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Le cocktail explosif de la Prep School

Le cocktail explosif de la Prep School, où l’éducation est reléguée au second plan

Oak Hill Academy est l’une des plus prestigieuses institutions pré-universitaires des Etats-Unis, d’où sont sortis des joueurs comme Carmelo Anthony, Kevin Durant ou plus récemment Rajon Rondo. Avant d’entrer à l’université, tous ces joueurs sont passés par la Prep School de Virginie, dont beaucoup croient qu’il s’agit d’un lycée.

De nombreuses stars NBA comme Tim Hardaway ou Rajon Rondo sont passées par d’autres Prep Schools souvent moins connues en France que la Oak Hill Academy et pourtant extrêmement prestigieuses outre-Atlantique : Laurinburg Institute, l’une des plus vieilles académies historiquement noires du pays, ou Power Memorial Academy où a joué Kareem Abdul-Jabbar.

Mais que sont ces Prep Schools par lesquelles de nombreux joueurs passent avant d’entrer à l’université ? Pourquoi ne passent-ils pas directement du lycée à l’université ?

Les Prep Schools sont des programmes qui peuvent se substituer aux années junior et senior du lycée ou bien proposer une année de transition entre le diplôme du lycée et l’entrée à l’université. Ils proposent une formation sportive poussée et une formation académique de base que certains estiment trop faible. Toujours est-il qu’en ce qui concerne la préparation physique, technique et tactique à l’étape supérieure, la NCAA, force est de constater que ces institutions sont performantes.

Tout du moins, les meilleures d’entre elles, car si certaines sont installées et reconnues comme efficaces dans la formation des athlètes, d’autres connaissent des hauts et des bas et ne proposent pas toujours un programme de qualité qui permet de sauter le pas vers le championnat universitaire.

Une pression à la réussite immédiate

Avec quelques 35 matchs par saison joués en deux fois 20 minutes, avec 30 secondes par possession, ainsi que des entraînements conséquents, les Prep Schools imposent aux joueurs un rythme très soutenu calqué sur celui de la NCAA. Un point important car de nombreux athlètes-étudiants ont des difficultés à s’adapter à ce rythme physique soutenu. De plus, les entraînements physiques dans les infrastructures adaptées (que n’ont pas toujours les lycées américains) permettent de développer correctement le corps des joueurs avant d’encaisser l’intensité de la NCAA. Les Prep School permettent aussi de jouer avec et contre les meilleurs joueurs, le niveau y étant plus élevé qu’en High School.

Il arrive d’ailleurs que des universités demandent (voire fassent pression) à des joueurs de passer un an en Prep School avant de les rejoindre.

Ce fut le cas pour Rapolas Ivanauskas, qui jouait pour le lycée de Barrington.

(Credit photo : nusports.com)

Il a passé son année senior dans la Prep School de Brewster, dans le New Hampshire, à la demande du staff de Northwestern où il s’était engagé après avoir reçu une offre de bourse. Bien qu’il clame que ce choix était le sien et celui de sa famille, et que l’université assure ne jamais avoir demandé à quelque recrue que ce soit de se faire transférer en Prep School avant de les rejoindre, l’ancien head coach de Barrington raconte qu’Ivanauskas lui a avoué lors d’un appel téléphonique que le staff des Wildcats a largement insisté pour qu’il rejoingne Brewster.

Mais plus que tout cela et comme dans tout le système sportif pré-professionnel américain, c’est l’exposition qui compte. L’exposition médiatique d’abord, mais aussi auprès des coachs et des scouts des meilleurs programmes universitaires. Et cette exposition, les Prep School la procurent largement, notamment lors de tournois entre les meilleures institutions du pays tels que le Grind Session World Championship Tournament.

Une trentaine d’universités sont représentées pour superviser les meilleurs jeunes joueurs du pays. Ce tournoi, retransmis sur ESPN, étend encore le nombre de suiveurs qui regardent ces joueurs. C’est avant tout ce genre d’événement qui permet aux Prep Schools d’avoir un taux de joueurs qui se dirigent vers la NCAA plus élevé que les lycées locaux traditionnels, entre lesquels ces tournois ne peuvent pas être organisés et exposés de la même manière.

