Le Foster Farms Bowl est le point d'exclamation de la carrière universitaire du jeune français. Mais ce n'est pas le point final pour autant.

Cela ne sert à rien de le cacher : après deux saisons plus que mitigées dans l’effectif des Boilermakers, je n’étais pas convaincu des qualités de Anthony Mahoungou au plus haut niveau du football universitaire.

Que je suis heureux de m’être trompé et que le receveur français de Purdue me montre en quoi j’avais tort.

Le jeune homme né et élevé dans la jungle parisienne, au milieu des hérétiques qui dénigrent le football universitaire comme étant un sous-sport, a bien grandi dans les plaines de l’Indiana, sur le campus champêtre de West Lafayette.

Mais le moment fondateur de sa carrière de joueur a eu lieu lors de la dernière action au cours de laquelle il porta le maillot noir et doré de Purdue, à plus de 3500 kilomètres de ses bases d’entrainement. Comme si cela était un signe que le produit français est encore meilleur lorsqu’il s’exporte et que les éléments se hissent contre lui.

Tous les supporters d’Anthony Mahoungou se souviendront de cette nuit du 27 décembre, lorsqu’il entre dans la légende de Purdue en attrapant un touchdown fantastique qui offre le Foster Farms Bowl à son équipe dans les dernières secondes.

Cet exploit couronne une implication extraordinaire et lui ouvre, par dessous tout, de nouvelles perspectives qui n’étaient que rêvées auparavant.

Un voyage initiatique de 10 ans

2007.

Anthony Mahoungou tombe amoureux du football américain, au bout de la nuit, comme la plupart des jeunes français avides de sensations exotiques. Le Super Bowl XLI entre Chicago et Indianapolis s’avère être le moment déclencheur d’une passion qui ne démord pas depuis lors.

Entre Madden NFL 08 et les premières années à rester auprès de la NFL, il continue de développer une passion pour le jeu de football outre-Atlantique.

Et puis le football universitaire est entré dans sa vie pour ne plus jamais la quitter.

“Je suis devenu un fanatique,” raconte Anthony Mahoungou dans un entretien avec le Journal & Courier. “Je restais debout, pas seulement les dimanches soirs, mais parfois aussi les jeudis et vendredis soirs juste pour regarder LSU. Ne me demandez pas pourquoi. Certains disent que c’est par rapport à l’influence française ; j’adore regarder LSU.”

Au fil des années, il se rapproche davantage du football américain. Le Flash de La Courneuve lui ouvre les portes du gazon ; les premiers coups de crampon s’enchainent au gré des équipes titulaires auxquelles il participe en fonction des catégories.

Anthony Mahoungou est remarqué par son talent dans l’Hexagone. Il intègre rapidement l’Equipe de France, devient capitaine et participe à l’International Bowl. La sélection nationale lui permet de toucher pour la première fois son rêve ultime : les Etats-Unis.

Et puis il est convié à un camp de football à Boise State. Il ne le sait pas encore ; le futur de sa carrière vient de prendre un tournant drastique.

“J’ai toujours été un peu fou,” continue-t-il à expliquer au Journal & Courier. “J’étais dans l’avion, un vol de neuf heures, et tout ce à quoi je pensais était l’importance de ce camp. Si vous regardez seulement la situation dans son ensemble, ce n’est qu’un camp.

Pour moi, je ne sais pas mais je l’ai vu comme une énorme opportunité. Peut-être obtenir un offre de bourse de la Division I ou quelque chose de la sorte. Me faire repérer. Sur le chemin du retour à la maison, je ne pensais qu’à une chose : je vais jouer dans une université aux Etats-Unis.”

Il ne pense pas si bien dire.

Cam Olson, un entraineur rencontré parmi tant d’autres dans l’Idaho, obtient le poste de coordinateur offensif à West Hills Community College et offre une première chance à Anthony Mahoungou dans un petit Junior College californien. Il ne lui fallait pas davantage.

Une saison à West Hills et de belles statistiques (41 réceptions, 801 yards, 9 touchdowns) plus tard, il succombe logiquement à l’appel de la Division I et quitte la Californie pour accomplir son premier rêve. Les universités de Purdue et Georgia State étaient les seules à proposer une bourse universitaire au jeune expatrié français ; et les Boilermakers ressortent gagnants sans pour autant le savoir à ce moment-ci.

D’ailleurs, Anthony Mahoungou ne reviendra en Californie que pour son ultime rencontre universitaire, en 2017. Un retour aux sources rempli de symboles, au bout d’une évolution de trois ans à West Lafayette et de 10 ans en tant que joueur de football.

