Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au cœur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

Texas A&M s’essoufflait et les Aggies se devaient de changer d’ère. Jimbo Fisher ne se plaisait plus du côté de Florida State et se devait de débuter une nouvelle aventure. Comme si leur destin respectif étaient liés, ils se sont mis d’accord au mois de décembre dernier pour faire de Texas A&M un programme puissant et régulier dans la SEC.

En échange, Jimbo Fisher reçoit 75 millions de dollars sur 10 ans. Rien que cela.

C’est un nouveau chapitre qui s’ouvre sur le campus de College Station. Kevin Sumlin a fait son temps et n’a jamais réussi à confirmer sa première très belle saison en 2012 où les Aggies avaient atteint les 11 succès pour la première fois depuis 1998 et le dernier titre de conférence de Big 12 de l’université (le programme a rejoint la SEC en 2012). Les Aggies ont dégringolé au fur et à mesure des saisons, passant de 11 victoires à 9, puis à 8 et enfin à 7.

Cela en était trop pour les directeurs athlétiques du programme. C’est pour cela que ces derniers ont misé sur Jimbo Fisher. Le head coach fantasque a fait ses preuves à Florida State avec un titre de champion national (2013) et six saisons à 10 victoires ou plus. Après une fin de cycle chez les Seminoles, il arrive dans la SEC où il retrouvera son ancien collègue en la personne de Nick Saban avec l’intime envie de le détrôner.

Cela risque cependant de prendre du temps. Malgré un coaching staff de qualité, le reconstruction devra se faire étape par étape.

 

Le premier match a défini la saison

 

Il ne faut pas chercher trop loin pour comprendre la saison moyenne des Aggies. Il suffit de se remémorer leur premier match de la saison face à UCLA. Texas A&M a gaspillé l’espoir de débuter la saison de la meilleure des manières. Alors que les Aggies avaient l’occasion de lancer leur saison sous les chapeaux de roues comme ils en ont l’habitude (avant de s’effondrer en fin de saison), ils ont compromis leur chance dès le Week 1.

Texas A&M menait de 34 points avec 19 minutes de jeu restantes… avant d’encaisser l’un des plus grand comebacks de l’histoire. Cette défaite a bien sûr mis un coup au moral aux Aggies, mais au delà de cette faute professionnelle, cette rencontre a révélé l’un des points faibles du programme : les joueurs ne donnaient pas le maximum. Kevin Sumlin n’a pas réussi à inculquer à ses joueurs l’esprit de la gagne. Et cela s’est ressenti le reste de la saison.

 

 

Certes, les Aggies ont assuré lorsqu’ils étaient favoris. Ils n’ont pas réalisé une mauvais saison. Mais face aux gros de la conférence ou contre des adversaires du même niveau, Texas A&M n’a jamais réussi à maîtriser son sujet totalement. Contre les trois membres du Top-25 rencontrés (#1 Alabama, #14 Auburn et #18 LSU), les Aggies n’ont pas fait le poids, logiquement. En revanche, contre Mississippi State (14-35) et Wake Forest (52-55), le programme avait les moyens de s’imposer largement.

Cette saison 2017 n’est pas ratée, mais elle s’est révélée être la fin d’un chapitre. Texas A&M n’arrivait pas à se renouveler pour passer à la vitesse supérieure. Jimbo Fisher est désormais attendu au tournant, lui qui prône la mentalité de champion. C’est peut-être cela qui manquait au programme.

 

Nick Starkel ou Kellen Mond pour mener l’attaque ?

 

A Florida State, une belle compétition se préparait entre Deondre Francois et James Blackman pour le poste de quarterback titulaire. Jimbo Fisher ne sera pas dépaysé à Texas A&M où la bataille fait également rage entre Nick Starkel et Kellen Mond. Les deux joueurs ont un profil différent et ont tous les deux la capacité de mener l’attaque des Aggies cette saison.

Nick Starkel (1.796 yards, 14 TDs et 6 INTs) semble avoir un avantage sur son compère d’un point de vue statistiques. L’attaque gagnait par exemple 2.65 yards de moyenne avec Nick Starkel contre 1.72 avec Kellen Mond. Qui plus est, il s’est montré plus efficace sur troisième tentative et est beaucoup plus serein sur des situations de pression.

A première vue, Nick Starkel semble supérieur à Kellen Mond (1.375 yards, 8 TDs et 6 INTs). Néanmoins, ce dernier a prouvé qu’il pouvait compter sur un jeu de course huilé. En excluant les sacks concédés, il a gagné effectivement 7.6 yards par portée. Si Nick Starkel peut compter sur très bon bras et une bonne production, Kellen Mond pourrait se démarquer avec un jeu plus polyvalent.

On sait donc à peu près tout sur ces deux joueurs, sauf une chose. Qu’en pense Jimbo Fisher ? Peut-être a-t-il déjà fait son choix parmi les deux sophomores. On a en tout cas très peu entendu son avis à propos de cette compétition à ce poste clé.

