Jordan Avissey s'est entretenu avec Midnight on Campus et il est revenu avec nous sur son parcours et ses objectifs. 

La voix posée, Jordan Avissey ne peut qu’être fier de lui.

« C’est vraiment l’aboutissement de beaucoup de travail. »

Le defensive end de 21 ans a signé avec les Bulls de Buffalo lors du National Signing Day, une juste récompense après des heures et des heures d’entraînements pour tenter de se faire une place dans le monde immense de la NCAA. Après Anthony Mahoungou avec Purdue, Jordan Avissey est le nouveau représentant français en Division I.

(Crédit photo : Jordan Avissey-Twitter)

Une belle histoire est sur le point de commencer. Et pourtant, rien ne présageait un tel parcours il y a encore trois petites saisons.

« Je suis basketteur de base et j’étais au centre de formation à Orléans », raconte-t-il.

De par sa taille, Jordan Avissey possède des qualités naturelles qui font de lui un joueur efficace et talentueux. Alors que le basketball rythme sa vie, un coup du sort le stoppe en pleine progression. Le moment le plus redouté de tout sportif : une grave blessure au genou met fin prématurément à ses ambitions.

Jordan Avissey est écarté du terrain de longs mois. Une période « très douloureuse », mais extrêmement enrichissante.

 

Le football, tel un déclic

 

À son retour sur le parquet, il compte bien repartir de l’avant. Les prémices d’un mental d’acier.

« J’ai beaucoup mûri après ma blessure. J’étais très différent, » assure-t-il.

Malgré une rééducation difficile à vivre, Jordan Avissey n’a pas beaucoup perdu de ses qualités physiques hors normes. Il remporte le championnat avec ses coéquipiers, le brassard de capitaine autour du bras, symbole d’une mentalité de grand compétiteur et de meneur d’hommes.

Puis, le déclic.

Des amis lui parlent du football américain. Il teste. Il adhère. Sans aucune hésitation.

C’est un choix surprenant, mais qui s’avère payant. Lui-même est le premier surpris d’avoir « tout de suite accroché au football » à l’âge de 18 ans. Et dès sa première saison en 2016-17 sous les couleurs des Chevaliers d’Orléans en D3, il impressionne tout le monde.

(Crédit photo : Jordan Avissey-Twitter)

« La transition s’est faite naturellement. J’ai été repéré par le Cégep de Thetford peu de temps après. »

En l’espace de quelque mois, la vie de Jordan Avissey change radicalement. Le ballon n’est plus le même, mais l’envie de réussir est toujours aussi grande. Il s’envole vers le Canada à l’intersaison suivante, en 2017, pour développer ses qualités dans un sport qu’il ne connaît finalement que très peu.

Conscient de son retard sur les autres joueur américains, il n’imagine pas forcément rejoindre la NCAA. La saison 2017-18 au Cégep de Thetford Mines, dans un lycée d’une petite ville à une centaine de kilomètres de Québec City, lui permet de se développer et de gagner en expérience.

Petit à petit, il franchit les paliers sans forcément se soucier de son avenir.

« Je ne savais pas quoi faire. Comme beaucoup de français, j’ai eu une opportunité pour aller dans une université canadienne (Sherbrooke ; ndlr). Mais cela implique pas mal de paperasses à gérer et beaucoup d’argent. J’ai abandonné l’idée. »

 

Une rencontre bouleversante

 

Le parcours de Jordan Avissey s’assombrit alors aussi vite vite qu’il s’est dessiné.

C’est une réalité dure à digérer trois mois après avoir été sacré sur le toit de l’Europe avec l’Equipe de France Senior de Football Américain, au cours de l’été 2018. « J’étais perdu », ajoute-t-il sèchement. De là à baisser les bras ? Ce serait mal connaître le natif de La Courneuve.

Inconnu aux yeux des scouts américains, le travail du jeune français est enfin récompensé fin 2018 grâce à Brandon Collier. Un nom qui ne vous dit rien. Jordan Avissey ne le connaissait pas non plus. Mais le destin est passé par là.

