A qui la faute pour la défaite de Georgia ? Jake Fromm, Jim Chaney ou Kirby Smart ?

LSU vainqueur ou Georgia perdant ?

Ne forçons pas le trait dans des proportions incohérentes et n’avançons pas que les Tigers n’ont pas obtenu cette victoire de fort belle manière. Pas de « fake news », cette partie est la stricte vérité. LSU mérite amplement un tel succès après avoir réalisé un match complet, des deux côtés du ballon, pendant 60 minutes.

Demandons-nous maintenant si la performance (décevante) des Bulldogs a déterminé l’issue de la partie dans de plus grandes largeurs plutôt que la performance (impressionnante) des Tigers. Les finalistes malheureux du dernier College Football Playoff Championship Game se sont inclinés de 20 points (16-36), et le score ne biaise même pas la réalité, il existait un monde d’écart dans le déroulé du match.

Mais aujourd’hui, mettons les pieds dans le plat et disons que oui, Georgia a causé sa propre perte, tout seul, comme un grand.

 

Jake Fromm a connu son plus mauvais jour en carrière

 

La rencontre s’est tout simplement joué lors du premier quart-temps. Pourquoi ? Georgia a montré et exacerbé une faiblesse de poids d’entrée de jeu et LSU a ajusté son gameplan immédiatement. Cette faiblesse n’était autre que Jake Fromm.

Le quarterback des Bulldogs n’était pas dans un grand jour, et c’est le moins que l’on puisse dire. 

En six séries offensives lors de la première période, Jake Fromm a lancé à 16 reprises, soit, à quelques passes près, le total pour chaque match de la première partie de saison des Bulldogs. Le quarterback avait lancé le ballon pour un maximum de 23 tentatives en 2018. Mais ce ne serait pas un véritable problème s’il avait complété ces passes : seulement 5 passes sont arrivées à destination pour un total famélique de 47 yards.

La défense des Tigers mérite des applaudissements pour cette performance. LSU a proposé une pression constante dans la poche de Jake Fromm et les defensive backs ont contesté toutes les tentatives de réception des receveurs adverses, dès lors que le quarterback est arrivé à se connecter avec une précision relative.

Avant de paniquer et d’appeler au remplacement de Jake Fromm, souvenons-nous que le quarterback ne s’est jamais révélé comme le responsable des maux des Bulldogs auparavant. Cette rencontre face à LSU est certainement la plus mauvaise performance de la (courte) carrière universitaire du sophomore, et il avait pour l’instant réalisé une saison sans faute, bien qu’on ne l’avait pas réellement mis à contribution.

Samedi, il a implosé lors des quelques moments critiques de la rencontre.

 

 

Il a fortement été mis à contribution lors des trois premières séries offensives, mais comme il est expliqué précédemment, son manque de précision lui a coûté des conversions importantes sur 3ème tentative, un moment où il s’est pourtant révélé clutch depuis son début de carrière. LSU a rapidement pris une avance de 13 points (13-0) mais il n’y a rien d’irréversible à ce moment-ci du match.

Sauf que Jake Fromm a perdu son rythme et toute confiance dans un environnement extrêmement hostile, qui n’est pas censé l’aider à se remettre dans la partie. Cela s’est vu en seconde période.

Tout juste revenu des vestiaires, le quarterback est apparu bien plus fringuant mais un sack de Michael Divinity Jr. force Georgia à un field goal. Les Bulldogs semblent reprendre du poil de la bête, mais dès la série suivante, Jake Fromm force ses passes dans le trafic. Résultat ? Une première passe proche de l’interception par Grant Delpit suivie d’une autre passe, cette fois-ci, superbement interceptée par Kristian Fulton.

Mais plus grave encore, le quarterback perd ses moyens en début de quatrième quart-temps alors que Georgia venait de réduire le score avec leur premier touchdown de la partie, revenant à 10 points de leurs rivaux (9-19).

Jake Fromm laisse tomber sa vision en profondeur du terrain en se focalisant sur le pass-rush et subit un sack crucial sur 3rd down. Les Bulldogs sortent ainsi de la distance de Rodrigo Blankenship pour un éventuel field goal, et sont forcés à punter après un « delay of game » sur 4th down. Résultat ? LSU ajoute 10 points en l’espace de 5 minutes de jeu, dont un touchdown de 86 yards, et tue le match par la même occasion.

20 points de retard, dans la « Death Valley » ? Game over. Et le réveil tardif de Jake Fromm avec un touchdown de 27 yards pour Riley Ridley n’est qu’anecdotique puisque le quarterback termine la rencontre avec une seconde interception, sur un « magnifique » arm-punt. 

 

Abandonner le jeu au sol ? Une faute professionnelle de Jim Chaney

 

Mais comment en sommes-nous arrivés à une telle débâcle du quarterback ? La réponse se trouve en partie dans les décisions du coaching staff.

Georgia n’avait pas eu vraiment besoin de se reposer sur Jake Fromm jusque-là cette saison, tant le jeu de course était dominant et permettait à l’équipe de s’envoler sans forcer le talent de son leader offensif. Les Bulldogs possèdent l’un des meilleurs jeux au sol de la ligue, entre une ligne offensive impeccable et des running backs tous plus talentueux les uns que les autres. 

Et avant le déplacement à LSU, Georgia inscrivait une moyenne de 245 yards par match et 6.2 yards par portée à la course. Des moyennes folles.

