Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au cœur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

La vérité est souvent difficile à accepter, mais parfois, mieux vaut-il juger une situation adéquatement pour éviter les réactions disproportionnées et tempérer les attentes avec soi-même. A Baton Rouge, il est l’heure de comprendre que LSU ne fait plus partie de l’élite de la conférence SEC. 

Les Tigers n’ont pas nécessairement reculé outre mesure en terme de performance. Il faut juste prendre conscience que leurs adversaires ont progressé depuis quelques années, que la hiérarchie de la conférence s’est ré-établie, sans que pour autant la philosophie employée par LSU n’ait évolué suffisamment pour compenser les changements positifs opérés par d’autres équipes. 

Alabama reste encore et toujours Alabama, avec Nick Saban. Georgia a enfin rejoint l’élite nationale après des années à se chercher. Auburn a retrouvé de sa superbe en remportant la division SEC West quatre ans après une finale nationale. Mississippi State connaissait une des meilleures périodes de son histoire avec un excellent head coach. Et pendant ce temps-là, LSU perdait de la vitesse avec Les Miles, incapable de progresser et finalement remplacé par Ed Orgeron, lui-aussi adepte de la vieille école. Les traditions semblent plus importantes qu’ailleurs à Baton Rouge.

Cela ne veut pas forcément dire que les Tigers ne sont pas compétitifs. Ils n’ont pas réalisé une saison en-deçà des 8 victoires et n’ont pas manqué de Bowls depuis 1999, soit un an avant l’arrivée de Nick Saban et la reprise de Les Miles. LSU a ramené deux titres nationaux et quatre titres de conférence lors des deux dernières décennies. Mais l’époque où les 10 victoires étaient la norme est révolue.

Ed Orgeron entre dans sa deuxième saison à la tête de LSU et les modifications continuent. On attend de lui à ce qu’il ré-introduise les Tigers dans la conversation nationale, mais avec de nombreuses limitations, le chemin de la progression n’a aucune chance d’être linéaire.

 

LSU a terminé la saison régulière avec 6 victoires en 7 matchs

 

Tout le monde attendait Ed Orgeron au tournant en 2017. Les Miles avait été renvoyé la saison précédente après seulement quatre matchs et l’actuel head coach a joué la quasi-totalité de l’année en position intérimaire. Et hormis deux défaites à Alabama et contre Florida, il a illuminé le tableau des scores avec 5 victoires à plus de 38 points marqués et une victoire lors du Camping World Bowl face à Louisville et Lamar Jackson.

Malheureusement, ses débuts en tant que head coach officiel de LSU s’est révélé plus poussif que prévu. L’arrivée de Matt Canada au poste de coordinateur offensif devait révolutionner l’attaque des Tigers, sauf que ce n’était sans compter sur la main de fer d’Ed Orgeron. Les deux hommes ne s’entendaient pas et cela s’est ressenti dans l’inconstance des résultats, notamment en début de saison. LSU s’est incliné à deux reprises en septembre, à Mississippi State (7-37) puis un upset dans la « Death Valley » face à Troy (21-24).

 

 

Mais le mois d’octobre a sonné la révolution des Tigers. Ils se sont imposés de justesse sur le terrain de #21 Florida avant de réussir un upset contre #10 Auburn (27-23) et de s’envoler face à Ole Miss. Le déplacement à Tuscaloosa pour affronter le rival de #1 Alabama s’est révélé être un coup d’arrêt (10-24) mais ce fut, au final, le seul revers des deux derniers mois de la saison régulière. Avec Arkansas, Tennessee et Texas A&M au programme, Ed Orgeron a réussi à faire mieux que son prédécesseur en 2016 avec une 9ème victoire de la saison.

Il pouvait atteindre le plateau des 10 victoires pour la première fois depuis 2013, une éternité sur le campus de Baton Rouge. Mais le Camping World Bowl face à #14 Notre Dame n’a pas tourné en faveur des Tigers (17-21) et cette défaite n’a pas complètement fermé le spectre de Les Miles et des difficultés récentes du programme de football. Ed Orgeron doit encore montré qu’il est à la hauteur d’un job comme celui de LSU.

 

Pas de grands noms au poste de running back, un souci ?