« Cette personne est apparue dans ma vie à un moment où je ne savais pas trop quoi faire. Il a vu du potentiel en moi. Il m’a dit “Jordan, tu peux jouer en Division I”. C’était un rêve pour moi. »

Ancien étudiant à UMass et joueur en NFL un bref instant, Brandon Collier a créé “PPI Recruits” avec un seul objectif en tête : valoriser les jeunes joueurs européens. Après avoir entraîné en Europe pendant 7 ans, Brandon Collier s’est vite rendu compte que des pépites étaient snobées sur le continent par les universités américaines. Jordan Avissey en est un bon exemple.

 

 

Grâce à un carnet d’adresses bien rempli, Brandon Collier commence à mettre en relation le defensive end avec des programmes de Division I.

« À partir de là j’y ai cru énormément. Je me suis dit : “c’est possible”. J’ai commencé à filmer mes entraînements tous les jours. C’était long. Mais le fait qu’il croyait en moi m’a boosté. »

Très loin des grandes infrastructures américaines, Jordan Avissey donne tout sur le terrain de Thetford Mines, ville de 25.000 habitants à une centaine de kilomètres au sud de Québec City. Par tous les temps, il met en avant ses qualités sur les réseaux sociaux.

Twitter et Hudl deviennent ses deux principales armes pour augmenter ses chances. Et cette abnégation sans relâche paye.

« Un jour, un entraîneur qui gère un compte à 40.000 abonnés est tombé sur une de mes vidéos. Il m’a parlé et m’a dit que j’étais vraiment très athlétique. À partir de là, ça a été très vite. Mon téléphone n’a pas arrêté de sonner. UNC, Indiana, Tennessee, UMass ou encore UConn, plein d’universités m’ont contacté. »

Les entraîneurs eux-mêmes sont surpris de ne pas l’avoir dans leurs dossiers. « Ils me disaient, “mais où étais-tu caché tout ce temps ?” », s’amuse-t-il encore.

À quatre semaines du National Signing Day, le champion d’Europe est enfin présent dans les radars du classement de 247 Sports. Classé 3-étoiles (#155 chez les strongside defensive ends), il est quelque peu sous-évalué.

Le côté européen, sûrement.

 

La prochaine étape ? Buffalo, pour progresser

 

Mais le principal est ailleurs. Buffalo est la première université à faire le pas et à lui proposer une bourse universitaire au début du mois de janvier. Suivent Idaho, Colorado et Temple.

« J’ai vraiment hésité plusieurs fois. Mais le coaching staff [de Buffalo] m’a montré beaucoup d’intérêt et la visite officielle m’a guidé dans ma décision », raconte-t-il.

Lorsque trois entraîneurs font le déplacement au Canada pour rencontrer un joueur européen, cela est signe d’une réelle envie de le recruter. Il a vraiment « apprécié car ce n’est pas banal pour un international. » La présence de québécois au sein du programme et la réputation académique du programme en sciences-politiques, sa filière, ont également pesé sur la balance.

Mais ce sont bien Lance Leipold et Rob Ianello, qui l’ont convaincu.

Le head coach des Bulls, Lance Leipold, qui vient de prolonger jusqu’en 2023, et son bras droit donnent énormément de chances aux jeunes. L’année dernière, tous les defensive ends ont eu du temps de jeu. Finaliste de la MAC en 2018, Buffalo est qui plus est un des meilleurs programme en Power Five.

Jordan Avissey aura des occasions de s’illustrer à son poste où deux seniors sont partis.

« Ils ne m’ont pas vendu du rêve. Si je veux jouer, je dois gagner ma place. Mais je suis un compétiteur, donc mon but est de jouer. »

Étape par étape. Jordan Avissey n’oublie pas d’où il vient et des nombreux obstacles qu’il a affrontés pour en arriver là. Quand on lui évoque la NFL en ligne de mire, il estime que « c’est tout à fait normal de rêver de ça à partir du moment où tu mets un pied en Division I ».

Encore davantage quand on sait qu’un joueur du calibre de Khalil Mack est sorti de Buffalo.

« Je suis prêt à soulever des montagnes. Je considère cela comme une opportunité dans ma vie. La nature m’a donné un gabarit impressionnant. De moi-même, j’ai donné le travail nécessaire par la suite. Le talent est partout, c’est l’envie qui fait la différence ».

Conscient du défi et à la fois ambitieux de prouver que son parcours n’est pas dû au hasard, Jordan Avissey ne se donne pas de limites. Le tout, en gardant la tête froide.