Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au coeur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

S’il fallait suggérer une équipe empilant les victoires comme des petits pains sans que ces exploits fassent les unes de tous les journaux, le premier choix serait sans aucun doute Wisconsin. Les Badgers sont descendus en-dessous des 10 succès annuels à seulement deux reprises lors des huit dernières saisons. Il s’agit d’un accomplissement qu’uniquement Ohio State, au sein de la conférence Big Ten, n’a réalisé lors de la même période et pourtant, Wisconsin ne laisse pas une trace identique.

Depuis que Barry Alvarez, l’actuel directeur athlétique des Badgers, a superbement reconstruit le programme de football lors des années 1990 alors qu’il se trouvait sur le bord de touche, chaque entraineur connait le succès instantanément et sur une longue durée. Bret Bielema, Gary Andersen et maintenant Paul Chryst. Ce dernier, pur produit de Wisconsin (tight end en 1988, assistant en 2002, coordinateur offensif en 2006) essaiera d’enchainer une troisième saison à plus de 10 victoires avec une équipe qui n’aura jamais autant porté la marque des Badgers.

Partez à la découverte des forces, des faiblesses, des points marquants du programme de football des Badgers de Wisconsin en vue de la saison prochaine, classements et pronostics à l’appui.


Il faut (re)trouver un leader au poste de running back

Le campus de Madison n’a pas accueilli une attaque dominante depuis quelques temps. Il faut remonter à Russell Wilson (2011) pour retrouver une animation aérienne largement au-dessus de la moyenne et la présence de Melvin Gordon (2014) pour relever un jeu au sol dévastateur. Deux années ont passé et Wisconsin essaie toujours de retrouver son identité offensive, sans grand succès, à cause d’un backfield en manque de joueurs capables de se distinguer.

La ligne offensive des Badgers continue pourtant d’aligner d’excellentes escouades malgré les déboires autour d’elle, à l’instar d’une véritable équipe de Wisconsin. Il ne faudrait pas grand chose pour retrouver un jeu de course puissant ainsi qu’une activité aérienne des plus efficaces. Les Badgers sont rarement sexys en attaque. Ils ont davantage construit leur réputation à travers leur force et leur efficacité poussés à l’extrême. Et si de nouvelles têtes faisaient du bien à la suite de ces deux années ?

Wisconsin se cherche toujours un successeur digne des performances légendaires de Montee Ball et Melvin Gordon en leur temps, chacun ayant marqué l’histoire du football universitaire à leur manière. On attendait beaucoup de Corey Clement ; malheureusement, les blessures ont quelque peu déraillé une carrière qui a été lancée de la plus belle manière. Le running back a tout de même quitté les rangs universitaires sur une belle saison (1375 yards à la course, 15 TDs), mais pas aussi belle qu’on pouvait espérer. Son remplaçant Dare Ogunbowale a lui-aussi déserté le campus de Madison, laissant le groupe de coureurs en pleine transition. Bradrick Shaw a connu une saison freshman prometteuse (457 yards à la course, 5 TDs) et pourrait composer un duo des plus solides avec un transfert en provenance de Pittsburgh, le junior Chris James. Un rebond est largement possible, de même qu’au poste de quarterback. Bart Houston et Alex Hornibrook (1262 yards à la course, 9 TDs, 7 INTs) se sont partagés les tâches à la tête de l’attaque, pour des résultats en dents de scie au cours de la saison. Le premier a épuisé son éligibilité tandis que le second débute son année de sophomore. Nul doute que le gaucher puisse progresser cette saison avec davantage d’expérience et moins de blessures. En revanche, la marge de manoeuvre est (très) faible pour Paul Chryst : les quarterbacks remplaçants ne sont que des freshmen, en la personne de Karé Lyles et Jack Coane.

(Crédit photo : Tom Pennington-Getty Images)

Il existe une vraie marge de progression pour Alex Hornibrook, qui s’est retrouvé dans l’arène aux lions possiblement un peu plus tôt que prévu. Il pourra évoluer derrière une ligne offensive qui approche son meilleur niveau avec le retour de quatre titulaires (compilant 91 titularisations), et ce malgré la perte de son excellent left tackle. Le jeune quarterback sophomore peut également compter sur une escouade aérienne aux très bonnes cibles, que sont les seniors Jazz Peavy (635 yards à la réception, 5 TDs) et Troy Fumagalli (580 yards à la réception, 2 TDs). Les deux meilleures cibles de l’an passé. Les sophomores A.J. Taylor et Quintez Cepheus pourraient également émerger comme des apports non-négligeables en second rideau, avant de prendre le relais dans un an.

La mission principle de Wisconsin est de se dégoter un backfield tenant la route et pouvant insuffler une (très) bonne présence à travers la course. L’attaque avait plongé il y a deux ans avant de connaitre une première progression correcte la saison dernière. Continuer sur cette dynamique et construire une animation offensive capable de gérer le tempo de la rencontre, sans pour autant commettre d’erreurs, est la façon dont les Badgers réussissent à être si dominants.


Seulement le coaching staff peut déstabiliser sa propre défense

Quel que soit l’impact de l’attaque, la défense demeure l’élément incontournable de Wisconsin, et ceci est le cas depuis plusieurs décennies. L’ensemble de l’équipe tourne autour d’un groupe absolument dominant dans tous les compartiments du jeu, qui est considéré comme l’un des meilleurs du pays à chaque saison. Il est virtuellement impossible de prendre cette défense à revers en profondeur et courir face à un tel front-seven est quasiment mission impossible. Il suffit alors de quelques stops dans les airs pour imprimer une certaine tendance sur le match.

