Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au cœur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

James Franklin a réalisé une mission que beaucoup imaginait impossible. Cinq saisons se sont écoulées depuis les premières sanctions de la NCAA à l’encontre de Penn State, en réponse au scandale sexuel amené par Jerry Sandusky, et les Nittany Lions ont obtenu un titre de conférence Big Ten (2016) et une victoire lors d’un Bowl du Nouvel An (Fiesta Bowl 2017). Il a fixé la barre très haute pour la suite de l’évolution du programme mais il a prouvé qu’il était capable de poursuivre cette dynamique.

Les deux premières saisons, en 2014 et 2015, ont été très compliquées du fait des sanctions encore fraîches, qui avaient entre autre réduit le nombre de bourses universitaires. Cette barrière a disparu et Penn State s’est envolé vers les sommets, accompagné de James Franklin. Il a renouvelé les Nittany Lions en apportant une identité offensive beaucoup moderne et agressive par le biais de Joe Moorhead, qui amenait une attaque « spread » à base de RPOs (« run-pass options ») de son fief de Fordham. 

L’expérimentation a fonctionné à merveille, produisant une des meilleures attaques du pays deux saisons de suite, et il était prévisible que le coordinateur offensif soit débauché par une autre équipe. Joe Moorhead entraine aujourd’hui Mississippi State, mais ce n’est pas pour autant que James Franklin est dépecé de son meilleur élément. Le head coach l’a remplacé avec Ricky Rahne, assistant de longue date avec lui et assistant des quarterbacks puis des tight ends avec les Nittany Lions. L’identité de Penn State ne devrait pas réellement changer.

James Franklin a ré-inscrit Penn State dans la conversation nationale avec deux récentes saisons pleines de succès. A lui de montrer maintenant que l’ouverture d’un nouveau chapitre sans Joe Moorhead (et sans Saquon Barkley, DaeSean Hamilton et Mike Gesicki) peut se faire sans perte de vitesse. 

 

Une victoire au Fiesta Bowl, mais Penn State pouvait espérer mieux

 

Penn State a réalisé une première partie de saison sensationnelle, atteignant la 2ème place de l’AP Top 25 après une large victoire à Northwestern (31-7) et une raclée infligée à #19 Michigan au Beaver Stadium (42-13). L’attaque a démontré sa puissance en affichant une moyenne de 40 points marqués lors du premier mois et demi de compétition, mais la défense a également fait des siennes en n’autorisant aucune équipe au-delà des 20 points. Les performances défensives ont régulièrement été passés sous silence, et pourtant, les Nittany Lions possédaient une des meilleures défenses de la conférence et du pays.

Malheureusement, cette belle dynamique a subi un contre-coup majeur au mois d’octobre. Penn State s’est incliné deux semaines de suite à Ohio State (38-39) et à Michigan State (24-27), d’une manière similaire et rageante à chaque fois. Les Nittany Lions menaient de plus d’une possession en première mi-temps avant que les Buckeyes réalisent un comeback dans les ultimes moments et que les Spartans profitent d’un « weather delay » interminable et d’une défense incroyablement opportuniste pour réaliser l’upset.

 

 

C’est pour seulement 4 petits points que Penn State a été forcé de dire au revoir à ses espoirs de conserver le titre de conférence Big Ten. Et encore, il existe bien plus honteux que de perdre sur les campus de Columbus et East Lansing avec une marge si faible. Toutefois, la machine a été correctement relancée par la suite. Les Nittany Lions ne perdront plus du reste de l’année et obtiendront une qualification pour le Fiesta Bowl, où ils surpassent une très bonne équipe de #12 Washington (35-28).

Les regrets existent du côté de « Happy Valley », en échouant pour si peu d’accéder à une seconde finale de conférence en autant de saisons. Mais James Franklin a tout de même mené l’équipe à une seconde saison avec 11 victoires et au premier Bowl du Nouvel An remporté depuis l’Orange Bowl en 2005. C’est dire que le niveau d’attentes est revenu à la normale pour un programme tel que Penn State. Les Nittany Lions sont désormais attendus au tournant.

