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College Football Playoff Trophy Showcase 2020 LSU vs Clemson
(Crédit photo : David J. Phillip - AP Photo)

La NCAA face au COVID-19 (2/2) : risques et options d’une saison de football menacée

Les répercussions de la crise sanitaire causée par le COVID-19 ne cessent de s’amonceler. Que ce soit au niveau de nos vies quotidiennes, des gouvernements ou des instances sportives, la situation est exceptionnellement précaire. Et, comme une myriade de ligues sportives, la NCAA se trouve dans l’oeil du cyclone

Alors que les activités sportives ont subi un arrêt aussi brutal qu’imprévu, la NCAA doit affronter une conjoncture singulière qui pourrait bien reconstruire le paysage universitaire en profondeur. 

L’économie de la ligue universitaire a pris un sacré coup avec l’annulation pure et simple du NCAA Tournament, sur lequel elle se repose pour remplir ses caisses annuelles. Les revenus manquants enfoncent déjà la NCAA dans une position inconfortable. Mais, une deuxième vague se présente avec l’ombre de la saison de football universitaire, mise en danger par la propagation de la pandémie aux Etats-Unis. 

Quels seront les impacts, financiers et sportifs, de l’annulation de la March Madness ? Comment les départements athlétiques encaissent-ils le choc face à une telle crise ? Y arriveront-ils ? La NCAA est-elle prête et/ou équipée à faire face à cette situation ? Quels sont les risques, à l’échelle de la ligue universitaire, d’une saison de football altérée par le COVID-19 ? Tant de questions qui restent floues et qui ne sont pas si faciles à décoder. 

Et une seule question surplombe le brouillard : la NCAA peut-elle survivre au passage impétueux du COVID-19 ?

Une (longue) liste de conditions pour un retour du football

Alors que la propagation du COVID-19 au mois de mars a causé l’annulation (inévitable) du NCAA Tournament et l’arrêt de toutes les activités sportives, les regards de la ligue universitaire se tournent vers le lendemain. Et, alors que le présent est déjà flou, les perspectives futures sont d’autant plus brumeuses.

Une question évidente brûle les lèvres de tous les observateurs au début du printemps : la saison de football pourra-t-elle se tenir à la rentrée ?

Toutefois, cette “simple” question ne possède pas de réponses unilatérales et indépendantes de toute autre influence. Au contraire. Le premier domino qui doit tomber est l’ouverture des campus universitaires à la présence d’étudiants. La NCAA aime à rappeler (pour une raison inconnue… ou pas) que les athlètes sont avant tout des étudiants. Et, tant que les campus sont fermés au public et que les regroupements de plus de 50 personnes sont interdits, les activités des programmes de football sont forcés à l’arrêt.

La ré-ouverture des campus ne semble pas être pour demain. Un nombre croissant d’universités ont déjà fermé leurs portes pour les semestres estivaux (juin, juillet et août) et ont re-dirigé les cours sur leurs plateformes en ligne. Des universités majeures telles que Texas, LSU, Ohio State et Oklahoma ont déjà pris cette route.

Si c’est trop dangereux pour les [étudiants] d’être sur le campus, comment cela pourrait être O.K. de jouer au football ?

se confie le Directeur Athlétique de USC, Mike Bohn, auprès de Ross Dellenger pour Sports Illustrated.

Ensuite, avant de relancer les matchs officiels, il faut un certain nombre d’entrainements et, avant ces entrainements, il faut un nombre non-négligeable de séances de (re)mise en forme.

La situation sanitaire des universités, des départements athlétiques et des programmes est la condition sine qua non pour un retour des joueurs de football sur les gazons. En second ? L’organisation en bonne et due forme d’activités sportives afin de préparer les équipes à la saison.

La préparation pour la prochaine saison de football aurait déjà dû débuter. En mars et avril, les “spring practices” sont passées à la trappe à cause de la quarantaine généralisée aux Etats-Unis. En juin, une première session d’entrainements de mise en forme se déroule afin de préparer des entrainements plus intenses en août, à l’aube de la nouvelle saison, pour former les corps à la vitesse du jeu et les esprits à la complexité des playbooks.

Et, malheureusement, tout porte à croire que ces activités n’aient pas lieu cette année.