 

Les running backs font tourner le moulin de LSU depuis la nuit des temps. Il est presque normal de retrouver un contributeur majeur de la saison précédente à l’intersaison ; sauf que cette nouvelle saison n’est pas comme les autres. Les deux meilleurs coureurs, Darrel Williams (820 yards, 9 TDs) et surtout Derrius Guice (1.251 yards, 11 TDs), ne jouent plus pour les Tigers et il s’agit en réalité de la première fois depuis 1974 (!) qu’aucun running back de l’effectif n’a marqué de touchdown.

Ed Orgeron a rappelé un ancien assistant de Les Miles au poste de coordinateur offensif, Steve Ensminger, avec qui il partage la même vision en attaque. C’est déjà un bon point. Un autre ? Ils entraînaient ensemble lors de la folle série de victoires en 2016 à plus de 38 points de moyenne. Mais les joueurs à disposition est le mauvais point dans l’histoire, et ce sera la haie la plus difficile à franchir. Le senior Nick Brossette n’a porté le ballon qu’à 46 reprises en carrière tandis que le sophomore Clyde Edwards-Helaire n’a encore rien montré de son potentiel 4-étoiles.

(Crédit photo : Michael DeMocker, NOLA.com via The Times-Picayune)

Il est évident que la production du jeu de course reculera en 2018 avec la perte d’excellents playmakers en faveur de running backs inexpérimentés. Il serait évidemment intéressant d’observer comment LSU peut répondre à une régression au sein d’un domaine si important pour la vie de l’animation offensive. Un niveau relativement décent, alternant entre les 150 et 200 yards à la course par rencontre, serait déjà une victoire en soi.

Et la situation de la ligne offensive n’est pas parfaite, non plus. Elle perd le très bon centre Will Clapp pour la ligue professionnelle, certes, mais elle conserve trois titulaires de la saison dernière. Le guard senior Garrett Brumfield donnera le ton pour le jeu de course accompagné d’une paire de sophomores titulaires pour leurs débuts universitaires, le guard Edward Ingram et le left tackle Saadhiq Charles. De plus, LSU obtient un renfort de choix à l’autre bout de la ligne avec une des meilleures recrues en provenance de JUCO, le junior Badara Traore. 

Les Tigers devraient afficher un niveau moyen au sol jusqu’à preuve du contraire, et si personne ne se met en avant, ce pourrait créer une réelle différence entre un match gagné de peu et un match perdu de peu.

 

Ce serait bien qu’un quarterback décent émerge

 

Ce n’est pas la première fois que des questions ont émergé à LSU concernant le jeu de course, mais tout en trouvant des réponses. A l’inverse, le jeu aérien cherche toujours des réponses depuis le départ de Zach Mettenberger en 2013. Quatre saisons ont passé et Anthony Jennings, Brandon Harris et plus récemment Danny Etling ont tous échoué à se révéler comme des quarterbacks capables de mener les Tigers au plus haut niveau de la conférence SEC.

La valse des quarterbacks dans l’effectif de LSU ne s’est pas arrêtée lors de cette dernière intersaison. Quatre hommes se disputent le poste de titulaire et deux se sont déjà éclipsés sur transfert, le redshirt freshman Lowell Narcisse et le junior Justin McMillan. Ces départs laissent ainsi la voie libre au sophomore Myles Brennan et au junior Joe Burrow, arrivé à Baton Rouge au printemps à la suite d’un transfert en provenance de Ohio State. Ce dernier semble en meilleur position pour remporter cette compétition, aussi bien grâce à ses performances à l’entrainement qu’avec l’aide de ses combats serrés avec Dwayne Haskins chez les Buckeyes. 

(Crédit photo : AP Photo-Gerald Herbert)

Il est fort possible que LSU se dirige vers une attaque davantage portée sur la passe et la présence d’un bon quarterback est d’autant plus cruciale. Joe Burrow se dirige certainement à prendre le poste de titulaire et il devrait répondre adéquatement aux attentes de Steve Ensminger. La vraie question est de savoir s’il peut se révéler transcendant lorsque les Tigers auront besoin de lui, un trait qui fait souvent la différence en SEC.

Le quarterback lauréat ne sera pas dépourvu de cibles aériennes, pour une fois. Le groupe de receveurs est plutôt intéressant malgré la perte des trois meilleurs joueurs de la saison passé, et notamment D.J. Chark (40 réceptions, 847 yards, 3 TDs). L’ancien receveur de Texas Tech, le junior Jonathan Giles, est un excellent playmaker et est enfin éligible après une saison sur le banc. Les tight ends Foster Moreau et Thaddeus Moss (transfert de NC State) apportent une vraie sécurité. Enfin, le freshman 5-étoiles Terrace Marshall possède tout le talent pour se montrer dès ses débuts. 

