Cela faisait longtemps que Nick Saban était considéré comme le meilleur entraineur de tous les temps en football universitaire. Il n’avait rien à prouver d’une carrière époustouflante à tous les niveaux au cours du College Football Playoff Championship Game.

Et pourtant, au coup de sifflet final, nul n’était plus incrédule que le head coach du Crimson Tide.

#4 Alabama s’adjuge un cinquième titre national depuis 2009 sur le score de 26 à 23, à la suite d’une confrontation face à #3 Georgia qui restera gravée dans les mémoires, conclue en prolongations sur une passe de touchdown stratosphérique de 41 yards attrapée par DeVonta Smith.

Georgia a mené la rencontre de bout en bout, possédant une avance de 13 points à la mi-temps (13-0) puis dans les dernières minutes du troisième quart-temps (20-7) ; les Bulldogs n’avaient jamais été aussi proches de remporter leur premier titre national depuis 1980 et de pousser sur la touche la plus grande dynastique que le sport ait connu dans son histoire, par la même occasion.

Malheureusement, cette équation ne prenait pas en compte un des coups de poker les plus osés de la longue carrière d’entraîneur de Nick Saban.

Réputé pour être conservateur en toute circonstance, l’entraîneur du Crimson Tide choque le monde du football universitaire au retour des vestiaires à la mi-temps : le true freshman Tua Tagovailoa remplace Jalen Hurts au poste de quarterback titulaire.

Moment de panique ou coup de génie, les avis balançaient ; la réponse n’a pas déçu.

Jalen Hurts, détenteur d’un record de 25-2 à la baguette d’Alabama en deux ans mais en perdition face aux Bulldogs, laisse sa place à un quarterback de 19 ans qui n’a reçu aucun snap important en carrière et n’a pas foulé le terrain depuis la rencontre face à Tennessee, le 21 octobre dernier.

Alors que son équipe est en plein désarroi, à la limite de sombrer dans les abysses, Nick Saban lance un électrochoc en plein milieu d’une finale nationale qui pouvait lui échapper à tout moment. Et le plus surprenant dans cette histoire, c’est que Tua Tagovailoa a répondu aux prières de son entraineur.

Le jeune true freshman sort de l’ombre et entre dans la lumière éternelle en l’espace de quelques séries.

A la fin de la rencontre, il compile 166 yards et 3 touchdowns à la passe, en plus de 27 yards à la course, des statistiques amassées en l’espace de 30 minutes de jeu, faut-il le rappeler. Il lance la machine après la mi-temps avec un touchdown lancé vers le freshman Henry Ruggs III puis se connecte avec un autre freshman, DeVonta Smith, pour le score de la victoire en prolongation.

Tua Tagovailoa a illuminé la partie de toute l’étendue de son talent, qui semble sans bornes, mais il n’était pas seul. Le véritable enseignement de ce comeback historique demeure le fait que Nick Saban repose toute sa confiance pour remporter le titre national envers une bande de true freshmen dénués d’expérience.

Les receveurs Henry Ruggs III, Jerry Jeudy et DeVonta Smith, tous arrivés sur le campus de Tuscaloosa l’été dernier, se sont imposés comme les pierres angulaires du succès de Tua Tagovailoa dans les airs au cours du “money time”. Le running back première année Najee Harris a été lancé dans le grand bain en prenant le relais de Damien Harris et Bo Scarbrough, inefficaces durant la partie, et a tout simplement renversé la vapeur de la rencontre en complétant les efforts de son quarterback à coup de courses tranchantes. Pour suppléer à Jonah Williams, meilleur lineman offensif du Crimson Tide blessé en début de rencontre, Alex Leatherwood est entré en jeu et a stabilisé une ligne offensive qui succombait à la pression des Bulldogs. Il a pris en charge le poste de left tackle et a joué presque à la perfection face à un des meilleurs front-seven du pays.

