Un coup d'épée dans l'eau ou une lente amélioration du basketball universitaire ?

A l’automne dernier, en réaction aux premières révélations du scandale de corruption qui gangrène le basketball universitaire, Mark Emmert avait formé une Commission d’enquête sur le Basketball Universitaire afin de résoudre la crise heurtant le sport et de nettoyer celui-ci de ses problèmes latents.

La Commission a publié ses recommandations en ce mercredi 25 avril et le moins que l’on puisse dire, c’est que les propositions formulées ne sont pas les “changements osés” que Condoleezza Rice, en charge de la Commission, promettait à la formation de celle-ci.

De bonnes résolutions ont été faites, de moins bonnes, également ; mais tout est relativement décevant lorsque l’on prend du recul. La Commission a mis 6 mois pour recommander des changements et/ou idées qui ne prennent que 6 heures (tout au plus) à imaginer.

Une façon d’illustrer le manque d’imagination et de prise de risques de la NCAA.

La Commission en profite pour rappeler au public de la distinction entre la NCAA et le monde professionnel, une occasion rêvée pour conforter le modèle universitaire et le fait que les athlètes-étudiants s’engagent en priorité en NCAA pour l’opportunité d’obtenir une éducation et un diplôme d’études supérieures.

Nous devons replacer l’université dans le basketball universitaire,” précise Condoleezza Rice lors de la conférence de presse dans les locaux de la NCAA à Indianapolis.

A croire qu’un des enjeux de cette Commission était de servir de relais à la communication très calibrée de la ligue universitaire.

La Commission a tout de même rendu son verdict et a proposé des recommandations plus ou moins intéressantes, qui devraient certainement être implémentées pour la plupart dès la fin de l’année.

Le Bon : des sanctions plus fermes et plus de transparence

Autorisation de recevoir de l’aide de la part d’agents dès le lycée

La recommandation la plus censée et la plus intéressante, d’un point de vue pratique, est possiblement l’autorisation à des agents de joueurs certifiés par la NCAA de contacter les joueurs et de les guider tout au long de leur carrière. Cette relation pourrait être nouée dès les années au lycée puis au cours de leur carrière universitaire.

La Commission recommande à la NCAA de créer un programme d’agents de joueurs, ces derniers étant autorisés à interagir avec les jeunes basketteurs aussi longtemps qu’ils ne leur offrent pas des bénéfices illégaux ou les représentent dans le cadre de contrats de sponsoring.

Le scandale de corruption prend pied dans les relations douteuses que possèdent les agents de joueurs, en contact avec certaines universités et équipementiers sportifs afin de diriger les jeunes recrues vers l’un ou l’autre. La création d’un programme d’agents certifiés par la NCAA pourrait permettre de récompenser les agents qui respectent les règles, tout en offrant aux joueurs des perspectives à propos de leur futur grâce à un oeil n’étant pas biaisé par les relations extérieures (dans le meilleur des mondes).

La régulation d’un système qui est, aujourd’hui, totalement déréglé et gangréné, peut éventuellement permettre d’apaiser les tensions ainsi que les écarts de conduite. Une telle action était tout du moins nécessaire et attendue depuis très longtemps.

Hausse des sanctions et changement de la structure des pénalités

La Commission propose, purement et simplement, d’évincer les malfaiteurs les plus sérieux tout en pénalisant les universités là où elles prêtent véritablement attention : leur porte-monnaie.

Elle recommande que les sanctions les plus élevées dans la structure des pénalités de la NCAA (Level I) soient assortis d’une peine maximale de 5 ans d’inéligibilité pour l’après-saison et l’abandon de l’ensemble des revenus financiers produits par les événements d’après-saison au cours de cette période. En comparaison, les sanctions récentes contre Louisville ou Syracuse ont engendré une inéligibilité pour une seule saison.

Rick Pitino, avant d’être renvoyé par Louisville, avait obtenu une suspension de 5 matchs pour son implication dans le scandale de prostitution au sein du programme de basketball. La Commission aimerait que les suspensions de personnes impliquées dans des malfaits puissent être élevées à une saison, au maximum.

La Commission recommande également que les personnes ayant fauté aux yeux du règlement de la NCAA puissent être suspendus à vie et qu’elles devraient être obligées de se soumettre aux investigations de la ligue universitaire.

Les pénalités ne sont pas suffisantes pour contrer les fautes (volontaires) et il semble impératif que celles-ci surpassent les avantages procurés par les manquements au respect du règlement de la ligue universitaire.

