Présentation complète du Cotton Bowl, demi-finale du College Football Playoff entre #2 Clemson et #3 Notre Dame.

Deux équipes invaincues en demi-finale du College Football Playoff ? Ce n’est jamais arrivé depuis l’instauration du CFP en 2014. Le Cotton Bowl sera le cadre d’une opposition incroyable entre Clemson et Notre Dame, deux programmes au bilan parfait de 13-0 et 12-0.

Le Cotton Bowl s’annonce à première vue très disputé. Notre Dame a surpris tout le monde en réalisant une saison impressionnante en battant huit équipes éligibles pour un Bowl. Une saison tellement impressionnante que le comité de sélection n’a eu d’autre choix que de qualifier le Fighting Irish au College Football Playoff sans avoir disputé de finale de conférence.

Clemson, de son côté, est monté en puissance. Après un début de saison poussif, les Tigers ont marché sur tous leurs adversaires. Les années passent, mais les résultats sont identiques : Clemson est présent au College Football Playoff pour la quatrième fois de suite. Une fabuleuse régularité qui fait du programme le favori de cette rencontre.

Mais ce Cotton Bowl est-il si déséquilibré que cela puisse paraître ? Les bookmakers font des Tigers les favoris avec 2 touchdowns d’écart : préparez-vous parfaitement à l’un des points culminants de l’après-saison de cette saison de football universitaire.

 

Quels joueurs feront basculer la rencontre ?

 

Le front-seven ingérable de Clemson

 

Chip Long et Brian Kelly ont eu plus d’un mois pour se préparer à faire face à la défense de Clemson. Mais pas sûr que cette longue préparation suffise à désorganiser le front seven des Tigers.

Parmi les treize rencontres disputées, Clemson n’a pas concédé plus de 10 points dans huit d’entre elles. Une statistique invraisemblable qui en fait la meilleure défense du pays. Que ce soit sur les extérieurs de la ligne, à l’intérieur, ou sur le second rideau, le danger peut venir de partout avec les Tigers.

Avec 46 sacks cette saison (3e), le pass-rush est très difficile à stopper. Sur un ou deux jeux, il est possible de tenir les pass rushers de Clemson à distance du quarterback, mais sur toute la durée d’un match, le physique et le talent des Tigers font la différence.

Avec les deux defensive ends Clelin Ferrell (47 plaquages, 17.5 TFLs, 10.5 sacks et défenseur de l’année en ACC) et Austin Bryant (36 plaquages, 11 TFLs et 6.5 sacks), les offensive tackles adverses, Robert Hainsey et Liam Eichenberg, seront mis incessamment sous pression. Et en un-contre-un, ces deux joueurs sont tout simplement injouables.

A l’intérieur de la ligne, Christian Wilkins (45 plaquages, 13.5 TFLs et 5 sacks) est sûrement le meilleur d’entre tous. Le senior abat un travail considérable et sait tout faire, même courir pour inscrire des touchdowns (deux cette saison). Souvent bloqué par deux joueurs, il crée ainsi des espaces pour ces coéquipiers.

L’absence de Dexter Lawrence, contrôlé positivement à un produit dopant interdit par la NCAA, pourrait évidemment jouer sur cette rencontre tant le lineman est important pour la défense de Clemson. Mais l’incroyable profondeur de banc des Tigers sur le front-seven est telle que Brent Venables a toutes les cartes en main pour combler cette absence.

Le senior Albert Huggins, moins connu mais tout aussi efficace, ainsi que le trio de linebackers composé de Isaiah Simmons, Tre’ Lamar et Joseph Kendall, pourraient faire vivre un cauchemar à l’attaque de Notre Dame.

 

La constance de Travis Etienne

 

Pour sa saison true freshman, Trevor Lawrence a répondu aux attentes. Mais l’homme fort du backfield est bel et bien Travis Etienne. Le running back a explosé cette année derrière une ligne offensive qui a elle aussi progressé.

