L'intérêt pour le soccer grandit aux Etats-Unis et de plus en plus de footballeurs français s'expatrient.

Si de plus en plus de français tentent l’aventure américaine en basketball, c’est aussi le cas en football… ou devrait-on dire en soccer.

C’est en tout cas le choix qu’a réalisé Hugo Delhommelle. Formé au Stade Rennais, il a décidé de traverser l’Océan Atlantique pour rejoindre une université américaine. S’il évolue aujourd’hui à Syracuse, il est d’abord passé par une école en Caroline du Sud, Lander University (Division II), où il a performé durant deux ans, une période pendant laquelle il a attiré la curiosité des universités de Division I.

Pour Midnight on Campus, Hugo Delhommelle nous raconte son parcours, les différences footballistiques entre la France et les Etats-Unis, la gestion école-entraînement et bien entendu de son futur.

Pourquoi avoir choisi l’aventure dans une université américaine après le centre de formation ?

Je me suis rendu compte que ça allait être difficile en France. Quand je suis parti de Rennes, Yannick Menu (ancien directeur du centre de formation du Stade Rennais) m’a mis en contact avec Jérôme Meary de l’agence FFFusa qui amène des joueurs français aux Etats-Unis. Après avec mes parents, on a étudié le plan et on s’est dit que c’était le mieux, que scolairement et sportivement, j’aillais m’y retrouver donc on a rempli tous les papiers.

Outre Syracuse, est-ce que tu as eu d’autres offres ?

On commence par envoyer les vidéos sportives. On reçoit quelques offres et dans un second temps, on envoie le bilan scolaire. Mon niveau d’anglais n’était pas exceptionnel ; du coup les universités de Division I se sont rétractées dans un premier temps.

Je suis parti dans une université de Division II en Caroline du Sud pour perfectionner mon anglais. Et j’ai opéré un transfert pour Syracuse il y a un semestre.

Avant cela, j’avais reçu des offres de quasiment toutes les meilleures universités de Division I du pays. J’ai visité Clemson, mon premier choix, qui est classé troisième au moment où l’on parle (5 septembre ; ndlr), mais je n’ai pas aimé le discours du coach, je n’ai pas accroché. J’y suis allé à Syracuse où là j’ai tout de suite accroché avec le coach et l’environnement. 

J’ai hésité entre Clemson et Syracuse parce que je voulais absolument jouer dans la conférence ACC, qui est la meilleure conférence du pays.

Comment s’est passé l’adaptation dans l’équipe ?

Cela s’est super bien passé. Il y a beaucoup d’internationaux, on s’y retrouve très vite. La culture est la même, la passion pour le foot est la même. Sachant que tous les athlètes vivent ensemble dans le même périmètre, on est jamais loin les uns des autres. On est pratiquement en collectivité h24.

Dans le style de vie, tu ressens beaucoup de changements par rapport au centre de formation ?

Socialement, ce n’est pas chacun pour sa peau comme dans un centre de formation. Ce n’est pas qu’une équipe, c’est vraiment une famille parce qu’on vit en semble, on a les cours ensemble. Après au niveau sportif, l’aspect financier entre beaucoup moins en jeu entre ceux qui ont des contrats et ceux qui n’en n’ont pas. 

Par exemple, à Rennes, en tant que rennais je n’avais pas de contrat, et quand le club avait le choix entre un joueur avec un contrat ou non, le choix était très vite fait. Alors qu’ici (à Syracuse) on est tous à égalité. Au niveau de la direction, c’est vraiment plus clair. Il y a beaucoup de connections ou de choses qui se disent en centre de formation, alors qu’ici, tout est clair : c’est sur le terrain ou en classe.

Comment tu gères l’association entre cours, entraînement et match ?

Ça se gère parce que déjà les professeurs sont au courant. C’est la culture américaine, les sports rapporte de l’argent aux universités et du coup ils sont très contents d’avoir des athlètes dans les classes même si on loupe certains cours. Ils sont très compréhensifs pour nous faire rattraper les examens ou quoi que ce soit. 

Personnellement, là, il est 17 heures et j’ai fini ma journée. Je fais quelques devoirs puis je vais me faire un film avec les gars de l’équipe. Après, c’est à nous de faire le boulot aussi. Je sais que je vais rater plusieurs cours avec les voyages donc il faut que je m’avance.

