Une nouvelle saison de football universitaire s’approche et Midnight on Campus vous propose un stage de préparation adéquat. Avec l’aide des travaux de Bill Connelly et de Phil Steele, plongez au cœur des principales équipes et conférences grâce à une foule de présentations complètes et précises.

Alabama reste Alabama, que dire de plus. Nick Saban a instauré un standard d’excellence avec le Crimson Tide qui n’était encore jamais vu dans l’histoire du football universitaire et il semble surpasser ses propres exploits à chaque nouvelle saison. Aucune autre équipe ne domine son sujet, avec une telle constance, comme Alabama. 

On se demande toujours à quel moment cette armure invincible tombera. Ce moment peut être venu : il doit travailler avec un quatrième coordinateur offensif en trois ans, un troisième coordinateur défensif en quatre ans et il n’a empoché que la 5ème meilleure classe de recrutement en février dernier (https://247sports.com/Season/2018-Football/CompositeTeamRankings), loin des 1ères et 2èmes places que l’équipe trustait jusque-là. Et puis on se souvient que Alabama a remporté son cinquième titre national en neuf ans (!) grâce au coup de poker le plus osé de la carrière de Nick Saban (http://midnightoncampus.com/freshmen-se-charges-dilluminer-finale-tua-tagovailoa-entre-legende-dalabama/).

Il vaut mieux parier pour une extension du College Football Playoff que de parier contre le Crimson Tide. Les écueils existent et l’équipe a trébuché à plus d’une reprise dans l’histoire récente, mais sa force est de se relever plus fort à chaque fois. Alabama est moins seul au sommet de la conférence SEC avec l’émergence de Georgia dans l’élite avec Kirby Smart, l’excellence retrouvée à Auburn et deux des meilleurs head coaches en activité embauchés à Texas A&M et Florida.

Les récents changements dans la paysage de la conférence SEC n’effrayent pas Nick Saban. Seul Alabama est capable de provoquer sa propre chute à n’importe quelle semaine, et le Crimson Tide propose (encore une fois) une des toutes meilleures équipes du pays pour se succéder à soi-même au plus haut niveau de la hiérarchie. 

 

Un cinquième titre national en neuf ans pour Alabama

 

La dynastie d’Alabama n’a montré (presque) aucun signe de faiblesse en 2017. Les hommes de Nick Saban se sont qualifiés pour le College Football Playoff sans pour autant participer, et a fortiori, remporter le titre de conférence SEC. Ils ont récupéré la dernière place qualificative et ce n’était même pas passé pour un hold-up. Cela montre bien que le Crimson Tide n’a laissé aucune place au doute au cours de la saison régulière. 

Tout s’est déroulé à la perfection jusqu’à un Iron Bowl manqué. Une ouverture de saison impressionnante contre #3 Florida State (24-7), des claques infligées à Ole Miss (66-3), Arkansas (41-9), Tennessee (45-7) et #18 LSU (24-10), ainsi que des déplacements compliquées à Texas A&M (27-19) et #19 Mississippi State (31-24) où le Crimson Tide s’en est sorti à l’expérience. L’équipe n’était toujours pas tombé de son piédestal, ce que le déplacement à Auburn a corrigé dans la douleur et la déception. Alabama disait alors au revoir à son titre de division West et son titre de conférence SEC.

 

 

Malgré cette contre-performance au Jordan-Hare Stadium, Alabama s’est qualifié pour le College Football Playoff avec une seule défaite au compteur et un moral piqué au vif. Et le Sugar Bowl a servi de 3ème confrontation en autant de saisons dans le dernier carré face aux Tigers de Dabo Swinney. Nick Saban voulait sa revanche après un CFP Championship Game perdu en 2016 à la dernière seconde contre Clemson ; et il l’a obtenu. Le Crimson Tide n’a laissé aucune chance aux champions nationaux en titre (24-6) pour apparaitre à une 5ème finale en 7 saisons.

Et puis le moment culminant de la saison s’est déroulé devant nos yeux ébahis. Nick Saban s’est confronté à son ancien disciple, Kirby Smart, réalisant aujourd’hui des miracles à Georgia. Les deux équipes se sont échangés coup pour coup pendant le temps réglementaire et ont été obligé de se départager en prolongation. Et puis sur un 2nd&26, Tua Tagovailoa s’est connecté avec DeVonta Smith pour un touchdown de 41 yards couronné d’or. 

 

Une bataille de quarterbacks très rare entre Jalen Hurts et Tua Tagovailoa

 

Les quarterbacks ne se sont jamais réellement mis en avant à Alabama. Ils ne sont jamais la pierre angulaire de l’attaque et il n’existe jamais de compétition intense pour trouver le titulaire. Et puis cette dynamique a changé à l’intersaison. Le junior Jalen Hurts et le sophomore Tua Tagovailoa se battent toujours pour le poste à l’heure actuelle avec une tension inédite sur le campus de Tuscaloosa. 

