Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au coeur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

De nombreuses voix s’élevaient quant à la pertinence de l’arrivée de Colorado au sein de la conférence Pac-12 à la suite de plus de 60 ans en tant que membre de la Big 8 puis Big 12. Avant 2016, les Buffaloes n’avait pas terminé avec un meilleur bilan général que 4-8 dans leur nouvelle ligue et ils ne comptaient pas un record positif depuis 2005. Mike McIntyre se trouvait sur un siège éjectable de plus en plus instable avant qu’ils montrent (enfin) leur véritable valeur la saison dernière.

Colorado a remporté la division Pac-12 South au nez et à la barbe de USC à la suite d’une course folle de plusieurs semaines. La horde des Buffaloes a malheureusement trébuché en fin de saison, subissant des revers douloureux face à Washington en finale de conférence puis Oklahoma State lors de l’Alamo Bowl. Cela ne les a pas empêché de finir avec un superbe record de 10-4, ce qui n’était pas arrivé depuis 2001. Le processus de reconstruction de Mike McIntyre s’est révélé payant au bout de la quatrième année mais l’heure est désormais à la confirmation : s’agit-il uniquement d’un rêve de courte durée ou le programme a-t-il retrouvé le haut niveau pour de bon ?

Partez à la découverte des forces, des faiblesses, des points marquants du programme de football des Buffaloes de Colorado en vue de la saison prochaine, classements et pronostics à l’appui.


Steven Montez à la place de Sefo Liufau : ça passe ou ça casse ? 

La plupart du temps, il est possible de retirer du bon d’une foule de blessures. L’effectif en souffre immédiatement, avec la prise de position d’éléments souvent jeunes et inexpérimentés, mais cela paye tôt ou tard. Ces pièces arrivent par la suite sur le terrain avec davantage d’expérience, permettant de limiter la régression lors du changement de titulaires. C’est en partie ce qu’il s’est passé à Colorado l’an passé et cela pourrait de nouveau se produire au poste le plus important de l’attaque, celui de quarterback.

Mais il faut tout d’abord prendre en compte les performances de l’attaque. Elle s’est révélée plutôt moyenne l’an passé, bien que cela n’ait pas été nécessaire, en se basant sur une animation où le but premier était d’atteindre le pylône d’une nouvelle série. Les Buffaloes ont réussi cette tâche tout au long de l’année avec l’aide de passes courtes et d’un (très) bon jeu de course lorsqu’il s’agissait de gains cruciaux. Pour enfoncer le clou, ils pouvaient compter sur une facette explosive, que cela provienne de bombes aériennes ou de courses longue distances des running backs.

Le poste de quarterback n’est pas un point central de l’animation offensive au sens des performances affichées, mais le petit quelque chose permettant de séparer cette équipe de Colorado d’une autre revenait à l’homme posté derrière la ligne offensive. Il opérait surtout en chef d’orchestre qui ne peut commettre d’erreurs dans la distribution aux playmakers situés autour de lui.

Un certain Sefo Liufau excellait dans ce domaine lorsqu’il n’était pas blessé, apportant même une implication aussi bien avec son bras que ses jambes (2366 yards à la passe, 11 TDs, 6 INTs ; 494 yards à la course, 8 TDs). Mais le senior a plié bagage faute d’éligibilité. Il passe désormais la torche au sophomore Steven Montez, qui a montré de belles promesses par moments lors de quelques apparitions en tant que freshman. Il a profité des blessures de son prédécesseur pour empocher une expérience précieuse. Avec un peu de préparation, le quarterback s’est révélé tranchant surtout lorsqu’il prenait le rôle de lanceur. Tout porte à croire qu’il réussisse ses débuts en tant que véritable quarterback titulaire, d’autant plus qu’il détient une très bonne escouade d’armes à ses côtés. Le trio de seniors composé de Shay Fields (883 yards à la réception, 9 TDs), Devin Ross (787 yards à la réception, 5 TDs) et Bryce Bobo, tout en étant accompagné du fils de l’entraineur principal, le junior Jay McIntyre, forme possiblement le meilleur groupe de receveurs de la conférence Pac-12 avec un mélange de grande expérience et de profondeur, que ce soit dans le slot ou aux extérieurs. On peut légitimement s’attendre à de meilleures statistiques en cette nouvelle saison grâce à un quarterback au bras plus talentueux, et notamment Shay Fields, go-to-guy et vraie arme dévastatrice en profondeur.