Je ne crois pas qu’on peut [préparer les équipes aux matchs réels] au cours d’une période écourtée, d’un point de vue des entrainements. Aujourd’hui, cela correspond au mois d’août. Et il est difficile de croire que ce sera plus court que la norme depuis des décennies.

explique Tory Lindley, directeur athlétique adjoint à Northwestern et Président de la “National Athletic Trainers’ Association”, auprès de Ross Dellenger pour Sports Illustrated.

Ces activités ne sont pas prégnantes sur le paysage médiatique ; mais, elles sont en revanche primordiales pour l’implémentation des nouveaux joueurs, des nouveaux entraineurs ou des nouvelles stratégies de jeu au cours de l’intersaison. Avec un calendrier d’ores et déjà tronqué, il faut au moins compter sur une préparation longue d’un mois avant d’envisager un retour des matchs officiels.

Et, encore, si tout va bien.

Pour un lancement de la saison, il faudrait également que la situation sanitaire soit (à peu près) identique sur l’ensemble du territoire et qu’une majorité, si ce n’est la totalité, des équipes ne contracte pas le COVID-19 dans leurs rangs. Pour s’assurer qu’un regain de la pandémie n’affecte pas les organisations universitaires, il serait judicieux d’attendre la création et la circulation d’un vaccin efficace contre le virus et de traiter l’ensemble des athlètes et des staffs dès qu’un risque est détecté.

Ross Dellenger précise, à juste titre, que “l’environnement d’une équipe de football est un incubateur naturel pour la propagation d’une maladie”, en premier lieu à cause du contact rapproché de près de 200 individus, entre joueurs et entraineurs.

La liste des conditions pour un retour du football universitaire s’allonge à mesure que l’on creuse. Et, cela ne prend même pas en compte les décisions politiques de certains Etats, qui, pour certaines, ne se reposent pas sur la logique sanitaire ou le bien-être des êtres humains.

“Le printemps nous donne la meilleure chance d’avoir une saison complète.”

113 des 114 directeurs athlétiques de FBS interrogés par Brett McMurphy, pour Stadium, pensent que la saison de football universitaire ne jouera sous une forme ou une autre. 99%. C’est une bonne nouvelle.

61% des interrogés pensent que la saison ne démarrera pas avant octobre ou novembre, et, 14% de la population totale envisage un report en janvier ou février.

75%. Le report apparait comme la solution censée.

Si l’on se plonge un peu plus dans les chiffres recueillis, 52% des directeurs athlétiques croient en un calendrier complet de 12 matchs ; sauf que cette “réalité” n’est pas identique entre Power Five et Group of Five. Une différence de 11 points (45% pour les conférences majeures contre 56% pour les conférences mineures) existe, certainement, à cause de la pression financière des “buy games” pour les plus petites universités.

Si la saison ne peut pas débuter le 29 août, quand le pourra-t-elle ?

Sous quel format le calendrier sera-t-il composé ?

Quelle peut-être la place des supporters avec un tel chaos ?

Toutes les questions qui se posent avec la constitution d’une saison exceptionnelle sont autant d’inconnues qu’il faut résoudre à la hâte. Une décision devrait être prise entre mai et juin. Il faut laisser un laps de temps suffisant au cours de l’été et de l’automne pour ré-organiser les infrastructures physiques et calendaires à l’échelle de la NCAA, des conférences et des universités.

Ne nous voilons pas la face : il semble impossible que la saison débute le 29 août.

Le printemps nous donne la meilleure chance d’avoir une saison complète. Pour beaucoup, c’est difficile à entendre mais, plus la situation s’éternise, et plus cela va devenir comme la meilleure option.

explique un Directeur Athlétique du Power Five à Brett McMurphy, sous couvert d’anonymat.

Une partie des rédacteurs de Midnight on Campus s’est également lancée dans les prédictions.

80% des interrogés envisagent un retour à la compétition à partir du mois de novembre, mais, personne ne croit à la possibilité d’une annulation pure et dure. Les avis sont toutefois plus partagés sur la forme du calendrier. Une proportion égale (40% des interrogés) compte sur un calendrier complet ou sur un calendrier uniquement composé de matchs de conférence.

Un consensus existe également pour le remplissage des stades. 80% des participants entrevoient une situation de huis-clos totale ou partielle.

Cependant, tout ne se résume pas à la seule définition de la date d’ouverture potentielle d’une nouvelle saison de football.

Si celle-ci est lancée en novembre, décembre, janvier ou février, il existe un réel problème météorologique pour les universités du Midwest ou des Etats du Northeast. Les conditions rigoureuses de l’hiver dans le Nord des Etats-Unis doivent être prises en compte d’une manière aussi bien opérationnelle (transports) que financière (revenus) ou sanitaire (recrudescence des virus).