Bien évidemment, tout cela a un coût. Un coût très élevé : à Brewster, l’année se paye, entre les frais de scolarité, le logement, etc… près de $60.000. Un investissement absolument gigantesque avant même de faire face aux frais de scolarité des universités qui sont également extrêmement élevés.

En payant ces sommes, les familles des basketteurs ont espoir de recevoir des offres de bourses de programmes de Division 1, et de rentabiliser en quelque sorte cet investissement. Et cela fonctionne souvent : dans l’équipe de Brewster, 13 joueurs ont rejoint la Division 1 (mais pas tous dans des universités prestigieuses qui permettent de passer au niveau professionnel). Cette année, 16 anciens joueurs de Brewster figuraient parmi les différents effectifs qui ont disputé la March Madness, un chiffre élevé pour un campus de 352 étudiants.

Et s’il s’agissait d’une histoire de coquilles vides ?

L’université n’est plus une étape immanquable pour plonger dans les eaux de la NBA. Dans l’histoire récente, Brandon Jennings s’en est allé pour l’Italie et Emmanuel Mudiay pour la Chine avant de retrouver le continent américain et la ligue de basketball professionnelle. Mais l’an passé, Thon Maker semble avoir poussé une nouvelle porte.

Thon Maker a connu un parcours de vie particulièrement difficile et il n’était pas certain qu’il puisse suivre la cadence de la NCAA. En voulant éviter de nouveaux risques pour sa carrière, il a sauté directement du lycée à la Draft NBA, sans pour autant être dans l’illégalité. Comment ?

Merci la Prep School. Et plus précisement l’Orangeville Prep, ou bien plutôt l’Athlete Institute.

Thon Maker

En effet, après l’obtention de son diplôme lycéen, il s’est dirigé vers la Prep School canadienne afin de poursuivre sa formation sportive. Une année plus tard, il fêtait ses 19 ans et tombait alors dans la léglité afin de s’inscrire à la Draft NBA, sans pour autant passer par la case universitaire.

Mais attention, tout ne semble pas aussi beau que cela. En jetant un coup d’œil plus approfondi, on remarque que certaines Prep Schools peuvent être apparentées à des coquilles vides.

L’ancienne star de Kansas, Josh Jackson, a évolué avec la Prolific Prep avant de rejoindre officiellement le campus de Jayhawks. Mais il n’a jamais foulé les marches de la Prolific Prep… puisqu’elle n’existe pas physiquement ! Cette entité est uniquement représentée par une boite aux lettres, pour faire simple. Cette académie de l’élite du basketball est sortie de terre en même temps que la hype grandissante de Josh Jackson. Ce dernier « étudie » véritablement au sein du lycée de Justin Siena, un établissement catholique du coin qui travaille conjointement avec la Prolific Prep dans la Napa Valley, en Californie. Et ne soyez pas surpris, cette situation est plus commune que vous pouvez l’imaginer.

DeAndre Ayton se trouve dans une situation relativement identique à l’heure actuelle avec la Hillcrest Prep. L’un des meilleurs éléments de la prochaine classe de recrutemement possède une hype sensiblement proche de celle de Josh Jackson en son temps ; cependant, la Hillcrest Prep détient une réputation plus glauque que la Prolific Prep. En effet, elle est associée à un autre lycée de la région de Phoenix (Arizona) mais ce lycée est dans le viseur de la NCAA du fait d’un ensemble académique des plus douteux.

Entre des Prep Schools historiques et légitimes aux frais d’inscriptions faramineux et des Prep Schools opportunistes et dématérialisées qui n’inspirent pas la confiance à la NCAA, il semble difficile de tirer un avantage de ces institutions.

