Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au cœur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

L’année écoulée sur le campus de Tennessee a été émaillée d’une cascade de rebondissements tous plus incroyables les uns que les autres. Les Volunteers semblaient avoir remontés la pente après des saisons compliquées, mais la chute libre subie en 2017 a propulsé l’université dans les profondeurs et ils sont devenus, par la même occasion, la risée de la conférence SEC. 

Mais que s’est-il vraiment passé ? Tout d’abord, Tennessee restait sur deux saisons consécutives à 9 victoires, des performances qui n’ont pas été réalisé depuis l’époque de Phillip Fulmer lors des années 1990 et du début des années 2000. L’équipe dirigée par Butch Jones concentrait une certaine « hype » et tous les espoirs les plus fous étaient permis. Jusqu’à ce qu’un désastre total se produise à Knoxville. La situation des quarterbacks a très mal été gérée et les blessures ont rongé le groupe de receveurs, la ligne offensive et la totalité de la défense. 

Le résultat est implacable : Tennessee termine avec un record de 4-8 et Butch Jones, assis sur un siège éjectable malgré les bonnes saisons, ne verra même pas la fin de saison. Sauf que les montagnes russes sont loins d’être terminées. La recherche d’un nouvel entraineur tourne au fiasco lorsque les fans se liguent vivement contre Greg Schiano, qui devaient devenir le nouvel head coach du programme de football. Tennessee fait marche arrière, renvoie son directeur athlétique et subit le refus de dizaines d’entraineurs avant que l’université ne trouve un terrain d’entente avec le coordinateur défensif d’Alabama, Jeremy Pruitt.

L’embauche de Jeremy Pruitt prend l’apparence d’un couteau à double-tranchant. Il a remporté plusieurs titres nationaux à Florida State et Alabama en tant que coordinateur d’excellentes défenses, et il n’a pas déçu sur le terrain entre temps à Georgia. Il est considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs coordinateurs défensifs du pays. Cependant, sa personnalité abrasive a laissé des traces au sein de chaque équipe qu’il a entrainé et en sortant d’une époque agitée sur la scène médiatique avec Butch Jones, Tennessee ne fait pas nécessairement le meilleur choix.

Quelles sont les premiers objectifs de Jeremy Pruitt ? Doit-il remettre Tennessee sur les rails de la victoire, à tout prix, ou lui a-t-on intimé l’ordre de calmer la situation au sein et autour du programme de football pour que les Volunteers retrouvent doucement et paisiblement le succès dans la conférence SEC ? 

 

Tennessee a connu un cataclysme monumental et brutal

 

Rien ne laissait imaginer que les Volunteers pouvaient sombrer en l’espace de quelques semaines en 2017. Malgré une inefficacité chronique en attaque, l’effectif débutait la saison avec un mélange d’expérience correcte à certains postes clés et d’une énorme dose de talents recrutés par Butch Jones. La saison s’est d’ailleurs plutôt bien ouverte avec un comeback furieux en ouverture face à Georgia Tech (42-41, 2OT).

Et puis les premiers signes d’implosion sont rapidement apparus. Tennessee est battu par Florida à la dernière seconde sur une « hail mary » de 65 yards réussie (26-20) et passe tout prêt de la correctionnelle la semaine suivante face à une équipe sans victoire de Massachusetts (17-13). A ce moment-ci, les Volunteers possèdent un record de 3-1… mais sur le fil du rasoir depuis le début de saison, tout s’effondre à l’aube du mois d’octobre. Les hommes de Butch Jones (puis de Brady Hoke, en intérim) ne remporteront qu’une victoire, pour 7 défaites, à l’inverse.

 

Georgia s’est invité au Neyland Stadium et a infligé à Tennessee sa plus lourde défaite à domicile depuis 1905 (0-41). Les Volunteers se sont par la suite inclinés dans les derniers instants contre South Carolina (9-15), malgré une ultime chance de voler la victoire. Et puis, comme attendu, le déplacement sur le terrain d’Alabama s’est terminé en une véritable humiliation (7-45).

Une petite victoire face à Southern Miss a permis de contenir les flammes. Le coup de grâce arrive cependant la semaine suivante, avec une nouvelle humiliation sur le terrain de Missouri (17-50), menant ainsi au départ logique de Butch Jones. Brady Hoke a repris le poste de head coach en position intérimaire, mais aucun miracle n’a eu lieu, avec deux nouvelles défaites plutôt lourdes sur son propre campus de Knoxville face à LSU et Vanderbilt. Et malheureusement, ce ne fut même pas le fond du seau de cette saison à oublier complètement.

