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Trevor Lawrence QB Clemson Tigers Summer Camp 2020
(Crédit photo : Clemson Tigers Athletics)

En quoi #WeWantToPlay peut renverser la balance du football universitaire

Alors que le football universitaire devait être marqué par une fumée blanche en provenance de la conférence Big Ten, qui réfléchit très fortement à l’annulation de la saison, les joueurs ont tenté un coup de poker avec #WeWantToPlay.

Et le coup de poker, porté à toute la planète universitaire par Trevor Lawrence, pourrait bien avoir des conséquences majeures ; au-delà du simple aspect sportif.

Des dizaines et des dizaines d’athlètes-étudiants du Power Five se sont alliés dans #WeWantToPlay pour communiquer au monde entier (et surtout aux instances dirigeantes de la NCAA) qu’ils souhaitent jouer cette saison de football universitaire. Mais, à l’instar de #WeAreUnited, lancé par des athlètes de Pac-12 en cours de semaine dernière sur The Players Tribune, ils affichent un tel souhait avec une liste de contreparties nécessaires à la progression de la saison.

5 demandes principales émergent de #WeWantToPlay :

  • Etablir des protocoles universels et imposés en matière d’hygiène et de sécurité afin de protéger les athlètes universitaires contre le COVID-19, parmi toutes les conférences de la NCAA.
  • Donner aux joueurs l’opportunité de se retirer de la compétition [face aux craintes et conséquences du COVID-19] et de respecter leur décision.
  • Garantir l’éligibilité d’un joueur qu’il décide de se retirer de la compétition ou non.
  • Utiliser nos voix afin d’établir une communication ouverte et une confiance entre les joueurs et les dirigeants : au final, créer une association (ou syndicat) de joueurs de football universitaire.
  • Trouver un représentant de tous les joueurs dans l’ensemble des conférences du Power Five.

Bien que les 5 conférences du Power Five (ACC, Big 12, Big Ten, Pac-12 et SEC) soient uniquement mentionnées dans le pamphlet publié en masse par les joueurs, il ne fait presque aucun doute que le reste du FBS et les conférences du Group of Five, notamment, se joignent au mouvement social.

Oui, il faut parler de mouvement social.

Pourquoi ? #WeWantToPlay possède la force et les idées pour secouer les fondations actuelles de la NCAA. La relation d’exploitant (administrations) à exploité (athlètes) pourrait bien vivre ces derniers jours. Et un tel mouvement détient les clés pour s’inscrire dans l’histoire des sports universitaires.

Explications en trois points majeurs.

1. Les athlètes saisissent le mégaphone médiatique pour servir leurs propres intérêts

Il était (enfin) temps.

Après des décennies de silence relativement forcé, les athlètes haussent le ton et utilisent le meilleur des porte-voix à disposition : les réseaux sociaux. Ils transmettent leurs messages et revendications aux centaines de milliers de personnes qui décryptent leurs moindres faits et gestes. Et il n’existe, soyons honnêtes, pas de meilleur moyen afin de catapulter #WeWantToPlay sur la scène médiatique.

Ce n’est pas pour rien qu’on en parle dans cette publication. Et vous pouvez être certains que les instances dirigeantes sont très bien au courant du mouvement.

Les athlètes ont surtout compris un concept très simple.

Deux entités possèdent du pouvoir en sports universitaires :

  1. les Universités, et a fortiori les conférences, qui sont dirigées par les Présidents d’Université et les Directeurs Athlétiques.
  2. les athlètes-étudiants, eux-même.

Si vous croyiez que l’administration de la NCAA détenait quelconque pouvoir, autorité ou leadership, il faut se réveiller et retomber très vite sur terre pour éviter d’être surpris plus longuement. C’est la triste réalité. Il manque l’aura d’un commissionnaire unique et puissant en NCAA pour émettre une ligne directrice forte (mais cela revient à un autre débat).

Donc, oui, la réalité est que les athlètes-étudiants possèdent un pouvoir de négociation qui n’est pas à sous-estimer. La raison est simple : à l’instar de n’importe quel système économique, la force ouvrière et productrice de revenus peut mettre la pression sur la direction afin d’obtenir ses revendications. Si les athlètes décident de ne plus jouer au football, les compétitions sportives ne peuvent plus se tenir… et c’est l’ensemble du système économique de la NCAA qui tombe en ruines.

