La gestion des quarterbacks de la part de Brian Kelly soulève toujours des questions. 

Pourquoi le head coach de Notre Dame n’a-t-il jamais donné le feu vert complet à DeShone Kizer, aujourd’hui quarterbck en NFL, au lieu de conserver Malik Zaire dans ses papiers, un homme qui ne s’est jamais imposé au sein du Fighting Irish ? On le saura jamais mais on espère que cela ne se reproduira pas cette saison.

Notre Dame semble avoir trouvé son quarterback en Ian Book et pourvu que Brian Kelly se décide à titulariser le joueur sans aucune concession.

Ian Book a remplacé Brandon Wimbush, titularisé à tous les matchs de la saison dernière (sauf un) et lors des trois premiers matchs de cette saison, et le nouveau quarterback du Fighting Irish vient tout simplement d’illuminer le tableau des scores en deux semaines consécutives. 

Le redshirt sophomore est entré dans la lumière en écrasant, avec une facilité déconcertante, une excellente équipe de Stanford sur le score de 38 à 17. 278 yards et 4 touchdowns à la passe, agrémentés de 15 portées et 47 yards à la course : Ian Book a dépecé la défense du Cardinal avec une précision chirurgicale tout en montrant d’excellentes qualités, dignes d’un quarterback évoluant à l’échelon supérieur en NFL.

Mais ne me demandez pas pourquoi il n’a débuté tous les matchs de la saison derrière le centre, Brian Kelly reste le head coach de cette équipe.

 

Ian Book > Brandon Wimbush

 

Ce n’était pas la première titularisation de Ian Book en carrière. L’expérimentation a débuté dès la semaine dernière, face à Wake Forest, et le résultat était sans appel : 368 yards offensifs, 2 TD à la passe et 3 TDs à la course en route vers une large victoire (56-27).

Sur les huit dernières titularisations de Brandon Wimbush, ce qui remonte jusqu’au début du mois de novembre dernier, Notre Dame n’a franchi la barre des 30 points à une seule reprises (contre Wake Forest, justement). Ian Book a déjà dépassé cette marque en l’espace de deux rencontres. Et dire qu’il n’a même pas foulé le terrain lors des deux premières rencontres, et qu’il n’a joué qu’une seule série contre Vanderbilt.

Du gâchis ? Et bien, plus maintenant. Brian Kelly n’a plus d’autre choix que de faire confiance à son nouveau quarterback.

Le head coach donne l’impression de ne pas savoir sur quel pied danser, en ne nommant pas un titulaire clair pour la rencontre face à Stanford. Et pourtant, après la démonstration face au Cardinal, la situation est claire comme de l’eau de roche.

L’attaque du Fighting Irish trouve enfin son équilibre et a même explosé depuis la titularisation du redshirt sophomore avec 94 points en deux matchs. Avant l’arrivée de ce dernier, elle avançait péniblement sous la tutelle de Brandon Wimbush, avec des victoires (certes, des victoires) sans panache face à Michigan, Ball State (!) et Vanderbilt, et un total de points bloqué à 68 points.

On ne dit pas que Brandon Wimbush est mauvais, il lui manque seulement un talent suffisant pour porter Notre Dame dans le secteur aérien. Après tout, le senior détient un record de 13-3 à la barre du Fighting Irish et a mené cette équipe, l’an dernier, à la meilleure saison depuis la présence au BCS Championship Game en 2012.

Mais dorénavant, Ian Book a démontré sur le terrain qu’il était l’homme de la situation.

 

Ian Book ressemble déjà à un quarterback NFL

 

Ian Book a délivré une prestation stratosphérique contre Stanford samedi dernier. Honnêtement, il a titillé la perfection pendant 60 minutes.

Les statistiques sont une chose et la façon dont il performé sur le gazon en est une autre. Pour ne pas faire de jaloux, le quarterback sophomore a excellé sur les deux pans. Et c’est même en analysant ses performances que l’on est d’autant plus ébahi par le fait qu’il n’a pas été titularisé plus tôt dans la saison.

N’ayons pas peur des mots : Ian Book a montré des qualités que l’on retrouve dans un quarterback en NFL et il devrait s’y retrouver dans deux saisons.

En tant que passeur, il a étalé sa panoplie de lancers tout au long de la rencontre contre Stanford, maitrisant un arbre de passes que l’on retrouve au niveau professionnel. Rien ne lui fait peur : des tracés « slant », « out », « corner » ou bien « comeback », il a placé à chaque fois le ballon avec précision dans les mains de ses receveurs.

En début de match, il se connecte avec Miles Boykin sur un tracé « deep out »  sur le côté opposé du terrain, en visant à la perfection et avec vélocité entre les deux zones. Il récidive à nouveau avec Miles Boykin en fin de première période, en trouvant à nouveau la faille dans la défense de zone diabolique de Stanford. Les deux séries se concluent à chaque fois d’un touchdown, pour mener 21-14 à la pause.

Mais comment arrive-t-il à trouver la faille au sein de cette défense ? Le coordinateur offensif Chip Long, formé auprès de Mike Norvell à Arizona State (2012-15) puis à Memphis (2016), incorpore au sein de cette attaque à tendance « pro-style » un bon nombre de concepts de « run-pass option » afin de libérer des espaces au centre du terrain.

