C’est sans doute la plus belle semaine pour tous les amoureux de football universitaire. La traditionnelle « Rivalry Week » est enfin arrivé et sans aucun doute que celle-ci aura un grand impact sur le College Football Playoff à venir.

Parmi les rencontres marquantes, la « Rivalry Week » fait escale à Columbus pour la rencontre entre Ohio State et Michigan, surnommé « The Game », l’une des plus intenses (et bien plus encore) du football universitaire.

Les Wolverines pourraient bien accomplir une nouvelle étape de leur « Revenge Tour » sur le terrain de leur ennemi et se rapprocher un peu plus du College Football Playoff. Par la même occasion, Jim Harbaugh pourrait ainsi décrocher son premier succès face à Urban Meyer.

 

Une histoire longue de 121 ans et 115 affrontements

 

19 titres nationaux à eux deux, 10 Heisman Trophy cumulés et l’une des plus grandes rivalités du sport américain ; rien que cela.

Michigan et Ohio State s’affrontent cette semaine pour la 115ème fois de leur histoire, la première confrontation remontant à 1897, un autre temps. Au départ la rivalité n’en est pas une, du moins sportivement, puisque Michigan remporte les 15 premières oppositions entre les deux programmes, dominant Ohio State sur un score cumulé de 369-21.

Mais, un soir d’octobre 1919, Ohio State met fin à la série noire en remportant son premier match contre Michigan (13-3), la fin de 22 années de disette.

1922, demeure une date importante dans cette rivalité. C’est à cette date que Ohio State inaugure son nouveau stade, le Ohio Stadium, face à Michigan. Hélas pour les Buckeyes, Michigan vient gâcher la fête remportant le match sur le score de 19 à 0, une désillusion.

 

(Crédit photo : The Ohio State University Archives)

 

Les années 1930 marquent un grand tournant dans la rivalité.

Si Michigan remporte trois des quatre rencontres entre 1930 et 1933, remportant au passage le titre national à deux reprises, Francis Schmidt arrive aux commandes de Ohio State en 1934. L’équipe est mal en point et reste sur 9 défaites sur les 12 dernières confrontations face à son rival, lorsqu’un journaliste vient interroger Francis Schmidt sur la possibilité de remporter son premier duel.

Sa réponse appartient à l’histoire :  « Bien sûr que nous pouvons gagner ! Les joueurs de Michigan enfilent leur pantalon une jambe à la fois comme nous le faisons. ».

Les Buckeyes enchaînent alors une série de succès entre 1934 et 1937, dominant Michigan 114 à 0 sur la période.

En 1950, les deux équipes s’affrontent dans un « Snow Bowl » resté dans l’histoire, où les deux équipes s’échangent les punts (parfois même en 1st down) pour provoquer des turnovers. 45 punts seront tapés au final, et Michigan remporte le match (9-3).

L’année suivante, Ohio State engage Woody Hayes. Et entre 1951 et 1968, sous la direction de Hayes, les Buckeyes remportent 12 des 18 rencontres entre les deux programmes, dont une victoire en 1957 au Michigan Stadium pour le premier match de la rivalité réunissant plus de 100 000 fans.

 

(Crédit photo : AP File)

 

1969 marque le début d’une période appelée la « Ten-Year War », marquée par l’arrivée de Bo Schembechler sur le campus d’Ann Arbor.

Pour sa première saison dans le Michigan, Bo Schembechler mène son équipe à réaliser l’un des plus grands upsets du football universitaire en venant à bout des Buckeyes, qui restait pourtant sur une série de 22 victoires consécutives. Au cours de cette “guerre”, Ohio State et Michigan se sont partagés six fois le titre de la conférence Big Ten.

Entre 1976 et 1978, Michigan remporte le match chaque année, Ohio State échouant même à marquer un seul touchdown sur cette période. 1978, sonne comme la fin de cette guerre, Woody Hayes est licencié après avoir frappé un joueur de Clemson lors du Gator Bowl.

Bo Schembechler possède alors un bilan de 5 victoires, 4 défaites et 1 nul contre Woody Hayes.

 

(Crédit photo : Eric Risberg – Associated Press)

 

Il faut attendre la fin des années 1990 pour que la rivalité reprenne de sa superbe, sous l’égide de John Cooper, qui a pris ses fonctions à Columbus en 1988.

Les Buckeyes et les Wolverines se disputent plusieurs matchs restés dans les annales. Il faut dire que les joueurs présents à l’époque n’étaient pas les premiers venus ; ainsi, Tom Brady, Charles Woodson, Terry Glenn, Mike Vrabel ou encore Orlando Pace ont contribué à écrire quelques belles pages de cette histoire. A la fin de l’année 2000, John Cooper est renvoyé : son bilan de 2 victoires, 10 défaites et 1 match nul face à son plus grand rival ayant précipité sa chute.

