Rien n'est plus important que croire en ses forces en football universitaire ; le dernier Rose Bowl en est l'exemple parfait.

Le football universitaire est un sport particulier, rien que dans la manière d’entrevoir le succès à haut niveau. Une infinité de voies existe pour construire un programme prospère sur la scène nationale.

En son temps, Art Briles a amené un programme de Baylor dormant dans les profondeurs de la ligue depuis des décennies sur les devants de la scène grâce à une philosophie offensive innovante basée sur les préceptes extrêmes de l’Air Raid. Après une éternité à distance respectable de la lumière, Ken Niumatololo (dans la foulée de Paul Johnson) et Jeff Monken ont relancé les académies militaires de la Navy et l’Army, respectivement, avec l’aide de l’immuable triple option.

Les saisons à plus de 10 victoires se sont présentées à chaque équipe citée, que ce soit avec une attaque novatrice dans tous les sens du jeu ou une animation offensive qui remonte à plus d’un siècle d’utilisation.

Avec autant de différences dans le jeu de chacun, et malgré une ligue à plus de 120 équipes où la plupart dispose de qualités similaires, comment est-ce possible ?

La réponse est relativement simple : elle repose sur la dévotion absolue en l’identité qu’un staff a créé pour mener son équipe aux sommets. Une équipe doit croire à 100% en ce qu’elle fait et elle ne doit pas sortir des rails pour accomplir ce qu’elle veut.

Cette pensée demeure vraie encore aujourd’hui et elle s’est même vérifiée ce lundi lors des demi-finales du College Football Playoff ; notamment dans la confrontation absolument épique, si ce n’est légendaire, entre #2 Oklahoma et #3 Georgia.

Georgia s’est rendu compte de ses erreurs

Georgia s’est engouffré dans les vestiaires à la mi-temps avec un déficit de 14 points (17-31), que l’on pouvait imaginer rédhibitoire à première vue.

Le head coach des Bulldogs, Kirby Smart, n’est peut-être qu’à sa seconde saison à la tête du programme mais il a monté une identité bien distincte au cours de cette saison sur le campus d’Athens : revenir aux fondamentaux et s’appuyer sur une animation offensive menée par un jeu de course aussi puissant qu’explosif.

Il faut dire que la présence de talents transcendants tels que les seniors Nick Chubb et Sony Michel est une incitation plutôt convaincante.

Et pourtant, Georgia s’est s’entêté à suivre la folie offensive d’Oklahoma en se forçant à lancer le ballon avec un quarterback true freshman, en compétition avec un quarterback senior qui venait tout juste de remporter le Heisman Trophy pour ses qualités de lanceur hors paire.

Jake Fromm a terminé la première période à 17 passes (contre 18 pour Baker Mayfield) alors que les running backs des Bulldogs n’ont touché le ballon qu’à 10 reprises lors des 30 premières minutes.

Ce qui est d’autant plus rageant : ces 10 touchés ont mené à 189 yards (dont un touchdown de 75 yards sans que Sony Michel ne soit touché), soit une moyenne complètement outrageuse de 18.9 yards par course.

Il était difficile de comprendre ce à quoi Jim Chaney, coordinateur offensif de Georgia, pensait accomplir.

Les Bulldogs ont réalisé une superbe saison à 12 victoires et à un titre de conférence SEC grâce à la puissance intrinsèque de son backfield. Il arrivait parfois, au cours de la saison régulière, que Jake Fromm n’ait pas à passer pour que Georgia s’envole vers la victoire. C’est dire la puissance du jeu de course et l’importance de celui-ci dans l’identité offensive de l’équipe de Kirby Smart.

Et puis, quand les Bulldogs se sont souvenus de cela en seconde période, cela n’a pas manqué de faire mouche.

Certes, la défense a contenu les Sooners dès la reprise du troisième quart-temps, mais Jim Chaney est revenu sur la base des fondamentaux de Georgia. Sur les 30 dernières minutes (tout en comprenant les deux séances de prolongations, les running backs ont compté 19 portées tandis que Jake Fromm n’a opéré que 12 tentatives supplémentaires.

Le résultat est sans appel : 302 yards au sol et 5 touchdowns en 29 tentatives à la fin de la rencontre, soit une moyenne de 10,4 yards par portée et un ratio d’un touchdown toutes les 6 portées.

Nick Chubb (14 portées,145 yards, 2 TDs) et Sony Michel (11 portées, 181 yards, 3 TDs) replacent même Georgia au niveau d’Oklahoma (31-31) avec deux touchdowns de 50 et 38 yards, respectivement, dès le troisième quart-temps.

