Le quarterback a causé, en partie, la défaite des Tigers à Florida.

Il existe toujours des questions au poste de quarterback pour n’importe quelle équipe de la conférence SEC. LSU n’est pas immune à cette tendance et cela malgré la présence de Joe Burrow.

Le quarterback junior, arrivé au printemps dernier sur transfert en provenance de Ohio State, a tout de suite revêtu le costume de sauveur des Tigers, qui se cherchaient un quarterback viable depuis le départ de Zach Mettenberger.

Mais après six semaines de compétition, peut-on dire que Joe Burrow est la bonne solution au poste de quarterback de LSU ?

Il est légitime de se poser telle question à la suite de la première défaite des Tigers sur le terrain de Florida samedi dernier. Avec un fumble en début de match puis deux interceptons cruciales dans la dernière minute, alors que LSU tentait de compléter un comeback pour la victoire, Joe Burrow a coûté (en partie) la victoire à son équipe.

Se trouve-t-il dans la lignée des précédents quarterbacks médiocres de LSU ou la situation générale des Tigers ne l’avantage pas non plus ?

 

Une attaque très (ou trop) conservatrice

 

L’attaque n’a jamais vraiment été le point fort de LSU. La défense a très souvent été le support du succès des Tigers, et cela continue d’être le cas encore en 2018.

Toutefois, les hommes d’Ed Orgeron doivent proposer une animation offensive correcte, a minima, s’ils veulent s’imposer comme une véritable équipe du Top-10 national ou championne de conférence SEC.

Est-ce le cas à l’heure actuelle ? Non.

Entraineur de LSU depuis 2010, Steve Ensminger a enfin obtenu le poste de coordinateur offensif en cette saison. Mais à l’image de son head coach, les concepts offensifs demeurent très conservateurs et manquent de modernité.

Des courses en puissance au milieu du terrain, des passes courtes dans le tempo à l’aide de tracés horizontaux, une toute petite dose de “RPOs” puisque c’est la mode actuelle en NCAA, des décisions peu osées lors de situations délicates. Bref, une équipe de la conférence SEC dans toute sa splendeur.

Et comme cela peut sembler logique, face à une excellente défense de Florida, cela ne suffit pas.

Les Gators, à l’inverse, ont pris le leadership de la rencontre pour de bon, à 10 minutes de la fin du match, sur un coup de génie offensif de Dan Mullen. Il a appelé une somptueuse passe renversée en direction de son quarterback Feleipe Franks à l’abord de la red-zone de son adversaire ; elle a fonctionné pour un gain de 15 yards et un nouveau first down.

Une action plus tard, Florida marquait un touchdown afin de prendre une avance de 20-19. LSU ne reverra plus la tête au score pour le reste du match.

Et à partir de moment-ci, lors de situations de passe évidentes pour LSU, les Gators n’avaient plus qu’à bloquer le secteur aérien avec un pass-rush puissant et des defensive backs agressifs face aux passes longues. Le jeu scripté de Steve Ensminger et à la faible utilisation de la verticalité aérienne en est pour quelque chose.

Le succès était immédiat pour Florida face à des concepts à peine effleurés par les Tigers durant le match : un punt rapide puis deux interceptions de suite.

 

Une ligne offensive bancale et des receveurs maladroits

 

Joe Burrow a commis deux interceptions lourdes de conséquence lors des deux dernières séries face à Florida. Il s’agissait de ces deux premières interceptions au cours de sa carrière universitaire.

Mais l’erreur montrant le souci le plus flagrant de LSU s’est produit lors de la seconde série offensive de la rencontre, lorsque le quarterback a perdu le ballon sur un fumble.

Les Gators n’ont pas marqué de points par la suite mais le fumble est arrivé sur un sack de Jachai Polite. Les Floridiens ont réalisé 5 sacks au cours de cette rencontre et ont montré la plus grande faiblesse des Tigers : la ligne offensive.

Joe Burrow a régulièrement couru hors de la poche pour sauver sa vie face à Florida, et le jeu de course a existé par intermittence. Lorsque les running backs ont obtenu des espaces, Clyde Edwards-Helaire en première et Nick Brossette en seconde mi-temps, LSU est parvenu à inscrire des points sur des séries supérieures à 60 yards. Ces dernières ont été trop rares.

Mais la ligne offensive n’aide pas vraiment Joe Burrow à performer à son meilleur niveau, en autorisant une pression constante et en éventrant la poche avec régularité. Soit il n’avait pas le temps de lancer son ballon, soit il n’arrivait pas à ajuster une passe pour un receveur.

En parlant de receveurs, ils ne sont pas non plus sans reproche.

Cela devient un leitmotiv ces derniers temps sur le campus de Baton Rouge. Les receveurs relâchent bien trop de passes de Joe Burrow et la rencontre contre les Gators ne manque pas à la malheureuse tradition.

Justin Jefferson a relâché quelques passes et le drop de Stephen Sullivan lors de la dernière série, sur 3rd down, juste avant la seconde interception de son quarterback, coûte extrêmement cher.

Quel est le résultat lorsque “tout” va bien pour la ligne offensive et que les receveurs ne sont pas trop maladroits ? Joe Burrow aligne Auburn avec une très belle performance (15/34, 249 yards, 1 TD, 0 INT) et confirme par la suite avec une victoire imposante contre Ole Miss (18/25, 292 yards, 3 TDs, 0 INT).

 

Des limitations techniques et mentales pour Joe Burrow

 

Certes, on a tapé sur le conservatisme de l’attaque créée par Steve Ensminger et sur certaines postions offensives. Mais le quarterback doit également recevoir une bonne dose de reproches.

Il faut se rendre compte que Joe Burrow est limité.

Il a littéralement coûté la défaite à Florida avec deux interceptions dans le money-time. Plus tôt dans la saison, il s’était montré plus à l’aise que ses prédécesseurs derrière le centre des Tigers mais la rencontre contre les Gators a mis en exergue ses limitations techniques et physiques en tant que joueur.

Sa précision de passes et ses prises de décision sont impeccables lorsqu’il n’est pas dérangé dans la poche. Mais dès que le pass-rush est plus pressant, il n’arrive pas à sentir à temps la présence des défenseurs et il ne semble pas capable d’improviser face à des situations non-scriptées.

Il est difficile de lui trouver des reproches lors des lancers en rythme, d’autant plus lorsqu’ils sont courts. Joe Burrow excelle dans ces deux situations ; face à des équipes relativement faibles en défense, cela suffit, mais contre les meilleures défenses du pays, il en faut davantage.

Et c’est à ce moment-ci que la verticalité aérienne entre en jeu.

Steve Ensminger n’en appelle que trop rarement, déjà, mais lorsque Joe Burrow doit réussir des passes en profondeur, la constance n’est pas au rendez-vous. Il a montré qu’il était capable de les compléter, comme ce fut le cas dès la série inaugurale (qui se termine en touchdown, d’ailleurs).

Mais la majorité des passes en profondeur lancées contre Florida se termine hors de portée des receveurs, notamment dans les moments chauds, au cours des ultimes minutes.

En somme, LSU peut compter sur Joe Burrow pour battre les équipes moins talentueuses avec une animation offensive scriptée. Mais lorsqu’il doit surpasser de meilleures équipes avec une défense agressive, le quarterback a pour l’instant montré ses faiblesses…

et il ne réalisera pas des matchs parfaits toutes les semaines, comme face à Auburn.

Ed Orgeron ne vise que le titre de conférence SEC, ce qui implique de battre des équipes telles que Alabama ou Georgia. Vous connaissez ainsi la réponse à la question initiale.