(Crédit photo : Justin Oster)

Le quarterback titulaire devra dans tous les cas apportait de la sérénité sur le jeu aérien, car l’escouade de receveurs sera jeune cette saison. En effet, les départs de l’incroyable Christian Kirk et de Damion Ratley (1.613 yards et 16 TDs à eux deux) vont peser sur ce groupe.

Jhamon Ausbon (50 réceptions pour 571 yards) pourrait ainsi devenir le vétéran parmi les receveurs bien qu’il soit sophomore. Dans l’ombre de ses deux anciens coéquipiers la saison passée, il s’est montré très efficace grâce à sa taille, sa rapidité et sa capacité à créer de gros jeux. Il pourrait incontestablement être l’un des meilleurs receveurs de la conférence.

Cependant, outre Jhamon Ausbon, seuls deux joueurs à plus de 10 réceptions sont de retour avec Roshauud Paul et Camron Buckley. Ces derniers sont également sophomores et incarnent le nouveau visage de cette escouade. Ils sont plusieurs à pouvoir émerger rapidement  à l’image de Kendrick Rodgers notamment et Jalen Preston, une recrue 4-étoiles explosive.

Au côté de ce groupe très jeune qui ne compte aucun junior ni senior, le poste de tight end sera enfin entre de bonnes mains. C’était l’un des points clés à résoudre pour Jimbo Fisher à son arrivée à la tête du programme. Le transfert de JUCO Jace Sternberger, qui a fait ses preuves lors du spring game (8 réceptions pour 147 yards) et le transfert d’Arizona Trevor Wood devraient se relayer pour former un beau duo.

 

Une constance nécessaire pour le jeu de course

 

Si Texas A&M souhaite exister au plus haut niveau dans la SEC, il faudra compter sur un jeu de course régulier, ce qui ne fut pas le cas la saison passée. Pour résoudre ce problème, les Aggies pourront compter sur des joueurs clés.

La ligne offensive, symbole de cette irrégularité avec 8 compositions différentes en 13 matchs, pourra s’appuyer sur deux vétérans aux postes de tackles avec Erik McCoy (26 titularisations en carrière) et Keaton Sutherland (23). Ces derniers seront un facteur important du jeu de course, car ils permettront aux coureurs de s’immiscer dans des brèches.

(Crédit photo : USA Today Sports)

Trayveon Williams espère ainsi que sa ligne offensive fera son travail, lui qui a également manqué de constance en 2017. Après une saison freshman prometteuse avec 1.057 yards (6.8 par course), il a eu du mal à confirmer la saison dernière avec 798 yards (4.6 par course). Il ne faut néanmoins pas s’inquiéter pour lui puisqu’il devrait très vite rebondir pour devenir l’un des meilleurs running backs de la conférence SEC. Avec 7 kilos de muscles en plus, il est en tout cas motivé pour réaliser une belle saison.

Il le faudra pour Texas A&M, car il manque de profondeur à ce poste. Non pas qu’il manque de personnel, mais de qualité. Les trois backups que sont Jacob Kibodi (121 yards), Kendall Bussey (239 yards) et Kwame Etwi (48 yards) n’ont effectivement pas encore eu l’occasion de s’exprimer totalement. Néanmoins, le jeu de course ne peut que s’améliorer avec la quasi-totalité de sa production de retour.

 

Le front-seven doit retrouver sa domination

 

Les Aggies voient enfin le bout du tunnel. Ces trois dernières saisons, la défense de Texas A&M a dégringolé parmi les différents classements défensifs. Alors considérée comme une défense du Top-30 elle fut partie du ventre mou du pays en 2017. Grâce à une production de retour presque au complet, les Aggies peuvent voir bien plus loin cette saison.

La défense contre la course, déjà bonne la saison dernière, pourrait devenir très costaude cette année grâce à un front seven qui sera composé de pièces maîtresses, à commencer par la ligne défensive. Sur l’intérieur, c’est un sacré tandem qui est de retour avec deux seniors en Kingsley Keke, qui sort d’une très bonne saison junior et Daylon Mack, un 5-étoiles de formation qui devrait enfin atteindre son plein potentiel. En apprentissage à leur côté, Justin Madubuike a les moyens de fournir un gros travail également.

En revanche, les postes de defensive ends apportent moins de garanties. Malgré le retour du senior Landis Durham (10 sacks), aucun autre joueur ne s’est véritablement démarqué.

(Crédit photo : Margaret Connett)

Concernant le corps de linebackers, ce dernier devrait progresser également pour compléter une ligne défensive qui compte donc trois titulaires de grande qualité. Avec les deux vétérans Tyrel Dodson et Otaro Alaka (183 tackles, 23 TFL et 11 sacks combinés) ainsi que Buddy Johnson dans le rôle de Rover (linebacker hybride capable d’évoluer comme safety), le second rideau sera talentueux et comptera de bons remplaçants en devenir.

