la Big Ten encore invaincu en conférence (7-1, 5-0). Une victoire dans deux semaines contre les Nittany Lions, à domicile, et il ne restera plus qu’à battre les Buckeyes, à Columbus, pour remporter la division Big Ten East et tenter de s’adjuger le premier titre de conférence depuis l’arrivée de Jim Harbaugh à Ann Arbor.

Certes, il s’agit d’une énorme marche à franchir, mais Michigan ne s’était pas retrouvé en si bonne position pour retrouver le sommet de la Big Ten depuis 2016, où une défaite controversée en prolongations contre Ohio State pouvait envoyer les Wolverines au College Football Playoff.

Mais bien plus qu’une simple position préférentielle pour la titre de conférence Big Ten, Michigan semble (enfin) avoir franchi un cap sur le terrain.

 

Michigan a inversé la tendance face aux grandes équipes

 

Les Wolverines, depuis plus d’une décennie, jouaient en position d’infériorité. Le programme n’existait sur la scène nationale dans l’ombre de son passé glorieux, telle une équipe capable de dominer une adversité plus faible mais qui s’effondrait dès que cette même adversité montait en puissance.

Le but du recrutement de Jim Harbaugh en tant que head coach était de relancer le feu au coeur du programme de football et de re-devenir compétitif lors des plus grands matchs.

Sauf que cette progression ne s’est pas faite en une seule nuit : Jim Harbaugh ne possèdait qu’un pitoyable record de 1-5 face aux rivaux de Michigan State et Ohio State, ainsi qu’un record ahurissant de 2-8 face aux équipes classées dans le Top-15 national, lors de ses trois premières saisons sur le campus de Ann Arbor. Et puis une révélation s’est produite cette saison.

La défaite à #12 Notre Dame, en ouverture de saison, n’augurait rien de bon pour inverser la tendance. Cependant, cette énième déception a forcé Jim Harbaugh à changer son gameplan… et les résultats sont plus que notables depuis lors. Si l’on enlève la sortie de route évitée de justesse à Northwestern, les Wolverines inscrivent une moyenne de 41,8 points par match tandis que la défense contient ses adverses à 12,3 points de moyenne. 

Et plus important encore, Michigan a remporté deux matchs d’une importance capitale, consécutivement.

 

 

Les Wolverines ont dévoré les Badgers de #15 Wisconsin au terme d’un match complet et dominateur des deux côtés du terrain (38-13). Cette victoire a permis d’éliminer les doutes persistants à propos des performances face aux meilleures équipes du pays. Et une semaine plus tard, ils ont appuyé sur la gorge de leurs ennemis de #24 Michigan State (21-7), à East Lansing, pour rompre une sorte de malédiction face à ses rivaux.

Le succès dans l’antre des Spartans, saupoudrée d’une haine retrouvée entre les deux programmes, est la première victoire à l’extérieur de Michigan contre un adversaire classé à l’AP Top 25 depuis 2006 (Notre Dame), effaçant une série de 17 défaites consécutives.

Jim Harbaugh a insufflé dans cette équipe une rage de vaincre et une solidité mentale que les Wolverines avaient perdu depuis (trop) longtemps. Mais ce n’est pas le seul fait majeur que le head coach a réalisé.

 

Enfin une équipe complète chez les Wolverines ?

 

La défense n’a jamais été un problème sous Jim Harbaugh, d’autant plus avec la présence de Don Brown en tant que coordinateur défensif. 

Troisième meilleure défense générale en 2015, deuxième sur les talons d’Alabama en 2016 et dixième en 2017 au cours d’une saison plus compliquée, selon les statistiques S&P+ de Bill Connelly. Michigan propose, à ce stade de la saison, la meilleure défense générale du pays d’après S&P+. 

La défense aérienne des Wolverines n’est peut-être pas la plus performante de la ligue, mais elle titille LSU, Auburn, Clemson et d’autres pour la première place. Vous voulez une preuve ? Il suffit de regarder les deux derniers matchs.

