Poursuivez la conversation avec notre communauté sur Discord !
(Crédit photo : Tracy Walsh)

La NCAA face au COVID-19 (1/2) : conséquences de l’annulation de la March Madness et impacts immédiats

Les répercussions de la crise sanitaire causée par le COVID-19 ne cessent de s’amonceler. Que ce soit au niveau de nos vies quotidiennes, des gouvernements ou des instances sportives, la situation est exceptionnellement précaire. Et, comme une myriade de ligues sportives, la NCAA se trouve dans l’oeil du cyclone

Alors que les activités sportives ont subi un arrêt aussi brutal qu’imprévu, la NCAA doit affronter une conjoncture singulière qui pourrait bien reconstruire le paysage universitaire en profondeur. 

L’économie de la ligue universitaire a pris un sacré coup avec l’annulation pure et simple du NCAA Tournament, sur lequel elle se repose pour remplir ses caisses annuelles. Les revenus manquants enfoncent déjà la NCAA dans une position inconfortable. Mais, une deuxième vague se présente avec l’ombre de la saison de football universitaire, mise en danger par la propagation de la pandémie aux Etats-Unis. 

Quels seront les impacts, financiers et sportifs, de l’annulation de la March Madness ? Comment les départements athlétiques encaissent-ils le choc face à une telle crise ? Y arriveront-ils ? La NCAA est-elle prête et/ou équipée à faire face à cette situation ? Quels sont les risques, à l’échelle de la ligue universitaire, d’une saison de football altérée par le COVID-19 ? Tant de questions qui restent floues et qui ne sont pas si faciles à décoder. 

Et une seule question surplombe le brouillard : la NCAA peut-elle survivre au passage impétueux du COVID-19 ?

L’annulation du NCAA Tournament : des revenus en baisse de 42%

La March Madness n’est pas seulement le rendez-vous majeur de la saison universitaire, elle est surtout la principale rentrée d’argent dans les caisses de la NCAA. Le tournoi final représente 75% des revenus annuels de la ligue universitaire, qui s’élèvent à plus de $1.1 milliards de dollars depuis quelques années.

Vous pouvez facilement imaginer l’impact économique que l’annulation de la March Madness cause sur l’écosystème de la NCAA.

La March Madness rapporte environ $930 millions en revenus publicitaires tandis que le National Championship Game amasse, à lui-seul, près de $114 millions. CBS Sports et Turner Broadcasting ont signé en 2010 un contrat de $10.8 milliards (oui, milliards) pour la diffusion du NCAA Tournament jusqu’en 2024, avant que l’accord soit prolongé en 2016 avec une extension de $8.8 milliards jusqu’en 2032. La vente des billets rapporte entre $150 et $200 millions par année, bien que la NCAA partage la somme avec d’autres revendeurs.

En somme, c’est l’ensemble du système de distribution des fonds de la NCAA qui est impacté avec la baisse substantielle des revenus générés par le tournoi.

La ligue universitaire distribue, chaque année, près de 60% de ses revenus auprès de ses institutions, à savoir les conférences et les universités. Si la March Madness s’était déroulée comme prévu, la NCAA aurait distribué près de $600 millions aux écoles de Division I en 2020. Mais, puisque celle-ci n’a pas eu lieu, la ligue a été forcée de revoir son plan de distribution.

(Crédit photo : NCAA Revenue Distribution Plan)

La NCAA ne devrait distribuer plus que $225 millions aux conférences et universités de Division I en 2020, soit une baisse de plus de $350 millions par rapport à une année ordinaire.

De la distribution de $225 millions, la ligue pioche près de $50 millions de ses propres réserves et le reste devrait être couvert par une assurance de $275 millions, déclenchée en cas d’annulation du tournoi et répartie au cours des 12 prochains mois. Mais une question réside : comment cette somme d’argent va-t-elle être répartie entre les différentes instances universitaires ?

Le Conseil d’Administration de la Division I a décidé que $53.6 des $225 millions devrait être distribué équitablement entre les 32 conférences et les universités qui “réunissent les critères académiques et sportifs afin de participer au NCAA Tournament”. Le reste des $171 millions devrait être réparti dans les différents fonds que reversent la NCAA auprès de ses instances à chaque année fiscale, qui couvrent en grande majorité les bourses universitaires des athlètes-étudiants.

Selon Steve Berkowitz de USA Today Sports, la NCAA affronte une baisse de revenus de $475 millions (soit un déclin de 42% par rapport à 2019) et une baisse de dépenses de $380 millions (soit un déclin de 36% par rapport à 2019) sur l’année fiscale en cours.

En tant que Association, nous devons accepter les incertitudes de notre situation financière et continuer à prendre des décisions réfléchies et prudentes sur la manière dont nous pouvons assister les conférences et les campus, en supportant les athlètes-étudiants aujourd’hui et dans le futur.

déclare Michael V. Drake, Président du Conseil d’Administration de la NCAA et Président de l’Université de Ohio State, dans une communiqué officiel.

