Midnight on Campus a eu l'honneur de discuter avec le meilleur cross-man français en NCAA : Emmanuel Roudolff-Levisse. Partez à la découverte du Pilot de Portland. 

Fiche d’identité :

. 22 ans, 1m79 et 60kg

Champion de France 2017 du 10 000m

Champion de France Espoir 2015 de cross-country

Médaille de bronze aux Championnats d’Europe Espoirs 2017 du 10 000m

Médaille de bronze aux Championnats de France de cross-country 2017 (1er espoir)

Vainqueur des West Regionals de cross-country

11ème place aux NCAA Championships de cross-country

Records Personnels :

1500m : 3’47

3000m : 8’05

5000m : 14’04

10 000m : 29’08

10km route : 29’37

Semi-marathon : 1h05’55


Le Cross-Country en NCAA : mode d’emploi

Comme dans chaque sport universitaire, la saison est montée crescendo. Étant donné que la saison de cross-country dure de septembre à novembre, les premiers plateaux font office de tours de chauffe (Nuttycombe Wisconsin Invitational, Pre Nationals, etc…). Puis, sont arrivées mi-octobre les rencontres de conférence, qui évidemment, couronnaient la meilleure équipe de conférence, mais n’attribuaient aucun ticket pour les NCAA Championships.

En effet, les qualifications en cross-country se font ni par classement ni par sélection, mais via les Regionals (neuf sur l’ensemble du pays) qui rassemblent différentes conférences. Elles servent de demi-finale avant le grand rendez-vous de la saison. Les universités peuvent s’y qualifier par équipe (7 coureurs par programme) en finissant dans les trois premiers ou individuellement pour les meilleurs coureurs dépourvus de coéquipiers.

Finalement, les meilleurs programmes du pays se retrouvaient donc à Louisville pour les NCAA Championships où Northern Arizona l’a emporté largement avec seulement 74 points (les points se calculent en ajoutant la place finale de chacun des 5 meilleurs coureurs d’une université). De son côté, Emmanuel Roudolff Levisse a franchi la ligne en onzième position permettant aux Pilots de Portland de finir seconds par équipe.

Les Regionals de la Division I.


Emmanuel Roudolff-Levisse aux West Regionals où il terminera premier.

MoC : Pourquoi avoir choisi la NCAA ? Une intégration à l’INSEP était impossible ?

ERL : J’ai fait une demande pour intégrer l’INSEP, mais l’ancienne direction qui n’est plus en place aujourd’hui m’a dit que je n’avais pas le niveau, car je devais effectuer un grand championnat en senior (NDLR : Emmanuel Roudolff-Levisse est en catégorie espoir) avec un record de 13’30, 13’40 au 5000m. On m’a donc dit que c’était impossible.

Par la suite, j’ai eu la possibilité d’aller aux Etats-Unis, je me suis dit que cela pouvait être intéressant. De plus, c’était le bon moment puisque j’avais un Bac+3 et je ne savais pas réellement si je devais trouver un travail ou me lancer à 100% dans la course à pied. La NCAA me permet donc de continuer mes études correctement tout en pouvant m’entraîner comme un professionnel.

Cela me permet de m’entraîner vraiment sereinement contrairement à l’année dernière, car j’avais un emploi du temps très serré et j’avais deux heures de transport tous les jours. En plus, il n’y avait pas de forêt où je m’entraînais en début d’année, mais seulement deux ou trois terrains de football. Les gardiens ne voulaient même pas que je coure sur les terrains, car soit disant, j’abîmais la pelouse. C’était vraiment compliqué dans de telles conditions.

MoC : Seule l’Université de Portland s’est manifestée pour te recruter ? 

ERL : Portland m’a contacté en premier et finalement, je me suis véritablement intéressé qu’à cette université, car je connaissais déjà quelque européens comme Noah Schutte, le meilleur néerlandais sur 3000m steeple, qui a pu me donner pas mal d’informations. Il y a vraiment une belle équipe à Portland et je ne regrette pas du tout d’avoir choisi cette université.

MoC : Comment se déroule une journée type de ta nouvelle vie en tant qu’athlète-étudiant ? 

ERL : L’entraînement principal est à 13h car des athlètes ont cours le matin ou l’après-midi. En général, je vais courir seul de mon côté le matin à 7-8h en me réveillant, à jeun, pendant 40 minutes. Ensuite, j’ai du temps libre pour me reposer ou faire des devoirs avant la séance collective. Concernant les cours, je n’en ai pas énormément par rapport à en France et ils sont souvent tard le soir.

MoC : Les méthodes d’entraînement sont-elles différentes en comparaison avec ce que tu as vécu en France ? 

ERL : Déjà, même si je savais que les méthodes étaient différentes en arrivant, j’ai été surpris de voir que les séances étaient moins dures que celles en France. Pour la préparation à la saison de cross, on a fait beaucoup d’endurance fondamentale (tempo run, allures soutenues). Les séances de vitesse étaient assez faciles, mais concernant les longs footing, j’ai très vite été lâché en début de saison par des gars qui font deux minutes de plus que moi au 10km.