Avec sept matchs à plus de 100 yards dont cinq à plus de 150 yards et un à plus de 200 yards, Travis Etienne a apporté un nouveau visage au jeu de course des Tigers. Lorsque Kelly Bryant était titulaire, le coureur n’avait pas autant de responsabilités étant donné que Kelly Bryant pouvait porter le cuir. Mais sans lui, Dabo Swinney a responsabilisé davantage Travis Etienne.

Un choix qui a permis au joueur d’accumuler les yards et les touchdowns (1.463 yards et 21 TDs) tout en donnant à l’attaque de Clemson un jeu très équilibré. Les Tigers sont aussi bons dans les airs que au sol.

En effet, derrière Travis Etienne, trois autres joueurs peuvent apporter. On retrouve évidemment Adam Choice et Tavien Feaster, mais également le freshman Lyn-J Dixon. Bref, on ne parle pas souvent du jeu de course de Clemson, mais le programme accumule tout de même 6.65 yards par portée. Aucun équipe ne fait mieux en football universitaire cette saison.

 

La précision de Ian Book 

 

Symbole de la saison de Notre Dame, Ian Book s’est révélé au grand public cette saison, pour le plus grand bonheur de Brian Kelly. Le head coach ne pensait sûrement pas changer de quarterback au cours de la saison, mais les contre-performances de Brandon Wimbush (4 touchdowns pour 6 interceptions) ont poussé le coaching staff à le remplacer par le junior dès la troisième semaine.

Méconnu il y a encore trois mois, il s’est fait un nom en l’espace de neuf matchs au cours desquels il a engrangé 2.468 yards et 19 touchdowns. Ce n’est pas le quarterback le plus flashy du pays, ni le plus explosif, mais Ian Book est le quarterback qu’il fallait à Notre Dame.

Brian Kelly a ainsi trouvé le joueur dont il avait besoin pour son plan de jeu. Précis (70% de passes complétées), intelligent balle en main et en capacité d’utiliser ses jambes pour aller chercher une première tentative ou pour finir un drive dans la end zone, Ian Book s’intègre parfaitement à la philosophie de jeu du Fighting Irish tout en apportant une touche de nouveauté au programme.

Face à Clemson, Ian Book sera confronté au plus grand défi de sa courte carrière de titulaire. La pression constante qui viendra du front seven va évidemment le mettre dans des situations inconfortables, mais Ian Book pourrait sortir un grand match. Le secondary des Tigers n’est pas le plus impressionnant du pays. Miles Boykin (803 yards et 8 TD) et les autres receveurs pourraient lui faciliter la tâche.

 

La dureté du secondary de Notre Dame

 

Clemson n’ayant pas de réelles faiblesses en attaque, Notre Dame devra stopper soit Travis Etienne, soit Trevor Lawrence, pour espérer s’imposer. Le second nommé n’ayant pas l’expérience des grands rendez-vous en tant que true freshman, Notre Dame pourrait bien le mettre en difficulté ce samedi soir.

Le secondary du Fighting Irish est effectivement très efficace. Troisième meilleure équipe du pays contre la passe, Notre Dame ne laisse que très peu de yards à l’adversaire dans les airs. Il est même très rare de voir un defensive back concédé un gros gain. En 2018, seulement 25 passes de plus de 20 yards ont été encaissées par le secondary.

Notre Dame n’a peut-être pas affronter les touts meilleurs quarterbacks du football universitaire, mais Shea Patterson (Michigan), Kyle Shurmur (Vanderbilt), KJ Costello (Stanford) et Clayton Thorson (Northwestern) ont tous perdu leurs moyens face à la défense contre la passe de Notre Dame. Sur la totalité de la saison, le Fighting Irish n’a concédé que sept touchdowns dans les airs pour douze interceptions.

Le secondary du Fighting Irish, avec le cornerback Julian Love en tête de file, pourrait être un gros facteur X face à l’attaque de feu de Clemson. Un match peut facilement basculer avec un pick-six.

 

Quelle faiblesse pourrait coûter à chaque équipe ?