Sauf que Jim Chaney, le coordinateur offensif et play-caller offensif de l’équipe, appelle 4 passes en 5 actions sur la première série de la partie. Pas nécessairement logique. Il se rattrape dès la série suivant en appelant une flopée de courses toutes plus tranchantes les unes que les autres. 12 puis 18 yards au sol pour D’Andre Swift, suivi par 17 puis 9 yards à la course pour Elijah Holyfield : Georgia semblait alors increvable en attaque.

Mais ce n’était sans compter sur Jim Chaney. Il appelle deux passes dans la red-zone des Tigers, évidemment incomplètes, ce qui enlève tout momentum accumulé lors de la série.

Un field goal permettait alors d’égaliser et de rester dans la partie. Le coaching staff n’en avait que faire et a oublié toute logique : Georgia appelle une feinte de field goal où Rodrigo Blankenship devait courir pour sa vie face à LSU. Le « trick play » ne fonctionne pas et enterre certainement les espoirs des Bulldogs.

Les Tigers répondent à cette bévue avec un touchdown, puis un second field goal, et prennent une avance de 16 points. Rédhibitoire.

Mais davantage que la décision de feinte de field goal, l’oubli d’impliquer les running backs est la cause de l’ensemble des maux des visiteurs. Le duo entre D’Andre Swift et Elijah Holyfield fonctionnent à merveille et pouvait inverser la balance. A la place, les Bulldogs paniquent et forcent Jake Fromm à passer. Dave Aranda n’avait pas besoin de plus pour ajuster son escouade et de défendre la course plus agressivement.

La prochaine course de Georgia supérieure à 10 yards ? A 35 secondes de la fin du 3ème quart-temps, lorsque Elijah Holyfield touchait le ballon pour la deuxième fois de la rencontre après la feinte de field goal. Le running back aligne une course de 13 yards puis un touchdown au sol de 10 yards. 

Elijah Holyfield n’a pas porté un seul autre ballon jusqu’au coup de sifflet final… alors qu’il apportait une moyenne de 8 yards par portée sur la rencontre. D’Andre Swift apportait de son côté une moyenne plus que respectable de 6 yards par portée, et il n’a guère touché davantage le ballon avec seulement 12 portées en 60 minutes. 

Oublier ses deux meilleurs joueurs offensifs est à la limite de la faute professionnelle pour Jim Chaney, d’autant plus en forçant dans les airs. 

Kirby Smart est également en tort dans cette histoire en conservant Jake Fromm sur le terrain. Justin Fields patientait gentiment sur le bord de touche alors que le quarterback titulaire était sur le terrain, clairement à côté de ses crampons.

Le head coach des Bulldogs a attendu la fin du troisième quart-temps pour lancer le freshman, recruté avec 5-étoiles et toute la hype du monde, lors d’une seule et unique action : une course de 3 yards.

Certes, le rythme est un élément très important pour un quarterback, d’autant plus pour un match d’une telle importance et d’une telle compétitivité, mais laisser sur le banc un joueur aussi talentueux que Justin Fields, capable d’apporter un boost supplémentaire avec ses jambes électriques, est un petit peu incompréhensible.

On peut dire tout ce que l’on veut de la performance de Jake Fromm, mais le coaching staff porte une responsabilité tout aussi importante dans la défaite de Georgia. On ne saura jamais si le résultat aurait été différent si seulement Jim Chaney avait continué d’appeler des courses lors du premier quart-temps.

 

Georgia doit-il dire adieu au College Football Playoff ?

 

La saison de Georgia n’est cependant pas terminée. Cette défaite n’a rien de rédhibitoire pour le College Football Playoff, ni pour le titre de conférence SEC.

Les Bulldogs n’ont qu’à remporter le reste de leurs matchs face aux équipes de la division SEC East pour tenter de conserver leur titre de conférence obtenu la saison passée sur la route du Rose Bowl et de la finale nationale. Qui plus est, une équipe avec une seule défaite a participé au dernier carré à chaque saison du College Football Playoff.

Mais la performance face à LSU permettait-elle d’envisager un tel scénario ? Difficile de dire lorsque l’on regarde le calendrier de la saison.

Georgia a remporté ces six victoires de début de saison avec 42,8 points de moyenne et un écart moyen de 28,3 points. Tout apparait très solide et digne d’un champion. Mais aucune équipe battue n’est « bonne » : Austin Peay (FCS), South Carolina (3-3), Middle Tennessee (3-3), Missouri (3-3), Tennessee (3-3) et Vanderbilt (3-4).

Les hommes de Kirby Smart ont obtenu le bénéfice du doute pour l’ensemble de la saison dernière, dès le mois de septembre, grâce à la courte victoire d’un point sur le terrain de Notre Dame puis en ayant battu franchement une bonne équipe de Mississippi State deux semaines plus tard. Les Bulldogs ont été ensuite capables de se faire les dents pendant deux mois avant d’arriver en novembre avec une confiance à bloc et un plan de jeu déterminé.

La narration de la saison de Georgia est déjà chamboulée avec cette défaite agonisante à LSU. Florida, Kentucky et Auburn arrivent dans le prochain mois de compétition et sans trois victoires, les Bulldogs peuvent dire au revoir à leurs espoirs de College Football Playoff, et possiblement, de titre de division SEC East.

Georgia doit rebondir à tout prix et dans l’immédiat si la saison ne veut pas se terminer avec des regrets et une large dose de déception. L’équipe a tout le talent du monde pour réussir un tel défi : conclure l’année sans défaite supplémentaire et avec un plan de jeu concret et efficace.

Mais le coaching staff s’est tiré une jolie balle dans le pied en abandonnant ce qui marchait face à LSU et en ouvrant la porte au doute.