En tête de la conférence MAC, Buffalo fait partie des meilleurs programmes du Group of Five à l’heure actuelle.

A Midnight on Campus, on possède un faible pour les programmes dits “secondaires”, qui n’appartiennent pas aux conférences les plus cotées. En football universitaire, les équipes du Group of Five tiennent une place toute particulière dans notre cœur.

On y retrouve par exemple UCF, qui, fort de ses 19 succès consécutifs, met grandement en avant les mid-majors, souvent décriés à tort pour leur manque de compétitivité. Mais cette saison, outre les Black Knights, une autre université fait la part belle au Group of Five en dominant la conférence MAC: Buffalo.

Les Bulls se montrent effectivement impressionnants avec un record de six victoires et une petite défaite (3-0 en conférence). La recette qui fonctionne du côté de Buffalo ? Un head coach qui mérite beaucoup plus de considération, un duo surprenant en attaque et une place tout particulière réservée à la jeunesse.

 

Lance Leipold, un nom à retenir

 

Gravir les échelons, petit à petit. Tel est le credo de Lance Leipold, le head coach des Bulls.

Ancien joueur d’un programme évoluant en Division III, il a su accumulé de l’expérience au sein de programmes d’échelons différents et, surtout, aux plans de jeu très hétérogènes. C’est ce qui fait sa force aujourd’hui à la tête de Buffalo. En tant que head coach complet, il gère très bien les deux côtés du terrain avec son staff. Les Bulls sont classés dans le Top-45 national en termes de points marqués et encaissés.

A la sortie de son cursus universitaire, Lance Leipold décide tout de suite de se lancer dans une carrière d’entraîneur. Il intègre le coaching staff des Warhawks de Wisconsin–Whitewater, en 1987, juste après avoir raccroché les crampons. Situé à l’ouest de Milwaukee, l’université n’était pas réputée comme un programme d’envergure en Division III malgré plusieurs titres de conférence à son palmarès.

Par la suite, Lance Leipold change de dimension en rejoignant Wisconsin et le légendaire Barry Alvarez, en 1991. Evidemment, l’inexpérimenté coach démarre tout en bas de l’échelle chez les Badgers en étant graduate assistant. Il n’y reste d’ailleurs que très peu de temps puisqu’il rejoint un programme de Division II, Nebraska–Omaha, deux ans après. Mais ne vous y méprenez pas, même à ce niveau, il demeure simple assistant.

C’est seulement 10 ans plus tard, et après un passage rapide du côté de Nebraska, qu’il devient enfin coordinateur d’une équipe, de retour à Nebraska–Omaha. Après 20 ans à traverser le Midwest, il saute sur l’occasion de rejoindre son université de cœur, Wisconsin–Whitewater, en 2007.

S’en suit une légendaire épopée en Division III où Lance Leipold se fera un grand nom.

En huit saisons, le head coach remporte sept titres de conférence et participe à sept finales nationales… avec six trophées de champion à la clé ! Mener un programme au palmarès national du néant à six titres est quelque chose d’exceptionnel, même à ce niveau, et surtout lorsqu’on est pour la première de sa carrière au poste de head coach.

D’autant plus que Lance Leipold a atteint les 100 victoires en seulement 106 rencontres, record all-time en NCAA. Cela est beaucoup plus parlant pour se faire une idée des compétences du Monsieur.

De manière juste, il est enfin récompensé en signant en Division I à Buffalo en 2015.

Les deux premières saisons ont été dures avec seulement 7 victoires en deux saisons, mais les dirigeants ont eu confiance en lui en le prolongeant d’une saison supplémentaire. Et force est de constater qu’ils ont fait le bon choix.

Après une expérience à tous les échelons sportifs universitaires, Lance Leipold est aujourd’hui en train de se positionner comme un head coach de référence dans le Group of Five à la tête de Buffalo. Avec six succès, les Bulls sont éligibles à un Bowl, ce qui leur est arrivé que deux fois dans l’Histoire du programme (pour aucun succès).

Rémunéré seulement $455.500 à l’année, Lance Leipold fait partie des head coaches les moins bien payés du pays et pourtant, il réalise un des meilleurs travaux sur cette première partie de saison.

 

Jackson – Osborn : un duo offensif surprenant

 

L’attaque aérienne n’enregistre que 222 yards par match certes (8e de la conférence), mais elle a déjà inscrit 18 touchdowns (2e). Le jeu de course tient une place importante dans les jeux appelés par Lance Leipold, mais le jeu a aérien est énormément utilisé pour conclure les séries.

