Dabo Swinney est confronté à un sérieux dilemme avec ses quarterbacks.

Être le head coach d’un programme de gros calibre n’est pas toujours si facile.

C’est l’un des désavantages de recruter les meilleurs joueurs du pays, il faut faire des choix et ne pas hésiter à mettre sur la touche un joueur qui pourrait être une pièce maîtresse dans 80% des autres équipes du pays.

A Clemson, Dabo Swinney doit faire face à un problème de cette nature.

Effectivement, à l’instar de la compétition de quarterbacks d’Alabama (Tua Tagovailoa et Jalen Hurts) ou encore de Georgia (Jake Fromm et Justin Fields), le head coach des Tigers a entre ses mains deux très bons quarterbacks en Kelly Bryant et Trevor Lawrence.

Le premier nommé, titulaire la saison passée (2802 yards à 65.8% de taux de passes complétées, 13 touchdowns et 8 interceptions) offre davantage de possibilités dans le playbook de par son profil double-menace (665 yards et 11 touchdowns à la course en 2017), contrairement à son coéquipier true freshman.

Meilleur lycéen de la classe de recrutement de 2018, Trevor Lawrence est doté d’un bras d’exception en tant que pro-style quarterback. Donnez lui une bonne ligne et les passes seront millimétrées.

Viens alors une problématique fondamentale qui pourrait définir la saison de Clemson, candidat très sérieux au titre national : qui pour mener l’attaque ?

Privilégier l’expérience à la jeunesse ou s’appuyer sur les points forts de chacun en les faisant jouer tous les deux comme lors de ce début de saison ?

 

Kelly Bryant s’intègre parfaitement avec l’attaque mise en place

 

Certes, Kelly Bryant ne fait pas partie des tout meilleurs lanceurs du football universitaire. Néanmoins, ses aptitudes collent très bien avec ce dont a besoin Clemson.

Quelque peu critiqué pour son manque de propreté dans son jeu de passe la saison passée, le senior semble avoir progressé dans ce domaine même s’il est évidemment trop tôt pour l’affirmer.

Face à Texas A&M ce week-end (victoire 28-26), il a réalisé l’une de ses meilleures performances à la passe de sa carrière. Alors que Trevor Lawrence avait débuté la partie en tant que titulaire, Kelly Bryant a pris le relais pour permettre à Clemson de souffler dans un match très tendu.

Dans un premier temps, il a mené son attaque sur un drive de 70 yards rondement mené en quatre jeux pour prendre 15 longueurs d’avance au tableau d’affichage (21-6). Puis dans un second temps, il a une nouvelle permis à son équipe de souffler alors que les Aggies mettaient une pression folle grâce à un nouveau drive de 75 yards qu’il a su géré parfaitement (28-13).

Au final, avec 205 yards (12/17, 12.1 yards de moyenne) et un touchdown lancé, il a rendu une copie propre qui offre de nouvelles perspectives.

 

 

En effet, Clemson ne peut être que content de voir Kelly Bryant performer même si le talentueux Trevor Lawrence peut sembler bien meilleur aux yeux de certains. Les Tigers n’ont pas forcément besoin d’un quarterback capable de lancer d’énormes bombes dans la profondeur pour se connecter loin avec ses receveurs.

Clemson a besoin d’un quarterback capable de distribuer le ballon de manière simple mais efficace. Des avancées de 5, 6 ou 7 yards suffisent amplement et Kelly Bryant est très bon dans ce domaine. Dabo Swinney préférera toujours progresser lentement et sûrement sur le terrain plutôt que de prendre des risques inutiles. Non pas que Trevor Lawrence ne peut pas le faire également, mais Kelly Bryant est mieux armé pour le faire à ce jour.

D’autant plus qu’il peut lui aussi envoyer quelques big plays intéressants comme il l’a montré face à Texas A&M notamment en se connectant avec Hunter Renfrow dans le slot pour un gain de 40 yards (1:55 dans le vidéo).

Qui plus est, ses capacités à courir fortement bien le cuire apportent une plus-value à une escouade de running backs qui a du mal sur ces deux premiers matchs.

Dans notre présentation de pré-saison sur Clemson, nous attendions davantage d’implication de la part des coureurs cette saison. Sur ce début de saison, nous sommes pas tout à fait rassurés étant donné qu’outre Travis Etienne et ses 20 portées (107 yards et 2 TDs), aucun autre joueur dépasse les six portées après deux matchs… à part Kelly Bryant avec 20 courses pour 98 yards et 2 TDs.

Enfin, avantage non négligeable en faveur de Kelly Bryant : l’expérience.

Il ne faut pas chercher si loin pour comprendre qu’un joueur qui a emmené son équipe au College Football Playoff et qui rentre dans son année senior est bien plus en mesure d’être quarterback titulaire d’un des meilleurs programmes du pays contrairement à un true freshman qui fait son entrée dans le monde universitaire.

Kelly Bryant saura résister davantage à la pression comme il l’a prouvé face à Texas A&M dans un Kyle Field surpeuplé avec pas moins de 105 000 fans adverses. Que ce soit sur le terrain des Aggies cette saison, d’Auburn, Louisville ou Virginia Tech la saison passée, le quarterback dual-threat connait ces ambiances qui sont si particulières quand on arrive en football universitaire

.

Une complémentarité qui pourrait payer

 

Dabo Swinney l’a encore répété après le succès de ce samedi : il espère qu’il pourra continuer d’aligner ses deux protégés le plus longtemps possible tant qu’ils joueront bien.

Le head coach a sûrement une idée mûrement réfléchie qui verrait Kelly Bryant et Trevor Lawrence se partager le temps de jeu à ce poste tout au long de la saison. Et cela pourrait marcher de manière brillante tant les deux se complètent.

On l’a vu au-dessus, Kelly Bryant est de manière générale plus armé que son compère pour mener l’attaque des Tigers.

Cependant, ce dernier possède quelques lacunes dont Trevor Lawrence pourrait combler, à commencer par le jeu aérien dans le fond du terrain. Avec uniquement 14 passes de plus de 30 yards complétées en 2017 (61e au niveau national), le senior n’a pas un bras aussi solide que le true freshman.

Grâce à son grand gabarit très longiligne (6-6, 2m01), Trevor Lawrence est capable de voir des courses que Kelly Bryant n’arrive pas à lire. Considéré comme le meilleur prospect à son poste de la décennie par de nombreux scouts, il a excellé dans le jeu long en High School grâce à son bras surpuissant et une technique de lancer très équilibrée.

 

 

Face à Texas A&M il a su transposer son jeu du lycée avec un touchdown de 64 yards notamment. Même s’il est bien moins polyvalent que Kelly Bryant aujourd’hui, ce qui n’est pas inquiétant pour son jeu âge, il peut être redoutable une fois bien installée dans sa poche.

 

 

Dabo Swinney adore sa pépite et ne veut qu’une seule chose : “Nous voulons continuer de faire jouer Trevor“.

Mais d’un autre côté, le head coach est conscient que Kelly Bryant est nécessaire à son attaque : “Trevor est un joueur unique, mais nous adorons ce que Kelly fait également. Je pense que les deux peuvent aider l’équipe“.

Kelly Bryant peut mener Clemson au titre, il n’est pas passé loin la saison passée. Le laisser diriger totalement l’attaque ne serait pas une erreur. Mais peut-être qu’associer les deux joueurs pourrait se révéler être la bonne solution d’autant plus qu’ils s’apprécient mutuellement.

Cela serait sûrement préjudiciable à long terme pour plusieurs programmes, mais Dabo Swinney et son staff sauront parfaitement bien gérer cette situation.