Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au coeur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

Bob Stoops a souvent cultivé un certain mystère autour de lui, que ce soit en tant qu’homme ou en tant que head coach. Les surprises ne manquaient pas. Mais une chose demeurait véridique quelles que soient les fortunes des Sooners : le programme de football d’Oklahoma était à nouveau considéré comme une institution du football universitaire grâce aux exploits de son entraineur. Les 10 titres de conférence Big 12 en l’espace de 18 ans en sont une preuve des plus parlantes.

La dernière surprise à mettre à son actif est possiblement la plus grande. Bob Stoops a décidé de partir à la retraite à la suite d’une nouvelle saison terminée parmi le Top-5 final de l’AP Top 25, jugeant le timing parfait pour donner la main à son successeur, Lincoln Riley. Il n’a pas forcément tort puisque Oklahoma ne perd pas son statut de favori pour remporter une énième fois la conférence Big 12. Cependant, l’installation avec succès (ou non) de sa propre identité fera la différence avec une équipe capable de remporter le titre suprême.

Partez à la découverte des forces, des faiblesses, des points marquants du programme de football des Sooners d’Oklahoma en vue de la saison prochaine, classements et pronostics à l’appui.


Baker Mayfield en route pour le Heisman Trophy ?

Un changement majeur de hiérarchie a eu lieu sur le campus de Norman à l’intersaison. Il faut dire que la dernière fois qu’un head coach ne se nommait pas Bob Stoops à Oklahoma, l’Equipe de France de soccer venait tout juste de remporter la Coupe du Monde à la maison et Lincoln Riley n’avait que 15 ans. Ce dernier a pris les rennes des Sooners, devenant par la même occasion le plus jeune head coach au niveau FBS à 33 ans. Un chapitre long de 19 ans se tourne, et pourtant, on se fait pas de la situation du programme de football.

Lincoln Riley a apporté l’animation offensive que l’on connait aujourd’hui à Oklahoma à son arrivée d’East Carolina en 2015. L’ancien assistant des Pirates et des Red Raiders de Texas Tech s’est empressé de mettre en place une attaque Air Raid qu’il a couplé avec le transfert de son protégé répondant au nom de Baker Mayfield : depuis lors, les Sooners distillent une des meilleures attaques du pays qui les a emmené jusqu’au College Football Playoff à la surprise générale. La transition devrait se faire sans peine du côté offensif du ballon puisque Lincoln Riley continuera de tirer les ficelles, malgré la promotion de deux assistants, Bill Bendebaugh et Cale Gundy, en tant que co-coordinateurs.

Grâce à un recrutement plus performant que jamais sous Bob Stoops, une nouvelle vague de playmakers offensifs d’un grand talent n’a cessé d’émerger afin de propulser l’attaque des Sooners au sommet dans une conférence Big 12 propice aux animations offensives ultra-dynamiques. Lincoln Riley est un des entraineurs de la nouvelle génération les plus prometteurs et il devra justifier ce statut à la tête d’un programme historique du football universitaire.

Il devra tout de même composer avec plus d’un défi. Oklahoma perd trois des armes offensives les plus transcendantes que le programme a accueilli dans l’histoire récente. DeDe Westbrook (1524 yards à la réception, 17 TDs), lauréat du Biletnikoff Award récompensant le meilleur receveur de la ligue universitaire, ainsi que le meilleur duo de running backs du pays, Samaje Perine (1060 yards à la course, 12 TDs) et Joe Mixon (1274 yards à la course, 10 TDs ; 538 yards à la réception, 5 TDs), ont quitté le campus de Norman pour la NFL. Il sera virtuellement impossible de remplacer leur production dans l’immédiat. Toutefois, Lincoln Riley peut compter sur un joueur ayant terminé les deux dernières années dans le dernier carré du vote pour le Heisman Trophy, le quarterback senior Baker Mayfield (3965 yards à la passe, 40 TDs, 8 INTs). La seule nouvelle de son retour à Oklahoma plutôt que la ligue professionnelle, ainsi que le retour de l’ensemble des titulaires d’une des meilleures lignes offensives du pays, assure aux Sooners une animation offensive aux petits oignons, relativement identique aux années précédentes. On pourrait également voir le talentueux sophomore Kyler Murray, disponible cette saison après un transfert en provenance de Texas A&M, sur le terrain lors de certaines formations.

