Une nouvelle saison de basketball universitaire touche à sa fin cette nuit avec le National Championship Game entre #1 Gonzaga et #1 North Carolina. Que peut-on (réellement) attendre de cette finale nationale ?

Les campus de Gonzaga et North Carolina sont séparés de plus de 4.000 kilomètres (et cinq titres de champion, pour la petite histoire), la plus longue distance entre deux finalistes nationaux depuis UCLA et Villanova en 1971.

Mais cette nuit, sous le dôme de l’University of Phoenix Stadium de Glendale et devant plus de 75.000 fans, le chemin de Gonzaga et de North Carolina se croisera. Cela ne veut toutefois pas dire que Bulldogs et Tar Heels sont réellement différents sur le papier. Loin de là.

Les deux adversaires fonctionnent de la même façon du point de vue de leur personnel. Mark Few et Roy Williams mettent un poing d’honneur au développement de leurs joueurs au cours de la totalité de leur cursus universitaire. Ne leur parlez pas de one-and-done.

D’ailleurs, l’homme le plus important de cette finale pour chaque équipe connait son année senior, un phénomène de plus en plus rare à l’ère du basketball moderne.

Przemek Karnowski, le boucher polonais de Gonzaga à la barbe aussi fournie que sa panoplie offensive. Kennedy Meeks, le charcutier de North Carolina qui a déplumé du canard lors du Final Four face à Oregon, possiblement la rencontre la plus aboutie de sa carrière longue de 143 matchs sous le maillot des Tar Heels.

Deux belles pièces de viande, deux pivots de plus de 2 mètres et 130 kilos chacun en confrontation directe pour donner la victoire à leur université. Nous sommes revenus (au moins) 20 ans en arrière, aux racines du basketball universitaire.

Et oui, Przemek Karnowksi et Kennedy Meeks feront mieux que jouer les premiers rôles sous les spotlights du National Championship Game. L’un d’entre eux mènera son équipe au titre. Préparez-vous à vivre une Bataille des Gros Bras absolument épique.

(Crédit photo : Chris Nicoll-USA TODAY Sports)

Gonzaga possède parmi ses rangs les seuls 7-footer du Final Four, Przemek Karnowski et Zach Collins. Les deux joueurs ont peu joué ensemble face à South Carolina en demi-finales, mais Mark Few devrait aligner les deux joueurs au même moment sur le parquet contre North Carolina. Enfin, il n’a pas vraiment le choix pour lutter face à Kennedy Meeks (6-10) et Isaiah Hicks (6-9) sous le panier.

Przemek Karnowski est la pierre angulaire du jeu des Bulldogs. Véritable ancre dans la peinture, capable de “poster” son adversaire avec succès grâce à un footwork d’une agilité spectaculaire pour son envergure, il peut également ressortir le ballon de manière propre et décisive à l’aide d’un QI basket au-dessus de la moyenne.

Suppléé par le freshman Zach Collins, potentiellement encore plus talentueux que son compère polonais, les “Zags” disposent d’une paire complémentaire de big men d’une incroyable technicité et d’une intelligence de jeu qui leur évite de vendanger des occasions.

North Carolina ne possède pas de cartes similaires à l’intérieur. Mais elles sont tout aussi, si ce n’est plus dangereuses.

Kennedy Meeks a vécu un carrière universitaire sur le campus de Chapel Hill à côté des lumières. Toujours caché par d’autres hommes tels que Brice Johnson ou Justin Jackson. Mais son moment semble enfin arrivé, lors du dernier match sous le maillot des Tar Heels. Il s’est construit au fil des années un physique qui lui permet aujourd’hui de terroriser ses adversaires sous la panier.

Il en faudra plus pour effrayer Przemek Karnowski ; ceci dit, le leader des Bulldogs peut et doit se soucier de la capacité de Kennedy Meeks à prendre des rebonds offensifs.