Attendez-vous à la meilleure animation aérienne depuis des lustres (au moins depuis 2013) à LSU. 

 

Le linebacker Devin White sera la vedette du front-seven

 

LSU propose toujours d’excellentes défenses, ainsi, dès que les performances tombent à un très bon niveau, cela se voit tout de suite. Malgré la présence de Dave Aranda, un des hommes dans la discussion au titre honorifique de meilleur coordinateur défensif du pays, les blessures, la jeunesse et le manque d’expérience de cette escouade ont tiré les résultats vers le bas.

Mais attention à ne pas être surpris pour la troisième saison de Dave Aranda sur le campus de LSU. Le front-seven possède tout le talent du monde pour écraser ces adversaires. Le defensive end junior et ancienne recrue 5-étoiles Rashard Lawrence est rejoint par une autre recrue 5-étoiles de l’autre côté de la ligne, avec le junior Breiden Fahoko, en provenance de Texas Tech sur transfert, lui-aussi. Ils pourront se reposer sur deux montagnes alternant au poste de nose tackle, entre le sophomore Glen Logan et le redshirt freshman Tyler Shelvin. Les coureurs adverses peuvent se faire du souci. 

(Crédit photo : LSU Athletics)

Et la situation ne s’arrange pas pour eux en regardant les linebackers. Le linebacker junior Devin White (133 plaquages, 4.5 sacks, 9.5 TFLs, 4 passes défendues) est un pur joyau qui ne demande qu’à prendre la ligue entière d’assaut. A côté de lui évolueront d’anciennes recrues de grand talent, évidemment, avec les sophomores K’Lavon Chaisson et Jacob Phillips. Ces derniers obtiennent une opportunité en or d’évoluer avec le meilleur linebacker de toute la conférence SEC et devraient profiter de son influence pour réaliser des actions significatives.

La défense des Tigers a très bien joué bien que la star attendue de la défense, Arden Key, n’a jamais évolué à 100% de la saison. Le front-seven perd peut-être trois des quatre meilleurs contributeurs de l’an dernier, mais le potentiel semble se compléter si bien qu’on voit mal les performances des lignes avants en recul. 

 

Et le cornerback Greedy Williams fera des étincelles dans le secondary

 

La jeunesse des lignes arrières a causé certaines craintes lors de la dernière intersaison, et celles-ci se sont révélées véridiques à quelques moments de l’année. LSU manquait de constance, parfois, mais la défense s’est montré très bonne si ce n’est excellente lors de la majeure partie du temps. Les Tigers peuvent surtout remercier un duo de cornerbacks exceptionnel avec Donte Jackson (10 passes défendues, 1 INT) et Andraez « Greedy » Williams (11 passes défendues, 6 INTs).

Le premier s’est envolé pour la NFL tandis que le second revient pour son année de sophomore. Oui, il a réalisé 6 interceptions en tant que freshman et il se place aujourd’hui en tant que leader de la défense aérienne de LSU, longtemps surnommé comme « DBU ». Les deux safeties titulaires, John Battle (61 plaquages, 2.5 TFLs, 5 passes défendues) et Grant Delpit (60 plaquages, 3.5 TFLs, 9 passes défendues), le restent à nouveau. Avec trois titulaires identiques à l’escouade de l’an passé et surtout plus expérimentés, il est difficile de ne pa envisager une progression. 

(Crédit photo : The Advocate)

A moins que les adversaires de LSU décident de viser le second cornerback titulaire à outrance. Le freshman 5-étoiles Kelvin Joseph se bat avec Terrance Alexander, defensive back titulaire depuis deux ans avec Stanford, pour le poste vacant à l’opposée de Greedy Williams. Le redshirt freshman Mannie Netherly n’en serait pas loin, non plus. Quoi qu’il en soit, tant que le joueur nommé ne succombe pas à la pression offensive des adversaires, les Tigers peuvent se reposer sur une des meilleures défenses aériennes du pays.

Dave Aranda n’est pas à son premier coup d’essai et vous pouvez lui faire confiance pour construire une superbe défense exceptionnelle dans les airs. 