Et puis, avec une saison décalée, qu’adviendra-t-il des Bowls du mois de décembre ? Le College Football Playoff peut-il lui-aussi être repoussé dans le futur ? Et les données différent si l’on parle d’une saison tronquée ou d’une saison complète.

De plus, il ne faut pas oublier qu’il existe une réelle chance que la saison de basketball se déroule au même moment que celle de football.

Est-ce que les revenus des programmes de basketball seront diminués avec la primauté du football ? Est-ce que les deux sports se tirent chacun une balle dans le pied en se tenant en même temps ? Ne faudrait-il pas trouver un compromis pour que les deux sports majeurs ne se chevauchent pas ? Dans l’éventualité où la saison de football est reportée au semestre de printemps et qu’un calendrier complet est conservé, le College Football Playoff pourrait se terminer aux alentours de la fin du mois du mai. Cela ne laisse aucune place au basketball pour se représenter hors de l’ombre du football.

Il ne faut pas oublier que les athlètes sont également des étudiants.

Si les cours ont repris au cours de l’automne, des partiels ont lieu à la mi-décembre avant une période de vacances à Noël. Et une seconde salve de partiels se tient au début de mois de mai.

La faculté académique ne tolérera jamais des vacances [de Noël] de moins de 2 ou 3 semaines.

confie un Directeur Athlétique anonyme du Power Five à Brett McMurphy.

Les mains de la NCAA liées aux revenus de la saison de football

Une seule certitude existe au cœur du brouillard qui enveloppe la situation de la NCAA : la saison de football se tiendra, quoi qu’il arrive.

Pourquoi ?

Parce que le football est la pierre angulaire de l’économie de la ligue universitaire et parce que tous les autres sports tournent sur les revenus que le football amène à chaque saison. L’attention médiatique, l’argent investi et les dollars récupérés traversent chacun le prisme du football.

On sait que le moteur économique des sports universitaires est centré autour du football. C’est le cas pour tout le pays. On dirige un modèle économique qui est basé sur deux canaux de revenus : le football et le basketball masculin.

explique le Directeur Athlétique de Texas, Chris Del Conte, à Nicole Auerbach et Chris Vannini de The Athletic.

Le déroulement de la saison de football est intrinsèquement lié à la captation des revenus afin de conclure les différents budgets de la prochaine saison sportive. Ainsi, les responsables universitaires se posent, à n’importe quel niveau, la question de la survie de leur département athlétique.

Oui, la survie.

L’annulation de la March Madness a déjà creusé un trou conséquent dans les réserves financières et les revenus encaissés par tous les acteurs de la NCAA. La saison de football universitaire, déjà essentielle pour le fonctionnement annuel des départements athlétiques, doit aujourd’hui compenser cette perte tout en faisant face à la situation actuelle (sanitaire et économique) d’une précarité très rarement observée dans l’histoire récente.

Suis-je inquiet ? Incontestablement.

Nous sommes une entreprise qui n’opère uniquement grâce à ceux qui choisissent de nous soutenir avec leurs propres revenus. Que ce soit la télévision, les abonnements annuels ou les gens qui ont réalisé un don de leur argent, tous ces éléments se reposent sur la base des événements qui ont lieu.

livre le Directeur Athlétique de Texas, Chris Del Conte, à The Athletic.

On explique que le football finance les départements athlétiques ; mais, cela peut paraitre assez flou. Ross Dellenger rend compte concrètement d’un tel fonctionnement avec l’exemple de LSU.

LSU possède un total de 21 sports. Selon les statistiques acquises par l’ancien “beat writer” des Tigers, 18 des 21 programmes perdaient de l’argent en 2016-17.

L’université de Baton Rouge était chanceuse cette année-là d’avoir 3 sports dans le vert : le baseball a terminé sur une balance à peine positive (+ $570.000) puisqu’ils ont conclu la saison avec une défaite en finale des College World Series. Mais, pour la quasi-totalité des universités, les sports fonctionnement à perte et survivent grâce à l’apport du football et du basketball masculin.

En 2016-17, le programme de football de LSU a rapporté un profit de $56 millions. En seconde place, le programme de basketball masculin n’a compté que sur un profit de $1.6 millions.

Vous pouvez faire le calcul de la proportion d’argent amenée par le football.