 

Trace McSorley reste le leader de l’équipe et vise le Heisman Trophy

 

La réussite de Penn State ne peut aujourd’hui se conjuguer sans l’animation offensive, et celle-ci ne peut fonctionner à plein régime sans Trace McSorley. Le quarterback dual-threat illumine le football universitaire depuis deux ans avec un bras des plus puissants et précis de la ligue (284/427, 3.570 yards, 28 TDs, 10 INTs) tout en proposant une solution viable lorsqu’il le faut avec ses jambes (144 portées, 491 yards, 11 TDs). Ce n’est pas une surprise de savoir que Trace McSorley était un nom qui ressortait régulièrement dans la course au Heisman Trophy.

Le quarterback revient sur le campus de Penn State pour sa saison de senior et se positionne cette fois-ci en tant que prétendant sérieux à la récompense individuelle suprême. Pourquoi ? Outre d’excellentes statistiques et un talent indéniable, il est probablement le quarterback qui a prouvé le plus sur un terrain universitaire à l’heure actuelle. La perte de Joe Moorhead, qui a en partie construit le joueur que l’on connait, n’est pas nécessairement la fin du monde puisque le nouveau coordinateur offensif, Ricky Rahne, devrait employer un système quasi-identique.

(Crédit photo : Joseph K. Aller-Getty Images)

Trace McSorley peut également compter sur une escouade de receveurs plutôt complète et solide. Certes, l’excellent tight end Mike Gesicki (57 réceptions, 563 yards, 9 TDs) et du receveur leader DaeSean Hamilton (53 réceptions, 857 yards, 9 TDs) ont quitté les Nittany Lions, mais il peut toujours compter sur un duo composé de la cible en profondeur senior DeAndre Thompkins et du junior Juwan Johnson (81 réceptions, 1.144 yards, 4 TDs cumulés), qui devrait mener une grande partie des débats.

Le junior Brandon Polk prend place dans le slot désormais et la dernière place à attribuer dans le groupe de receveurs devrait revenir à une excellente recrue, que ce soit le freshman 5-étoiles Justin Shooter ou les freshmen 4-étoiles K.J. Hamler, Jahan Dotson et Daniel George. Les pièces talentueuses ne manquent pas, bien au contraire, mais la plus grande question est de savoir si Trace McSorley peut arriver à compenser la perte de ses deux meilleures cibles aériennes.

 

Remplacer Saquon Barkley ne sera pas simple, 1ère partie

 

Trace McSorley concentre l’attention pour le moment, mais la véritable star offensive de Penn State n’était autre que Saquon Barkley (217 portées, 1.271 yards, 18 TDs). Le running back a joué les premiers rôles dans le course au Heisman Trophy grâce à des courses toutes plus explosives les unes que les autres et des performances incroyables d’une semaine sur l’autre. Il était le moteur des Nittany Lions et la perte d’un tel joueur transcendant pour la NFL est un contre-coup majeur pour l’attaque.

Soyons honnête : aucun joueur au sein de l’effectif de Penn State ne peut remplacer Saquon Barkley, que ce soit en terme d’apport stratégique ou de statistiques. Après avoir été recruté avec le statut d’une vedette 5-étoiles, le junior Miles Sanders obtient enfin une chance de briller. De là à dire qu’il puisse rentrer dans les chaussures de Saquon Barkley, malgré une stature physique proche de son prédécesseur ? Non. 

(Crédit photo : Chris Knight-AP Photo)

Miles Sanders a encore tout à prouver des qualités entrevues en lui. Et si le test n’est pas vraiment concluant, James Franklin peut initier un comité de running backs avec la présence de deux autres pièces talentueuses (bien que limitées en terme de taille et de poids), le freshman 5-étoiles Ricky Slade et le senior Mark Allen. 

Si un élément peut aider Miles Sanders à réussir, ce serait bien la ligne offensive. Considérée comme une des plus mauvaises du pays il y a quelques saisons de cela, le travail de recrutement de James Franklin commence à payer et celle-ci produit des performances dignes des espérances de Penn State. Quatre titulaires majeurs sont de retour dont le right tackle senior Chasz Wright, le centre junior Connor McGovern et le left tackle junior Ryan Bates. Un seul guard quitte l’équipe et il sera remplacé par le sophomore 4-étoiles Michal Menet. Il s’agit de la meilleure ligne offensive que James Franklin a eu en sa possession avec les Nittany Lions.