Et à l’origine de cette efficacité en red-zone (16e du pays), un duo surprenant que personne ne voyait véritablement exploser à un tel niveau.

D’un côté, Tyree Jackson, un quarterback très atypique.

Alors qu’il mesure 2m02, c’est un QB double-menace (!) qu’il est difficile de stopper une fois lancé. Sur le jeu au sol, il a eu du mal à se montrer très efficace sur les premiers matchs de la saison, mais face à Akron (57 yards, TD), il a accumulé les yards. Très longiligne, il n’est pas des plus rapides ou des plus vifs, mais ses grandes jambes lui donnent un immense avantage sur ses vis-à-vis.

Concernant son jeu de passe, il n’est pas non plus le plus précis (57% de passes complétées), mais Lance Leipold a réussi à faire de lui un véritable playmaker. Les systèmes sont basés sur ses aptitudes physiques, à savoir une protection de qualité avec une ligne offensive souvent soutenue par le tight end Tyler Mabry. Résultat, les Bulls sont la seule équipe de NCAA à n’avoir concédé qu’un seul sack cette saison.

Avec une poche élargie, Tyree Jackson peut facilement se déplacer et sa taille lui permet de voir loin dans la profondeur. Un paquet de ses lancers sont donc pris en mouvement, ce qui ne lui pose aucun problème.

Auteur de six touchdowns, K.J. Osborn est quant à lui la cible préférentielle de Tyree Jackson.

Si en début de saison, on voyait davantage Anthony Jackson se muer en leader dans l’escouade de receveurs, le junior a également toute la confiance de son head coach. Dans un rôle d’électron libre, il est souvent trouvé sur des tracés secondaires. Son quarterback ayant du temps pour lancer, il fait la différence sur un laps de temps allongé.

Classé 29e en FBS avec 86.6 yards de moyenne par match, il excelle aussi dans les screen pass où sa capacité d’esquive est un atout pour écœurer les adversaires.

 

Une jeunesse à haute responsabilité

 

Si Lance Leipold est un head coach qui mérite bien plus de crédit, c’est également car il donne sa chance aux jeunes joueurs.

Derrière le bilan quasi-parfait des Bulls se cachent en réalité des freshmen et sophomores qui n’auraient pas forcément le même temps de jeu dans un autre programme. Symbole de ce mode de fonctionnement, les running backs Kevin Marks et Jaret Patterson incarnent le nouveau visage de Buffalo.

Combien d’équipes se reposent sur un duo de freshemen pour mener son jeu au sol ? Ils se comptent sûrement sur les doigts d’une main. Encore une fois, Lance Leipold gère parfaitement chacun de ses deux protégés en alternant les temps de jeu de manière équilibré, conscient qu’il peut exploiter leurs points forts au maximum.

Du côté défensif, de jeunes joueurs ont également des rôles importants, à l’image de James Patterson (35 plaquages et 4 TFLs), qui n’est autre que le frère jumeau du running back. Le linebacker est une pile électrique qu’il est difficile de contenir. Il a tendance à se jeter un peu trop sur certains jeux, mais sa vision de jeu est naturelle chez lui.

Tous les deux classés 2-étoiles, les jumeaux Patterson fournissent aujourd’hui un travail monstre. Lance Leipold peut se féliciter d’avoir dénicher ses deux talents bruts.

Toujours en défense, des joueurs tels que Taylor Riggins (3 sacks) et Chibueze Onwuka (1.5) sur la ligne ou encore Aapri Washington (16 plaquages et une interception) et Tyrone Hill (18 plaquages) dans le secondary apportent par ailleurs.

Pour présenter le magnifique début de saison de Buffalo, nous aurions pu parler de joueurs cadres comme Charles Harris ou Cameron Davis, mais la présence de ces freshmen et sophomores est ce qui fait des Bulls un programme particulier qui s’appuie énormément sur des joueurs inexpérimentés.

Lance Leipold est évidemment à l’origine de ces décisions.

Le head coach commence à se faire un nom au niveau FBS et nous conseillons fortement de garder un œil sur lui pour les années à venir, d’autant plus que les freshmen qui performent aujourd’hui pourraient être encore plus impressionnants dans un ou deux ans.

Concernant le court terme, Buffalo possède les armes pour remporter la MAC. Dans notre présentation de la conférence à l’intersaison, nous avions prévenu que les Bulls pouvaient surprendre. Aujourd’hui, ils sont clairement en bonne posture.

Le déplacement à Toledo ce samedi (18h) sera sûrement la rencontre la plus importante de la saison régulière.