(Crédit photo : Kevin Jairaj-USA TODAY Sports)

L’attaque compte en tout le retour de neuf titulaires, mais le boulot ne manque pas afin de dénicher de nouvelles armes offensives. Les receveurs et les coureurs ont perdu leurs étoiles. Le tight end junior Mark Andrews, possiblement le meilleur joueur de la nation à son poste, devient le leader aérien de manière logique (489 yards à la réception, 7 TDs) avec le départ d’un superstar et de Geno Lewis. Oklahoma peut tout de même compter sur l’arrivée du senior Jeff Badet en transfert de Kentucky, ainsi que le senior Jeffery Mead et le sophomore Marquise Brown. La profondeur et l’expérience ne peut être remise en question et devrait conserver une escouade des plus solides, bien qu’elle devienne moins performante du fait d’un manque d’une présence transcendante. Les chaussures seront en revanche beaucoup plus compliquée à remplir chez les running backs. Les deux sophomores et anciennes recrues 4-étoiles, Rodney Anderson et Abdul Adams, forment une paire prometteuse mais dont on n’a encore rien vu. Ils devront se montrer capable de tenir la baraque et de conserver une multiplicité qui a permis à l’attaque des Sooners de tutoyer les sommets.

Oklahoma présente une foule d’options offensives qui mélangent expérience et talent au sein de l’ensemble des positions. En l’absence de commodités transcendantes, on ne peut qu’apprécier une telle situation. Lincoln Riley est très certainement l’homme de la situation afin de pouvoir tirer un maximum d’armes du calibre actuel, surtout au sein d’un système Air Raid.


Il faudra une meilleure défense pour jouer le titre national

Imaginez, à quelques années près, Oklahoma aurait pu compter sur Lincoln Riley en tant que coordinateur offensif et Brent Venables en tant que coordinateur défensif. Le destin n’a pas choisi de réunir deux des meilleurs assistants du pays. Bob Stoops a laissé Clemson débaucher son ancien boss en défense, qu’il a remplacé par son frère Mike Stoops pour des résultats mitigés depuis cinq ans. Il doit tout de même affronter d’excellentes attaques à longueur d’année, à sa décharge.

Une défense alternant entre le solide et le bon suffit à Oklahoma pour empocher des titres de conférence Big 12 au côté d’une telle attaque. Mais un programme de cette envergure vise des titres nationaux et cela n’est clairement pas suffisant ; d’autant plus si l’on se base sur le niveau de l’an passé. Mike Stoops semble désormais se diriger vers un alignement 4-3 afin de s’accorder avec son effectif. Mais est-ce que ce sera suffisant pour retrouver des performances plus élevées ?

La ligne défensive est devenu le point faible des Sooners après le départ de pièces importantes ces dernières années. Elle perd aujourd’hui de nombreux contributeurs après que les blessures aient frappé durement l’équipe en 2016 ; toutefois, aucun d’entre eux n’est véritablement irremplaçable. Le defensive/nose tackle sophomore Neville Gallimore a montré bien des promesses lors de sa première saison universitaire et peut émerger comme une ancre au centre de la ligne. Autour de lui graviteront des pièces expérimentés en Matthew Romar et D.J. Ward ainsi que des jeunes joueurs talentueux en Kenneth Mann et Mark Jackson Jr. La ligne défensive ne devrait pas être folle, une nouvelle fois, mais les linebackers peuvent prendre le relais de fort belle manière. Le senior Ogbonnia Okoronkwo (71 plaquages, 9 sacks, 3 TFLs) est possiblement le meilleur pass-rush de la conférence et peut compter au centre du terrain sur le senior Emmanuel Beal et le talentueux sopohmore Caleb Kelly afin de combler le départ de l’excellent Jordan Evans (98 plaquages, 2.5 sacks, 7.5 TFLs, 8 passes défendues, 4 INTs). En somme, un front-seven qui performe régulièrement bien face à la course ne devrait subir de grands changements dans sa productivité.

