Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au coeur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

Que l’on connaisse le football universitaire de près ou de loin, un élément demeure invariable à la connaissance de tout le monde : la domination phénoménale d’Alabama. Il n’existe qu’une poignée de programmes à travers les États-Unis disposant de moyens et d’infrastructures similaires à ceux du Crimson Tide et il ne suffit que d’une signature pour figurer parmi l’élite. En embauchant Nick Saban en 2007, Alabama s’est assuré une place au centre de l’échiquier pour une décennie (et plus si affinités).

Aucune autre équipe de la ligue ne peut se vanter d’une telle série en cours. Si l’on enlève la première année de transition, Nick Saban a manqué le titre de division SEC West à seulement une reprise (2010) et a partagé celui de 2013 uniquement à cause d’une histoire de Kick Six. Cela veut dire qu’en Alabama a remporté six titres de conférence en neuf saisons, agrémentés de quatre titres nationaux lors des six dernières saisons. Un tel décompte est absolument fou mais Nick Saban en a fait la norme à Tuscaloosa. Et celle-ci n’est pas prête de se terminer de sitôt.

Partez à la découverte des forces, des faiblesses, des points marquants du programme de football du Crimson Tide d’Alabama en vue de la saison prochaine, classements et pronostics à l’appui.


Le quarterback qui a mené une attaque surprenante n’est plus freshman

Nick Saban sait très bien ce qu’il veut de son attaque : contrôler le ballon, contrôler le chronomètre et marquer avec efficacité. Cette conception a marché pendant longtemps jusqu’à ce que le football universitaire entre dans l’ère du spread. C’est ainsi que Lane Kiffin a pris la main de l’attaque. L’ancien coordinateur offensif a d’abord apporté une verticalité à celle-ci avant que les concepts spread et up-tempo soient incorporés l’an dernier avec l’arrivée d’un nouveau quarterback.

Les résultats ont été fulgurants. Alabama marquait quasiment 40 points par match et infligeait des fessées de plus de 10 points aux meilleures défenses du pays. La défaite contre Clemson est l’exception confirmant la règle. Tout a cliqué jusqu’à ce que Lane Kiffin décide de prendre son envol à FAU. Steve Sarkisian, qui était à la tête de l’attaque pendant la finale du CFP, devait prendre la relève mais les voisins des Falcons d’Atlanta (NFL) leur ont soufflé l’ancien head coach de USC. Nick Saban a alors appelé un vieil ami à la rescousse en le personne de Brian Daboll.

La dernière expérience universitaire de Brian Daboll remonte à la fin des années 1990, sous les ordres de Nick Saban à Michigan State. Depuis, il a écumé les franchises NFL et a longtemps occupé une place de choix au sein des attaques de Bill Belichick à New England. S’occuper de l’attaque d’Alabama est une tâche bien plus ardue ; paradoxalement, elle n’a jamais autant retrouvé d’expérience que cette saison. Jalen Hurts (2780 yards à la passe, 23 TDs, 9 INTs ; 954 yards à la course, 13 TDs) est le premier quarterback à être titularisé avec de l’expérience depuis 2013 et il n’est que sophomore. Il a réalisé une saison freshman vraiment incroyable, même pour les standards du Crimson Tide, et s’il lui arrive n’importe quel pépin, le true freshman 5-étoiles Tua Tagovailoa est présent pour prendre le relais. Mais à l’instar de la saison passée, le quarterback peut se reposer sur le meilleur jeu de course du pays. Bo Scarbrough (812 yards à la course, 11 TDs) et Damien Harris (1037 yards à la course, 2 TDs) sont désormais juniors et continueront de se relayer pour écraser leurs adversaires, que ce soit en puissance ou de manière explosive. Attention, le sophomore Joshua Jackson a montré de très belles qualités tandis que le true freshman 5-étoiles Najee Harris arrive avec le statut de meilleur running back de la dernière promotion ; l’un des deux pourrait bien voler une place à l’un des deux premiers larrons (ce qui est terrifiant en soi).

