Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au cœur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

Il est très rare, à l’heure actuelle, de trouver une équipe qui s’appuie sur une identité spécifique depuis de nombreuses années et qui demeure au sommet de son art malgré les évolutions incessantes du jeu en football universitaire. Wisconsin est justement une de ces équipes immuables. Vous savez avant même d’allumer la télévision ce que vous allez trouver en observant un match des Badgers et personne ne peut rien y faire, surtout pas les adversaires.

Wisconsin met un point d’honneur à courir (beaucoup), à développer des linemen offensifs (nommés All-American), à dominer la bataille dans les tranchées (avec un tempo de jeu lent et un running back d’exception) et à proposer une des meilleures défenses du pays (terrifiante à tous les niveaux). Cela fait 25 ans que les Badgers jouent de la sorte et ils sont descendus en-dessous de la barre des 8 victoires à seulement QUATRE reprises depuis 1993. 

Le système employé par Barry Alvarez, Bret Bielema, Gary Andersen et aujourd’hui Paul Chryst fonctionne à merveille et ne montre aucun signe de fatigue. Les trois Rose Bowls (perdus) par Bret Bielema de 2010 à 2012 semblait être le point d’orgue de l’équipe « moderne » de Wisconsin, et pourtant, Paul Chryst a inscrit le programme dans une nouvelle dimension en 2017 : les Badgers n’étaient qu’à une seule minuscule série d’une qualification au College Football Playoff.

Vous considérez le système de Wisconsin obsolète ? Et bien détrompez-vous, les Badgers n’ont jamais aussi bien joué de leur histoire qu’aujourd’hui et la prochaine saison ne devrait montrer aucun signe de faiblesse. La conférence Big Ten n’a qu’à se préparer à subir une nouvelle raclée.

 

Wisconsin avait une qualification pour le College Football Playoff dans les mains

 

Personne n’était arrivé à se mettre en travers du chemin des Badgers en 2017… jusque’à la finale de conférence Big Ten. Ils avaient conclu la saison régulière avec un record immaculé de 12-0, comprenant deux victoires dominantes face à Iowa et Michigan ainsi qu’un titre de division Big Ten West qui ne souffrait d’aucune contestation. Malheureusement, il n’a manqué qu’une petite série pour renverser les Buckeyes et valider leur ticket pour le College Football Playoff.

En effet, Wisconsin a participé à la finale de conférence avec un classement de #3 au Top-25 et était virtuellement qualifié dans le dernier carré. Ohio State a mené la totalité de la rencontre, et pourtant, les Badgers se trouvaient à moins d’une possession d’écart dans le dernier quart-temps. Ils se sont même retrouvés avec la série de la victoire à 5:20 de la fin du temps réglementaire. Mais rien n’y a fait, les Buckeyes se sont imposés (21-27) et ont privé par la même occasion d’un représentant de la conférence Big Ten au College Football Playoff. 

 

 

Cette désillusion ne doit pas faire oublier que Wisconsin a connu la meilleure saison de son histoire. Une magnifique victoire contre #11 Miami (FL) dans le cadre de l’Orange Bowl (34-24) a offert aux hommes de Paul Chryst une 13ème victoire de la saison, ce qui n’était encore jamais arrivé depuis la création du programme. Certes, le calendrier était relativement faible, mais les Badgers n’ont laissé aucune place au doute en remportant leurs 9 matchs de conférence avec une moyenne de 32-13. Et contrairement à Michigan, Ohio State et Penn State, ils n’ont subi aucun upset.

La défense s’est révélée intraitable (trois matchs à plus de 17 points encaissés) avec un coordinateur défensif qui débutait à ce poste tandis que l’attaque n’est descendu en-deçà des 30 points marqués que lors de quatre rencontres, et en deçà des 20 points seulement face à Purdue. Paul Chryst a sublimé l’an passé un système qui a fait ses preuves depuis des décennies en y ajoutant un trait unique : Wisconsin n’est pas seulement bon pour Wisconsin, Wisconsin est bon à l’échelle nationale.

 

Le running back Jonathan Taylor est (déjà) une star

 

Wisconsin possède la tradition d’être une véritable ferme à running backs. Ceux-ci sont cruciaux pour la réussite du système, qui demande un apport de yards stable sur first down, une solidité à toute épreuve lorsque l’adversaire sait que les Badgers appellent une course et une capacité à exploser sur les rares phases de jeu où on ne l’attend pas. Et depuis 2009, un running back est toujours arrivé à accomplir ces tâches.