 

Et si la ligne défensive cachait les lacunes ?

 

L’émergence d’une attaque ultra-productive a fait oublier que Penn State est réputé pour ses front-seven agressifs et intraitables face à la course. Ce fut encore le cas l’année passée avec Brent Pry, qui suit James Franklin en tant que coordinateur défensif depuis leur époque à Vanderbilt. Les blessures n’ont pas épargné son effectif, mais en regardant le verre d’eau à moitié plein, il a pu lancer énormément de joueurs sur le terrain. Et malgré ces soucis, les Nittany Lions n’ont encaissé qu’une moyenne de 16.5 points par match en 2017 (meilleure marque depuis 2009).

11 joueurs ont participé à l’activité de la ligne défensive et n’ont laissé qu’un moyenne de 118 yards à la course par match et ont amassé un total de 42 sacks ; aujourd’hui, seuls les deux defensive tackles titulaires, Parker Cothren et Curtis Cothran, ne sont plus présents. Ils devraient être remplacés par les juniors Robert Windsor et Kevin Givens (5.5 sacks cumulés), mais le plus important est de regarder qui demeure dans l’effectif. 

(Crédit photo : Matthew O’Haren-USA TODAY Sports)

Les defensive ends Shareef Miller (5 sacks, 6 TFLs) et Ryan Bucholtz mèneront la danse tout en sachant qu’il s’agit d’une ligne extrêmement profonde où les suppléants sont tout aussi importants, comme les sophomores Shaka Toney (4 sacks), Yetur Gross-Matos et Shane Simmons. 

La situation est un peu plus bancale du côté des linebackers. Trois des meilleurs joueurs de la défense ont épuisé leur éligibilité, que ce soit le leader des troupes, Jason Cabinda (88 plaquages, 2.5 sacks, 4 TFLs), Brandon Smith (62 plaquages, 2.5 TFLs) et Manny Bowen (51 plaquages, 3.5 TFLs). Ceci dit, le senior Koa Farmer ainsi que le junior Cam Brown reviennent sur le campus et peuvent compléter les pertes correctement, tandis que la recrue 5-étoiles Micah Parsons (#5 du pays) pose ses valises à Penn State avec un talent incommensurable. Le potentiel est intéressant aux postes de linebacker, mais le manque de leadership ne sera-t-il pas de trop pour garder un excellent niveau ?

 

Quatre départs dans le secondary, et pourtant, cela pourrait être pire

 

La situation au niveau des lignes arrières est relativement simple : les quatre titulaires de la saison dernière ont quitté les Nittany Lions. Ce n’est jamais une excellente nouvelle, que ce soit pour n’importe quel secondary, mais Penn State s’en sort plutôt bien. Entre une infinité de blessures et un turnover important des joueurs, les defensive backs qui obtiennent les postes de titulaire n’arrivent pas sans expérience du terrain.

Le précédent duo de cornerbacks, Christian Campbell et Grant Haley (22 passes défendues, 3 INTs cumulées), a mis la barre haute. Cependant, leurs remplaçants ne sortent pas de nulle part : le senior John Reid était titulaire en 2016 avant de manquer toute la saison dernière sur blessure et le senior Amani Oruwariye (8 passes défendues, 4 INTs) a été nommé dans la Second Team All-Big Ten tout en étant remplaçant. La continuité chez les cornerbacks n’est pas si effrayante que cela.

(Crédit photo : Joe Sargent-Getty Images)

Par contre, le flou règne à propos des safeties. Le defensive back le plus important était précédemment le safety Marcus Allen (72 plaquages, 4 TFLs, 3 passes défendues, 1 INT) et il doit être remplacé par un groupe d’upperclassmen qui ont tâté le terrain à chaque rencontre, sans pour autant laisser un empreinte remarquable. Le senior Nick Scott ainsi que les juniors Ayrton Monroe et Garrett Taylor ont du pain sur la planche. 

 

Remplacer Saquon Barkley ne sera pas simple, 2ème partie 

 

En plus d’être un running back sublime, Saquon Barkley s’est également distingué en tant que kick returner à couper le souffle. Il est arrivé à retourner deux kickoffs en touchdowns (sur 15 tentatives) en 2017 et se révèle être la perte la plus coûteuse des équipes spéciales. DeAndre Thompkins est un excellent punt returner (13.3 yards de moyenne sur retour de punt, 1 TD), mais peut-il créer autant d’opporunités que Saquon Barkley ?