L’identité offensive des hommes de Roy Williams repose sur la propension à récupérer des nouvelles possessions sur leurs tirs manqués. Les Tar Heels sont premiers du pays en terme de rebonds offensifs (15.77 par match en moyenne) ; ils récupèrent d’ailleurs près de 12.7 rebonds de plus que leurs adversaires en moyenne, meilleure différentiel du pays.

D’ailleurs, North Carolina doit sa place en finale nationale grâce à deux rebonds offensifs lors des ultimes secondes face à Oregon.

Bien que Gonzaga ait lâché pas mal de rebonds offensifs contre South Carolina, ce qui a permi les Gamecocks de rester dans le match, les Bulldogs arrivent en seconde place des meilleures équipes en terme de rebonds défensifs (30.84 par match en moyenne).

Les deux équipes possèdent la taille et l’envergure pour sécuriser leurs rebonds. Aucun des protagonistes ne manque d’envie, d’effort et de technique. Vous l’aurez compris, la clé du match se trouve sous le panneau.

A qui prendra l’avantage sur l’autre lorsque les tirs ne feront pas trembler le filet.

(Crédit photo : Bob Donnan-USA TODAY Sports)

Gonzaga et North Carolina se sont extirpés du Final Four en montant deux visages complètement opposés, allant à l’encontre des stéréotypes caractérisant chacune des équipes.

Les Bulldogs ont justifié leur statut de favori en se sortant du piège des Gamecocks par le haut. Ils ont remporté en jouant un excellent basketball, au-dessus de la compétition, et ont montré qu’une victoire après un money time contrôlé était dans leurs cordes. A l’inverse, les Tar Heels n’ont pas proposé une rencontre de très haut niveau face aux Ducks. Mais la solidité de la base de leur jeu a été suffisante pour s’imposer dans les tous derniers moments.

Si la partie est moche sur le plan général du jeu, North Carolina tient la corde. Mais si elle s’engouffre dans un scénario complètement fou où les points forts sont mis en exergue, Gonzaga fait mieux que déposer son grain de sel.

Les confrontations directes de qualité ne manquent pas lors de cette finale nationale.

L’opposition entre Justin Jackson contre Johnathan Williams, si ce n’est l’ensemble de la défense des Zags, promet beaucoup. Le leader des Tar Heels aura fort à faire face à l’une des meilleures défenses du pays. Johnathan Williams n’est certainement pas le joueur le plus connu de Gonzaga, ni le plus dangereux offensivement parlant, mais il peut être considéré comme la caution défensive de l’équipe. Le vainqueur de ce matchup à l’aile pourrait bien devenir le facteur X de cette rencontre.

Cependant, ne parlons pas trop vite. Le face-à-face entre Nigel Williams-Goss et Joel Berry II à la mène pourrait bien jouer d’autant plus dans la balance à la fin du match. Le meneur de jeu des Bulldogs n’est pas nécessairement le joueur le plus important de son équipe, mais il est possiblement le meilleur d’entre tous. Individualité transcendante et créateur offensif, il pourrait surtout faire mal aux Tar Heels grâce à sa défense.

North Carolina joue (beaucoup) mieux avec un Joel Berry II efficace, qui tient un rôle de lien entre l’ensemble des joueurs sur le parquet. Cependant, Nigel Williams-Goss pourrait déséquilibrer l’escouade de Roy Williams s’il arrive à isoler son adversaire direct, qui a subi de nombreuses blessures ces dernières semaines faut-il le rappeler.

Les tirs à 3-point de Jordan Mathews pourraient faire la différence en faveur de Gonzaga. L’apport en sortie de banc de Luke Maye ou Theo Pinson pourrait aider à faire pencher la balance du côté de North Carolina.

Mais en fin de compte, on revient toujours à la même conclusion inévitable : la destinée d’un nouveau champion national, que ce soit Gonzaga ou North Carolina, découle de la performance des bouchers de l’équipe victorieuse.

Przemek Karnowski ou Kennedy Meeks. Deux destins uniques pour la consécration ultime d’une carrière.