 

Enfin un vrai quarterback à la tête de l’attaque ?

 

La situation au poste de quarterback résume parfaitement celle de l’équipe tout entière : les contributeurs possèdent des noms connus de par leur expérience ou leur recrutement, mais ils n’ont pas montré grand chose sur le terrain pour l’instant. Les quarterbacks sont possiblement les entités offensives les mieux connues à Tennessee et ils peuvent désormais faire confiance à Tyson Helton, frère de Clay et nouveau coordinateur offensif, pour sortir de leur boîte.

Tyson Helton a mené d’excellentes attaques à Western Kentucky sous Jeff Brohm en 2014 et 2016, en tant qu’entraineur des quarterbacks, avant de passer les deux dernières saisons auprès de son frère à USC, au même poste, pour couver l’un des meilleurs quarterbacks de la ligue en Sam Darnold. Bien que les Volunteers veulent se focaliser à construire un jeu de course prépondérant, Tyson Helton peut compter sur deux quarterbacks à fort potentiel pour remuer les défenses adverses dans les airs : le sophomore Jarrett Guarantano et le senior Keller Chryst.

(Crédit photo : AP Photo-Wade Payne)

Depuis longtemps, Tennessee ne possède de quarterback capable de tenir debut et d’influencer sur les matchs grâce à son bras. Cela changera-t-il en 2018 ? Aucune idée. L’ancienne talentueuse recrue 4-étoiles Jarrett Guarantano a montré des signes encourageants (86/139, 997 yards, 4 TDs, 2 INTs) mais il a constamment été sacké par ses adversaires ; plus précisément, 26 sacks en à peine 165 passes tentées. Il n’a toujours pas conservé le poste de titulaire avec la pression apportée par Keller Chryst, en provenance de Stanford sur transfert. Le senior n’a jamais réellement dominé avec son bras pour le Cardinal, tout en empochant les victoires comme des petits pains en ne commettant que très peu d’erreurs.

La bataille devrait être serrée jusqu’au bout et il n’est pas impossible que les deux échangent leur position en cours de saison. Ils pourront cependant compter sur une escouade de receveurs plutôt solide. Le junior Jauan Jennings est de retour chez les Volunteers après avoir montré son potentiel en 2016 (40 réceptions, 580 yards, 7 TDs) et ciré le banc en 2017 pour cause de blessure. Les juniors Marquez Callaway et Brandon Johnson l’ont remplacé avec succès, en émergeant comme deux cibles plus que solides. 

Le trio peut servir de support adéquat au quarterback, sans aucun doute. Il faut également garder un oeil ouvert sur la recrue 4-étoiles en provenance de JUCO, Dominick Wood-Anderson, qui doit pallier au départ du tight end Ethan Wolf (246 yards, 3 TDs). 

 

Le jeu de course devrait monopoliser l’attention… si la ligne offensive veut bien

 

Le manque de sérénité au poste de quarterback force Jeremy Pruitt et son coaching staff à se diriger vers un système de jeu où les running backs recevront le plus grande part du gâteau. Une nouvelle fois, Tyson Helton semble être l’homme de la situation puisqu’en tant que coordinateur offensif de Western Kentucky, les Hilltoppers proposaient une animation au sol tout aussi puissante et productive que celle dans les airs. 

Et cette saison à Tennessee, le groupe de running backs possède un certain nombre d’options. Bien que le coureur/playmaker offensif majeur de l’an passé, John Kelly (189 portées, 778 yards, 9 TDs à la course), ait quitté le campus de Knoxville pour la NFL, les Volunteers retrouvent le sophomore Ty Chandler à la suite d’une saison inaugurale prometteuse (71 portées, 305 yards, 2 TDs) et reçoivent l’aide de Madre London, arrivé de Michigan State avec un bagage conséquent (924 yards, 8 TDs lors des trois dernières saisons). Les options sont à disposition, à voir si l’un d’entre eux peut évoluer et éclater au grand jour avec de vraies responsabilités et opportunités.

(Crédit photo : Crystal LoGiudice-USA TODAY Sports)

Pour réussir cette saison, ils devront assurément compter sur la progression d’une ligne offensive qui a touché le fond du tonneau en 2017. Le left tackle Trey Smith, ancienne recrue 5-étoiles, est le seul à avoir sorti la tête de l’eau et a justifié son potentiel en empochant une nomination dans la 2nd Team All-SEC en tant que true freshman. Quatre titulaires revenaient de la saison précédente mais les blessures ont totalement ravagé ce groupe, qui a été parfois obligé de titulariser quatre freshmen, le reste des troupes étant des walk-ons. En tout, 11 linemen ont touché le terrain.