 

Enfin de l’expérience pour la défense aérienne

 

Après une saison de transition avec un groupe rempli de freshmen, le secondary sera enfin expérimenté, ce qui pourrait lui permettre d’éviter de subir de grosses déconvenues comme en 2017. La saison dernière en effet, les Aggies ont concédé 34 jeux de 30 yards ou plus !

L’émulation sera l’atout numéro un sur les postes de cornerbakcs. Sans véritable leader, le groupe retourne une poignée de joueurs du même niveau. Même si Charles Oliver et Myles Jones semblent promis aux deux postes de titulaires, Debione Renfro, Travon Fuller et Clifford Chattman foruniront une belle rotation.

(Crédit photo : Timothy Hurst-The Eagle)

De son côté, le groupe de safeties est plus que prometteur puisqu’il revient en grande forme et en quantité suffisante. Effectivement, ce secteur ne manquera pas de personnel. Entre Donovan Wilson de retour de blessure (12 matchs manqués en 2017) et Derrick Tucker qui seront titulaires, Larry Pryor, DeShawn Capers-Smith, Keldrick Carper et les freshmen Leon O’Neal et Jordan Moore, ce sont pas moins de 5 safeties qui sont de retour avec au moins 18.5 tackles pour perte.

 

Les équipes spéciales resteront-elles un atout majeur ?

 

Les équipes spéciales de Texas A&M figuraient parmi les meilleures de la conférence et du pays. De Shane Tripucka (punter) à Christian Kirk (7 TDs en carrière sur retours de punt) en passant par Daniel LaCamera (kicker), les Aggies étaient impressionnants dans les phases de jeu arrêtées.

Parmi ces trois-là, seul Daniel LaCamera (18/21 FGs) est de retour. Braden Mann s’occupera ainsi des kickoffs et des punts où il devra faire fort pour faire oublier son prédécesseur. Concernant les retours de coup de pied en revanche, il y aura du talent pour remplacer Christian Kirk avec Deshawn Capers-Smith sur les punts et Trayveon Williams et Clyde Chriss (29.6 yards de moyenne sur 10 retour à eux deux) sur les kickoffs.

 

Spoiler alert : les Aggies ne finiront pas invaincus

 

Pour cette saison de reconstruction, les Aggies ne seront pas gâtés au niveau du calendrier. Si un paquet de rencontres semblent impossibles à pronostiquer à l’avance, une chose est sûre, Texas A&M est promis à deux défaites minimum. En effet, le programme va devoir affronter Clemson et Alabama en septembre, soit les probables deux meilleures équipes du pays sur le papier.

Si les deux autres rencontres du calendrier hors-conférence sont des “must-win”, le road trip qui attend Jimbo Fisher et ses hommes après le face-à-face contre le Crimson Tide s’annonce coriace.

Effectivement, le calendrier de conférence propose 4 déplacements sur 5 matchs du 29 septembre au 3 novembre. Arkansas et Kentucky seront des matchs pièges, South Carolina devrait être un match très équilibré, et Mississippi State et Auburn offriront une sacré adversité à l’extérieur.

Pour finir la saison, les réceptions de Ole Miss et LSU seront des occasions rêvées pour se venger de la saison dernière, mais le manque de fraîcheur après un calendrier dantesque pourrait payer très cher.

 

Le “hot take” de la rédaction :

 

Pour accéder au College Football Playoff, il faut compter sur un coaching staff exceptionnel. Texas A&M l’a bien compris. Avec l’arrivée de Jimbo Fisher dans un premier temps, mais également avec les signatures de deux coordinateurs de référence : Mike Elko et son salaire incroyable ($1.8 millions annuels) pour la défense et Darrell Dickey pour l’attaque. Que ce soit à Notre Dame pour l’un ou à Memphis pour l’autre, ils ont tous les deux fait des merveilles au sein de leur ancien programme respectif.

Néanmoins, cette saison sera une année de transition pour mettre en place une nouvelle physionomie de jeu et pour que le coaching staff puisse installer ses nouveaux systèmes. Il a bien sûr du talent à tous les postes, mais il reste bien trop d’interrogations pour que Texas A&M aborde la saison avec sérénité.

Le poste de quarterback n’est pas résolu, l’escouade de receveurs manque d’expérience, le jeu de course doit trouver davantage de stabilité et la défense doit encore confirmer les hautes attentes. Jimbo Fisher visera évidemment le titre national dès sa première saison, mais sauf grand surprise, les Aggies devront encore attendre pour soulever le trophée. Un petit coup d’oeil sur le calendrier suffit pour rester réaliste.

Sept victoires en saison régulière et une victoire à un Bowl après trois perdus de suite seront déjà un beau bilan.