Les Ramblers qualifiés pour le Final Four, si l'on pensait écrire cela un jour.

Le destin voulait que Loyola-Chicago continue sa route au-delà du Elite 8.

Les Ramblers, vainqueurs sans coup férir de 16 points face à une solide équipe de Kansas State au Elite 8 (78-62), joueront dans une semaine leur place pour la finale nationale de la March Madness.

Imaginez-vous lire cette phrase à haute voix et réfléchir ce que l’on aurait répondu à cela deux semaines plus tôt.

L’épopée fantastique de la petite université de Chicago se poursuit désormais au Final Four de San Antonio, où Sister Jean participera en première ligne à cette immense fête sur les bords du Riverwalk de la cité texane.

Cette performance incroyable, littéralement, face à Kansas State ne peut toutefois être appelée un upset. Cette victoire n’a rien d’un upset. Loyola-Chicago était purement et simplement la meilleure équipe sur le parquet et mérite haut la main cette qualification pour le dernier carré.

Cendrillon, oui, mais une surprise ? Plus maintenant.

“On savait que l’on était capable de réaliser une chose comme celle-ci, parce que l’on savait que notre alchimie était bonne et que notre groupe était bon,” commente Ben Richardson à la fin de la rencontre.

“Tout le monde disait que nous étions fous. Si l’on avait dit que ceci arrivrait, on nous aurait tous pris pour des fous. Il suffit juste d’y croire.”

Loyola-Chicago devient la quatrième seed #11 de l’histoire à participer au Final Four depuis que le tournoi final de la NCAA s’est ouvert à 64 équipes il y a 30 ans. Les Ramblers rejoignent LSU (1986), George Mason (2006) et VCU (2011) parmi ce cercle ultra-élitiste.

Mais les hommes de Porter Moser ont effacé au fil des rencontres la valeur associée avec un seed #11, à l’image de VCU en son temps, et semblent même jouer de mieux en mieux.

Un buzzer-beater contre #6 Miami (FL) au First Round, un lay-up victorieux dans les dernières secondes face à #3 Tennessee, un comeback virevoltant arrêté net contre #7 Nevada au Sweet 16 et maintenant, une rencontre aboutie de 40 minutes au cours desquelles les Ramblers ont pris une avance supérieure à 20 points face à #9 Kansas State au Elite 8.

Loyola-Chicago est tout simplement maitre de son jeu comme (très) peu d’équipes n’y sont arrivées au cours de cette March Madness.

La maitrise technique développée contre les Wildcats en finale de région South n’est pas sans rappeler les exploits de Villanova ; rien que cela. Loyola-Chicago connait son système de jeu sur le bout des doigts et l’exécute à la perfection, séquence après séquence.

Tous les soirs, un nouvel homme se mettait en avant afin de porter les Ramblers à la victoire.

Donte Ingram, Clayton Custer et Marques Townes y sont passés. Face à Kansas State, il était au tour de Ben Richardson de briller.

L’ailier de Loyola-Chicago a illuminé la rencontre avec une adresse décoiffante, enfonçant les Wildcats à coup de tirs à 3-points dévastateurs à chaque fois que ceux-ci tentaient de se rapprocher des pensionnaires de la Missouri Valley Conference.

Ben Richardson termine avec 23 points (record en carrière) au prix d’une adresse à toute épreuve (7/10 et un 6/7 fou derrière l’arc) et accompagné de 6 rebonds et 4 passes décisives.

Mais outre une performance impressionnante, c’est tout un collectif qui s’est mis en valeur.

Le ballon tournait comme jamais entre les mains des Ramblers et les passes décisives fusaient, que ce soit derrière l’arc ou sous le panier, les prises de risque lointaines ou les attaques agressives ligne de fond se terminaient dans le panier, les séquences défensives en homme à homme se jouaient à l’unisson, ne laissant aucune ouverture aux Wildcats.

Les arrières Donte Ingram et Marques Townes ajoutent leur pierre à l’édifice avec, respectivement, 12 et 13 points au compteur ; mais l’homme le plus impressionnant au-delà du coup de chaud de Ben Richardson, demeure le pivot freshman Cameron Krutwig.

Son physique quelque peu rondouillard ne laisse panser à aucun moment qu’il possède un footwork et un jeu dos au panier aussi développés, d’autant plus pour un joueur qui découvre le niveau universitaire cette saison.

Il ajoute 9 points et 7 rebonds à l’addition finale, mais surtout, il offre un pont d’ancrage inattendu sous le panier à une équipe jouant principalement en small-ball.

Bref, cette victoire se termine sur une représentation quasi-parfaite de basketball et les pourcentages de réussite de 57% (!) au tir et de 50% (!) à 3-points peuvent en attester.

“On s’est tous moqué de nous quand on disait jouer en Division I,” explique Clayton Custer“Personne n’imaginait que l’on état capable de cela.”

Force est de constater aujourd’hui que Loyola-Chicago est une des quatre universités qualifiées pour le Final Four, point d’orgue d’une nouvelle saison de basketball universitaire. Et personne ne peut contester le chemin parcouru par les Ramblers.

La performance face à Kansas State est la consécration d’une saison historique à 31 victoires (pré-March Madness), déjà couronnée par deux titres au sein de la Missouri Valley Conference, celui de la saison régulière et celui du tournoi de conférence.

Les Wildcats menaient 5 à 4 au bout de 3 minutes de jeu. Ils ne reverront pas la lumière du jour à partir de moment de la rencontre.

Loyola-Chicago aligne un run de 15-3 lors des cinq minutes suivantes. Kansas State se ressaisit et recolle au score, mais la défense des Ramblers met en déroute des adversaires limités offensivement. Ben Richardson finit d’assommer les pensionnaires de la conférence Big 12 avec un tir primé à 18 secondes de la pause, afin de prendre une avance de 12 points.

Le retour des vestiaires aurait pu profiter à Kansas State ; cependant, il n’en a rien été.

Les hommes de Porter Moser déroulent un basketball léché et multiple, alternant lay-ups dans la peinture avec un barrage de 3-points entre les différents titulaires, jusqu’à posséder une avance de 23 points à 10 minutes du buzzer.

Kansas State, complètement abattu par ce qui leur tombe sur la tête, tente un ultime réveil à partir de là et se rapproche à 9 longueurs des Ramblers. Mais le mal est déjà fait, les Wildcats ne pourront jamais revenir au contact des champions de la Missouri Valley Conference.

Loyola-Chicago n’est pas débutant dans le domaine des événements historiques. Les Ramblers ont remporté le titre national en 1963 avec une majorité de joueurs afro-américains dans son effectif, en plein mouvement des droits civiques.

Ce titre national demeure, par ailleurs, le dernier titre national remporté par une université de l’Etat de l’Illinois.

Le destin apparait comme attaché à cette petite école jésuite des quartiers nords de Chicago ; mais est-ce que la belle histoire est encore terminée ? Le Final Four face à #3 Michigan n’a rien d’impossible, bien loin de là.

Les Ramblers possèdent tous les éléments en leur faveur : une équipe soudée et jouant un basketball de très haut niveau, une figure emblématique de 98 ans en la personne de Sister Jean et une dynamique de 14 victoires consécutives, meilleure marque du pays à ce jour.

On pourrait même se prendre à croire à une finale nationale avec Loyola-Chicago.

Et sachez que jamais une équipe avec un seed à deux chiffres n’a participé à une finale nationale, et encore ne l’a remporté. #7 Connecticut en 2014, #8 Villanova en 1985… et #11 Loyola-Chicago en 2018 ?