Aujourd’hui, cette situation catastrophique se transforme en expérience. Le sophomore Ryan Johnson revient après avoir visité les trois positions intérieures de la ligne l’an dernier, tandis qu’à l’opposé de Trey Smith, le junior Drew Richmond réintègre le groupe après une blessure au même titre que le guard Chance Hall, titulaire en 2016. Les hommes à disposition ont été recrutés en tant que 3-, 4- ou 5-étoiles et possèdent une certaine expérience, mais si les blessures frappent encore, des freshmen seront à nouveau lancés dans l’arène. 

 

Des playmakers émergeront-ils enfin du front-seven ?

 

Le manque d’efficacité et de réussite du front-seven était aussi aberrante que compréhensible. Les recrues de grand talent dorment à tous les postes, et pourtant, Tennessee a littéralement été roulé dessus par les défenses adverses, notamment au sol. Jeremy Pruitt, associé à Kevin Sherrer, coordinateur défensif après une période en tant qu’assistant des linebackers à Georgia, prendront un malin plaisir à s’occuper de redresser les lignes avants de la défense des Volunteers.

La déchéance de la ligne défensive est incompréhensible, surtout qu’elle a autorisé une moyenne de 251 yards à la course par match (pire marque de l’histoire de l’université) et n’a empoché que 22 sacks. Cela fait deux ans que l’on attend l’explosion du senior Kyle Phillips et du junior Jonathan Kongbo, meilleure recrue du pays en provenance de JUCO en 2016. Peut-être qu’une évolution du système vers un alignement en 3-4 ainsi que de nouveaux entraineurs leur réussiront mieux ? 

(Crédit photo : Calvin Mattheis-USA TODAY Sports)

Cette évolution de l’alignement devrait quoi qu’il en soit aidé les defensive tackles à pallier aux départs des deux meilleures armes, Kahlil McKenzie et Kendall Vickers (50 plaquages, 7 TFLs). Le senior Shy Tuttle se re-positionne en tant que nose guard à la suite d’une saison, là encore, heurtée par les blessures. Mais aucun autre poste n’a souffert autant des blessures que celui des linebackers et les deux meilleurs joueurs sous l’urgence, Rashaan Gaulden (3.5 TFLs, 6 passes défendues) et Colton Jumper (4.5 sacks, 5 TFLs), sont partis.

Darrin Kirkland Jr., qui devait être le leader des Volunteers en défense, n’a pu prendre part à la saison passée à cause d’un grave blessure en août (111 plaquages, 11.5 TFLs en 2016). Il revient et s’il s’est remis correctement, il pourrait mener un groupe de lienbackers élargi et forgé par le feu, au fil des blessures incessantes. Les juniors Daniel Bituli (90 plaquages, 3 TFLs, 3 passes défendues) et Quart’e Sapp (78 plaquages, 4 TFLs, 2 passes défendues) en ont profité pour démontrer qu’ils méritaient une place. L’ancien defensive end Darrell Taylor pourrait, de son côté, récupérer le poste de pass-rusher attitré avec l’évolution de l’alignement défensif.

 

Préparez les mouchoirs, la défense aérienne peut craquer à tout moment

 

Jeremy Pruitt est considéré comme un spécialiste des defensive backs et cette année à Tennessee pourrait bien lui causer une poussée massive de cheveux blancs. La situation est tendue avec des safeties prometteurs en nombre et des cornerbacks dénués de leurs deux armes principales en Emmanuel Mosley et Justin Martin (8 passes défendues, 2 INTs cumulées). Même sans les blessures, ce qui semble déjà être beaucoup, Tennessee n’est pas assuré de tenir le choc face à ses concurrents.

Un coussin de sécurité existe tout de même avec les safeties. Le junior Nigel Warrior (83 plaquages, 2 TFLs, 4 passes défendues) et le senior Micah Abernathy (81 plaquages, 2 passes défendues) se sont révélés comme deux titulaires en puissance, tout en sachant que le précédent titulaire Todd Kelly Jr. revient de blessure pour une ultime saison universitaire. Ils devraient s’en sortir correctement malgré les conditions.