Contre Wisconsin, Alex Hornibrook a complètement déchanté et le quarterback des Badgers termine avec une ligne de statistiques déplorable : 7/20, 100 yards, TD, 2 INTs (après la dernière série du match où il lance 75 yards et un touchdown en garbage time). Et face à Michigan State, Brian Lewerke a sorti une des plus mauvaises performances de l’histoire de la Big Ten : 5/25, 66 yards. Les Spartans ont carrément été limité à 94 yards offensifs (0/12 sur 3rd down), soit le plus petit total offensif de la conférence depuis 1947.

Outre les performances défensives de haut vol, qui ne sont pas tellement surprenantes, la véritable clé du succès des Wolverines est le renouveau que connaît l’animation offensive.

Michigan possède (enfin) une bonne ligne offensive. Croyez-le ou non, cette escouade n’est plus une épine dans le pied de l’attaque et cette dernière s’en retrouve totalement transformée. Les 42 points de moyenne ne sortent pas de nulle part, derrière la révélation du senior Karan Higdon au poste de running back titulaire. 

Le jeu de course, si cher à Jim Harbaugh, revit avec l’aide du senior, non pas forcément en terme de statistiques pures (32ème meilleure attaque au sol du pays), mais surtout en terme d’efficacité. Le running back compile 831 yards, 6 TDs (et 6 matchs consécutifs à plus de 100 yards au sol) ; néanmoins, son apport se révèle très souvent être bénéfique pour les Wolverines.

Karan Higdon est relativement peu utilisé en début de match contre Wisconsin, en ouvrant tout de même le score avec un touchdown tout en puissance devant la ligne d’en-but. Il apparait enfin en masse au début de la seconde mi-temps, après que Shea Patterson ait ouvert la défense des Badgers en passant majoritairement avant la pause. Il parcourt 4 ou 5 yards à de multiples reprises, s’échappe pour 25 yards et permet à son quarterback de s’engouffrer pour un touchdown.

Le running back senior récidive à l’aube du dernier quart-temps en tranchant la défense des Badgers avec autorité, aidant Quinn Nordin à inscrire le field goal qui tue la partie (24-7). 

Même histoire face à Michigan State. 

Les Wolverines mettent d’entrée la pression sur les rivaux avec une réception de touchdown de Nico Collins, à la suite d’une série dominée par Karan Higdon à la course. On ne reverra quasiment plus le running back de la première période, alors que Shea Patterson tentait de faire sauter le verrou défensif des Spartans.

Après que la pluie se soit arrêtée, une période où les deux équipes balbutiaient leur football, le quarterback de Michigan trouve la faille et envoie superbement Donovan Peoples-Jones pour un touchdown de 79 yards. La série suivante, Karan Higdon obtient une multitude de ballons, récupère deux first downs et permet au fullback Ben Mason de tuer le match avec un nouveau touchdown (21-7).

Karan Higdon est une pièce maitresse de l’attaque de Pep Hamilton, coordinateur offensif des Wolverines. Le système offensif employé à l’heure actuelle est d’ailleurs la raison du succès récent de Michigan.

 

Shea Patterson porte l’attaque à un niveau supérieur

 

Jim Harbaugh aime attaquer à outrance avec le jeu dont il raffole et il veut obtenir des victoires à sa manière, pas d’une autre.

Le head coach des Wolverines veut produire un jeu très stéréotypé et tiré de la NFL, où l’attaque est physique, dominante avec une pléiade de formations à deux tight ends (et surtout un fullback) dans le but d’enchainer des séries de courses verticales et puissantes entre les tackles. Il veut montrer la force physique de son équipe et fatiguer les défenses adverses au fil de la rencontre.

Il veut par-dessus contrôler la ligne de scrimmage, et quand cela échoue, face aux meilleures équipes, Michigan est forcé de s’incliner.