Et lors du dernier quart-temps de jeu, tous ces hommes ont été alignés ensemble autour de Tua Tagovailoa alors qu’Alabama tentait de raccrocher le wagon de Georgia. C’est aussi fort que couillu ; et cela a fonctionné.

Alabama remporte un titre national inespéré, même aux yeux de Nick Saban, grâce à une armée de jeunes joueurs sans expérience dont la force était de se connaitre comme nul autre. Mais un succès d’une telle envergure, que l’on pourrait classer parmi les plus beaux de ces dernières décennies, n’a pu être réalisé sans un dénominateur commun.

Il se nomme Tua Tagovailoa.

Le quarterback hawaiien, issu du même lycée blotti au milieu de l’Océan Pacifique qu’un certain Marcus Mariota, a saisi une chance unique d’inscrire son nom dans le paysage universitaire avec l’aide d’une performance hallucinante.

Et il s’inscrit par la même occasion dans la légende de la glorieuse Université d’Alabama.

On se souviendra de son apparition pour la seconde partie du College Football Playoff Championship Game. On se souviendra des actions folles dont il a été l’auteur afin de renverser le rythme et l’issue de cette rencontre, d’autant plus avec une telle insouciance et une telle intrépidité. On se souviendra du fait qu’il devient le premier quarterback freshman à mener son équipe à un titre national depuis Jemelle Holieway en 1985 aux rennes d’Oklahoma.

Mais par-dessous tous les faits marquants imaginables, on se souviendra à tout jamais de son lancer vers DeVonta Smith en prolongation pour arracher une victoire prodigieuse.

Le nom de Tua Tagovailoa et de l’Université d’Alabama seront liés à tout jamais à partir d’aujourd’hui.

Ce n’est pas normal de lancer un touchdown de 41 yards si parfaitement pour un joueur de cette expérience du jeu universitaire. Ce n’est pas normal d’être capable de figer les safeties avec son corps et ses yeux pour ensuite envoyer une bombe parfaitement placée dans les bras de son receveur à l’entrée de l’en-but.

Et c’est encore moins normal de réaliser un tel accomplissement une action seulement après avoir subi le pire sack de sa carrière (possiblement) en perdant 16 yards d’un coup d’un seul.

Tua Tagovailoa a démontré en l’espace de 30 minutes, si ce n’est en l’espace de quelques ultimes minutes, un mental d’acier et un talent intrinsèque exceptionnel qui ne sont pas donnés à tout le monde, ligue professionnelle incluse. Il est tout simplement un animal à part et Nick Saban aurait été affreusement idiot de se passer d’un tel élément.

Il est même arrivé à faire passer la première période (presque) parfaite de son compère des Bulldogs, Jake Fromm, en second plan. Le quarterback de Georgia, lui-aussi true freshman, a propulsé son équipe à une avance de 13 points grâce à une performance des plus impressionnantes.

Le head coach du Crimson Tide a obtenu deux de ses plus beaux succès en carrière en faisant appel à son instinct et en surprenant tout le monde. Avec un onside kick face à Clemson en 2016 ou avec le lancement d’un quarterback true freshman à la mi-temps d’un match qui devait lui échapper. Ces deux décisions ont accouché de deux titres nationaux.

Le pari fou de Nick Saban a fonctionné ; mais sans Tua Tagovailoa aux commandes, il n’aurait servi à rien.

Le nom d’Alabama résonne à nouveau au sommet de la hiérarchie nationale grâce à une victoire aussi atypique que la dynastie du Crimson Tide règne en maitre sur la ligue depuis une décennie. L’université remporte un 17ème titre national depuis sa création et Nick Saban apporte le cinquième en seulement 9 ans. Il cimente un statut d’entraineur immortel dans les esprits universitaires.

Mais le réel gagnant de ce College Football Playoff Championship Game n’est pas le head coach.

Il se nomme Tua Tagovailoa et la légende du quarterback à la barre du Crimson Tide ne fait que débuter.