Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au coeur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

Faut-il encore revenir sur l’impact de l’investigation et des scandales associés avec l’Université de Baylor depuis plus d’un an ? L’administration précédente, Art Briles et l’ensemble de ses assistants ont tous, sans exception, quitté le campus de Waco alors que la charge d’un programme embourbé dans ses propres travers a été remise à un nouveau coaching staff. Il est temps de tourner la page, tout du moins d’un point de vue purement footballistique.

Matt Rhule prend la direction des Bears à la suite d’une époque formidable avec Temple, menant les Owls à un succès inégalé dans l’histoire du programme. Il aime les tâches de reconstruction et a prouvé être un excellent entraineur capable de remettre une équipe à niveau et de la mener vers les premiers rôles. Baylor a embauché l’homme de la situation. Toutefois, la situation qu’il hérite avec les Bears est assez loin de sa zone de confort (toujours d’un point de vue sportif). C’est pourtant bien ce que recherche sa nouvelle université : tirer un trait définitif sur l’ère Art Briles.

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Quelle identité pour une nouvelle attaque ?

Il faut se rendre à l’évidence : oublier tout ce qu’il s’est passé sous l’égide d’Art Briles est littéralement impossible. Personne ne peut passer outre le succès qu’il a engendré à Baylor, un succès que l’Université n’avait jamais connu auparavant dans son histoire. Certes, on n’a appris par la suite que les Bears ont vendu leur âme au diable pour atteindre de tels sommets. Cela n’empêche pas aux tablettes historiques d’afficher deux saisons consécutives avec un bilan de 11-2, deux titres de conférence Big 12 et deux participations (perdues) à un Bowl du Nouvel An.

De tels accomplissements ont notamment été rendus possible grâce à une philosophie offensive unique, développée par l’ancien sulfureux head coach. Art Briles a adapté une attaque spread classique en y incorporant un rythme de jeu incroyablement rapide, une verticalité prononcée et une importance du jeu de course afin de pouvoir exploser dans les airs. Les attaques de Matt Rhule à Temple n’étaient vraiment pas influencées de la même manière. Elles fonctionnaient avec un tempo plutôt lent et le jeu aérien n’occupait pas du tout la même prépondérance qu’à Baylor. Il est cependant bon de noter que le jeu au sol des Owls permettait d’ouvrir l’attaque, notamment pour une explosivité caractéristique aux deux programmes, toute proportion gardée.

Les Bears ne seront pas énormément dépaysés. Ils demeureront explosifs à souhait ; mais par contre, il ne faut pas s’attendre à un niveau identique d’efficacité. Les préceptes offensifs prennent la direction d’une formation davantage portée sur le pro-style, tandis que la majorité des joueurs sur le terrain n’auront pas le même visage. Le quarterback Seth Russell (2126 yards à la passe, 20 TDs, 8 INTs avant une nouvelle blessure), le running back Shock Linwood (751 yards à la course, 2 TDs) les receveurs K.D. Cannon (1215 yards à la réception, 13 TDs) et Ishmael Zamora laissent place à une nouvelle génération non moins talentueuse.

En effet, les armes offensives ne manquent pas afin de composer un effectif intéressant. Le running back Terence Williams a dépassé son prédécesseur dès son année de sophomore (1048 yards à la course, 11 TDs) et devrait certainement prendre la place de leader offensif à partir d’aujourd’hui, suppléé par le prometteur sophomore JaMycal Hasty. La profondeur de la ligne offensive n’inspire à la confiance du fait des soucis de recrutement post-scandale, mais les titulaires composent un groupe solide qui ne devrait pas trop desservir les performances des running backs. La situation des receveurs apparait cependant plus volatile. Les deux meilleures cibles ne font plus partie du groupe et laissent derrière eux de jeunes joueurs peu expérimentés. Le junior Chris Platt (567 yards à la réception, 4 TDs), aussi rapide que l’éclair, devient l’arme aérienne principale tandis qu’une flopée de sophomores, tels que Blake Lynch, Denzel Mims ou Pooh Stricklin, compose le second rideau sur les ailes. Le tight end senior Jordan Feuerbacher pourrait devenir une cible privilégiée du futur quarterback à cause du nouveau système offensif, qui devrait davantage en avant tight ends et fullbacks.

(Crédit photo : Ronald Martinez/Getty Images)

Mais la véritable question en attaque revient surtout à l’identité du quarterback. Bryce Petty et Seth Russell savaient où ils mettaient les pieds et étaient favorisés dans leur réussite à ce poste. L’inconnue se dresse aujourd’hui avec un système penchant vers le pro-style. Lancé dans l’arène au moment de la blessure de Russell, le freshman Zach Smith a essayé de faire de son mieux pour sauver les meubles en trois matchs (1526 yards à la passe, 13 TDs, 7 INTs). Il apparait comme le favori pour continuer à la barre de l’attaque en tant que sophomore ; mais ce n’est sans compter sur Anu Solomon. L’ancien quarterback d’Arizona est arrivé en renfort sur transfert et bien qu’il ait connu une carrière faite de hauts et de bas avec les Wildcats, il n’en reste pas moins talentueux. Il ne reste plus qu’à savoir comment Matt Rhule décide d’utiliser son quarterback et si celui-ci gomme sa tendance à commettre des erreurs.

Le mot stabilité n’est pas vraiment celui qui correspondrait le mieux à l’attaque de Baylor cette année. Le nouveau coaching staff devrait prendre une nouvelle direction offensive avec un effectif talentueux et une expérience relative. Tout ne se passera pas comme voulu, c’est une certitude, mais l’explosivité ne sera pas un souci. A l’instar de son époque à Temple, l’attaque de Matt Rhule avec les Bears se révélera aussi efficace que le nombre de jeux majeurs accomplis.


