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(Crédit photo : @PerryJake3)

Il faut sauver le soldat Jake Perry, un combo-guard qui mérite mieux que l’anonymat

L’intersaison bat son plein en basketball universitaire avec un marché des transferts en pleine effervescence et une NBA Draft fraîchement passée.

Mais dès le mois d’avril, le basketball en High School truste les premières pages des médias spécialisés au travers des divers circuits AAU ou des séances d’évaluation. L’occasion de voir les talents de demain face à de l’adversité, une bonne chose pour connaître l’étendue du talent d’un joueur.

Il s’agit bien évidemment du rendez-vous pour les scouts universitaires ; et de notre côté, Midnight on Campus aborde cette période avec une chronique aux (potentielles) stars de demain : nos “Diamants Bruts”. 

Lors de nos précédentes éditions, nous avions présenté des joueurs assez connus tels que, par exemple, Oscar Tshiebwe, le pivot à l’ancienne de West VirginiaNico Mannion, la pépite italienne qui jouera pour ArizonaJalen Cone, le futur meneur fantasque de Virginia Tech ou encore Ryan Bormann, futur walk-on à Texas State.

Et notre dernier numéro en date a traité du français Josaphat Bilau, qui vient de s’engager avec les Shockers de Wichita State.

Aujourd’hui, lumière sur un joueur que je découvre à peine, au détour d’un match en AAU : Jake Perry. Issu de la promotion 2020, il n’a encore reçu aucune bourse de Division I à l’heure actuelle… et en apprenant cela, j’ai eu du mal à y croire.

 

Une vie dans l’anonymat le plus total en AAU 

 

Même si on peut décrier la manière de fonctionner du circuit AAU (et notamment l’argent qui y gravite avec les sponsors), cela reste le moyen numéro un pour les prospects en provenance de High School de faire monter leur côte auprès des scouts universitaires (si ce n’est en NBA pour certains phénomènes).

Vous voyez des highlights en tout genre avec des dunks ou des crossovers, avec, forcément, la hype qui s’en suit.

Mais le circuit AAU sert aussi aux prospects un peu plus “underground”, qui évoluent dans des lycées moins médiatisés, afin de montrer toute l’étendue de leur talent. Bon nombre de joueurs explosent aux yeux de tous, tardivement, et font les beaux jours des programmes universitaires qui se posent la question du joueur à prendre avec leur dernière bourse scolaire.

En regardant un match lambda (enfin, on parle quand même du Hoop Group Jam Fest, l’un des plus grands tournois de Philadelphie), mon oeil d’expert remarque immédiatement la bouille du numéro 3 de Camp Hill.

J’arrive à retrouver son nom, il s’agit de Jake Perry.

En cherchant un peu, je ne trouve pas grand chose sur le joueur. Je me dis alors que mon flair légendaire est en vacances et que ce prospect est plutôt moyen.

Quelle grossière erreur.

Si vous cherchez des informations sur Jake Perry, il va falloir se montrer patient. Le gamin se trouve pour l’instant dans la classe de recrutement 2020 et comme la plupart des lycéens de son âge, il cumule 2 sports : le basketball et le football américain.

Le natif de Philadelphie coule des jours heureux au lycée, en se montrant à son aise dans ces deux sports. Mais c’est bien en basketball où il est le plus doué. Il vient de terminer une saison de manière très honorable avec une moyenne de 18.5 points, 4.4 rebonds, 4.2 passes et 3.3 interceptions. Solide prestation pour le meneur de jeu.

Mais, faut-il croire, ce n’est pas assez pour attirer les offres de bourse universitaire. Hormis quelques prises d’informations en provenance de programme de Division III, rien d’officiel n’a encore émergé pour Jake Perry.

 

Un mano a mano référence face à un futur joueur de Division I

 

Un été studieux attend Jake Perry. Mais, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a travaillé.

Au cours du match que j’ai pu voir contre New World Gold, il s’est montré sous son meilleur visage malgré une défaite frustrante d’un petit point. Il affrontait pourtant des noms dont on risque de reparler au plus vite en NCAA, dont la paire d’intérieurs, Favour Aire et Jason Edokpayi.

De manière plus intéressante, Tyler Brelsford dirigeait les adversaires au poste de combo guard, en confrontation directe avec Jake Perry. C’est un joueur talentueux offensivement, qui devrait évoluer avec George Washington après une vague d’offres de Division I. Tout le contraire de notre poulain.