Et pourtant, les Prep Schools poussent comme des champignons ci et là, certaines éphémères, suivant l’argent de mécènes et le talent de prospects élites. Les effectifs de ces académies sportives spécialisées en basketball sortent eux-aussi de l’ordinaire : il devient quasiement impossible de trouver une équipe où deux joueurs sont issus du même comté, du même Etat si ce n’est du même pays !

Les Prep Schools regroupent la crème de la crème des lycéens, synonyme d’une tendance qui s’ancre de plus en plus dans le paysage du basketball.

La NCAA tombe dans une désuétude risquée

Mais pourquoi mettre en danger son éligibilité universitaire avec des diplômes dont la NCAA doute de l’authenticité ? Les réponses sont extrêmement simples et représentent cette fameuse tendance : la compétitivité sportive, l’exposition médiatique et l’attrait de l’argent.

Cette tendance relève de l’incompréhensible pour Oliver Luck, vice-président de la NCAA : 

“Pourquoi un jeune voudrait aller de son plein gré dans une école où il existe une grande chance que son tronc de cours ne soit pas reconnu [par la NCAA] ?”

Les athlètes ne considèrent plus aujourd’hui l’université comme une plateforme éducationnelle mais davantage comme une plateforme d’exposition et d’accès à la ligue de basketball professionnelle. Les meilleures recrues espérent seulement accéder à la NBA le plus rapidement afin de monétiser leur talent. Gagner des matchs à l’université ou obtenir un diplôme universitaite n’est plus une priorité.

L’émergence d’institutions telles que les Prep Schools met clairement à mal l’importance de l’éducation chez les jeunes athlètes, surtout si obtenir un diplôme universitaire implique la perte de (dizaines de) millions de dollars à l’entrée en NBA ou au cours de la carrière professionnelle. La mode du one-and-done représente bien cette volonté d’accéder aux rangs supérieurs le plus rapidement possible, tout en profitant de la formation et de l’exposition de la NCAA lors d’un temps suffisamment court pour ne pas mettre à mal une hype aux sommets pour les meilleurs prospects à la sortie du lycée.

Les superstars lycéennes entrevoient désormais la NCAA comme un boulet plutôt qu’un propulseur de carrière. Mais la Prep School n’est pas une solution de rechange adéquate.

De plus en plus d’entraieurs universitaires critiquent la formation sportive délivrée au niveau lycéen et notamment ceux des Prep Schools et de l’AAU. Les athlètes de passage par ces circuits arrivent sportivement en retard sur les campus universitaires, malgré un talent exceptionnel. Mais à quoi bon continuer sa formation gratuitement en NCAA alors que les meilleurs prospects pourraient s’entrainer et empocher des millions de dollars en NBA ?

L’AAU arrive en complément du lycée, l’été, alors que la Prep School se présente en substitution, en parallèle du lycée l’hiver.

Il ne faut pas se leurrer et savoir que beaucoup de jeunes joueurs se posent cette question. Thon Maker a ouvert un trou de souris par le biais de la Prep School qui doit en faire réfléchir plus d’un. Cependant, il est peu probable que cela mène à l’ouverture complète d’un barrage. La NCAA doit tout de même réagir pour endiguer cette tendance de la Prep School, où tout n’est pas rose si l’organisation est baclée.

L’influence de l’AAU est forte depuis longtemps et est rentrée dans la culture lycéenne. La Prep School monte en puissance. Les deux circuits se ressemblent et se focalisent sur l’aspect purement sportif : progresser sur le parquet de basketball avant d’atteindre les rangs supérieurs, même si cela n’est pas toujours synonyme de la fonction initiale de ces circuits.

Mais l’AAU arrive en complément du lycée, l’été, alors que la Prep School se présente en substitution, en parallèle du lycée l’hiver. Il ne reste plus qu’un pas pour combiner les deux entités au cours de l’année et constituer un cocktail explosif, où l’éducation passe complètement en arrière plan.

La Prep School peut se révéler comme un veritable booster de carrière si tout est réalisé dans les règles de l’art. Mais dériver de ce chemin est (trop) facile.

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