(Crédit photo : David Rosenblum/Icon Sportswire via Getty Images)

Le backfield d’Alabama peut être considéré comme l’un des tous meilleurs, si ce n’est le meilleur, en partie grâce à une immense ligne offensive. En majorité intacte, elle devrait sans aucun doute continuer à ouvrir des lignes de course pour les running backs ainsi que de permettre à Jalen Hurts de poser son jeu en zone-read avec succès. Cependant, le jeune quarterback ne sait pas (encore) s’il peut compter sur des receveurs à la hauteur des attentes. ArDarius Stewart (864 yards à la réception, 8 TDs), le tight end O.J. Howard et Gehrig Dieter ont quitté le campus, laissant le junior Calvin Ridley (769 yards à la rentrée réception, 7 TDs) prendre seul le leadership de l’escouade. Cela ne devrait pas être un souci du tout, mais le reste des receveurs n’est pas une entité très expérimentée ni connue bien qu’elle dégouline de talent. Les seniors Cam Sims et Robert Foster obtiennent enfin de l’importance, à moins que les ultra-talentueux true freshmen Jerry Jeudy, DeVonta Smith, Henry Ruggs III et Tyrell Shavers ne leur piquent du temps de jeu.

Un tel retour d’expérience d’une année sur l’autre est presque du jamais vu dans l’histoire récente du Crimson Tide. Le nouveau coordinateur offensif Brian Daboll s’installe dans une situation favorable et devrait poursuivre l’œuvre constituée par Lane Kiffin. Le backfield s’annonce d’autant plus terrifiant que l’an dernier, comme si c’était imaginable, puisque le quarterback Jalen Hurts a mené Alabama d’une main solide jusqu’en finale nationale en tant freshman ; il devient sophomore et le talent qui l’entoure impressionne toujours autant.


Oh boy, quelle défense encore une fois

A la recherche de la définition d’une défense intouchable ? Alabama a montré ce à quoi cela ressemblait… jusqu’à ce que Clemson passe sur son chemin. Les Tigers ont enfilé 35 points à l’une des meilleures défenses de cette dernière décennie et méritent largement leur titre national. Si l’on enlève les incartades sur les terrains de Ole Miss (43) et Arkansas (30), le Crimson Tide n’a pas autorisé plus de 16 points marqués au cours de cette saison. Il y avait Alabama et le reste du pays en terme performances défensives ; seul Michigan est resté dans le sillage du champion de la conférence SEC, et encore.

Le coordinateur défensif Jeremy Pruitt est revenu sur le campus de Tuscaloosa l’an passé et a dirigé une véritable machine infernale tant elle a dominé sur tous les points possibles et imaginables. Le front-seven défendait aussi bien la course qu’il agressait les backfields adverses, ce qui est devenu une institution à Alabama au fil des saisons. Les adversaires, forcés de passer à un moment ou à un autre, se heurtaient qui plus est à un secondary intraitable et blindé de playmakers. Il fallait se lever de bonne heure pour prendre à revers le Crimson Tide, être tout simplement meilleur ou s’appeler Clemson.

Alabama a perdu à l’intersaison sa dose habituelle de joueurs pour la ligue professionnelle, sans que cela ne crée une panique du tout. Sept défenseurs ont été sélectionnés à la Draft NFL et chacune de ces stars devrait être remplacée à peu près à valeur égale dès cette année. La ligne défensive doit composer sans Jonathan Allen et Dalvin Tomlinson (13.5 sacks, 8 TFLs, 6 passes défendues en cumulé) ; rien d’inquiétant, le defensive end senior et ancienne recrue 5-étoiles Da’Shawn Hand obtient la possibilité de justifier son statut élite au côté du nose guard junior Da’Ron Payne, enclume au centre de la ligne pour défendre la course, ainsi qu’une flopée de jeunes defensive linemen tous plus talentueux que les autres. De leur côté, les linebackers perdent un trio exceptionnel composé de Reuben Foster, Ryan Anderson et Tim Williams (25 sacks, 25 TFLs, 7 passes défendues) pour, éventuellement, en trouver un nouveau immédiatement. Les seniors Rashaan Evans et Shaun Dion Hamilton (6 sacks, 7.5 TFLs, 5 passes défendues en cumulé) possèdent le talent nécessaire pour imiter leurs prédécesseurs et ils ne manquent pas de choix pour trouver leurs acolytes : que ce soit les juniors Keith Holcombe et Christian Miller, les sophomores Anfernee Jennings, Mack Wilson et Terrell Hall ou bien les freshmen 5-étoiles Ben Davis et Dylan Moses. Un vrai problème de milliardaire se présente à Alabama pour trouver ses linebackers, une tradition qui devient annuelle.