L’argent est et demeure le nerf de la guerre.

Les joueurs de football universitaire sont d’autant plus puissants qu’ils sont les plus nombreux à l’échelle de la ligue et que le football universitaire produit plus de 90% des revenus annuels de chaque Université.

#WeWantToPlay est un mouvement très intéressant parce que les joueurs, au même titre que les Présidents d’Université et les conférences (du Power Five), veulent participer à la saison de football. Sauf que, maintenant qu’ils ont pris le mégaphone et se sont alignés à la position des instances dirigeantes (pour des raisons différentes), ils imposent leurs conditions.

Les athlètes ont récupéré la voix principale sur l’espace médiatique.

Et ils mettent dorénavant la pression sur l’administration. “Vous voulez une saison de football et récupérer vos millions de dollars de revenus ? Et bien, il va falloir accepter nos demandes.” Certains athlètes proéminents de la conférence Pac-12 ont initié une telle position avec #WeAreUnited, en préférant le retrait de la compétition afin de demander des progrès sanitaires et sociaux à Larry Scott.

Le Commissionnaire de la Pac-12 a rencontré certains joueurs… et a pris une position “condescendante et méprisante” lors de cette réunion. Evidemment. Toutefois, maintenant que #WeAreUnited et #WeWantToPlay sont alliés, il n’a plus forcément le choix de réfuter la légitimité des volontés des joueurs.

A la vue des conditions des athlètes-étudiants, toutes les oreilles de l’administration universitaire sont grandes ouvertes. Celles-ci piquent au coeur et remettent en cause le modèle d’amateurisme universitaire.

Et, une proposition en particulier.

2. Le but ultime de #WeWantToPlay : la création d’un syndicat de joueurs

Il faut dresser une analyse des revendications de #WeWantToPlay avant de continuer à creuser :

  • Bien que ce soit inacceptable d’en arriver à tel point, le coup de gueule des athlètes à propos des protocoles universels de protection en matière d’hygiène face au COVID-19 devrait aboutir à des décisions formelles.
  • Le retrait de la compétition sans aucune répercussion sportive et/ou académique est déjà presque une condition acquise.
  • Le maintien de l’éligibilité universitaire, quel que soit le choix de participation à la saison de football, risque d’être (très) difficile à obtenir et devrait tomber dans la catégorie de “c’est le même problème pour tout le monde”.

Là où les esprits risquent de chauffer est sur la demande d’une association de joueurs en football universitaire. On parle bien d’un syndicat de joueurs. Ainsi que d’un représentant unique pour les intérêts de tous les joueurs. Est-ce que vous pouvez déjà apercevoir le problème ?

Normalement, on peut le voir à des kilomètres à la ronde.

L’ancien quarterback de Northwestern, Kain Colter, s’est lancé dans une entreprise identique en 2014 de créer un syndicat de joueurs. Il a échoué. #WeWantToPlay relance le sujet et le souci est à nouveau clair comme de l’eau de roche : créer une association de joueurs (ou syndicat) reviendrait à considérer les athlètes comme des étudiants à part et/ou des employés.

Bingo. Le modèle d’amateurisme est encore mis en danger.

Et les instances dirigeantes de la NCAA devrait se battre bec et ongles, comme toujours, pour conserver leur avantage d’exploitation des ressources et leur monopole sur une force ouvrière qui n’est pas rémunérée.

Et si l’on regarde cette situation d’un point de vue purement pratique ?

Une association de joueurs en football universitaire avec un “Président” à sa tête pour communiquer au nom des milliers de joueurs est une excellente idée pour faire valoir leurs intérêts et garantir une sécurité très précaire à l’heure actuelle. La situation sanitaire causée par la pandémie du COVID-19 est critique. Et celle-ci permet de mettre en avant la mise en danger permanente des athlètes pour une rétribution inexistante.

Que ce soit face à un virus meurtrier ou face au problème latent des commotions cérébrales, qui minent le football depuis des décennies.

La valeur de football universitaire repose sur ses joueurs. Ils méritent ainsi une représentation digne de leur importance. Dans le cadre de la pandémie du COVID-19, le syndicat des joueurs en NFL a par exemple négocié les conditions de reprise des activités sportives afin de garantir la sécurité et les droits sociaux des athlètes.