La recette est qui plus est réussie du premier coup depuis quelques saisons. Dave Aranda et Justin Wilcox se sont succédés coup sur coup sur le campus de Madison sans que la défense ne souffre de ce turnover constant d’entraineurs. Aujourd’hui, Jim Leonhard reprend le flambeau au poste de coordinateur défensif et l’ancien joueur des Badgers ne possède qu’une seule et unique année d’expérience en tant qu’assistant au niveau universitaire, en 2016. Ce manque conséquent d’expérience pourrait bien se retourner contre Wisconsin, même s’il connait la recette magique.

Toutefois, cela ne veut pas dire que les Badgers sombrent en cette nouvelle saison. La défense est tellement expérimenté à tous les niveaux qu’elle pourrait même se diriger toute seule, sans l’aide de personne. Des 11 titulaires défensifs prévus, huit d’entre eux sont juniors ou seniors. La ligne défensive, bien qu’elle ne soit pas la position la plus proéminente de cet alignement en 3-4, retrouve ses trois titulaires pour leur ultime année universitaire en Alec James, Conor Sheehy et Chikwe Obasih (7.5 sacks en cumulé). Ils excellent dans leur rôle d’occuper les bloqueurs adverses afin de libérer les linebackers, en plus de défendre contre la course. Les linebackers devraient une nouvelle fois proposer un niveau de jeu fantastique malgré les pertes des très bons pass-rushers T.J. Watt (11.5 sacks, 4 TFLs) et Vince Biegel pour la NFL, ainsi que du leader incontesté de cette escouade, Jack Cichy, sur blessure en plein mois d’août. Cependant, le senior Garrett Dooley obtient enfin une chance de briller en tant qu’outside linebacker, au même titre que le talentueux redshirt freshman et ancien joueur d’Alabama, Christian Bell. Et ce n’est pas tout car Wisconsin peut toujours compter sur le superbe junior T.J. Edwards (89 plaquages, 3 sacks, 5.5 TFLs, 3 INTs) pour donner le ton à la défense au côté du prometteur sophomore Chris Orr, de retour de blessure après une année blanche.

(Crédit photo : Mike McGinnis-Getty Images)

Il est presque inconcevable de voir le front-seven régresser avec autant de contributeurs. La situation au sein des lignes arrières est relativement identique. Le safety Leo Musso (74 plaquages, 3 TFLs, 5 INTs) et le cornerback Sojourn Shelton (12 passes défendues, 4 INTs) s’avèrent être deux grandes pertes, mais les titulaires restants offrent une très belle expérience pour combler les trous. La paire de safeties seniors composée de Natrell Jamerson et essentiellement de D’Cota Dixon (60 plaquages, 4 passes défendues, 4 INTs) devrait délivrer des performances identiques. De plus, les cornerbacks ne sont pas dépeuplés non plus et peuvent compter sur les seniors Derrick Tindal (11 passes défenses, 3 INTs) et Lubern Figaro ainsi que le transfert junior en provenance de Hawaii, Nick Nelson (21 passes défendues en 21 titularisations).

Toutes les positions défensives affichent un feu vert et sont prêtes à contribuer à (très) haut niveau dès la première semaine de compétition. Les autres défenses capables de se targuer d’une telle continuité et d’une telle expérience parmi leurs rangs se comptent sur les doigts de la main, assurément. Wisconsin se trouve ainsi en excellente position pour confirmer une nouvelle fois son statut d’équipe intraitable en défense. Cette dernière peut largement combler les lacunes de son coordinateur dans l’immédiat ; ce sera une autre histoire quand les seniors quitteront le programme à la fin de la saison.


Pronostics de performance

Si l’on prend en compte le niveau des Badgers en 2016, il n’existe aucune raison de ne pas atteindre un record identique de 11-3 à la fin de la saison, clairement. Wisconsin peut même développer un niveau d’autant meilleur avec les progressions de la ligne offensive, d’Alex Hornibrook au poste de quarterback et il existe a fortiori une chance certaine que le jeu de course retrouve des performances plus que solides avec de meilleures pièces autour de lui. L’attaque est ce qui desservait concrètement l’équipe de Paul Chryst ; elle devrait vraisemblablement continuer à se rapprocher de son excellent niveau passé.

Et même si l’attaque stagne et ne se met pas particulièrement en valeur, la défense des Badgers poursuivra son entrepris de destruction une année supplémentaire. Un troisième changement de coordinateur en trois ans, qui plus est très inexpérimenté, peut être une source d’anxiété. Mais pour le moment, cela ne semble pas être à l’ordre du jour. Paul Chryst fait honneur à son programme en construisant une équipe à l’identité pure de Wisconsin, qui s’impose qui plus est comme l’immense favori pour remporter le titre de division Big Ten West.

Effectivement, aucune autre université de la division n’arrive à la cheville de Wisconsin. Les Badgers profitent qui plus est d’un calendrier plutôt favorable, en évitant Ohio State et Penn State et en recevant Michigan de la division opposée au sein du terrible Camp Randall Stadium. Cette confrontation face aux Wolverines est peut-être le match le plus relevé de la saison et les hommes de Paul Chryst détiennent une vraie chance de victoire. Sans mentir, il n’est vraiment pas impossible que Wisconsin détienne un record de 12-0 ou 11-1 à la fin de la saison régulière.

Les déplacements à BYU dès le mois de septembre puis à Nebraska, Indiana et Minnesota ne sont certainement pas à prendre à la légère, mais sans faux-pas de taille, les Badgers doivent se sortir de ces rencontres sans défaites. Le calendrier n’a rien d’infernal, l’équipe propose un niveau digne de n’importe quelle équipe récente et la Big Ten West manque (encore) d’une vraie compétition. C’est bien pour tous ces éléments que Wisconsin devrait atteindre la finale de conférence avec une vraie chance de surprendre l’université survivante de la division opposée.