Phil Snow peut devenir un nom à ne pas oublier

Un changement de coordinateur défensif se produit également à Baylor. Matt Rhule est un head coach à l’influence défensive, ce qui est déjà une très bonne nouvelle pour ce côté du terrain, et il amène dans ses bagages un des meilleurs coordinateurs du pays, Phil Snow. Ce dernier ne manque pas d’expérience : les Bears deviennent la sixième équipe où il était en place en tant que coordinateur défensif en plus de 20 ans (Boise State, Arizona State, UCLA, Washington, Eastern Michigan). Et leur association à Temple a produit des étincelles.

Les victoires des Owls se construisant en premier lieu grâce à l’influence de la défense. Très rapidement excellente, celle-ci utilisait une ligne défensive intraitable et très physique afin de créer une pression monstre, laissant aux lignes arrières de meilleure opportunité pour forcer leurs adversaires à rendre le ballon. Les Bears n’utilisaient pas nécessairement des plans identiques en favorisant davantage les turnovers pour retourner la dynamique du match au prix de jeux majeurs encaissés régulièrement. Mais l’agressivité du front-seven et la nécessité de pièces efficaces au niveau du secondary peuvent être désignés comme des points communs.

Matt Rhule peut déjà compter sur un front-seven capable d’apporter du chaos. Le défensive end senior K.J. Smith (67 plaquages, 7 sacks, 5 TFLs), meilleur défenseur de l’équipe l’an passé, tractera une ligne expérimentée, possiblement à l’image d’un defensive end formé à l’école de Temple. Désormais juniors, les ends Greg Roberts et Xavier Jones ainsi que le tackle Ira Lewis recevront également le traitement particulier de leur nouvel head coach afin de construire une ligne dominatrice. Le linebacker Taylor Young apportera sa pierre à l’édifice concernant le pass-rush (93 plaquages, 4.5 sacks, 4.5 TFLs), en espérant couvrir les pertes significatives de deux titulaires, Aiavion Edwards et Patrick Levels (151 plaquages, 8 sacks, 9.5 TFLs en cumulé). Il est difficile d’envisager que le front-seven actuel des Bears soit moins imposé que celui de l’an passé avec la composition d’un nouveau coaching staff habitué à transcender les lignes avants et d’un effectif composé d’armes intéressantes.

(Crédit photo : USA TODAY Sports)

Malheureusement, la situation du secondary laisse un peu plus perplexe. Le safety Orion Stewart et le cornerback Ryan Reid (13 passes défendues, 9 INTs en cumulé) ont épuisé leur éligibilité tandis que le nickelback Travon Blanchard, une des meilleures pièces défensives de retour cette année, a été suspendu indéfiniment par Baylor à la suite d’une investigation pour violence domestique. Ces trois pertes pèseront lourd dans la balance une fois la défense sur le terrain. Les seniors Davion Hall (2 TFLs, 3 passes défendues, 1 INT) et Chance Waz composent le duo de safeties, qui ne devrait pas être un point faible, au contraire des cornerbacks. Grayland Arnold, Jameson Houston et Lenoy Jones ont tous obtenu une petite expérience du jeu dès leur première saison universitaire mais ils restent sophomores à l’heure actuelle. La marge d’erreur est quasiment inexistante.

Le mélange d’agressivité à l’avant et d’expérience au poste de safety devrait aider à maintenir un (très) bon niveau défensif. Phil Snow a déjà eu à réaliser un boulot similaire par le passé mais il l’avait pas autant de talent que ce que possède Baylor. L’escouade défensive n’atteindra pas des performances identiques à celles de Temple immédiatement. Cependant, elle ne sera pas un véritable fardeau et c’est une bonne nouvelle pour les Bears.


Pronostics de performance

Baylor n’est pas sorti d’affaire de sitôt. Les Bears devront être inventifs pour contrer les attaques ultra-spectaculaires et productives de la conférence Big 12. La faiblesse des cornerbacks pourrait coûter cher si le front-seven n’est pas capable d’appliquer suffisamment de pression. Quoi qu’il en soit, ils se battront pour limiter n’importe quel jeu avec le rejet des préceptes du “bend-don’t-break“, majoritairement utilisés au sein de la Big 12.

Matt Rhule ne sera pas sous pression d’entrée de jeu. Cette première saison dans une nouvelle conférence servira de thermomètre avant de pouvoir s’adapter à un jeu spécifique. De plus, le recrutement du nouvel head coach n’a pas encore pris forme dans une zone géographique inconnue, surtout en considérant que l’effectif de Baylor subit le contre-coup du scandale sexuel avec une profondeur relativement faible.

On pourra tirer un premier bilan dès la mi-octobre. Les Bears devront se déplacer à Duke avant de commencer les matchs de conférence de la plus compliquée des manières : une réception d’Oklahoma  avant deux voyages périlleux à Kansas State et Oklahoma State. 2-4, 3-3 ou 4-2. Ce sont trois records possibles à la moitié du calendrier et le record à moment-là dictera sûrement la fin de la saison, notamment après des batailles face à deux des favoris pour empocher le titre.

Cela faisait bien longtemps que Baylor n’avait pas occupé la place d’outsider au sein de la Big 12. Les attentes de résultats ne sont pas vraiment élevées sur le campus de Waco, on attend tout d’abord que Matt Rhule remette le programme sur ses deux pieds. Toutefois, une qualification pour un Bowl n’est pas folle et ce sera une véritable réussite pour une première saison destinée à la reconstruction.

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