Montee Ball, James White, Melvin Gordon et Corey Clement : tous ont illuminé le football universitaire de leur présence et un true freshman devait prendre la relève en 2017, en la personne de Jonathan Taylor. Aujourd’hui, inutile de vous présenter le garçon. Il a tout simplement réalisé la meilleure saison d’un running back freshman depuis Ron Dayne (ancienne gloire des Badgers) en 1996, en postant 1.977 yards et 13 TDs. Jonathan Taylor est désormais sophomore et dominera le jeu au sol de Wisconsin sans équivoque avec une jambe dans le course au Heisman Trophy.

(Crédit photo : Stacy Revere-Getty Images)

Il courra toujours autant et il sera toujours aussi difficile de le stopper, d’autant plus que la ligne offensive qui lui a ouvert un nombre incalculable de portes demeure identique. Cette dernière est par ailleurs aussi bonne que ce que vous pouvez imaginer. Le guard senior Beau Benzschawel et le tackle junior David Edwards, tous deux All-American, seront accompagnés par le centre sophomore Tyler Biadasz et le tackle senior Michael Dieter, nommés pour leur part dans une équipe All-Big Ten. 

L’âme de l’animation offensive, déjà transcendante en 2017, conserve une continuité écrasante en cette nouvelle saison et il n’existe aucune raison concevable pour que le rythme se réduise. Wisconsin continuera à écraser ses adversaires avec une bonne dose de courses. 

 

Alex Hornibrook, le quarterback idéal pour une telle identité

 

Le jeu aérien des Badgers a souvent été critiqué, à juste raison, mais ils n’avaient pas nécessairement besoin d’excellentes performances pour empocher leurs 10 victoires annuelles. Avec le College Football Playoff en ligne de mire, Wisconsin ne peut plus se passer d’un pan entier de son attaque et aussi surprenant soit-il, une solution crédible a émergé avec l’aide de Alex Hornibrook.

Le quarterback a largement été décrié pour le niveau de jeu qu’il affiachait, sauf que en y regardant de plus près, ces performances en tant que sophomore se révèlent plus que satisfaisantes. On pourrait même les qualifier de bonnes. Alex Hornibrook a réalisé la meilleure saison d’un quarterback de Wisconsin depuis Russell Wilson en 2011 avec 2.644 yards, 25 TDs et tout de même 15 INTs, son principal souci. Hormis ces trop nombreuses pertes de balle, il a complété plus de 62% de ses passes et a sorti d’affaire les Badgers lorsqu’ils en avaient besoin (258 yards, 4 TDs, 0 INT contre Miami), un aspect transcendant qui manquait aux précédents quarterbacks.

(Crédit photo : Tom Pennington-Getty Images)

Une année d’expérience supplémentaire devrait signifier de meilleures performances et surtout une maitrise d’autant plus forte d’un système de jeu qui requiert principalement de lui de sortir une action significative lorsque le running back n’y est pas arrivé. Pour cela, il peut compter sur une escouade de receveurs largement sous-côtés. 

Le junior Quintez Cephus (30 réceptions, 501 yards, 6 TDs) s’est mis en lumière l’an passé avant de subir une blessure en milieu de saison, ce qui ne l’a pas empêché de finir meilleur receveur de l’équipe en terme de yards à la réception. Le junior A.J. Taylor et le sophomore Danny Davis (57 réceptions, 893 yards, 10 TDs cumulés) se sont également révélés en fin de saison avec davantage d’opportunités. Ce trio de receveurs apporte une base très encourageante, d’autant plus que l’excellent tight end Troy Fumagalli (46 réceptions, 547 yards, 4 TDs) a quitté les Badgers pour la NFL.

Wisconsin trouve à chaque saison un contributeur majeur au poste de tight end, et malgré le départ de la meilleure cible aérienne de l’équipe, les Badgers n’auront pas de mal à lui trouver un remplaçant. Le senior Zander Neuville est tout à fait capable de devenir une cible correcte, mais le junior Kyle Penniston est très athlétique et peut trouver une place de titulaire sans que ce soit un scandale, bien au contraire. 