Et par rapport à la France, en terme de niveau, ça donne quoi ?

En Division II, ce n’était pas fameux.  Mais en là en Division I et surtout en ACC, athlétiquement, c’est un peu près au même niveau. En terme technique, c’est en dessous et tactiquement ça dépend des équipes et des coaches. 

On a un entraineur anglais à Syracuse qui a initié le 3-5-2 aux USA et notre équipe a un coup d’avance sur le reste des Etats-Unis. C’est un niveau CFA (quatrième division française ; ndlr). Après selon moi, il y a des joueurs qui possèdent un niveau Ligue 2 ou National mais certains ne sont pas mis en valeur parce que c’est très culturel les universités. 

Certains à 12-13 ans savent déjà où ils vont aller. Là, on va jouer Virginia et j’ai un de mes amis qui est un très bon joueur qui devrait jouer dans une équipe du Top-5. Mais comme toute sa famille se trouve proche de Virginia, il y reste mais ça ne le met pas en valeur.

Quelles sont tes attentes personnelles sur la saison avec Syracuse ?

J’ai encore deux ans et sachant que six joueurs de Syracuse ont été sélectionné à la Draft l’année dernière, il y a une grosse attente de la MLS. Mon objectif est d’obtenir un GA Contract (Génération Adidas), c’est-à-dire être drafté avant la fin du cursus scolaire. 

En fait, un franchise MLS paye un contrat qui permet de sortir du cursus scolaire qui sera rattrapé par la suite avec des cours en ligne pendant tes saisons. Ou alors en fin de carrière, tu peux réintégrer ton université.

Comment se passe ce début de saison ? Vous avez joué quatre matchs pour trois victoires.

C’est assez difficile parce qu’il y a beaucoup de nouveaux joueurs du fait des six joueurs draftés. Et avec les seniors partis, on se retrouve avec une équipe sans aucun senior. On gagne avec des difficultés, on peine à se retrouver avec les différentes 3-5-2. On fait de bonnes choses, on a beaucoup de talents dans l’équipe mais maintenant que ces talents apprennent à jouer ensemble, il faut aller dans la même direction. 

Notre problème, c’est qu’on n’arrive pas à tenir 90 minutes. Tous les rapports des coaches contre lesquels on a joué disent qu’on tient 45 minutes, 60 minutes par match. Mais c’est le problème aux Etats-Unis : en France, la préparation dure à peu près deux mois alors qu’ici on a deux semaines de pré-saison et on attaque direct avec les matchs. 

C’est pour cela que l’été, je reste aux Etats-Unis et je joue en PDL (Premier Development League ; ndlr). Cela permet de rester en forme et l’équipe avec laquelle je joue est affiliée à Philadelphia Union (MLS). Du coup, ça me permet de commencer les connections, c’est tout bénéfice pour moi.

Et quelle est cette ligue d’été exactement ?

La PDL (Premier Development League) est une ligue de soccer amateur au sein de laquelle des entraineurs universitaire organisent une sélection de joueurs universitaires et ça permet de créer des mini-sélections et mini-championnat. Et c’est bien pour moi parce qu’il y a plein de coaches de franchises MLS qui viennent aux matchs.

Après ton cursus, tu vises plutôt la MLS ou un retour en Europe ?

Non, je vise clairement la MLS, c’est pour ça que je suis venu ici. Ça fait deux étés que je m’entraîne avec Philadelphia et une fois que tu as goûté à cela, je me dis que je ne peux pas me permettre de louper cette opportunité.

L’intérêt pour le football aux Etats-Unis, notamment grâce à Christian Pulisić, grandit. Est-ce-que tu le ressens ?

Oui, largement. On avait un match amical à Syracuse, qui n’est pas une grande ville, et on a joué devant 8 000 personnes. Au niveau universitaire, certaines écoles ont des affluences à 7 000, 8 000 fans. Et on le voit aussi à la télé : il y a de plus en plus de matchs et d’émissions qui sont diffusés.

Même en classe ! Par exemple, je suis des études de management sportif et on commence de plus en plus à parler de soccer par rapport au basketball.