Mais pour arriver à un tel résultat, il faut manier très subtilement les passes et les courses, du running back et du quarterback, et Ian Book a montré toutes ses compétitions à ce petit jeu samedi soir.

Ian Book choisit de laisser le ballon à son running back pour le premier touchdown du jour. Avec l’aide d’une ligne offensive formidable, ce qui a été le cas pendant toute la rencontre, Dexter Williams s’envole pour une course de 45 yards. 

Cette course de touchdown a ouvert le milieu du terrain à la passe pour le reste du match.

Un tel effet se matérialise dès la série concluant la première période. Les deux linebackers sont happés par la feinte au running back, magnifié par le concept de Chip Long avec la présence d’un tight end dans le backfield, et Ian Book voyant ce résultat n’a plus qu’à ajuster proprement vers son receveur pour une nouvelle première tentative.

En outre, sa capacité à donner de la verticalité au jeu du Fighting Irish est un autre élément qui permet d’étirer la défense adverse. En seconde mi-temps, Ian Book trouve à deux reprises un receveur sur le long de la ligne de touche avec une sublime passe en profondeur placée sur l’épaule opposé de son receveur, hors de portée du cornerback. 

Et à chaque fois, il donne un touché dévastateur au ballon.

Outre son intelligence de jeu développée dans les situations de passe, il n’en reste pas moins dangereux dans les situations de course.

Ses 3 touchdowns au sol contre Wake Forest ne viennent pas de nulle part. Il ne laisse que très peu d’actions négatives sur le terrain. Il sait à quel moment courir pour obtenir quelques yards supplémentaires et faciliter l’apport des running backs. 

Lorsqu’il voit que les tracés ne se développent pas correctement ou que la défense couvre bien les receveurs, Ian Book prend les jambes à son coup (littéralement) et tranche dans les lignes défensives. Le quarterback n’est pas qu’un excellent passeur, il est aussi un coureur très efficace. Rapide, vif à la détente et malin. Il est arrivé à chiper plusieurs first downs avec ses jambes, dès le premier quart-temps.

Mais plus qu’un simple coureur de temps à autre, Ian Book possède surtout d’excellentes qualités d’improvisateur et c’est possiblement ce qui en fait un quarterback extrêmement dangereux et transcendant.

Le terrain n’a rien d’ouvert ? Il joue magnifiquement bien avec la poche pour se libérer une ligne de course et se projeter vers l’avant pour gagner des yards, si ce n’est une première tentative. Cette conscience globale de la poche est un trait très rare au niveau universitaire et force l’admiration d’un joueur qui n’a passé qu’un peu plus de deux ans à Notre Dame.

Ian Book possède également un superbe instinct dans la poche, évitant les defensive ends dans son dos avec une pirouette digne d’un gymnaste.

Mais le plus impressionnant dans son tempérament d’improvisateur reste la qualité de l’exécution de ses actions.

Sur le dernier touchdown de la première mi-temps, Ian Book est forcé en dehors de la poche par le pass-rush de Stanford. Il garde le regard levé vers l’en-but, positionne son corps correctement et lance un magnifique ballon en déséquilibre, de l’autre côté du terrain, pour un touchdown qui offre une avance de 7 points à Notre Dame.

Et lors de la dernière série du match, afin de tuer n’importe quelle chance de comeback du Cardinal, Ian Book improvise à merveille le long de la ligne de touche et lance une sorte de « shovel pass » fabuleuse en direction de Jahmir Smith. Le Fighting Irish assomme Stanford et ne rendra pas le ballon à son adversaire de la partie.

 

Peut-il porter Notre Dame au College Football Playoff ?

 

Il est beaucoup trop tôt pour annoncer une qualification au College Football Playoff. Le mois de septembre vient à peine de se terminer.

Mais, si Notre Dame veut entrer dans le dernier carré en sachant que l’équipe n’est affiliée à aucune conférence, et ne participe donc à aucune finale de conférence, l’équation est simple : il faut continuer à gagner et à ne laisser aucune chance au destin.

Dans le meilleur des mondes, le Fighting Irish devrait demeurer invaincu afin d’obtenir une qualification. L’équipe a déjà battu #14 Michigan et #7 Stanford, deux victoires de (grande) qualité, et doit encore affronter des adversaires tels que Virginia Tech, Navy (à San Diego), Northwestern, Florida State, Syracuse (au Yankee Stadium) et USC. La force du calendrier en fin de saison, si Notre Dame ne perd pas ou seulement une fois, est largement suffisant. 

Et pour gagner, le meilleur élément de Notre Dame se prénomme Ian Book. 

Le quarterback a montré qu’il pouvait porter une animation offensive capable d’écraser une des meilleures équipes/défenses du pays en Stanford. Il a montré qu’il détenait d’excellentes qualités de quarterback, transcendant une attaque en apportant un jeu aérien tranchant et un jeu de course suffisamment solide pour renverser le cours d’une rencontre. 

Tu sais ce qu’il te reste à faire Brian Kelly : ne relance pas Brandon Wimbush et fais confiance à Ian Book !