(Crédit photo : Aaron M. Sprecher-Associated Press)

Le front-seven devrait conserver ses barres de dynamite à tous les nivaux sans trop de difficultés. Concernant le secondary, la situation est encore plus clémente. Le Crimson Tide perd tout de même deux excellentes pièces en Eddie Jackson et Marlon Humphrey (7 passes défendues, 3 INTs en cumulé), mais c’est tout. Dix autres joueurs avec une expérience plus ou moins importante du plus haut niveau revenait parmi l’effectif, à commencer par le fabuleux cornerback/safety junior Minkah Fitzpatrick (7 passes défendues, 6 INTs). Le nickelback senior Tony Brown, le cornerback senior Anthony Averett ainsi que le safety junior Ronnie Harrison se sont révélés comme étant de (très) bonnes pièces sur lesquelles l’équipe peut faire confiance. Le seul bémol pourrait être la deuxième place de cornerback : le receveur sophomore converti à ce poste, Trevon Diggs, semble se détacher mais s’il ne peut l’occuper adéquatement, il faudra se reposer sur d’autres sophomores ou freshmen talentueux sans expérience. Il y a pire comme éventuel problème.

Qu’on se le dise, la défense d’Alabama ne se trouve certainement en péril. Chaque trou ouvert par les départs de l’intersaison devrait être comblé rapidement et correctement par de nouveaux joueurs anciennement classés avec 4 ou 5-étoiles. Certes, le niveau stratosphérique atteint la saison passée sera très compliqué à reproduire, malgré le fait que le Crimson Tide se retrouvera sans aucun doute dans la conversation pour désigner la meilleure défense du pays. On ne change pas une équipe qui gagne, et encore moins lorsque le recrutement injecte du sang neuf et tout aussi bon à chaque année.


Pronostics de performance

Plus les saisons avancent et plus Alabama semble intouchable parmi ses pairs de la conférence SEC. Le Crimson Tide porte cette dernière sur son dos et vient d’enchaîner deux saisons consécutives à plus de 14 victoires et à chaque fois avec une participation au College Football Playoff. La première s’est terminée avec les lauriers, la second avec des larmes. Mais les prouesses réalisées par les équipes de Nick Saban placent le head coach parmi les plus hautes sphères de l’histoire du football universitaire.

Il se retrouve aujourd’hui avec une occasion de poursuivre cette entreprise. Alabama possède, une nouvelle fois, un effectif étourdissant de par son talent inégalé aux Etats-Unis, ou seulement rivalisé par Ohio State et Clemson. L’attaque n’a pas retrouvé autant de joueurs titulaires l’année précédente depuis très longtemps et encore moins son quarterback, alors que la défense peut se targuer d’avoir des pièces toujours plus talentueuses et prometteuses. On ne s’avance pas beaucoup en disant que le Crimson Tide sera dans la discussion pour le titre national tant il démarre avec une longueur d’avance sur ses opposants directs.

Alabama peut clairement se permettre de rencontrer une équipe telle que Florida State en ouverture de saison. Une défaite effacerait seulement une marge d’erreur pour se qualifier au College Football Playoff alors qu’une victoire cimenterait quasiment cette qualification, dès le mois de septembre. En effet, la conférence SEC n’a pas proposé une compétition à la hauteur du Crimson Tide ces dernières années ; les voyages à Texas A&M et Auburn en clôture de saison apparaissent comme les challenges les plus relevés et les hommes de Nick Saban peuvent écrire ces deux équipes de plus de 10 ou 20 points.

En plus de ces déplacements, la réception de LSU devrait jouer le rôle de finition afin de remporter la division West ainsi que la conférence SEC. Avec les Tigers (de l’Alabama), ils demeurent les seuls vrais dangers pour empêcher Alabama d’atteindre un troisième College Football Playoff de suite. Il est certes trop tôt pour les couronner champions, mais la première confrontation de la saison contre les Seminoles affichera la couleur d’entrée, à savoir si le Crimson Tide possède la trempe d’un futur champion. On connait déjà la réponse à cette question.