 

Bon, on attend toujours le retour des équipes spéciales à leur meilleur niveau

 

Vous souvenez du temps où LSU possédait un punt returner du niveau incroyable de Tyrann Mathieu et un punter fantasque tel que Brad Wing ? Et bien, vous n’êtes plus tout jeune. Cela fait un bout de temps que l’on espère le retour au meilleur niveau des équipes spéciales et cela ne s’est toujours pas produit.

Les Tigers peuvent attendre de bonnes performances du punter sophomore Zach Van Rosenberg et une moyenne de 38.7 yards par punt. A l’inverse, les kickers Connor Culp (11/16 FGs) et Jack Gonsoulin (5/11 FGs) n’ont pas émerveillé, loin de là. Ed Orgeron veut remédier aux manqués en faisant au rare transfert de kicker, par le biais du senior Cole Tracy, en provenance de Assumption College (Division II). Seconde ombre aux tableaux ? Il faut trouver des nouveaux kick et punt returners avec le départ de D.J. Chark.

 

Les Tigers peuvent littéralement terminer avec 6… ou 10 victoires

 

Ed Orgeron a grillé un joker en ratant le coche des 10 victoires en 2017 : aujourd’hui, il n’a plus le droit de commettre de grossières erreurs, comme subir un upset face à Troy, par exemple. Il remplace le head coach le plus victorieux dans l’histoire de l’université et les attentes d’une équipe telle que LSU sont bien évidemment très hautes sans pour autant obtenir une grande marge de manœuvre. 

L’administration ainsi que les fans veulent de vrais résultats, et vite. Les prestations offensives pourraient bien contenter tout le monde en 2018 si Steve Ensminger arrive à trouver une dynamique intéressante dans les airs avec le quarterback titulaire (Joe Burrow, à première vue) et si le jeu de course ne subit pas une régression trop importante. La bonne balance offensive écrira la réussite ou non de la saison des Tigers, puisque la défense, comme à chaque saison, proposera des performances dignes de l’élite du football universitaire. Devin White pourrait même s’immiscer dans la discussion au Heisman Trophy, s’il reproduit les mêmes exploits réalisés l’an passé.

Mais il existe un écueil à un tel plan et non des moindres : Alabama, Auburn et même Georgia seront au calendrier de LSU.

A l’aube de la saison régulière, cinq équipes que les Tigers devront affronter sont classés dans le Top-25 de l’Associated Press et quatre d’entre elles apparaissent dans le Top-10 national. LSU doit affronter #8 Miami (FL) dès l’ouverture de saison au sein de l’AT&T Stadium d’Arlington avant de se déplacer à #9 Auburn deux semaines plus tard. A la fin du mois d’octobre, #3 Georgia, #18 Mississippi State et #1 Alabama se déplaceront consécutivement au Tiger Stadium de Baton Rouge : cette série est d’ailleurs cruciale pour l’optique de la saison et le record final des Tigers. 

Les déplacements sur les terrains de Florida, Arkansas et Texas A&M ne seront pas des cadeaux, d’autant plus que ces trois équipes investissent un nouvel head coach avec des plans de jeu différents de leurs prédécesseurs. Encore une fois, la clé de la réussite pour LSU réside dans les mains de son quarterback : avec une solution adéquate dans le département aérien, ces Tigers peuvent remporter les matchs se disputant à une possession d’écart et réaliser un si ce n’est deux upsets au cours de la saison.

Mais si l’attaque trébuche à nouveau dans les airs, il n’est pas impossible de cueillir les hommes de Ed Orgeron avec 5 ou 6 défaites en novembre prochain.

 

Le « hot take » de la rédaction :

 

Joe Burrow se révèle enfin comme le nouveau quarterback en réussite des Tigers. 

LSU attend un véritable playmaker à ce poste depuis Zach Mettenberger et l’ancien joueur de Ohio State peut jouer le rôle de sauveur. Il ne devrait pas réaliser une saison époustouflante, et ce n’est pas ce qu’on lui demande. Ed Orgeron a seulement besoin qu’il apporte une présence aérienne suffisante pour ouvrir des lignes de course aux running backs, tout en ne perdant pas le ballon bêtement. Cela doit être dans ses cordes. 

Il y aura de meilleurs quarterbacks que Joe Burrow dans la conférence SEC en 2018, soyez-en certain, mais cela fait tellement longtemps que LSU attend un quarterback décent que ce serait déjà une réelle victoire pour les performances des Tigers.