Et pourtant, Jake Perry sort vainqueur du duel (même si le petit Tyler Brelsford, attention, est un gros scoreur).

Dès les premières minutes de la rencontre, on assiste à un véritable mano a mano entre les deux joueurs. Jake Perry montre sa capacité à driver et finir avec un floater. Cela manque encore de finition sur le geste ainsi qu’un petit peu de touché, mais il se montre efficace dans ce domaine. Je ne l’ai pas trop vu prendre de tirs extérieurs ; à voir si c’était voulu sur ce match, mais on peut s’apercevoir que le meneur aime bien finir près du cercle (ou à mi-distance).

 

 

 

De ce que j’ai pu lire, Jake Perry est un bon shooteur, surtout à trois points, ce qui fait de lui un véritable meneur de jeu old-school. Il devra tout de même bosser sur cet aspect, entre autres, pour devenir une véritable menace en NCAA.

 

 

Mais ce qui m’a le plus marqué lors de ce match (que j’ai regardé deux fois), c’est sa capacité à prendre ses marques et à devenir un véritable meneur de jeu comme j’aime : à base de fixations pour ressortir le ballon à l’opposé ou à son intérieur.

Jake Perry est un joueur d’équipe et on sait bien que cet aspect de jeu est (malheureusement) de plus en plus oublié au sein de la NBA. Il possède toujours les yeux levés pour analyser la défense, avec cette pointe de lucidité pour décaler un coéquipier dans les meilleures conditions, et il adore passer ligne de fond avant de passer à son shooteur dans le corner.

Attention, il lui arrive toutefois de forcer près du cercle, mais, c’est avec parcimonie. On impute cette erreur sur le dos de la pression du match, car c’était un gros match.

 

 

Jake Perry possède vraiment une excellente vision de jeu, avec un bon handle, et il est capable de se défaire d’une trappe pour ensuite passer le ballon à un coéquipier. Il lui manque tout de même un petit peu d’explosivité pour devenir réellement un pion dominant.

 

 

Défensivement, je ne peux pas trop dire quoique ce soit. Sur cette rencontre et comme la plupart des matchs en High School, la défense de zone était au rendez-vous. Il reste actif, pose un bump lorsqu’un intérieur se montre poste haut et suit le ballon des yeux, même à l’opposé de l’action.

D’ailleurs, Jake Perry est un joueur actif qui ne calcule pas ses efforts, ce qui se voit lors du match où il sort très peu et termine à bout physiquement. Mais, par-dessus tout, il se révèle comme un leader sur le parquet, qui prend ses responsabilités dans le money time, avec ce genre de drive à 25 secondes de la fin.

 

 

Une seule offre de bourse pour Jake Perry, en Division II

 

J’éprouve énormément de tristesse quand je vois un tel joueur, qui possède encore une grande marge de progression, subir autant de snobisme de la part des scouts de Division I. Il vient à peine de recevoir une offre de Division II, grâce à Mainsfield, ce qui est un bon début.

La situation de Jake Perry renvoie à cette dure réalité qu’est le recrutement en sortie de High School.

On sait pertinemment que réaliser des classements sur les prospects ne reflètent pas souvent la réalité du parquet. L’exemple de Jake Perry est parfait : un prospect sans offre a dominé un futur joueur de l’Atlantic 10… et cela arrive chaque été.

C’est en partie pour cette raison que le circuit AAU est aussi intéressant à suivre.

Je ne cesse d’insister sur ce point mais il est primordial : quand il s’agit de recrutement, il faut essayer au maximum de se faire un avis personnel et non pas de suivre la tendance des sites américains. Rien ne vaut sa propre observation car on peut s’apercevoir d’une chose que un autre scout n’a pas décelé.

On espère sincèrement que Jake Perry trouvera une place dans une équipe en Division I. Au pire, tenter sa chance en JUCO pendant deux saisons, histoire de se montrer encore plus. Il le mérite tellement.

En petit cadeau, une action que l’on voit trop rarement en NCAA et surtout en AAU : un passe et va. Une nouvelle preuve de l’intelligence de notre nouveau poulain (une action basique mais qui est tellement rare dans la culture américaine).

 

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