Mais, à nouveau, on dresse une comparaison avec une ligue professionnelle. Et le modèle universitaire d’amateurisme en prendrait un sale coup.

3. Et si l’unité de #WeWantToPlay apportait un coup de massue final à la NCAA ?

Une réponse devrait arriver très vite sur la puissance de #WeWantToPlay.

La conférence Big Ten se trouve au bord du précipice ouvert, samedi, par la conférence MAC : l’annulation de la saison de football. #WeWantToPlay est clairement une réponse à ces discussions avancées entre Présidents de l’une des conférences les plus puissances en NCAA. Et, si les athlètes arrivent à stopper le train de l’annulation lancé à pleine vitesse, ils auront remporter une première bataille.

Et démontrer qu’ils sont presque ou aussi puissants que les instances dirigeantes de la ligue universitaire.

La force de #WeWantToPlay (au même titre que #WeAreUnited) réside dans son unité.

La cohésion n’est pas du tout le point fort de la NCAA. Sans autorité légitime et directrice au sommet de la hiérarchie, chaque conférence défend sa part du gâteau et se dirige dans la direction qui l’intéresse le plus. Le Power Five s’est déjà détaché du Group of Five. Les conférences prennent des décisions unilatérales et forcent un jeu de poker menteur afin de conserver un (pseudo) avantage les unes sur les autres.

L’attentisme de l’administration universitaire face au COVID-19 a mené à un tel mouvement. Elle continuer de repousser l’échéance jusqu’au dernier moment dans l’espoir que tout se résorbe par magie au cours de l’été. Les conférences et les Présidents (en grande partie) regardent d’abord leur porte-monnaie plutôt que le bien-être et la sécurité de leurs athlètes-étudiants.

Ceux-ci ne sont pas dupes.

Et ils prennent désormais le taureau par les cornes. La NCAA (dans un sens général) est acculé dans un coin et n’importe quelle décision aura des répercussions majeures sur le futur de la ligue universitaire.

  • Elle décide d’annuler la saison de football afin de conserver le sacro-saint et inégalitaire modèle d’amateurisme : la plupart des Universités perd environ $100 millions de revenus (en plus des dettes déjà accumulées à cause du délire de la course aux armements) et elles se retrouvent face à une horde d’athlètes mécontents.
  • Elle décide d’organiser une saison de football exceptionnelle… avec le minimum de protections, comme il est actuellement le cas : la grogne des athlètes continue de monter et peut exploser à tout moment, avec la force de détruire complètement le système universitaire.
  • Elle décide d’organiser une saison de football exceptionnelle… avec des réponses aux revendications de #WeWantToPlay : les athlètes récupèrent une grande partie du pouvoir, le modèle d’amateurisme archaïque peut subir un coup fatal et la considération “professionnelle” des athlètes (et donc la rémunération) ne serait jamais aussi proche.

#WeWantToPlay et #WeAreUnited se retrouvent aujourd’hui en position de force.

Tous les partis veulent que la saison de football universitaire se déroule. Présidents d’Université, conférences, étudiants-athlètes (en majorité). Des compromis doivent maintenant être noués pour arriver à un but commun.

Toutefois, l’organisation d’une saison de football universitaire n’est certainement pas une bonne idée au plein coeur d’une pandémie incontrôlée aux Etats-Unis. Elle affecte tous les pans de la société, touche plus de 50.000 nouveaux cas journaliers et tue plus de 1.000 personnes toutes les 24 heures. Le meilleur choix d’un point de vue sanitaire et sécuritaire est la suspension des compétitions sportives tant que la pandémie n’est pas maitrisée et que l’on ne connait pas toutes les conséquences concrètes du virus sur la santé.

Mais, si l’on est pragmatique, l’argent a toujours son mot à dire dans la conversation.

Et, si une saison de football universitaire se tient, il faut mettre en place et respecter des infrastructures drastiques pour garantir la sécurité sanitaire des joueurs et empêcher toute épidémie dans les programmes de football. D’autant plus s’ils doivent côtoyer d’autres étudiants (peu scrupuleux) dans les salles de classe et sur les campus.

#WeWantToPlay gagne quoi qu’il en soit.

Il suffit à définir l’ampleur de cette victoire dans les prochaines semaines.

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