Northwestern n'est pas une équipe typique et elle le prouve encore une fois.

A Northwestern, les premières succèdent aux autres à un rythme surprenant.

Un an et demi après que l’équipe de basketball se soit qualifiée, en 2017, pour la première March Madness de son histoire, les Wildcats écrivent une nouvelle page de leur histoire grâce à leur équipe de football. Et il semble même que le premier surpris ne soit autre que Pat Fitzgerald.

Le head coach des Wildcats, généralement très cérébral et contenu, a regroupé ses joueurs dans la hâte, au milieu du terrain, quelques secondes après la victoire à Iowa (14-10), pour leur annoncer une nouvelle qui marque l’université à jamais.

« Wisconsin a perdu, Purdue a perdu, NOUS AVONS GAGNÉ ! »

Northwestern a effectivement été sacré champion de la division Big Ten West, pour la première fois de son histoire, avec deux rencontres encore à disputer en saison régulière. Les Wildcats sont qualifiés pour la finale de conférence à Indianapolis, et Pat Fitzgerald, obnubilé par chaque détail de son équipe, en a carrément oublié ce qu’il y avait en jeu ce week-end.

« Je ne le savais pas jusqu’à ce que j’aille serrer la main à Kirk Ferentz, et Paul Kennedy (directeur athlétique adjoint) est venu me demander : ‘Est-ce que tu sais ?’, ce à quoi je lui réponds : ‘Savoir quoi ?’ », explique Pat Fitzgerald au téléphone à Matt Fortuna de The Athletic. « Rien n’était prévu. C’était juste sur un coup de tête. »

Pat Fitzgerald est pourtant préparé à tout ; même à l’inattendu.

Northwestern a connu nombre de revers sous la houlette de Pat Fitzgerald, en 13 ans de service dans la banlieue nord de Chicago. Deux saisons négatives ont suivi la seconde saison à 10 victoires de l’histoire de l’université, en 2012, où les Wildcats ont aussi remporté leur premier Bowl depuis un lointain Rose Bowl en 1948. 

Et aujourd’hui, en se qualifiant pour la finale de conférence Big Ten, Northwestern est toujours en course pour se qualifier au Rose Bowl qui se tient en janvier prochain.

Le chemin n’a pas été simple cette saison, non plus. Qui se souvient du mois de septembre des Wildcats, où trois défaites se sont enchainées sur le campus d’Evanston. Duke a visité le Ryan Field pour y dominer les locaux, avant que Akron (Akron !) rentre du voyage dans l’Illinois avec un succès dans ses bagages.

Malgré ces déconvenues, malgré un record vierge de victoires lors du calendrier hors-conférence (0-3), Northwestern arrive tout de même à empocher un titre de division Big Ten West. Une première en FBS depuis la création des divisions.

Cette résilience à toute épreuve est sans aucun doute ce qui caractérise le mieux ces Wildcats sous l’influence de Pat Fitzgerald.

 

Dans les bons et mauvais jours, Clayton Thorson incarne Northwestern

 

Clayton Thorson est critiqué, une semaine, et puis il arrive à porter Northwestern au succès, une autre semaine.

Si un joueur pouvait incarner la culture des Wildcats, ce serait bien lui. Le quarterback senior, le plus victorieux sous le maillot de Northwestern, incarne cette génération de joueurs qui a terminé deux saisons à 10 victoires en trois ans. Il porte cette équipe sur ses épaules, que ce soit dans les bons ou les mauvais jours, mais à la fin, une constante demeure : Northwestern gagne.

Les Wildcats restent aujourd’hui sur une série de 10 victoires consécutives au sein de la division Big Ten West, et sur 13 succès sur les 14 dernières matchs de conférence. L’unique défaite au cours de cette série ? C’était face à Michigan, en septembre dernier, malgré un avantage de 17-0 à la mi-temps.

L’équipe, à l’instar de son quarterback, ne s’avoue jamais vaincu ; par quoi que ce soit. 

« La fraternité de cette équipe est ce qui la fait tenir ensemble, » explique Pat Fitzgerald après la victoire contre Iowa. « Si j’avais une seule chose à dire à propos de ce groupe, ce serait que cette fraternité est spéciale. »

« Quand on fait face à de l’adversité, on ne se laisse pas impressionner, » ajoute le defensive lineman Joe Gaziano.

La quintessence de cette philosophie a pris place ce samedi, au Kinnick Stadium, où seule la ferveur des supporters permettait de contrer la froideur glaciale de l’air. 

Clayton Thorson vomissait la veille du match. Il était malade, mais son statut pour la rencontre n’a jamais été remis en question, puisqu’il joue toujours, quelles que soient les raisons. Il n’était évidemment pas à 100% et cela s’est remarqué sur le terrain (15/30, 122 yards, TD, 2 INTs) : 0 point marqué avant la mi-temps et 2 INTs lancées au retour des vestiaires. 

