Jalen Hurts mérite ce qui lui arrive, et personne ne pourra dire le contraire.

Félicitations à Jalen Hurts.

Mais, surtout, félicitations à la personne qui avait simplement imaginé que Jalen Hurts offrirait une victoire miraculeuse à Alabama, en finale de conférence SEC, alors que tous les signaux en cours de match renvoyaient à un sacre de Georgia, empreint d’une domination que l’on n’envisageait que dans nos rêves les plus fous.

Et pourtant, c’est bien ce qu’il s’est passé, contre tout attente.

Il faut croire que le Mercedes-Benz Stadium est un endroit au sein duquel Jalen Hurts avait donné rendez-vous à son destin.

« Je lui ai juste dit que ‘C’est Dieu, c’est le destin’, » avoue le tight end d’Alabama, Irv Smith Jr., après la rencontre. « Il a travaillé si dur pour ce moment. »

En l’espace de 11 mois, à l’intérieur de la même enceinte, le quarterback du Crimson Tide a connu la plus grande désillusion et le moment d’allégresse le plus intense de sa carrière universitaire. Il est passé de quarterback titulaire déchu, envoyé sur le banc au cours du College Football Playoff Championship Game, à héros de tout un peuple, en émergeant de la touche pour réaliser un comeback mystique face à la même équipe qui l’avait envoyé dans l’ombre.

Jalen Hurts n’a même pas joué un quart-temps entier lors de cette finale de conférence SEC, mais, en l’espace de deux séries, il est devenu l’une des intrigues les plus passionnantes de la saison de football universitaire.

 

Une inversion des rôles inattendue

 

« La même chose que l’an dernier, » explique le cornerback de Georgia, Deandre Baker. « Un nouveau quarterback est entré et a remporté le match. »

Tua Tagovailoa est entré en jeu lors du College Football Playoff Championship Game et a ramené le titre national à Tuscaloosa, en prolongations, au cours d’une révélation qui l’a propulsé au poste de quarterback titulaire au début de cette nouvelle saison. Alabama a franchi un nouveau pallier, comme si cela était encore possible, et l’attaque du Crimson Tide a dépassé des standards d’explosivité offensive que l’on n’imaginait pas.

Mais cette attaque a trébuché face à Georgia, ce week-end, en ne trouvant jamais son rythme avec Tua Tagovailoa, visiblement blessé, qui ne pouvait répondre à la réussite de Jake Fromm pour les Bulldogs. Ceux-ci ont pris deux touchdowns d’avance à deux reprises et menaient 28-21 lorsque Jalen Hurts a été appelé en urgence, lorsque Jonah Williams a marché involontairement sur la cheville de son quarterback.

Alabama n’avait jamais mené de la rencontre à ce moment-ci. Mais Jalen Hurts a réussi ce que tous les observateurs murmuraient dans leur barbe : il est arrivé à secouer l’attaque du Crimson Tide et à ramener son équipe dans le match.

 

 

Une passe de 13 yards vers Irv Smith Jr. sur un 3rd-and-12 (pour la première conversion sur 3rd down de la partie pour Alabama). Une passe vers Jaylen Waddle de 23 yards sur 3rd-and-5 quelques secondes plus tard. Et pour la troisième tentative suivante, une passe de touchdown de 10 yards vers Jerrry Jeudy pour égaliser la finale à 28-28.

« Jalen [Hurts] vient et travaille tous les jours pour s’améliorer en tant que joueur, pour essayer de devenir la meilleure version de lui-même, » explique le running back du Crimson Tide, Damien Harris, après le match. « Tout ce travail a payé ce soir. »

Mais il ne s’est pas arrêté sur cette réalisation. 

Une terrible erreur de jugement de Kirby Smart, qui appelle un fake punt (manqué) sur 4th-and-11, a offert à Jalen Hurts une chance de donner la victoire aux siens, une opportunité de fermer la boucle et d’obtenir une rédemption méritée.

52 yards et cinq actions plus tard, Jalen Hurts a trouvé la paix en courant pour un touchdown de 15 yards, sur une action qu’il a demandé lui-même à Mike Locksley.

 

L’ombre et la lumière visitée chez le Crimson Tide

 

Tout le monde est coupable. Tout le monde est coupable d’avoir oublié que Jalen Hurts a re-construit la version actuelle de l’attaque d’Alabama.

Lancé dans le grand bain alors qu’il n’est que true freshman, en 2016, chose inédite pour un quarterback du Crimson Tide dans l’histoire du programme, il accomplit des prouesses et devient un double « SEC Offensive Player of the Year » en deux ans de titularisation. Lorsqu’il a quitté le terrain du College Football Playoff Championship Game face à Clemson, en 2016, Alabama menait 31 à 28 avant que la défense succombe au talent de Deshaun Watson.

Les formations « spread » saupoudrées de RPO’s, qui sont aujourd’hui la marque du Crimson Tide, ont été initiées par et pour Jalen Hurts. Et il ne faut pas oublier que l’animation offensive d’Alabama fonctionnait à merveille avant que Tua Tagovailoa pointe le bout de son nez et sublime les systèmes offensifs.

Malgré cette présence révolutionnaire, il a été poussé sur le banc par un jeune hawaiien fantasque, qui l’a relégué à une simple réflexion secondaire dont personne ne faisait attention en 2018. 

N’importe qui aurait pu jeter la serviette au sol face à une telle situation. Mais Jalen Hurts est resté sur le campus de Tuscaloosa, humble, et a poursuivi un chemin dans l’anonymat le plus total.

« Cela aurait pu être compliqué pour n’importe qui, » ajoute Irv Smith Jr. « Mais c’est un combattant, un gars robuste. Vous l’avez tous vu ce soir. Il est rentré sur le terrain et il n’aurait pas pu joué d’une meilleure façon. C’est incroyable. »

La loyauté de Jalen Hurts a superbement payé, sur une des plus grandes scènes nationales de la saison. Et pourtant, malgré l’exploit gigantesque réalisé, le quarterback est resté stoïque même après le coup de sifflet final. Il sort de la plus grande prouesse de sa carrière avec un calme olympien et, dans l’euphorie générale sur la touche d’Alabama, répond aux questions des médias comme s’il venait de mener son équipe à une large victoire contre une équipe de seconde zone en plein mois d’octobre.

Possiblement parce que ce moment n’est pas une surprise pour lui. 

« J’ai l’impression de sortir de mon silence, » révèle Jalen Hurts. « Je n’ai rien dit de toute la saison, mais cette équipe a vraiment travaillé très dur. »

Il est resté à Alabama malgré tous les événements parce qu’il voulait laisser son empreinte à Alabama.

Un transfert ? Cela n’a jamais été une possibilité pour Jalen Hurts. Un retour en grâce avec le Crimson Tide ? Il fallait y croire, parce que cela lui est déjà arrivé avec cette même équipe et qu’il a vécu, du mauvais côté, un tel événement en janvier dernier.

Et tout le monde est unanime : Jalen Hurts mérite. Il mérite pour la labeur mise en oeuvre et la foi qu’il a eu en ses chances de rédemption.

Aujourd’hui, il siège à nouveau sur le toit du programme d’Alabama. Pour peu de temps, certainement, mais il connait désormais la lumière et l’ombre avec le Crimson Tide. Cela ne l’arrêtera pas sur son chemin.