Plus récemment, plusieurs matchs entre les deux programmes ont été marquants parmi lesquels la rencontre historique de 2006, opposant pour la première fois les deux équipes invaincues.

Ohio State remporte le match (42-39) et sa place pour le championship game par la même occasion. Enfin, il y a deux ans, les deux équipes se sont livré une bataille épique conclue après deux prolongations par une victoire des Buckeyes (30-27).

 

 

Vers une inversion de la tendance ?

 

Si Michigan mène la série, les conjectures actuellement donnent clairement un avantage à Ohio State, qui reste sur une série actuelle de 6 victoires. Pourtant, à la vue des dynamiques des deux équipes, c’est sans doute la meilleure opportunité de ces dernières années pour Michigan.

Vous l’aurez compris, à la vue de l’histoire de la rivalité, ces deux équipes encore en lice pour le titre de conférence Big Ten, se rendront coup pour coup à Columbus ce samedi.

Avec une seule défaite à son actif en 2018, Michigan est le favori… mais il ne faut jamais sous-estimer Ohio State. En 115 confrontations, les deux équipes ont toujours été très dangereuses en position d’outsider, et ce n’est pas Francis Schmidt qui dira le contraire !

Premier protagoniste : les Wolverines de Michigan.

Cette année, les Wolverines n’ont perdu qu’un seul match et réalisent sans aucun doute leur meilleure année sous Jim Harbraugh.

L’arrivée de Shea Patterson, ancien quarterback de Ole Miss, n’y est pas étrangère. Ce dernier est la pierre angulaire du système instauré cette saison par le nouveau coordinateur offensif, Pep Hamilton. Avec 18 touchdowns pour 5 interceptions, 66% de passes complétées et surtout une moyenne de 8,5 yards par tentative, il a rendu ses lettres de noblesses à une attaque en difficulté depuis plusieurs saisons.

A ses côtés, le coureur senior, Karan Higdon, est efficace avec 10 touchdowns à la course et est devenu une menace de choix pour Jim Harbaugh. La défense, emmené par le charismatique pass-rusher Chase Winovich, a quant à elle réussi plusieurs performances de haut vol et voudra à tout prix récidiver face aux Buckeyes.

Second protagoniste : les Buckeyes de Ohio State.

Ils ont cru à une grande saison et a longtemps rêvé d’affronter Michigan dans la peau du favori invaincu. Mais voilà, Ohio State est passé totalement à côté lors de la réception de Purdue (49-20) et le niveau de jeu affiché par les Buckeyes jusque-là n’a pas rassuré, comme l’illustre la victoire de la semaine dernière (52-51) après prolongations face à une faible équipe de Maryland.

Surtout, ces deux matchs ont clairement affiché les défauts criants de l’équipe : Ohio State a ainsi tendance à encaisser une pluie de big plays.

Pour l’emporter, Ohio State, devra compter sur un jeu de course efficace. Emmené par J.K. Dobbins, le jeu de course est essentiel pour les Buckeyes afin de décharger de la pression du quarterback, Dwayne Haskins, pas réellement aidé par sa ligne offensive. Ainsi, durant la déroute face à Purdue, Dwayne Haskins a été obligé à lancer à 73 reprises tant le jeu de course était défaillant.

 

“The Game” à enjeux multiples

 

Le match est crucial pour l’acquisition de la division Big Ten East.

Michigan est pour le moment en tête avec un bilan de 8 victoires et 0 défaite mais Ohio State, 7 victoires pour 1 défaite, peut s’emparer de la première place en cas de victoire. En s’imposant en prolongations face à Maryland la semaine dernière, Ohio State a donné encore plus de saveur à ce choc.

Les hommes de Jim Harbaugh sont ainsi classés quatrième au College Football Playoff et peuvent pratiquement assurer leur qualification pour le dernier carré en cas de victoire, une première depuis le début de l’ère Jim Harbaugh.

Au contraire, longtemps classé troisième, le programme de Columbus a presque perdu toute chance de qualification au College Football Playoff après sa défaite face à Purdue. Si les hommes d’Urban Meyer ne sont pas éliminés pour autant, la défaite face au rival ce week-end est tout simplement interdite si le programme veut encore croire à son rêve de titre national.

Enfin, une victoire de Michigan pourrait consacrer Jim Harbaugh comme le head coach de l’année.

Nommé demi-finaliste à l’obtention du George Munger Trophy, symbolisant l’entraineur de l’année, il est clair qu’une victoire donnerait un certain crédit à son dossier de candidature.