Il faut dire que les deux hommes sont devenus des pièces extrêmement importantes de la réussite offensive. A la barre depuis deux saisons, Jalen Hurts est le prototype du quarterback que recherche Nick Saban : précautionneux avec le ballon, intelligent et capable d’étirer les séries sur 3rd down (avec ses jambes). Il n’a peut-être que lancé pour 2.081 yards au cours de la saison, mais les 17 TDs pour une seule INT est la raison de la confiance de son head coach. Il a montré sa valeur, il possède une expérience rare pour un quarterback du Crimson Tide, et c’est pour cela qui fait figure de favori pour conserver son poste de titulaire.

Mais derrière lui arrive à pleine vitesse une jeune pousse incroyablement talentueuse. Le sophomore Tua Tagovailoa a été lancée à la mi-temps d’une finale nationale afin de remplacer Jalen Hurts, mangé par la défense des Bulldogs. Nick Saban ne réalise jamais de telles prises de risque et celle-ci a payé au plus haut point. Tua Tagovailoa s’est illustré magistralement et a remporté le titre national avec les qualités qui le caractérisent : des instincts hors norme accompagné d’un excellent bras, malgré une propension à commettre des erreurs (turnovers et jeux négatifs).

(Crédit photo : Kevin Jairaj-USA TODAY Sports)

La bataille fait rage entre les quarterbacks et rien n’est encore joué, pour l’un et pour l’autre. Le coordinateur offensif Mike Locksley, arrivé à Tuscaloosa en 2016 après deux périodes très moyennes à New Mexico et Maryland, devra décider d’un choix lourd de conséquences. Sa propre présence demeure également une énigme. La prise de position puis le départ de Brian Daboll au bout d’une saison s’est déroulée sans véritable heurt ; il faudra voir si son insertion en tant que coordinateur peut se faire sans régression offensive.

De toute façon, le jeu aérien ne devrait pas souffrir des cibles présentes. Alabama possède actuellement une des meilleures escouades de receveurs de son existence et cela malgré le départ de Calvin Ridley pour la NFL (63 réceptions, 967 yards, 5 TDs). Trois sophomores 4- et 5-étoiles avec un potentiel quasi-infini s’échangeront les ballons : Jerry Jeudy (14 réceptions, 264 yards, 2 TDs), Henry Ruggs (12 réceptions, 229 yards, 6 TDs) et DeVonta Smith (8 réceptions, 160 yards, 3 TDs). 

Les trois larrons ne combinent que 33 réceptions en carrière, mais un tiers sont des touchdowns et la majorité des jeux explosifs. Difficile de ne pas attendre de grandes choses d’un trio qui pourrait empoisonner la conférence SEC dans le futur.

 

Le running back Damien Harris demeure une valeur sure

 

S’il existe quelques zones d’ombre au niveau de l’attaque aérienne, tout va pour le mieux au sein du jeu de course. L’imposant Bo Scarbrough (124 portées, 596 yards 8 TDs) a peut-être quitté l’équipe pour un avenir professionnel, mais que tout le monde se rassure, le véritable tracteur de l’animation au sol est toujours présent avec Damien Harris (135 portées, 1.000 yards, 11 TDs).

Le running back senior vient de conclure deux saisons consécutives à plus de 1.000 yards courus malgré un partage de ballons assez conséquents avec Bo Scarbrough et surtout Jalen Hurts (154 portées, 855 yards, 8 TDs). Damien Harris continuera de porter un grande pression sur ses épaules et il sera épaulé cette année, quelque que soit le quarterback, par le sophomore 5-étoiles et ancienne meilleure recrue du pays, Najee Harris, ainsi que par la version parfaite d’un running back sur 3rd down par l’intermédiaire du junior Josh Jacobs. 

(Crédit photo : AP Photo-Butch Dill)

Les options au poste de running back sont légion, comme d’habitude, et ils pourront compter sur une ligne offensive inchangée. En guise de seul départ, l’excellent centre Bradley Bozeman évolue aujourd’hui en NFL et il sera remplacé sans aucune régression par le tout aussi bon senior Ross 

Pierschbacher, titulaire depuis trois ans au poste de guard. Deux guards 4-étoiles (presque 5-étoiles) le supporteront et les deux tackles, le junior Jonah Williams et le sophomore Alex Leatherwood, composent peut-être la meilleure paire de tackles du pays. 

Avec un total de 103 titularisations, cette ligne offensive est fort possiblement la meilleure ligne du pays et elle devrait continuer à terrasser la ligne de scrimmage pour une énième saison consécutive. 