Le second départ est moins gênant, cette fois-ci, puisque le kicker Tyler Davis s’en est allé à la suite d’une dernière saison décevante (9/17 FGs, 7/12 à moins de 40 yards de distance). Un true freshman, Jake Pinegar, doit tout de même le remplacer, ce qui est là-aussi loin d’être une assurance à toute épreuve. Le retour du punter junior Blake Gillikin reste la bonne nouvelle du lot avec une moyenne de 39.9 yards par punt (26 punts dans les 20 yards adverses).

 

Le calendrier joue en faveur des Nittany Lions dans la quête au titre de conférence

 

L’histoire de Penn State lors de cette intersaison est réellement une discussion entre un verre d’eau à moitié plein ou à moitié vide. D’un côté, Trace McSorley dirige toujours l’excellente attaque des Nittany Lions, la ligne offensive devrait être la meilleure depuis des lustres et la défense retrouve un sacré nombre de contributeurs malgré le retour de seulement trois titulaires. De l’autre, Saquon Barkley et Mike Gesicki ont plié bagage et l’escouade défensive doit trouver de nouveaux leaders vocaux et statistiques, notamment à des postes d’importance.

James Franklin a survécu aux sanctions de la NCAA et a mis les bouchées doubles sur le terrain du recrutement, et cette équation porte ces fruits dès maintenant. Les nouveaux titulaires sont des recrues 4- ou 5-étoiles et l’anticipation de Brent Pry en défense, avec un turnover massif de joueurs ces deux dernières saisons, devrait permettre de limiter le manque d’expérience. Un recrutement maitrisé et un programme capable de pallier aux fins d’éligibilité ? C’est l’apanage d’une équipe qui peut jouer le titre de conférence Big Ten si ce n’est davantage.

Obtenir un titre de conférence est l’objectif minimal de Penn State et le calendrier ne peut difficilement se mettre en travers de celui-ci.

Les Nittany Lions sont invaincus à domicile depuis deux ans et le Beaver Stadium accueillera les plus gros adversaires de l’équipe en octobre et novembre : Ohio State, Michigan State, Wisconsin et même Iowa. Au sein d’une division Big Ten East incroyablement relevé et dense, c’est un véritable cadeau que l’on ne peut pas refuser. Il faudra, certes, se déplacer à Pittsburgh dès la deuxième semaine pour affronter le rival historique de Pitt puis à Ann Arbor en début novembre pour jouer un (le ?) match le plus compliqué de la saison contre les Wolverines (bien que la défaite soit loin d’être certaine).

Et en regardant le calendrier de plus près, les déplacement les plus lointains seront sur les campus d’Illinois et d’Indiana, qui n’ont rien de dangereux. Si Penn State ne recule pas trop en terme de performance et si l’équipe ne trébuche pas contre ses adversaires directs à l’instar de la saison passé, les hommes de James Franklin devraient se retrouver dans la course au titre de Big Ten East… voire dans la course au College Football Playoff si le second titre de conférence Big Ten en trois ans est au bout de la saison régulière.

 

Le « hot take » de la rédaction :

 

La dernière fois que Penn State engrangeait une troisième saison consécutive à plus de 10 victoires, Joe Paterno menait les Nittany Lions au premier titre national de l’histoire de l’université en 1982. Est-ce que James Franklin peut réitérer cet exploit dans la « Happy Valley » ? Clairement, oui.

Le head coach peut facilement mener son équipe à 8 victoires avant de compter les matchs contre Ohio State, Michigan State, Michigan et Wisconsin. Face au niveau de performance actuel de Penn State et en regardant la situation de l’équipe, qui ne devrait pas régresser outre mesure, il semble tout à fait logique que les Nittany Lions puissent empocher, a minima, 2 victoires sur les quatre matchs… d’autant plus que trois d’entre eux se déroulent au Beaver Stadium. 

Une ou deux victoires placeraient Penn State en route pour un troisième envol consécutif vers un Bowl du Nouvel An, College Football Playoff à la clé ou non.