Mieux encore, Sony Michel met carrément un terme à la rencontre avec le touchdown de la victoire en double-prolongations sur un snap direct où la défense ne fait que l’effleurer.

Les Bulldogs avaient oublié leurs racines en tentant de rester aux côtés d’Oklahoma à tout prix, oubliant leurs fantastiques running backs malgré un succès probant dans leur erreur ; pourtant, comme le reste de la rencontre l’a montré, Georgia ne pouvait être meilleur qu’en gardant une ligne de conduite qui a fonctionné toute l’année.

Lincoln Riley a oublié que Baker Mayfield était son quarterback

Georgia a retrouvé le droit chemin en se rendant compte de sa méprise. Le sort inverse est tombé sur Oklahoma et à y regarder de plus près, ce n’est pas une grande surprise que les Sooners se soient inclinés.

Lincoln Riley, tout jeune head coach des champions de la conférence Big 12, a possiblement réalisé une des meilleures mi-temps de l’histoire récente. Il a appelé une première période à la limite de la perfection, mettant en exergue les qualités de son meilleur playmaker, le quarterback Baker Mayfield, et en le faisant contribuer de quelque manière que ce soit.

Impossible d’oublier le trick play où le receveur freshman CeeDee Lamb, à la suite d’une course renversée, lance une passe de touchdown vers son quarterback franchement auréolé du Heisman Trophy.

Vous avez bien lu correctement cette phrase.

Oklahoma a enfilé les perles d’une facilité déconcertante en début de match, quittant le terrain à la mi-temps avec 31 points et 360 yards offensifs (ce qui est fou pour une demi-finale du College Football Playoff contre une des meilleures défenses du championnat), en suivant une feuille de route qui a marché depuis le mois de septembre.

Mettre le ballon dans les mains de Baker Mayfield et utiliser des jeux extrêmement bien dessinés afin de surprendre son adversaire et de profiter des faiblesses de celui-ci.

Et puis les Sooners se sont reposés sur leurs lauriers et Lincoln Riley a perdu de son intrépidité.

L’attaque est revenu à des schémas de jeu très classiques (pour ses standards), ce qui, évidemment, ne remporte pas la bataille face à une défense de Georgia qui retrouvait du poil de la bête. Bien que Rodney Anderson ait réalisé une première mi-temps fantastique au sol (13 portées, 125 yards, 2 TDs), Oklahoma s’est appuyé à outrance sur le running back au moment où les Bulldogs se sont ajustés à le stopper.

Résultat : 13 portées pour 76 yards et aucun touchdown en deuxième période et prolongations. Mais ce n’est pas la décision la plus surprenante d’entre tous.

Lincoln Riley a joué à la perfection avec Bakey Mayfield en première partie de rencontre… avant de “retirer” les mains de son meilleur joueur du ballon. Le quarterback n’a passé que 17 fois après la pause (prolongations incluses) pour 76 yards, un touchdown et une interception. Une partie de cet échec cinglant est due à la défense ultra-agressive des Bulldogs, certes, mais son influence sur le jeu a été limitée par les schémas de jeu conservateurs, loin des actions majeures du premier acte.

Et au moment de remporter le match, que ce soit lors de l’ultime quart-temps ou des séances de prolongations, Baker Mayfield n’a obtenu aucun occasion de montrer l’étendue de son talent, bloqué par les tentatives (vaines) de course et les passes sans réelle agressivité.

Illustration : le receveur Marquise “Hollywood” Brown a terrorisé les Bulldogs une bonne partie de la rencontre ; cependant, au cours du quatrième quart-temps et des prolongations, Baker Mayfield n’a tenté que 4 passes vers lui pour 3 réceptions et 23 yards.

Oklahoma avançait concrètement lorsque Baker Mayfield titillait Georgia en profondeur et jouait de ses jambes pour percer la muraille adverse et ouvrir des lignes de course pour ses running backs.

On a observé telle identité qu’à quelques occasions après la pause.

Les Sooners se sont perdus dans leur identité, malgré un succès pharamineux (si ce n’est historique) de celle-ci au cours des 30 premières minutes irréprochables. Au même moment, Georgia s’est ré-installé au volant d’une machine de guerre qui avait été abandonné pour lutter inconsciemment face à une force qui ne pouvait être suivie de la même façon.

Le football universitaire montre une nouvelle fois qu’il faut croire en ce que l’on réalise, sans bornes et sans limitations, pour réussir au plus haut niveau. Chaque grand événement est un rappel à une croyance religieuse en son identité et cette édition du College Football Playoff ne fait pas exception à la règle.