Sauf que l’attaque construite par Jim Harbaugh est beaucoup plus compliquée qu’il n’y parait, avec une multitude de strates au sein d’une même action et d’une infinité de formations. Le quarterback peut donner le ballon à son running back, lancer le ballon pour un receveur sur play-action ou bien pour gagner des yards lui-même au sol. Il peut également mettre à profit les jet sweeps lorsqu’une action en contient. 

Exemple contre Northwestern : Shea Patterson peut filer le ballon à Ambry Thomas sur la jet sweep, il peut le donner à Karan Higdon pour un jeu au sol vertical, il peut solliciter Donovan Peoples-Jones sur le reverse run ou bien conserver la balle et se connecter avec Ambry Thomas sur une double play-action.

Bref, l’animation offensive de Michigan est complexe et ne peut être efficace qu’avec le succès de la ligne offensive. Jusqu’à aujourd’hui, tout va bien.

Pep Hamilton, arrivé l’an passé sur le campus d’Ann Arbor après plus de 10 ans en NFL, ajoute lui-aussi sa touche dans l’attaque des Wolverines. La plus importante est certainement l’inclusion de Shea Patterson.

Un système si complexe requiert un quarterback intelligent et efficace pour fonctionner à haut régime. Shea Patterson, qui a propulsé l’excellente attaque de Hugh Freeze à Ole Miss, montre qu’il en est capable si l’on observe le dernier mois de compétition (face à Maryland, Wisconsin et Michigan State). 

Lors des saisons passées, Michigan a éprouvé des gros soucis à développer son attaque car le quarterback ne pouvait pas apporter un danger suffisamment important dans le secteur aérien. Les défenses adverses remplissaient alors leur front-seven pour stopper la course, Wilton Speight ou Brandon Peters ne pouvaient pas faire la différence, et l’animation offensive des Wolverines se retrouvait ainsi bloquer au point mort.

Shea Patterson état toutefois plutôt décevant lors du mois de septembre, en n’ayant toujours pas trouver sa zone de confort. Et puis Pep Hamilton a trouvé une solution « magique » : profiter des qualités athlétiques de son quarterback.

Et quand cela fonctionne, le quarterback peut s’échapper pour 85 yards.

 

 

Avec un bras dangereux, Shea Patterson apportait une seconde couche à l’attaque des Wolverines. Avec des jambes dangereuses, Shea Patterson apporte une troisième couche à laquelle les adversaires doivent se soucier. Autant dire que les résultats sont probants. Michigan a éprouvé du mal en attaque lors des 6 premières rencontres, quand le quarterback apportait une moyenne de 3,8 portées par match. Face à Wisconsin et Michigan State, cette moyenne est passé à 8,5 portées et les Wolverines ont passé un cap en attaque.

Les qualités athlétiques de Shea Patterson sont démultipliées grâce à des concepts de « zone-read » ou des « RPOs », que Pep Hamilton a récemment intégré à l’animation offensive. Le coordinateur offensif l’a très bien compris et il laisse le choix à son quarterback de garder le ballon et à s’envoler pour un first down, lorsque que Michigan en a besoin.

Cet aspect est crucial pour Michigan : plus de versatilité et de diversité revient à plus de succès au sein de l’attaque. C’est aussi simple que cela.

Il s’agit d’un cercle vicieux. Les défenses ne peuvent plus seulement défendre les running backs, au risque de subir les foudres du quarterback dans les airs. Si elles défendent davantage la passe, cela laisse plus d’espaces aux running backs pour lancer l’animation de la course et propulser les Wolverines vers l’avant. Et si elles oublient de défendre le quarterback, Shea Patterson peut sanctionner au sol. La course de 85 yards contre Wisconsin est l’exemple parfait de cette situation.

Tant que Michigan opère de cette façon, les hommes de Jim Harbaugh seront très difficiles à arrêter et la route du College Football Playoff s’ouvrira de plus en plus largement au fil des semaines.