(Crédit photo : Siandhara Bonnet-The OU Daily)

A l’inverse, il semble probable que le secondary puisse progresser substantiellement en cette nouvelle saison. Oklahoma perd le free safety Ahmad Thomas mais conserve le reste des titulaires, qui se sont révélés les plus performants. Certes, bien que les Sooners aient montré quelques faiblesses en défense de la passe l’année dernière, la superbe paire composée du cornerback senior Jordan Thomas (17 passes défendues, 2 INTs) ainsi que du safety senior Steven Parker (3 TFLs, 4 passes défendues, 2 INTs) pourrait faire de gros dégâts, qui plus est accompagnés du sophomore Jordan Parker. Cette triplette détient la capacité de retrouver les premiers rangs en terme d’efficacité défensive, ce qui serait une bonne nouvelle pour l’ensemble de la défense. Tout d’abord, cela marquerait la fin des largesses défensives et cela pourrait également dire que le pass-rush est efficace. Le baromètre des Sooners se situe souvent vers les lignes arrières.

Avec un tel retour de titulaires et de talent associés, il ne semble pas concevable d’imaginer une seconde régression défensive de suite. Mais cela n’indique pas nécessairement une bonne nouvelle. Le manque de joueurs réellement dominateurs mettent une limite à la progression de cette escouade, si tenté qu’il y en ait une. Le niveau actuel d’Oklahoma en défense n’est pas un souci lors des matchs de conférence ; mais sans hausse de niveau plus ou moins significative, les Sooners se heurteront (encore) à un mur lors des échéances nationales majeures.


Pronostics de performance

La perte de Bob Stoops aura un impact sérieux sur le recrutement ainsi que sur la gestion de l’effectif d’Oklahoma ; ces dynamiques seront toutefois visibles sur le long terme. Mais à court terme, les Sooners ne devraient pas vivre de transitions importantes et complexes. Lincoln Riley a beau être très jeune pour un head coach, il possède déjà une belle expérience en tant qu’assistant et les systèmes offensifs qu’il a installé sur le campus de Norman n’ont aucun secret pour lui. La production sur le terrain ne devrait pas non plus souffrir rien qu’avec le retour de Baker Mayfield au poste de quarterback.

Ce n’est pas aux vieux singes que l’on apprend à faire la grimace. Bob Stoops sait ce qu’il faisait en passant le flambeau à Lincoln Riley avec un tel timing. 19 saisons à Oklahoma restent un bagage considérable et extrêmement dur (si ce n’est impossible) à égaler. Mais le nouveau boss à Norman possède d’autres cordes à son arc et ce n’est pas comme si les structures du programme de football sont bancales voire même à reconstruire. Cette saison peut être un excellent moment pour les mettre en action, en considérant qu’une majorité de titulaires sont aujourd’hui seniors.

Un test immense se présente dès la deuxième semaine de compétition avec un déplacement sur le campus d’Ohio State. Cela peut être le seul match du calendrier d’Oklahoma face à un concurrent d’envergure nationale, mais le fait que celui-ci arrive si tôt dans la saison ne devrait pas permettre d’observer un effectif à son plus haut niveau. Toutefois, les Sooners ont des comptes à régler à la suite de la lourde défaite de l’an dernier et l’équipe visiteuse a toujours gagné lors de cette série. Lincoln Riley aura tout de même d’autres moments pour se mettre en évidence en septembre et octobre, avec des voyages intéressants à Baylor et Kansas State.

On attend vraiment qu’il justifie toutes les attentes placées en lui aux deux rencontres cruciales de l’année d’Oklahoma : le déplacement à Dallas pour le Red River Showdown face à Texas et le Bedlam Game sur le campus d’Oklahoma State. Ces matchs détermineront à coup sur la perception et la saison de ces nouveaux Sooners, notamment la rivalité avec les Longhorns et la nouvelle confrontation avec Tom Herman. Deux victoires et un troisième titre de conférence consécutif Big 12 semble assuré. Lincoln Riley doit faire face à plus d’un challenge avant d’en arriver là, que ce soit en attaque ou en défense, mais rien n’indique qu’il ne puisse pas réussir.

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