(Crédit photo : Kim Klement-USA TODAY Sports)

Quelles conditions ? Celles d’un groupe de cornerbacks qui devrait souffrir le martyr contre les attaques aériennes (si ce n’est toutes les attaques) de la conférence SEC. Le départ des deux titulaires fait mal, d’autant plus que les nouvelles options ne montrent quasiment aucune expérience sérieuse. Le sophomore Shawn Shamburger semble être la tête de proue du groupe avec un total de 19 plaquages en carrière… à moins que la talentueuse recrue 4-étoiles Alontae Taylor sorte du bois dès ses premiers pas universitaires.

 

Les équipes spéciales étaient le bon point… avant de perdre kicker et punter

 

Tennessee s’est évité une humiliation totale en 2017 avec des équipes spéciales qui, elles, faisaient correctement et justement ce qu’elles devaient fare. Les coups de pied n’étaient pas un souci avec un duo de kickers, entre le senior Aaron Medley (6/8 FGs) et le freshman Brent Cimaglia (8/13 FGs), tandis que le punter Trevor Daniel a souvent l’attaque de nombreuses contre-performances avec une superbe moyenne de 42.3 yards par punt. 

Malheureusement, Aaron Medley et surtout Trevor Daniel ont épuisé leur éligibilité universitaire et laissent deux novices aux positions de titulaire. Brent Cimaglia est sophomore et a emmagasiné de l’expérience la saison dernière mais la présence d’un punter freshman, Paxton Brooks, bien que All-American au lycée, n’apporte rien de rassurant. Qui plus est, les kick et punt returners ne sont pas irremplaçables non plus. 

 

Une qualification pour un Bowl serait déjà un miracle pour les Volunteers

 

Les attentes pour cette première saison de Jeremy Pruitt sont quelque peu disparates. Les Volunteers ont touché le fond en 2017 et ne peuvent que remonter la pente, d’autant plus que la pression de la réussite est immédiatement présente dans la conférence SEC et tout particulièrement sur le campus de Knoxville. Cependant, le nouvel head coach doit faire face à un chantier considérable et tout le monde sait qu’il lui faudra plusieurs années pour remettre le programme de football sur de bons rails. 

Dès lors que l’on jette un oeil à l’effectif de Tennessee, les motifs de satisfaction s’envolent petit à petit. Il n’existe peu si ce n’est aucun contributeur majeur sur le terrain pouvant s’appuyer sur une grande dose d’expérience et de succès. La situation au poste de quarterback n’est pas encore délimitée et aucun des prétendants n’a connu de réussite franche, au même titre que les running backs. La ligne offensive et le front-seven se sont montrés très friables face aux blessures et les cornerbacks font froid dans le dos à l’heure actuelle.

Et puis on se souvient que Tennessee joue dans la conférence SEC, avec le calendrier qui va avec. 

Les Volunteers doivent débuter la saison avec un voyage à Washington D.C. pour y affronter une très bonne équipe de West Virginia. Mais le plus effrayant arrive au moment de débuter le calendrier de conférence SEC : réception de Florida, déplacements à Georgia puis Auburn, réception d’Alabama et enfin, voyage à South Carolina. Obtenir une victoire serait déjà un miracle en soi, ne se voilons pas la face. La fin de saison apparait plus calme avec Kentucky, Missouri et Vanderbilt, sauf que Tennessee est largement capable de perdre au moins deux rencontres.

4 succès pour 8 revers semblent être le total le plus plausible en fin de saison, ainsi, le même que celui de la saison dernière. Jeremy Pruitt a besoin de davantage pour que ses débuts soient jugés comme réussis. Alors, 6 victoires et une qualification pour un Bowl, est-ce possible ? Il faudrait que Tennessee renverse Florida ou South Carolina, et qu’une victoire soit à la clé contre Missouri ou Vanderbilt. A cette heure, cela semble être hors de portée des Volunteers. Des hommes devront dépasser les attentes, et pas qu’un peu. 

 

Le « hot take » de la rédaction :

 

Je m’excuse d’ores et déjà auprès des fans de Tennessee. L’équipe ne pourra faire mieux que le record de l’an passé, qui s’établissait à 4-8, pour rappel.

La période centrale face aux trois meilleures équipes de la conférence SEC pourrait faire énormément de mal à l’équipe, non pas seulement en terme de score mais surtout en termes psychologiques. Les Volunteers éprouveront de grandes difficultés par la suite et les matchs se jouant à peu de choses dans le dernier quart-temps pourraient leur échapper par manque de confiance. 

Jeremy Pruitt doit focaliser son attention sur la saison prochaine, où l’expérience aura franchi un cap et où son système sera mieux implémenté. Entre temps, il faudra subir les coups en espérant que les supporters ne se révoltent pas.