Au terme d'une victoire humiliante, Clemson remporte le National Championship Game et s'érige au sommet du sport à la place d'Alabama.

Une passation de pouvoir a peut-être eu lieu entre Clemson et Alabama.

Mais quoi qu’il en soit, l’humiliation distillée par les Tigers afin de remporter le College Football Playoff National Championship Game haut la main (44-16) marque un tournant dans l’histoire moderne du football universitaire : le Crimson Tide n’est plus le maitre des lieux incontestable.

“On va apprécier cette victoire,” explique le head coach charismatique de Clemson, Dabo Swinney, lors de la cérémonie de remise des trophées. “On a un joli endroit où entreposer ce trophée, juste à côté du dernier. On possède des jumeaux !”

Clemson remporte un deuxième titre national en trois saisons, mais bien plus que le bilan comptable, cette seconde couronne est immensément plus marquante que la première à cause de la manière avec laquelle les Tigers ont dépecé le Crimson Tide.

Pour faire simple, il s’agit de la plus violente défaite de Nick Saban depuis qu’il est arrivé sur le campus de Tuscaloosa.

Alabama prend un éclat de 28 points sur la plus grande et prestigieuse scène en football universitaire, à moins de 60 minutes d’un sixième titre national en 10 ans. Or, depuis que Nick Saban est arrivé au poste de head coach en 2007, le Crimson Tide n’a jamais été mené de plus de 21 points et n’a jamais perdu sur un score final supérieur à 14 points.

Clemson a réduit en cendres un tel exploit et s’est imposé au Levi’s Stadium de Santa Clara, en Californie, par un écart de 28 points.

Une paire de true freshmen porte Clemson à la gloire

Trevor Lawrence a démontré un potentiel illimité et a mené les Tigers vers la victoire au terme d’une rencontre proche de la perfection. Avec 347 yards et 3 touchons, le quarterback true freshman a joué comme un senior titulaire depuis 3-4 ans et a illuminé la partie avec son frère d’armes, lui-aussi true freshman, Justyn Ross (6 réceptions, 153 yards, TD).

Alors que Alabama pouvait lancer un comeback, les deux joueurs de première année ont tué toute tentative du Crimson Tide dans l’oeuf avec une suite de connexions hallucinantes.

Le clou du spectacle ? Quand Justyn Ross transperce la défense adverse à lui-seul dans le troisième quart-temps afin d’inscrire un touchdown de 74 yards, permettant aux Tigers de prendre une avance rédhibitoire de trois scores (37-16).

Ils récidivent lors de la série suivante entre passes d’une précision chirurgicale et réceptions acrobatiques dignes d’un receveur professionnel. Le receveur sophomore Tee Higgins (3 réceptions, 81 yards, TD) s’engouffre dans l’en-but pour un ultime touchdown, concluant une série de 30 points consécutifs entre le deuxième et le troisième quart-temps.

Mais il ne faut pas croire que les jeunes playmakers offensifs sont les catalyseurs uniques de cette victoire retentissante.

L’attaque de Clemson peut remercier la défense pour avoir permis une telle performance offensive à marquer d’une pierre blanche. Sans une escouade défensive, tout d’abord opportuniste puis outrageusement dominante, les Tigers n’auraient jamais pu prendre une avance si conséquente.

Alabama termine avec 443 yards offensifs, et pourtant, les hommes de Nick Saban n’ont cumulé que 14 petits points. Pourquoi ? Entre les deux interceptions de Tua Tagovailoa (295 yards, 2 TDs, 2 INTs) avant la mi-temps, dont la première retournée en un touchdown de 44 yards dès la série inaugurale, et les trois tentatives manquées sur 4th down à l’entrée de l’en-but, le Crimson Tide a commis une quantité astronomique d’erreurs, ce qui ne lui ai pas du tout caractéristique.

Nick Saban a même semblé perdre les pédales en début de troisième quart-temps, alors que son équipe avait besoin désespérément de points pour recoller au score.

Le head coach d’Alabama appelle une feinte de field goal, qui, à l’instar de son alter ego de Georgia lors de la finale de conférence SEC, enterre une bonne fois pour toutes les espoirs du Crimson Tide. Autant le timing, que la conception et l’exécution du jeu était loin de la plaque.

Deux des plus grandes dynasties du football universitaire moderne

Tout le monde peut affirmer que Nick Saban a composé l’une des plus grandes dynasties de l’histoire du football universitaire à Alabama depuis plus d’une décennie.

L’équipe n’a pas disparu des tablettes à la suite de cette Bérézina, bien au contraire, puisqu’elle a enchainé raclée sur raclée au cours d’une saison régulière historique, avec des performances toutes plus explosives et puissantes l’une que l’autre.

Comprenenez bien que cette défaite au College Football Playoff National Championship Game ne remet pas en cause la dynastie de Nick Saban avec le Crimson Tide : cependant, elle doit maintenant accueillir une nouvelle dynastie dans la cour royale des plus grandes équipes du championnat universitaire.

Clemson doit maintenant être considéré comme l’égal d’Alabama dans le paysage universitaire.

“Nous sommes à 15-0, on vient de battre la meilleure équipe de tous les temps et ça, personne ne pourra nous l’enlever,” prononce le defensive tackle All-America de Clemson, Christian Wilkins.

Au sein d’une petite université de Caroline du Sud, qui dormait dans l’ombre des grandes écoles du Sud des Etats-Unis telles que South Carolina, Georgia ou Florida State, Dabo Swinney est arrivé à monter une machine désormais tout autant effroyable que l’école pour laquelle il vouait un culte étant plus jeune.

Clemson est tout autant effrayant puisque Trevor Lawrence et Justyn Ross possèdent encore deux années avant d’être autorisé à s’envoler pour la NFL, tandis que Travis Etienne et Tee Higgins ne sont que sophomores.

Et peut-être encore plus incroyable, Dabo Swinney et le coordinateur défensif des Tigers, Brent Venables, se sont montrés largement capable de renverser la machine de guerre qu’est le coaching staff d’Alabama. Brent Venables a tout simplement distillé une masterclass sur la façon de battre une attaque du Crimson Tide qui inscrivait, en moyenne, 48 points par match.

Une nouvelle ère débute en football universitaire et elle se conjugue désormais au pluriel.

Le règne de droit divin d’Alabama touche à sa fin et la régence de Clemson peut débuter aux côtés de son illustre ainé.

En même temps, les Tigers possèdent aujourd’hui autant de titres nationaux que le Crimson Tide sur les quatre dernières saisons.