MoC : Comment s’est passée ton intégration au sein du groupe ? La barrière de la langue n’a pas posé de problème ? 

ERL : C’est sûr que je comprends pas hyper bien l’anglais ni le parle super bien, donc au début, il a fallu que je m’habitue, mais j’ai une équipe qui est vraiment top. Dès le début, ils sont tous venus me voir, c’est vraiment un super groupe.

MoC : As-tu un leadership particulier au sein du groupe ou d’autres athlètes s’occupent de ce rôle ?

ERL : Non, je ne suis pas un leader dans l’âme, donc je trouve cool d’avoir d’autres leaders tels que des seniors tirer le groupe vers le haut et donner pas mal de conseils. Par exemple, sur mon premier tempo run, j’étais lâché et ils ont directement demandé au groupe de m’attendre. Ce genre de comportement en France n’arrive pas souvent.

MoC : C’est vraiment un plus de pouvoir compter sur une organisation professionnelle (pour les déplacements par exemple) ? 

ERL : Les démarches sont effectivement très professionnelles, ce n’est pas négligeable. Par exemple, pour les NCAA Championships à Louisville, on est arrivés 4 jours avant la course. On avait même un remplaçant qui ne court pas qui a fait également le déplacement pour avoir un coureur supplémentaire en cas d’urgence. Quand je compare avec les clubs en France, on s’y prend toujours au dernier moment pour trouver un hôtel à 50km du parcours. Aux Etats-Unis, c’est très carré.

MoC : Comment s’est déroulée ta course aux NCAA Championships où tu as fini 11e ? 

ERL : Ce fut assez compliqué. Je savais que le niveau était haut, car mon entraîneur m’avait prévenu, mais je m’attendais pas à ce qu’il soit autant relevé. Dès le début, les coureurs de Northern Arizona (premiers par équipe) ont imposé un gros tempo. Juste derrière eux, il y a avait un autre groupe dans lequel j’étais à l’arrière aux alentours de la 20e place. Après 3km, j’ai lâché avec quelques autres gars du groupe et là, j’ai bataillé pour le Top 20 toute la course. Finalement, comme j’ai un bon finish et les places sont très serrées, j’ai pu décrocher une 11e place.

Certes, la place est bonne, mais je reste tout de même sur un goût d’inachevé. En France, j’avais l’habitude d’être toujours dans les meilleurs et là, quand t’es essoufflé après 3km et que t’es 20e, ça remet tout de suite les idées en place.

MoC : As-tu des attentes particulières pour les Championnats d’Europe Espoirs de cross-country (NDLR : Emmanuel Roudolff-Levisse a été sélectionné par la fédération bien qu’il n’ait pas pu participer au cross de sélection) ?

ERL : Dans l’absolu, comme j’ai fait 6e en 2014 en junior, si je pouvais réaliser quelque chose du même genre, ça serait sympa. Après, je suis un peu partagé puisque c’est ma dernière année chez les jeunes, donc je me demande si je dois assurer une place dans un Top 10 par exemple ou alors partir à l’abordage pour décrocher une place sur le podium.

MoC : On risque de te voir en indoor pour la saison hivernale ? 

ERL : J’ai prévu de faire la saison en indoor oui. Par contre, normalement la saison de cross-country est finie depuis le 18 novembre en NCAA alors que la mienne finira le 17 décembre à cause des Europes, donc je ne vais pas pouvoir couper si je veux commencer la saison indoor autour du 10 janvier.

Cela va faire juste, mais je vais faire ça au mieux. On verra ce que ça va donner. J’espère quand même faire un bon 1500m et un bon 5000m cet hiver. Comme je l’ai dit à l’entraîneur, je ne suis pas spécialement un coureur de 10 000m et j’ai des ressources inexploitées à aller chercher sur des distances plus courtes.

Emmanuel Roudolff Levisse (6ème en partant de la gauche) tenant le trophée que les Pilots ont remporté grâce à leur deuxième place par équipe.

MoC : As-tu des objectifs pour cette saison en général ? Les NCAA Championships outdoor en fin d’année ? 

ERL : Je ne connais pas trop le niveau aux Etats-Unis, donc c’est dur à dire, mais déjà si je pouvais battre mes records, je serais satisfait.

MoC : As-tu des objectifs pour le long terme dans un coin de la tête ? 

ERL : Bien sûr, il y a des objectifs même si je ne les définis pas noir sur blanc. J’aimerais bien tenter un marathon, car c’est vraiment une distance où je peux être fort. Pourquoi pas pour les JO 2020 ou 2024, surtout que le niveau n’est pas ultra relevé sur cette distance en France.

Merci à Emmanuel Roudolff Levisse pour sa disponibilité et son accessibilité. En lui souhaitant de très beaux résultats pour les prochaines échéances.