Implémentation d’investigations indépendantes pour les affaires les plus sérieuses

Constituer un groupe de professionnels indépendants afin de légiférer sur des investigations complexes et sérieuses est une bonne idée, si ce n’est excellente, sur le papier.

La Commission propose à la NCAA de se doter d’armes de juridiction plus efficaces et puissantes ; cette idée est intrigante, bien que la formation d’un tel groupe ainsi que le financement et de la structuration de celui-ci demeurent très flous voire même difficiles à implémenter. Malheureusement, cette implémentation et l’efficacité des investigations de la NCAA ne dépendent toujours que de son pouvoir à investiguer les universités membres de la ligue et des individus sous leur charge.

Le FBI est arrivé à taper dans la fourmilière car l’organisation gouvernementale détient le pouvoir juridictionnel d’assigner à comparaitre et d’obtenir les informations qu’elle désire grâce à des moyens de pression et d’investigation que la NCAA ne tient pas entre ses mains.

Peut-être que la formation d’un groupe de professionnels indépendants revient en réalité à donner les clés au FBI pour enquêter parmi les rangs universitaires ? Attendons de voir mais cette possibilité est indubitablement très intéressante si la NCAA veut faire respecter la loi.

Plus de transparence concernant les finances des équipementiers

Les équipementiers sportifs, tels que Adidas, Nike ou Under Armour, possèdent énormément de billes dans l’univers du basketball pré-universitaire, dirigeant une flopée de ligues et d’événements majeurs de la vie du basketball lycéen avec les accès que cela confère auprès des universités, des joueurs et des agents de joueurs.

Ces relations, plus ou moins explicites et légales, ont provoqué (entre autre) la formation d’un marché noir du basketball américain et d’un système de corruption valorisé à plusieurs millions de dollars, au sein duquel les équipementiers jouent un rôle majeur.

Et puis, n’oublions pas que ces mêmes équipementiers ont noué des contrats de plusieurs dizaines voire centaines de millions de dollars avec les universités elle-même.

Dans l’optique de nettoyer cette corruption organisée, la Commission suggère une plus grande transparence et responsabilité de la part des équipementiers à propos de leurs investissements dans les activités de basketball extra-scolaires. La Commission espère que les équipementiers tiennent leurs comptes et répertorient plus précisément les dépenses que leurs représentants ont dans la cadre d’activités de basketball extra-scolaires.

Une telle implémentation permettrait d’ouvrir un des principaux points-morts de la NCAA tout en diminuant les chances de corruption ; mais évidemment, cela demanderait la coopération des équipementiers eux-même, ce qui est très loin d’être acquis.

L’Inutile : des recommandations que la NCAA ne peut appliquer

Suppression de la limite d’âge pour inscrire son nom à la Draft NBA afin d’enterrer la pratique du “one-and-done”

Parlons désormais de l’éléphant se dandinant en plein milieu du magasin de porcelaine : l’hypothétique suppression du “one-and-done”.

La Commission aimerait que les jeunes joueurs de 18 ans soient de nouveau éligibles pour entrer parmi les rangs professionnels de la NBA sans passer obligatoirement par les rangs universitaires de la NCAA. A ce jour, la NBA offre une éligibilité aux nouveaux entrants dès lors qu’ils aient 19 ans et qu’ils aient obtenu leur diplôme de fin d’études lycéennes au moins un an avant la tenue de la Draft NBA.

La pratique du “one-and-done” concentre nombre de chimères à propos du fonctionnement du basketball universitaire. Elle diluerait, entre autre, la qualité de la compétiton avec des prospects en direction de la NBA plus rapidement ; n’oublions pas qu’avant l’instauration de cette limite d’âge par la NBA en 2005, à l’heure où des joueurs comme Kobe Bryant ou LeBron James outre-passait la NCAA, l’écrasante majorité si ce n’est la quasi-majorité des lycéens prenait la route des bancs universitaires.

La situation n’a pas réellement évolué depuis lors et ce n’est pas l’influence du “one-and-done” qui a embourbé les universités de la NCAA dans des histoires de corruption organisée avec d’autres organismes.

Sauf que cette recommandation n’est pas applicable par la NCAA… puisqu’elle n’a absolument aucun dire sur les règles de la NBA. Il faudrait que la NBA soit réceptive au message et volontaire à appliquer un tel changement dont elle n’a pas nécessairement envie.

La NBA et l’Association des Joueurs de la NBA ont répondu à cette requête de la Commission en ne s’engageant à aucun changement pour le moment, et les entités semblent se diriger vers un changement pour la Draft NBA de 2020, au plus tôt.