Toute l’équipe aurait pu s’écrouler comme un château de cartes, mais au lieu de cela, elle s’est sublimée dans les moments les plus difficiles.

Le running back true freshman Isaiah Bowser, lancé dans le grand bain en septembre alors que Northwestern était dans un trou et perdait une de ses meilleures armes offensives en Jeremy Larkin (départ à la retraite à cause d’une sténose cervicale), a pris la relève de son quarterback avec brio.

Il échappe à la vigilance d’une excellente défense, s’envole pour un touchdown de 34 yards, le plus long de sa jeune carrière, et donne l’avantage au score à son équipe (7-3). Isaiah Bowser finit la rencontre avec 165 yards à la course, un autre record en carrière, et a joué un rôle crucial afin de tenir le ballon longtemps et efficacement.

Mais Clayton Thorson lance sa seconde interception après son touchdown, ce qui permet à Iowa de marquer un touchdown et de reprendre les rennes de la rencontre (10-7). Les Wildcats manquent, dans la foulée, un field goal au bout d’une série longue de 7 minutes et on ne voit à ce moment-là comment l’équipe peut rebondir.

La réponse ? Une combinaison entre une défense ultra-efficace et une connexion magistrale de Clayton Thorson.

 

Le touchdown de Ben Skowronek entré dans la légende des Wildcats

 

L’attaque de Northwestern peinait à avancer face à Iowa. Avant le field goal manqué dans le troisième quart-temps, les Wildcats n’avaient réussi qu’une série offensive potable ; celle qui a mené au touchdown de Isaiah Bowser.

Mais la défense est au rendez-vous pour sauver les meubles. Malgré les pertes du cornerback Trae Williams et du safety Jared McGee face à Notre Dame, et possiblement du meilleur defensive back de l’équipe, Montre Hartage, tombé sur blessure au cours du match à Iowa, les Wildcats ont bloqué toute tentative des Hawkeyes après leur dernier score. Ils n’accumuleront que 63 yards en quatre séries, et lâcheront surtout deux fumbles salvateurs dans les ultimes minutes.

Et puis, en sauveur, Clayton Thorson est sorti de sa boite au meilleur moment pour inscrire son nom dans la légende de Northwestern.

Le quarterback senior se connecte dans le fond de l’en-but avec Ben Skowronek, pour un touchdown de 32 yards, qui prend place pour l’éternité en tant qu’action signature de cette équipe historique.

Northwestern n’est pas une équipe typique dans le paysage du football universitaire et elle le montre une nouvelle fois cette semaine.

Elle n’a aucune raison de s’adjuger ce trophée sur le papier, qu’on se le dise, avec un effectif largement déficient en talents par rapport à ses concurrents. Une équipe qui perd à domicile contre Akron n’est pas censé remporter la division Big Ten West deux mois plus tard. Et pourtant, Northwestern se fout de la logique et réalise un tel exploit.

Caleb Friedman de NU Insider a trouvé les meilleurs mots pour décrire cette équipe de Northwestern :

« Cette équipe est une équipe ; quand des individualités commettent des erreurs, d’autres joueurs s’imposent. Quand Clayton Thorson lance une interception dans le 3ème quart-temps et que le Kinnick Stadium s’embrase, la défense de Northwestern produit un three-and-out. Quand le jeu aérien n’arrive pas à avancer avec le ballon, la ligne offensive et Isaiah Bowser se mettent au boulot, avec 31 portées et 165 yards pour le true freshman. Quand ses trois meilleurs quarterbacks sont absents sur blessure, Roderick Campbell court avec un receveur et défend une passe qui pouvait finir en touchdown.

C’est comme cela qu’une équipe ayant perdu contre Akron se rebelle et se qualifie pour le Big Ten Championship. »

Il reste à Northwestern deux rencontres de saison régulière pour se préparer à la finale de conférence (contre Michigan ou Ohio State) et atteindre la barre des 8 victoires, avec des confrontations contre Minnesota et Illinois. 

Les Wildcats seront logiquement placés en tant qu’outsider lors de cette finale, mais cela ne les a jamais empêché de surgir pour un succès. Et si les Wolverines ou les Buckeyes étaient à leur tour surpris par Northwestern à Indianapolis ? Rien de moins ne serait surprenant.

Une qualification pour le second Rose Bowl de l’histoire de l’université est effectivement en jeu.

« Je n’ai pas encore [parlé du Rose Bowl à mes joueurs], » déclarait Pat Fitzgerald après la victoire à Iowa.

Il serait peut-être temps d’y songer.