 

Encore une fois, les linebackers seront les maîtres du terrain

 

A Wisconsin, une défense qui ne tutoie pas l’excellence est aussi rare qu’une attaque sans running back transcendant. La défense de la saison dernière est possiblement l’une des meilleures que les Badgers ont proposé depuis leur existence, et le coordinateur de cette escouade n’avait jamais tenu un tel poste de toute sa carrière. Paul Chryst a placé sa confiance en Jim Leonhard et cela a entièrement payé.

Il était impossible de courir face au front-seven et ces performances ne subissaient que de très rares contre-coups. Cette efficacité totale est d’autant plus surprenante que les Badgers ont subi de nombreux revers, entre les départs pour la NFL et la cascade de blessures à l’intersaison (mais également au cours de la saison). Le defensive end Chikwe Obasih a été grandement limité par un pépin physique et a été très bien suppléé par Alec James (52 plaquages, 6.5 sacks, 1.5 TFLs) ; aujourd’hui, les deux defensive ends doivent être remplacés. Le sophomore Isaiah Loudermilk et le junior Garrett Rand, meilleure recrue de Wisconsin en 2016, prendront les postes de titulaire et devront faire mieux que limiter la baisse de régime. 

(Crédit photo : AJ Mast-AP Photo)

Les linebackers devaient presque repartir de zéro l’année passée, avec les départs de T.J. Watt et Vince Biegel ainsi que la blessure malencontreuse de Jake Cichy, forcé à manquer la totalité de la saison. Ryan Connelly (88 plaquages, 3 sacks, 8 TFLs) et surtout T.J. Edwards (81 plaquages, 2 sacks, 9 TFLs, 7 passes défendues, 4 INTs) se sont révélés comme d’excellents playmakers et Andrew Van Ginkel (6.5 sacks, 3.5 TFLs) a rejoint la danse en seconde partie de saison. Les trois joueurs entre dans leur saison de senior, pour atteindre le paroxysme de leur talent, et seront qui plus est épaulés par le junior Zach Baun et le sophomore Christian Bell, ancienne recrue talentueuse avec Alabama. 

Les pertes de Leon Jacobs et Garrett Dooley (11 sacks, 10.5 TFLs) n’est pas une bonne nouvelle pour le pass-rush ; toutefois, il ne sert à rien de s’inquiéter puisque l’on sait déjà que des armes prendront le relais au même, si ce n’est à un meilleur niveau, que leurs prédécesseurs. La ligne défensive demeure solide tandis que les linebackers mettront en danger et retournement tout simplement les backfields adverses.

 

La seule inquiétude ? Les départs au sein du secondary

 

Wisconsin a profité d’une efficacité impressionnante au niveau du front-seven et des defensive backs expérimentés afin de proposer une défense aérienne elle-aussi intraitable. Les acteurs ont dévié un nombre record de ballons dans les airs avec 95 passes défendues au cours de la saison. Mais il fallait bien une mauvaise nouvelle : les trois meilleurs acteurs ont épuisé leur éligibilité avec les Badgers.

(Crédit photo : Jeff Hanisch-USA TODAY Sports)

Remplacer les cornerbacks Nick Nelson (21 passes défendues) et Derrick Tindal (10 passes défendues, 2 INTs) ainsi que les safeties Natrell Jamerson (3.5 TFLs, 10 passes défendues, 2 INTs) et Joe Ferguson (4 INTs) devrait être une tâche impossible. Le safety D’Cota Dixon est le seul playmaker de retour et jouera le rôle de vétéran pour former les jeunes pousses au côté de Jim Leonhard, safety de métier pendant ses années professionnelles. La descente devrait être notable, d’autant plus que trois sophomores sont partis pour obtenir les places de titulaire.

Dontye Carriere-Williams et Madison Cone, chez les cornerbacks, ainsi que le safety Eric Burrell seront des noms à retenir. Ils pourraient bien exploser sur la scène nationale si les Badgers arrivent à développer une défense aérienne aussi excellente que les années précédentes, bien que ce ne soit pas l’issue la plus probable.