Relever la tête et aller de l’avant, toujours

Pourquoi étais-je circonspect des qualités d’Anthony Mahoungou ?

Il serait bien trop facile de critiquer l’utilisation de Darrell Hazell ; mais il ne faut pas oublier qu’il a été un des seuls entraîneurs à donner une chance au jeune français avec un an, seulement, d’expérience de football sur le sol américain.

Anthony Mahoungou a éprouvé de grandes difficultés à obtenir du temps de jeu sous l’égide du précédent head coach des Boilermakers. Une mauvaise appréciation du talent made in France ? Une difficulté à lui donner du crédit par rapport à des receveurs américains ? Un aveuglement pur et simple dû à une médiocrité chronique (pour rester poli) à la tête de Purdue ?

Difficile à dire et nous ne sommes pas bien placés pour juger.

Les deux premières années sur le campus de West Lafayette, avant le changement de head coach, se sont terminées avec un petit total de 21 réceptions, 192 yards et aucun touchdown en 23 apparitions. Sans une vraie progression visible sur le terrain.

Mais là où je me trompais, c’est que ces deux saisons faisaient partie du plan. C’était planifié. Anthony Mahoungou a progressé sur les petits détails qui font la force d’un receveur, dans l’ombre, avant d’exploser sur le gazon.

Je n’avais pas pris en compte qu’il était un joueur à l’explosion tardive, ne saisissant son potentiel de joueur de football qu’à l’aube de la vingtaine.

Anthony Mahoungou a longuement rongé son frein sur le banc de Purdue et j’aurais dû être aussi patient qu’il a été. Il a conservé son statut de remplaçant jusqu’au moment de comprendre qui il était, quel type de receveur il pouvait devenir.

“Je veux qu’Anthony joue comme un receveur de grande taille,” décrit l’assistant en charge des receveurs, JaMarcus Shepard, au micro du Journal & Courier. “Quand il a commencé à retrouver le banc, and qu’il savait que je ne plaisantais pas avec lui, il a commencé à comprendre cela.”

Ce à quoi Anthony Mahoungou répond : “Je crois, et je ne sais pas si cela est vrai, qu’il voit quelque chose en moi et qu’il veut m’aider à trouver un moyen de l’utiliser”.

Signe de cette progression mentale ? Le français a obtenu une place de titulaire à l’aube de cette ultime saison avec Purdue. Le crédit de l’évolution n’est pas à mettre, non plus, à Jeff Brohm ; il n’a que participé à la mise en exergue des qualités découvertes par le joueur lui-même.

A 1m92, Anthony Mahoungou a enfin compris comment utiliser son corps pour jouer à son meilleur avantage.

Le début de saison est plutôt conforme aux attentes, brillant avec une multitude de réceptions longue distance ; malheureusement, il retombe dans l’anonymat au milieu de saison, jusqu’à perdre sa place de titulaire au profit de Jared Sparks.

Sauf que ce dernier se blesse face à Iowa et offre une nouvelle chance à Anthony Mahoungou.

(Crédit photo : AP Photo/Michael Conroy)

Tapi dans l’ombre, conservant une ligne de conduite inchangée malgré un temps de jeu grandement diminué par Jeff Brohm, il saute sur cette nouvelle occasion face aux Hawkeyes et ne la laisse pas passer entre ses doigts.

7 réceptions, 135 yards, 2 touchdowns. La meilleure performance de sa carrière.

Cette performance face à Iowa et surtout celle qui a propulsé la carrière d’Anthony Mahoungou vers une nouvelle dimension. Il a créé une connexion particulière avec le quarterback sophomore Elijah Sindelar et est devenu, tout simplement, le receveur n°1 de Purdue pour la fin de la saison. Et c’est naturellement qu’il a sécurisé le Old Oaken Bucket face au rival d’Indiana la semaine suivante sur un touchdown de 49 yards.

Il a encaissé les chocs sans pour autant tomber dans la désillusion. Il a utilisé les revers d’une dernière saison universitaire pour se sublimer et devenir un receveur pétri de talent brut. Quant à la pression d’un événement national ? Il n’en a que faire.

Le Foster Farms Bowl était un retour aux sources en Californie, à deux heures de voiture du West Hills Community College, là où il a débuté une carrière outre-Atlantique quatre ans plus tôt.

Le résultat du premier Bowl des Boilermakers depuis 2012 ? Une superbe victoire face à Arizona, certes, mais une représentation de gala proposée par Anthony Mahoungou, surtout.

6 réceptions, 118 yards, 2 touchdowns… et le point d’exclamation d’une carrière chez les Boilermakers.