 

Autant de retours que de pertes sur le front-seven

 

La surpuissance défensive est ce qui a propulsé Alabama sur les devants de la scène nationale, et la domination outrageuse du front-seven est devenue la marque de fabrique de l’équipe. 2017 n’a pas échappé à la règle (pourrait-on dire la norme) et il faut maintenant compter sur la perte de deux joueurs pour la ligue professionnelle, un ratio annuel pour le Crimson Tide. 

Mais n’ayez aucune crainte, les remplaçants sont tout aussi talentueux et prometteurs que leurs prédécesseurs et le nouvel entraineur en charge de la ligne défensive n’est autre que Craig Kuligowski, considéré comme le meilleur assistant du pays à cette position (notamment pour générer du pass-rush). C’est une magnifique nouvelle pour le junior Raekwon Davis (69 plaquages, 8.5 sacks) qui se positionne en tant que pass-rusher avec des mensurations supérieures aux nose guards de l’équipe. Le senior Isaiah Buggs remplace au pied levé De’Shawn Hand pour servir d’ancre face aux courses adverses et le sophomore Quinnen Williams (2 sacks, 4.5 TFLs en réserve) s’annonce comme la prochaine star du groupe.

(Crédit photo : AP Photo-Butch Dill)

La ligne défensive sera au moins aussi bonne que celle de l’an passé. En revanche, le groupe de linebackers devrait très certainement progresser de son côté. Les blessures les ont empêché de briller l’an passé, comme il est dans leurs habitudes, mais le retour de 7 joueurs avec expérience rend cet escadron très dangereux. Les vedettes Rashaan Evans (74 plaquages, 6 sacks, 7 TFLs) et Shaun Dion Hamilton (40 plaquages, 5.5 TFLs) doivent être remplacés et les retours du junior Anfernee Jennings (6 TFLs), du junior Mack Wilson (2.5 TFLs, 4 INTs) et du sophomore Dylan Moses (5.5 TFLs en réserve) complèteront parfaitement les trous.

A ce trio faut-il encore prendre en compte les futures stars du Crimson Tide qui tâteront du terrain pour leurs première minutes de jeu significatives. Le sophomore Ben Davis et le true freshman Eyabi Anoma, tous deux recrues 5-étoiles, sont des noms à garder à l’esprit et serviront de second rideau de luxe. Une autre bonne nouvelle pour les linebackers ? Leur précédent entraîneur, Tosh Lupoi, est devenu le coordinateur défensif à l’intersaison. Il existe une bonne chance que cette troupe terrorise ses adversaires.

 

Et si le secondary montrait enfin des faiblesses ?

 

Entraineur des defensive backs de formation, Nick Saban a toujours mis un point d’honneur à posséder une défense aérienne imperméable à toute épreuve et c’est ce qui fait la différence dans le football moderne. Malheureusement, les cinq meilleurs éléments du secondary de la saison passée ne sont plus présents sur le campus de Tuscaloosa et cette escouade se présente clairement comme le point faible de l’équipe toute entière.

Minkah Fitzpatrick (8 TFLs, 8 passes défendues, INT), lauréat du Jim Thorpe Award récompensant le meilleur defensive back de la ligue, doit laisser sa place au même titre que son compère safety Ronnie Harrison (74 plaquages, 2.5 sacks, 3 TFLs, 4 passes défendues, 3 INTs), que les cornerbacks Levi Wallace (15 passes défendues, 3 INTs) et Anthony Averett (8 passes défendues, INT) ainsi que le nickelback Hootie Jones. Ces départs sont extrêmement lourds et les remplaçants ne possèdent pas vraiment d’expérience. 

(Crédit photo : Marvin Gentry-USA TODAY Sports)

Les deux safeties attendus aux postes de titulaire, le junior Deionte Thompson et le sophomore Xavier McKinney, ont respectivement participé à 14 et 13 matchs en tant que remplaçant en 2017 et seront les cautions expérimentées du backfield défensif. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle, sauf que les nouveaux cornerbacks sont bourrés de talent. Le junior Saivion Smith, 2ème meilleure recrue en provenance de JUCO, peut être titularisé à Alabama dès aujourd’hui alors qu’autour de lui graviteront le freshman 5-étoiles Patrick Surtain Jr., le junior Trevon Diggs et une flopée de recrues talentueuses. 

La situation n’est pas encourageante, et malgré des joueurs brillants qui ne font qu’attendre l’heure où ils exploseront sur la scène nationale, la défense aérienne ne devrait pas être impériale. Attendez-vous à voir des failles.

 

Des équipes spéciales moyennes perdent leurs deux botteurs

 

Alabama n’a jamais développé d’équipes spéciales particulièrement bonnes, ce qui s’est régulièrement retourné contre lui. La tâche principale des punt et kick returners est de ne pas perdre le ballon tout en évitant les gains négatifs. Les contributeurs de la saison passée reviennent dans l’équipe et le purs athlètes ne manquent pas. Aucune raison de s’inquiéter.