 

Les équipes spéciales de Clemson

 

Clemson a beau être la meilleure équipe du pays avec Alabama, les Tigers possèdent des équipes spéciales pas au niveau de l’attaque ou de la défense. A l’image du Crimson Tide qui est le pire programme dans ce secteur, Clemson ne sait pas bien punter. On n’a rien contre Will Spiers, mais le punter des Tigers est loin d’être une valeur sûre.

Le sophomore peine à dépasser les 40 yards de moyenne (39.64). Cela n’a évidemment pas gêner Clemson au cours de la saison tant la défense a été irréprochable, mais chaque yard va compter face à Notre Dame. Lorsque le Fighting Irish inscrira un tocuhdown, les cinq yards qu’il aura manqué sur le punt précédant pourrait coûter cher.

Concernant les field goals, Clemson n’est pas non plus très efficace. Tant l’attaque a accumulé les tocuhdowns, Greg Huegel n’a pas eu l’occasion de s’exprimer énormément sur le terrain, mais en treize tentatives, le kicker a manqué quatre fois le coche. Encore une fois, un field goal loupé en demi-finale peut avoir de lourdes conséquences.

Enfin, sur les retours de coup de pied, Clemson n’a jamais performé cette saison avec seulement 7.25 yards sur les retours de punts (84e) et 23.21 yards sur les retours de kickoffs (27e). Des situations dans lesquelles qu’un seul touchdown a été inscrit.

 

Dexter Williams répondra-t-il présent ?

 

Alors que Travis Etienne a semblé survoler la saison de la première à la dernière semaine du côté de Clemson, Dexter Williams a eu du mal à reproduire de grosses performances à la suite.

Cela est incontestable, le runing back est l’un des tous meilleurs à son poste. Malgré sa suspension en début de saison, Dexter Williams a tout de même accumulé 941 yards et 12 touchdowns en huit rencontres.

Mais lorsque l’on regarde de plus près, le junior a été très inconstant. Capable de réaliser de grosses performances (202 yards et 2 TD face à Florida State), il peut également passer à côté de son match (trois rencontres sous les 80 yards).

Plus inquiétant encore, Dexter Williams pourrait être éteint dès le premier quart-temps face à une défense contre la course impénétrable. Il serait ainsi difficile d’imaginer le coureur trouvé la solution par la suite. Une fois dans l’embarras, Dexter Williams a du mal à régir.

 

Le scénario à envisager pour le Cotton Bowl

 

Notre Dame a toujours su répondre aux critiques. On pensait que le Fighting Irish allait chuter à un moment ou un autre, mais jamais les joueurs de Brian Kelly n’ont flanché.

Mais si les adversaires classés rencontrés étaient loin d’être facile à négocier, on se rend compte à froid que Notre Dame n’a pas forcément affronté des équipes de grands calibres. Outre Michigan en ouverture de la saison, Stanford et Virginia Tech n’ont finalement pas fini dans l’AP Top 25 et Syracuse avait joué sans Eric Dungey.

La marche pourrait s’avérer trop haute pour Notre Dame. Contrairement au Fighting Irish, Clemson semble avoir encore une marge. Les Tigers ont l’expérience de ce genre de rendez-vous et sont bien plus complets. Il faudrait que toutes les planètes s’alignent pour Notre Dame, tandis que Clemson peut s’imposer sans réaliser un match parfait.

Dès le kickoff, la défense des Tigers devrait mettre sous pression Ian Book. Quoi qu’il en soit, le quarterback va encaisser des sacks et des hits. Il sera intéressant de voir sa réaction face à un pass-rush déchaîné. La ligne offensive de Notre Dame sera également mise à rude épreuve.

De l’autre côté du terrain, on voit mal Trevor Lawrence et Travis Etienne réaliser un non-match tant les solutions sont infinies. Il ne faut surtout pas sous-estimer la défense de Notre Dame, mais le Fighting Irish n’a jamais fait face à une telle attaque. Cela pourrait être une grande première difficile.

Score final : 31-13 Clemson