La NCAA désire un changement dès que possible, ce qui n’est pas à l’ordre du jour de la ligue professionnelle. La NBA n’a aucune motivation à faire une fleur à la ligue universitaire, d’autant plus que le principal concurrent de celle-ci, la ligue de développement professionnelle aussi connu sous le nom de G-League, atteint enfin un niveau sérieux avec 27 franchises et une stratégie économique viable.

Outre l’absence totale de pouvoir sur une potentielle modification du “one-and-done”, supprimer la limite d’âge pour entrer en NBA ne joue pas à l’élimination de la pratique d’une ou deux années sur un campus universitaire. Une majorité de joueurs, et surtout ceux qui ne peuvent prétendre à être sélectionné à la Draft NBA, préfère passer une ou deux saisons parmi les meilleurs programmes de basketball du pays. Ils y obtiennent une éducation “sponsorisée” par une bourse d’études tout en jouant à haut niveau, plutôt que de s’embourber dans une petite ville du fin fond des Etats-Unis à jouer les seconds rôles dans une équipe de G-League.

Soyons réalistes : le “one-and-done” ne cause pas de vrais maux à la NCAA outre le fait d’être “pillé” (si l’on veut être sensationnel) de ses meilleurs joueurs par la NBA après une seule année sur les parquets universitaires. Et puis, cela ne concerne qu’une petite dizaine de joueurs à chaque saison alors que la ligue de basketball universitaire est composée de plus de 4.000 joueurs saison après saison : une goûte d’eau.

En quoi est-ce une mauvaise chose de s’attaquer au “one-and-done” ? ll y a mieux à faire… et surtout de réalisable dans l’immédiat.

Formation de ligues de basketball estivales en concomitance avec USA Basketball et la NBA

Les ligues de basketball estivales, plus connues sous le nom de ligues “AAU”, attirent bon nombre de critiques du fait de leur indépendance notoire avec le circuit lycéen classique et des relations d’argent nouées entre équipementiers, agents et entraineurs.

Ce n’est pas réellement surprenant de savoir que le scandale de corruption heurtant le basketball universitaire prend racine au sein de ces ligues, où les mauvaises fréquentations font autant partie du paysage que les évaluateurs venant se renseigner et trouver les perles du futur en NCAA.

Tout le monde s’intéressant de près ou de loin au basketball universitaire sait que le circuit estival des “AAU” est sombre, sans pour autant être très formateur. La Commission l’a bien compris et décide de s’attaquer au basketball extra-scolaire : elle propos à la NCAA de se détacher des ligues où la transparence n’est pas de mise et de créer son propre programme de ligues de basketball extra-scolaires en partenariat avec USA Basketball et la NBA.

Cela impliquerait des camps régionaux d’évaluation en juillet (d’ici 2019) dirigés par des entraineurs issus de la NCAA : en somme, la ligue universitaire veut marcher sur les plates-bandes lucratives des ligues “AAU”.

Sur le papier, tout cela est bien beau. Mais la mise en place d’un telle système en l’espace de quelques années n’est tout simplement pas viable, d’un point de vue organisationnel et d’un point de vue économique. Le circuit “AAU” a mis plus d’une décennie pour devenir la machine qu’il est à l’heure actuelle. Reproduire une telle ligue de développement ne se fait pas en un jour tandis que les lignes et tendances ne virent pas de bord en un claquement de doigts.

Et puis, grande question : qui financera une telle ligue et de quelle manière la NCAA peut s’assurer qu’elle ne reproduirait pas de tels dysfonctionnements liés à l’argent ?

L’idée est légitime si ce n’est nécessaire, mais la NCAA a manqué le bon wagon il y a de nombreuses années si elle voulait diriger le monde des activités de basketball extra-scolaires des lycées. Tout cela apparait comme une nouvelle tentative de faire de l’argent sur le dos des joueurs et de perpétuer, ainsi, les dysfonctionnements du système universitaire actuel qu’elle se plait à défendre et reformer au même moment.

Le Mauvais : aucune solution au véritable problème

Possibilité aux joueurs de revenir à l’université s’ils n’ont pas signé de contrats professionnels

Pour être honnête, je pensais que cette recommandation formulée par la Commission était une excellente idée : elle propose de s’inspirer de ce qui se fait actuellement en baseball et en hockey universitaire, c’est-à-dire de laisser revnir au sein des rangs universitaires n’importe quel joueur n’ayant pas signer de contrat professionnel à la suite de la Draft NBA.