 

Rafael Gaglianone, toujours présent pour mener les équipes spéciales 

 

Paul Chryst est arrivé à propulser les équipes spéciales de Wisconsin vers l’avant à chaque saison, depuis son arrivée sur le campus de Madison. Le retour du punter junior Anthony Lotti (36.6 yards de moyenne par punt et 25 punts dans les 20 yards adverses) et surtout du kicker senior Rafael Gaglianone (16/18 FGs) assureront une continuité dans les performances solides sur les phases de coup de pied.

Malheureusement, le punt returner Nick Nelson laisse son poste vacant et il est fort probable que A.J. Taylor laisse le sien également avec davantage de responsabilités en tant que receveur. Mais c’est certain qu’il y a pire situation que de trouver deux nouveaux kick et punt returners.

 

Les Badgers peuvent jouer le titre de conférence… mais aucun écart n’est permis

 

Depuis la création des divisions actuelles de la conférence Big Ten en 2014, Wisconsin n’a laissé sa place à autrui uniquement en 2015. Les Badgers restent par ailleurs sur 5 finales de conférence en 7 ans et atteindre cette finale est le moindre des objectifs à chaque saison. Le dernier titre de conférence Big Ten remonte déjà à 2012 : le remporter cette saison demeure l’objectif principal et terminer la saison avec une telle victoire devrait indiquer de plus grandes échéances.

Wisconsin a montré l’an passé, en échouant à quelques yards de Ohio State, que l’équipe pouvait légitimement viser une qualification au College Football Playoff. Un titre de conférence Big Ten devrait plus ou moins facilement assurer cet exploit. Les Badgers possèdent quoi qu’il en soit une équipe pour entrer dans la course au dernier carré : le running back Jonathan Taylor se place en tant que favori pour remporter le Heisman Trophy, Alex Hornibrook, s’il n’explose pas sous la pression, est le quarterback parfait pour un tel système et les deux larrons sont protégés par une des meilleures lignes offensives du pays. Enfin, on ne présente même plus cette défense, exceptionnelle année après année, qui devrait tout de même rentrer dans le rang très légèrement avec une défense aérienne inexpérimentée.

Le seul obstacle au College Football Playoff, contrairement à la saison passée, sera le calendrier. Wisconsin joue cinq matchs de conférence Big Ten à l’extérieur, et ce sont ses adversaires les plus coriaces. 

Le calendrier hors-conférence, composé de Western Kentucky, New Mexico et BYU tous reçus au Camp Randall de Madison, est la mise en bouche parfaite pour le calendrier de conférence. Les Badgers s’en sortent pas trop mal avec une rencontre difficile à l’extérieur alternant avec un match plutôt facile à la maison. Un déplacement à Iowa suivi par la réception de Nebraska. Un déplacement à Michigan suivi par la réception d’Illinois. Un déplacement à Northwestern suivi par Rutgers. Un déplacement à Penn State… suivi par un déplacement à Purdue et la réception de Minnesota : ces trois matchs pour conclure la saison régulière s’annonce clairement comme le temps fort de l’année.

13 titulaires de retour, un effectif expérimenté et une recette gagnante : les Badgers peuvent aisément remporter plus de 10 victoires pour la 5ème saison consécutive. Ceci dit, tout faux-pas sur les terrains de leurs adversaires est exclu s’ils veulent remporter la Big Ten West et jouer le titre de conférence (Iowa, Northwestern, Purdue) ainsi que se qualifier pour le College Football Playoff (Michigan et Penn State). Mais si tout leur sourit et qu’il remporte le titre de conférence Big Ten, une place dans le dernier carré serait entièrement méritée. 

 

Le « hot take » de la rédaction :

 

Ne passons pas par quatre chemins : il s’agit de l’année où Wisconsin accroche une place au College Football Playoff.

Les Badgers possèdent un effectif complet, expérimenté et en totale possession d’une identité qui a largement fait ses preuves. Le calendrier est suffisamment relevé pour ne pas les desservir au moment de faire les comptes (bien qu’il faille éviter les nombreux pièges). Et puis s’ils traversent un tel calendrier jusqu’en finale de conférence, ils affronteront soit une équipe déjà affrontée auparavant (Michigan et Penn State) ainsi qu’une équipe de Ohio State dans le flou le plus total à la suite du scandale soulevé et engluant Urban Meyer.

Dirons-nous qu’il s’agit de l’année ou jamais ?