Le football nous permet de proposer tous ces autres sports. Tous les gens qui travaille dans les sports universitaires savent à quel point [le football] est un grand moteur de l’économie.

divulgue le Directeur Athlétique de Clemson, Dan Radakovich, à Sports Illustrated.

Outre les millions de dollars rapportés par le remplissage des stades et par les abonnements annuels, par les droits télévisuels et par les redistributions de la part des conférences, l’économie des départements athlétiques se repose également sur une multitude de canaux externes aux performances sportives. Eux-aussi mis à mal par la pandémie actuelle.

Dans un sondage de la LEAD1 Association, les directeurs athlétiques de FBS ont été questionnés sur la situation des sports universitaires face au COVID-19.

75% des interrogés craignent, en premier lieu, la diminution des donations.

Les dons promis par les “boosters” à chaque saison est une partie intégrante du budget annuel des départements athlétiques. Selon un rapport de la Knight Commission, les dons totalisent une moyenne de 20% des revenus des universités proposant une équipe de football.

La somme totale à l’échelle du FBS ? $1,75 milliards.

La plus grande occupation des entraineurs, après le coaching et le recrutement, est celle de la levée de fonds. Cette routine est complètement ancrée dans le quotidien des coaching staffs, qui essaient de récupérer des fonds auprès des supporters les plus riches afin d’assurer le fonctionnement des sports de janvier à décembre.

Les conséquences financières de la pandémie du COVID-19, avec les fermetures forcées et les ordres de confinement à travers les Etats-Unis, possèdent un impact certain sur la bonne santé des entreprises. Autant dire qu’avec la récession économique au bout du tunnel, les “boosters” sont moins enclins à livrer des dons aux départements athlétiques.

Les mois de mai et juin sont une grande période de levée de fonds. Entre les tickets de football et les gens proposant leur donation annuelle.

Tous les paris sont lancés par rapport à ça.

Ce n’est pas pratique et on est à la frontière de la moralité si l’on commence à lever des fonds et à demander de l’aide aujourd’hui. Ces prochains mois vont avoir un impact majeur sur l’ensemble de nos budgets.

raconte le Directeur Athlétique de Tulane, Troy Dannen, à The Athletic.

Enfin, il faut prendre en compte une énième donnée qui, elle, impacte beaucoup plus sérieusement les universités du Group of Five : les revenus liés aux inscriptions d’étudiants.

Les départements athlétiques issus des conférences mineures se reposent avant tout sur des aides financières de l’Etat et de l’Université elle-même. Les écoles du Group of Five ont injecté, en moyenne, une somme de $21.7 millions dans le budget sportif (contre une moyenne de $5.5 millions au sein du Power Five). Et l’apport principal de ces sommes sont les frais de scolarité (exorbitants) que les étudiants paient aux institutions lors de chaque année académique.

Et, avec la situation économique actuelle, les inscriptions d’étudiants devraient être revus à la baisse. Soit un énième canal de revenus qui s’assèche pour des départements athlétiques déjà affaiblis.

Tellement d’écoles du Group of Five dépendent des inscriptions. Si celui-ci se réduit, c’est un coup. C’est un coup pour cette année fiscale et la prochaine.

avoue le Directeur Athlétique de New Mexico, Eddie Nuñez, à Sports Illustrated.

Une multitude de revenus vitaux, non seulement pour les départements athlétiques mais pour l’ensemble de l’univers sportif en NCAA, se reposent sur une saison de football complétée. Le but de l’administration universitaire est d’encaisser le choc et de survivre à une saison de football menacée de toutes parts.

Plus qu’une saison de football pour occuper les supporters affamés de sports au cours d’une période difficile, celle-ci doit empêcher le système universitaire de couler.

De (très) nombreux départements athlétiques ne peuvent pas se permettre de manquer de revenus après l’annulation du NCAA Tournament. Ils ont besoin de liquidités immédiates. Et si la saison de football ne rapporte pas assez d’argent avec une composition exceptionnellement pauvre ?

Il faudra passer par un recours que personne ne veut : supprimer des sports.

Si le football et le basketball connaissent un déclin, vous pourriez voir un certain nombre d’écoles réduire leur nombre de programmes athlétiques. Des écoles qui proposent 25 sports pourraient commencer à interrompre si ce n’est à supprimer des sports qui coûtent cher et qui ne rapportent pas d’argent.

avoue le Président de l’Université de Texas A&M, Michael Young, à Sports Illustrated.
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