Cela semble être une bonne nouvelle pour les joueurs, qui peuvent ainsi vivre le processus complet de la Draft et de revenir dans leur équipe universitaire s’ils ne sont pas sélectionnés par une franchise professionnelle. Juste et logique, me diriez-vous.

Les joueurs de basketball universitaire peuvent d’ores et déjà inscrire leur nom à la Draft NBA et le retirer à la suite du Combine, donnant une première idée de leur évaluation auprès des rangs professionnels. Mais ils sont limités à deux inscriptions au cours de leur carrière, ce qui force une certaine réflexion et préparation.

Ouvrir le processus de la Draft NBA sans véritable cadre diluerait tout simplement l’impact de cette évaluation et de ce premier contact professionnel, puisqu’il y aurait moins de risques à proposer son nom.

Mais plus important encore, cela déstabiliserait d’autant plus le système universitaire qui est déjà assez bancal à l’heure actuelle. Pourquoi ? Plus d’inscriptions (potentiellement) et un temps plus long au large de la NCAA procureraient un brouillard beaucoup plus dense au sein des équipes universitaires, plongées dans l’inconnue du retour de leurs joueurs jusqu’au coeur du printemps.

Gérer les départs de joueurs pour la NBA est déjà assez compliqué aujourd’hui, avec des règles plus strictes. Les entraineurs n’attendant pas la fin de la Draft NBA pour compléter leur effectif en vue de la prochaine saison, et ceux-ci sont pour l’immense majorité complétées dès l’ouverture du processus de la Draft NBA.

Les transferts provoquent déjà une déstabilisation conséquente du basketball universitaire et ce dernier n’a pas besoin d’une effervescente accrue autour de la ligue professionnelle.

Passage sous silence de la possibilité de contribution financière en faveur des joueurs

Est-ce surprenant que la Commission n’ait pas abordé à une seule seconde ce qui procure la majorité des maux actuels au sein de la ligue universitaire ? Non, pas réellement, et c’était à moitié attendu.

Elle devait répondre au scandale de corruption et proposer des améliorations pour nettoyer le basketball universitaire. Ce sont des histoires d’argent plus ou moins sale qui, principalement, ont émergé à cause d’un manque de contribution financière reversée dans les poches des athlètes-étudiants. Remerciez le modèle d’amateurisme en place en NCAA.

Certains martèlent que ce n’était pas le rôle de cette Commission de proposer une ou plusieurs solutions afin de répondre à ce problème latent de “payer” les joueurs universitaires ; le scandale de corruption est tout de même lié à ces débats de sourds mais il faudrait dans un premier temps que les instances universitaires veulent bien se résoudre à le remarquer.

En somme, si l’on devait faire un résumé succinct (et quelque peu cynique) des recommandations de la Commission, il serait aisé de dire qu’elle ne propose aucun changement de fond concernant le modèle d’amateurisme employé par la NCAA et, ainsi, aucune amélioration pour tenter d’endiguer les soucis de corruption.

Plutôt que de s’attaquer à la racine de ce qui gangrène la NCAA, c’est-à-dire ses propres lois forçant les acteurs principaux à contourner un règlement discriminant et à créer un marché “noir” et hors d’attente de la ligue universitaire, la Commission a en revanche choisi une direction différente mais relativement peu surprenante, en fin de compte.

La Commission ferme les yeux sur les soucis de la NCAA et préfère montrer du doigt tous les acteurs gravitant autour de la ligue universitaire. Tout le monde y passe : le circuit “AAU”, les agents de joueurs, les entraineurs et bien sur, la NBA.

La NCAA serait une victime d’un système pervers plutôt que la source de tous ces maux.

La majorité des recommandations est plutôt intéressante et mérite qu’on s’y attarde un peu ; mais, malheureusement, ce ne sont que des mesures de surface qui n’auront qu’un effet limité sur le monde du basketball universitaire, si toutefois la NCAA est capable d’implémenter des idées qui requiert une coopération de sources extérieures.

Bref, nous avons attendu six mois pour entendre la Commission promouvoir un système qui est la source de la plupart des soucis, et formuler des recommandations factices que les observateurs auraient pu trouver en l’espace de quelques heures.

Quelques changements et progrès devraient voir le jour, mais le plus important, la nature du basketball universitaire et les règles fondamentales qui structurent le sport de haut en bas, que ce soit positivement et surtout négativement, demeurent intacts.