Il attrape le touchdown de la victoire à 1min44 du terme de la rencontre grâce à une réception absolument folle, un coup de génie intervenu au meilleur moment pour illustrer un voyage qui ne semble pas encore avoir touché le bout du quai.

Anthony Mahoungou conclut une carrière universitaire, faite de hauts et de bas, avec une réception qui amène bien plus qu’une victoire à Purdue. A l’image d’une progression semée d’embûches, d’une saison qui lui a appris que rien n’était acquis, il réalise cette réception venue de l’espace… avec une possible fracture de la clavicule.

Il semble se blesser sur l’action précédant le touchdown de la gagne ; mais comme il l’a prouvé auparavant, il en faut davantage pour stopper la détermination sans bornes d’Anthony Mahoungou.

Une épaule en vrac ? Ce n’est pas grave, il réalise la réception de toute une carrière pour ramener un programme de football à la dérive pendant une décennie sur la scène nationale.

Et maintenant, quelle est la suite ?

“Tout cela était juste ma vision. C’est pour cela que je disais que je suis un alien, parce que c’est quelque chose qu’ils n’ont jamais vu avant.

Un français qui a joué au football en France toute sa vie essayant de jouer au football en Division I. Je pense que je suis peut-être le bon. Tout le monde disait que c’était impossible mais je l’ai fait. J’ai vraiment cru en ma vision.”

La carrière universitaire d’Anthony Mahoungou se termine avec les lauriers d’une dernière saison réussie. Meilleur receveur de Purdue en terme de yards à la réception (688) et de touchdowns (8) et une empreinte quasi-légendaire sur le résurgence des Boilermakers.

Et si je suis totalement honnête, cette conclusion dépasse même les attentes placées en lui.

Il ne doit rien au hasard mais tout à la force de travail qu’il a entrepris. Encore une fois, encaisser pour mieux rebondir.

“Il travaille dur et ne se plaint jamais lorsque les choses ne vont pas dans son sens,” salue le cornerback senior Da’Wan Hunte au Journal & Courier. “Il trouve une façon de réalise ce qu’il veut. C’est probablement une surprise pour beaucoup de gens mais avec le travail que je vois Anthony mettre en pratique tous les jours, être le premier à arriver et le dernier à repartir, ce n’était pas une surprise.”

Les trois derniers matchs sous les couleurs de Purdue dévoilent tout le potentiel à la portée des mains d’Anthony Mahoungou. Il éclot au meilleur moment, non pas pour les Boilermakers uniquement, mais surtout pour lui-même. L’adage dit “mieux vaut tard que jamais” et cela ne le représente pas d’une meilleure manière.

C’est le résultat de mois et d’années de travaux acharnés. Il réalise un rêve d’adolescent en concluant sa carrière universitaire ; mais son rêve de gosse, de jouer en NFL, ne fait que débuter.

Le processus d’entrée au sein de la ligue professionnelle commence dès aujourd’hui, ce qu’il n’aurait jamais pu envisager à l’automne. Mais son explosion tardive engendre de nouvelles barrières qu’il doit effacer.

(Crédit photo : Jordan Louie-The Exponent)

On pourrait dire que l’étape la plus dure de son voyage américain se dresse aujourd’hui face à lui.

Mais on disait la même chose à son arrivée au West Hills Community College ou plus tard, lorsqu’il pose ses valises sur le campus de West Lafayette. On pensait qu’il ne pourrait devenir un bon joueur de football universitaire ; il a prouvé le contraire.

Il existe des raisons de croire en son potentiel d’accession à la NFL, comme il en existe pour douter. Une franchise professionnelle, au moins, lui offrira une chance de montrer ce qu’il vaut au prochain niveau. Soyez certains qu’Anthony Mahoungou fasse le maximum en sa possession pour arriver là où il veut.

Il ne devrait pas y accéder de suite, en toute objectivité.

C’est peu probable qu’il ne soit sélectionné à la prochain Draft NFL (ou alors dans les tous derniers instants, si une équipe tente un coup de poker) ; mais ce n’est pas cela qui compte. Le receveur français devra faire ses preuves au cours de l’été, lors du ou des camps d’entraînement. Drafté ou non, c’est ainsi qu’il obtiendra une place à l’échelon supérieur.

Personne ne travaillera plus intensément et avec davantage de volonté que lui, soyez-en certain. Les qualités athlétiques et physiques ne lui feront pas défaut, vous le savez déjà. Les échecs ne lui feront pas, ce sont eux qui le propulseront vers les sommets.

Depuis son enfance, Anthony Mahoungou encaisse les coups et se révèle toujours plus fort. Il n’y aucune raison que cela change aujourd’hui.