(Crédit photo : Ron Chenoy-USA TODAY Sports)

Toutefois, la meilleure arme à disposition des Buffaloes demeure le running back Phillip Lindsay (1252 yards à la course, 16 TDs ; 493 yards à la réception, 1 TD). Le senior entame une ultime saison universitaire avec l’étiquette d’un des meilleurs à son poste de la conférence Pac-12 et on n’a pas encore découvert son potentiel maximal. Il a régulièrement été desservi par une ligne offensive touchée par les blessures ; si ces dernières se calment et qu’une continuité peut être trouvée, le running back pourrait titiller certains records. Les remplaçants n’ont pas été fabuleux mais il est possible que le prometteur sophomore Beau Bisharat émerge en tant que solide option numéro deux.

Colorado peut compter sur le retour de neuf titulaires dont la grande majorité devient senior. Il s’agit d’un cadeau tombé du ciel pour une attaque qui n’a jamais excellé outre mesure depuis plusieurs décennies. Les receveurs et les running backs ne devraient pas décevoir ; le facteur X sera sans aucun doute les performances de Steven Montez. Et un changement peut facilement se révéler un mal pour un bien.


Que la défense possède du pain sur la planche…

L’équipe dirigée par Mike McIntyre a obtenu la bagatelle de 10 victoires davantage grâce à un excellente défense, plutôt qu’à travers les réussites offensives. Mais il est certain qu’elle retrouve des latitudes plus décentes à partir de cette année à cause de la marée de départs. Les Buffaloes perdent la quasi-totalité de leurs forces et, ce qui est d’autant plus dommageable, l’ensemble de leurs playmakers transcendants à chaque position clé.

Il faut en effet remplacer à ce jour une ligne offensive complète, les trois-quarts des linebackers et par dessous tout, les cornerbacks qui figuraient en tête de gondole grâce à des résultats qui leur ont permis d’atteindre la ligue professionnelle. On allait oublier, aussi ; le coordinateur défensif Jim Leavitt, instigateur d’un tel succès, a été débauché par Willie Taggart à Oregon. Une large régression apparait comme inévitable avec les départs des pièces ayant contribué au renouveau de cette escouade au fil des saisons.

Au sein d’un alignement en 3-4 où le rôle de la ligne défense est d’occuper au maximum les linemen adverses et de permettre aux linebackers de prospérer, les defensive ends Samson Kafovalu et Jordan Carrell (7 sacks, 3.5 TFLs en cumulé) ont eu un impact supérieur à ce que l’on pouvait penser. Ils sont partis. Le senior Leo Jackson III devient le leader par défaut avec deux linemen issus des rangs du JUCO à ses côtés. On ne leur demande pas d’être au four et au moulin, mais s’ils peuvent aider le reste du front-seven à naviguer, ils auront réussi leur tâche. En parlant de linebackers, la seule bonne nouvelle au sein des lignes avants est la présence du junior Rick Gamboa (77 plaquages, 3 TFLs, 3 passes défendues), seul titulaire de retour en dehors du secondary. Malheureusement, lui seul ne peut couvrir les pertes des excellents Kenneth Olugbode (115 plaquages, 2.5 sacks, 3.5 TFLs, 2 INTs) et Jimmie Gilbert (10.5 sacks, 4 TFLs). Le senior Derek McCarthy devrait occuper ce rôle de pass-rush principal à la suite d’une saison manquée pour blessure, suppléé par des contributeurs peu expérimentés tels que les juniors Drew Lewis ou N.J. Falo. Leurs performances seront principalement dirigées par le succès de la ligne : soit le front-seven conserve un rôle plutôt bon, soit celui-ci coule subitement.