Par contre, le Crimson Tide doit considérer la perte de son solide kicker titulaire, Andy Pappanastos (18/25 FGs), mais surtout de son excellent punter, J.K. Scott (40.0 yards de moyenne par punt, 27 punts dans les 20 yards adverses). Le senior Austin Jones, arrivé de Temple sur transfert (33/40 en 2015 et 2016, blessé en 2017), est en compétition avec le freshman Joseph Bulovas pour le poste de kicker titulaire. Un homme solide devrait certainement, ce que l’on ne peut pas assurer pour le poste de punter, qui semble revenir au freshman Skyler DeLong.

 

Ecrivez déjà le Crimson Tide au College Football Playoff

 

Alabama a remporté 4 titres de conférence SEC en 6 ans. Malgré la perte de sa couronne en 2017, l’université est arrivée à se qualifier pour le College Football Playoff, remporté au terme d’une rencontre qui est déjà devenue un classique. Une poignée d’équipes peut se targuer de posséder le même niveau que le Crimson Tide et pronostiquer cette équipe hors du dernier carré est un choix plus risqué que le contraire.

Deux des meilleurs quarterbacks de la dernière décennie (de l’histoire ?) sur le campus de Tuscaloosa se battent en duel pour obtenir le poste de titulaire tandis que le reste de l’attaque devrait continuer à dominer son sujet. Damien Harris s’inscrit dans le droite lignée de joueurs historiques tels que Eddie Lacy, T.J. Yeldon et Derrick Henry. Et point souvent oublié mais terriblement crucial dans le système de Crimson Tide, la ligne offensive devrait se révéler plu dominatrice que jamais, en se classant potentiellement comme la meilleure ligne du pays.

On ne se pose pas non plus trop de questions quant à la survie du front-seven, qui retrouve toujours un lot incroyable de playmakers malgré les départs pour la ligue professionnelle. Raekwon Davis, avec l’aide de Craig Kuligowski, pourrait même s’inviter dans la course au Heisman Trophy s’il continue sur la lancée dévastatrice que l’on a entrevu en 2017. ll faudra bien cela pour que le secondary survive et tienne un niveau proche de l’excellence des années passées. Les pertes sont (très) lourdes et les remplaçants n’inspirent (pour le moment) pas pour leurs prédécesseurs.

Et malgré les questions que l’on se pose, AlabamaJamie Squire/Getty Images est le favori pour retrouver son titre de conférence SEC avec un record invaincu, qui plus est. 

Sérieusement, le Crimson Tide est donné vainqueur pour l’ensemble de ses rencontres. L’ouverture de saison à Atlanta face à Louisville se déroulera comme une formalité. Jusqu’à fin octobre, les déplacements à Ole Miss, Arkansas et Tennessee et les réceptions de Texas A&M et Missouri peuvent laisser penser à (au moins) un upset, mais lorsque l’on connait la préparation d’une équipe de Nick Saban, on se permet de douter immédiatement. Seul le mois de novembre, à l’instar de la saison passé, peut ouvrir certains doutes. 

Alabama peut trébucher lors de son voyage dans le « Death Valley » de LSU, mais depuis sa prise de position, cela n’est arrivé qu’une seule fois en 2010. Mississippi State se présente comme la troisième meilleure équipe du calendrier et les Bulldogs doivent se rendre au Bryant-Denny Stadium en plein novembre. Vous connaissez la chanson. Et enfin, pour conclure la saison, le mythique Iron Bowl contre Auburn. Les Tigers seront les adversaires les plus coriaces du Crimson Tide et encore une fois, la rencontre se jouera sur le campus de Tuscaloosa.

Si une défaite doit se produire, ce serait certainement contre l’ennemi juré de l’Etat de l’Alabama. Et encore, le Crimson Tide peut donner une fessée à Auburn. Tout porte à croire que Alabama se dirige vers une revanche contre Georgia en finale de conférence SEC. 

 

Le « hot take » de la rédaction :

 

« Hot take » et Alabama sont des termes complètement antinomiques. Il faut tout de même se prêter au jeu et si l’on est logique, il existe une chance pour que le Crimson Tide manque le titre de conférence SEC et une qualification pour le College Football Playoff.

Statistiquement, ceci est plausible. Réalistiquement ? Pas du tout. Le Crimson Tide demeure une équipe largement au-dessus de la norme, entre un système huilé et perfectionné par des joueurs tous plus talentueux les uns que les autres. Comme la saison dernière l’a montré, il faudrait un sacré coup du sort pour que Alabama manque le College Football Playoff. 

Aucune équipe n’a participé au College Football Playoff avec deux victoires et on n’arrive déjà pas à en trouver une. Voilà, c’est tout ce qu’il faut savoir.