(Crédit photo : Sam Weaver-BSN Denver)

Tout en considérant cela, aucune perte ne sera aussi douloureuse que celles au sein du secondary. Ce dernier pourrait être considéré comme l’un des meilleurs du pays, ni plus ni moins, grâce aux cornerbacks Chidobe Awuzie (4 sacks, 2 TFLs, 12 passes défendues, 1 INT) et Ahkello Witherspoon (22 passes défendues, 1 INT) ainsi qu’au safety Tedric Thompson (3.5 TFLs, 16 pass défendues, 7 INTs). La triplette fabuleuse des Buffaloes a déserté le campus de Boulder pour la NFL et creuse un trou immense au sein de la défense. Certes, les safeties seniors Afolabi Laguda et Ryan Moeller reviennent aux places de titulaires afin de garder une certaine continuité mais les cornerbacks redémarrent de zéro. Une bataille à quatre pour deux posts se précise entre le junior Isaiah Oliver, le sophomore Anthony Julmisse et deux nouveaux JUCOs, Dante Wigley et Kevin George. On ne connait pas leur capacité de production et si aucune confirmation ne se produit, la défense se trouve en mauvaise posture.

Une des meilleures défenses de la conférence Pac-12 ne se présente à cette saison avec seulement trois titulaires et sans la totalité des personnes qui ont construit son succès. Le niveau de cette nouvelle escouade réside principalement dans le travail d’adaptation et d’implantation du coordinateur défensif. D.J. Eliot, aujourd’hui en poste à Colorado, n’a jamais produit une défense digne de ce nom avec Kentucky. Les Buffaloes ne s’installent pas en bonne posture.


Pronostics de performance

La saison qui se profile sur le campus de Boulder est d’une importance capitale pour les Buffaloes. Elle peut adouber le travail phénoménal réalisé par Mike McIntyre en l’espace de quatre saisons. Elle peut également défaire les immenses progressions de l’an dernier, affichant une structure beaucoup plus instable que ce que l’on pouvait imaginer. Ce n’est pas seulement une question d’image auprès des médias, mais un révélateur de la réelle force de Colorado.

Le renouveau sera-t-il de courte durée ? Les Buffaloes peuvent-ils justifier leur titre de division Pac-12 South avec une saison plutôt réussie ? Il faudra tout d’abord répondre à un nombre incalculable de questions en défense et espérer que Steven Montez ne se heurte pas au sophomore wall. La mayonnaise aura certainement beaucoup de mal à prendre du côté défensif et rien n’est moins certain que l’animation offensive puisse combler la perte de l’autre côté du terrain.

Mauvaise nouvelle : plus de la moitié des rencontres devraient se jouer à moins d’une possession de différence. L’instabilité de l’effectif n’arrive pas au meilleur moment, d’autant plus qu’il faudra se déplacer chez les concurrents directs de Colorado (UCLA, Oregon State, Washington State, Arizona State, Utah). Bon courage pour remporter la moitié de ces rencontres, à quoi il faut ajouter la présence de Washington et USC au calendrier ainsi qu’un match sur terrain neutre face à l’excellent rival de Colorado State. Atteindre le plateau des 6 victoires et d’une qualification pour un Bowl serait déjà un bel accomplissement.

Chaque élément s’ajoutant dans la balance justifie le fait que Colorado affronte une année de transition incroyablement cruciale. Hors l’état plus que satisfaisant de l’attaque, rien ne se trouve vraiment à l’avantage des Buffaloes. Le football au plus haut niveau est réapparu à Boulder après une quinzaine d’années en sommeil. Mike McIntyre, après la reconstruction, fait face à la terrible tâche de confirmer une telle remontée de la pente.