Le canal de revenus le plus durement touché par l’annulation de la March Madness est le “Basketball Performance Fund”.

Un match participé au NCAA Tournament rapporte de l’argent aux écoles. Le “Basketball Performance Fund” découle directement des revenus du tournoi, que la NCAA distribue aux conférences en fonction du nombre de matchs joués à chaque March Madness. Une équipe reçoit une “unit” pour chaque rencontre du tournoi (qui inclue le First Four mais pas le National Championship) et chaque “unit” correspond à, environ, $1.6 millions. Celle-ci est divisée sur 6 années à partir de la saison suivante, soit une moyenne de $280.000 annuels.

Lors de sa campagne victorieuse en 2019, Virginia a participé à 5 matchs du First Round au Final Four et a ainsi obtenu 5 “units”. Cela correspond à un total de, environ, $8.4 millions. Cette somme est alors distribuée à la conférence ACC de 2020 à 2026, qui, elle, répartit équitablement entre ses 15 universités membres.

Un tel calcul est valable pour chaque équipe qui participe à la March Madness, pondéré par le nombre de matchs que chaque université a joué.

Le commissionnaire de la SoCon, Jim Schaus, a confié à CBS Sports que la conférence attend $1.6 millions du fond en question (soit une “unit”) au terme d’une saison classique. Sans cette somme, la conférence perd 40% de son budget annuel. Non seulement en 2020, mais, aussi pour les 6 prochaines années. Et, dans un ordre de grandeur plus ou moins égal, cette situation est identique pour les autres conférences mineures en Division I.

Un cercle vicieux s’ouvre ainsi pour les universités.

Moins de revenus empochés par la NCAA signifie une baisse dans les dépenses de distribution auprès des institutions. Moins de revenus pour les conférences et universités signifie moins de dépenses pour leur propre fonctionnement. Et, moins de dépenses opérationnelles signifie un impact direct sur les programmes sportifs.

Le recrutement et les calendriers déjà impactés

A l’heure actuelle, plus de questions résonnent que de réponses.

Le manque de visibilité face à la pandémie du COVID-19 rend impossible la projection à moyen ou long terme face à cette situation exceptionnelle et empêche le brouillard de se dissiper. Et les outils implémentés pour combattre une invasion invisible (tels que la distanciation sociale, le confinement ou la suspension des regroupements publics de plus de 50 personnes) possèdent un impact certain sur l’organisation de notre vie quotidienne et des sports universitaires.

Comment peut-on définir le futur sans pouvoir assimiler ce qui se déroule dans le présent ? Une nouvelle histoire s’écrit à la rencontre de défis inconnus et les réponses sont formulées jour après jour.

Sans évoquer les risques et effets d’une récession économique sur le monde sportif, l’arrêt net des activités athlétiques a lancé les sports universitaires dans un paradigme entièrement nouveau.

Les athlètes-étudiants sont enfermés chez eux plutôt que sur leur campus. Ils essayent de rester en forme physique et suivent une myriade de cours en ligne pour avancer ou compléter leur diplôme. L’administration des programmes athlétiques doit se faire à distance et subit une refonte au lance-pierres alors que le printemps est une étape cruciale pour l’organisation des saisons suivantes, que ce soit en football ou en basketball.

Evidemment, la phase de recrutement fait face à une chamboulement radical.

Avec l’interdiction de contacts inter-personnels, le recrutement doit se dérouler exclusivement à distance et au travers de médiums électroniques. Skype, FaceTime, Zoom. Tout le monde est logé à la même enseigne ; et cela pourrait rester le cas pour de nombreux mois.

Il semble inévitable que les périodes d’évaluation du printemps et d’été, cruciales pour les entraineurs afin d’observer et de discuter avec les recrues lycéennes en direct, ne se déroulent pas en 2020. Les rencontres entre prospects et recruteurs, sur campus ou à la maison, sont interdites pour le printemps et il ne fait presque aucun doute que ce soit prolongé pour couvrir l’été.

Les échanges résistent à l’isolement avec l’aide des technologies actuelles. Mais les mauvaises décisions, qu’elles soient prises par les entraineurs ou les joueurs, pourraient bien connaitre une explosion exponentielle.

Chaque bourse est tellement importante que le manque d’accès et de possibilité à avoir des recrues pour des visites ou chez eux, pour apprendre à les connaitre, rend [cette situation] un peu effrayante. Tu peux tromper quelqu’un au téléphone pendant une demi-heure. Mais, en personne ? 2 petits-déjeuners, quelques déjeunes et quelques dîners, et les gens commencent à être à l’aise et à se révéler. Je pense qu’il va y avoir beaucoup d’erreurs des deux côtés.

explique Dan Hurley, head coach du programme de basketball à UConn, à Matt Norlander de CBS Sports.

Mais, au-delà du recrutement et du développement individuel de chaque athlète, le printemps est l’époque où les calendriers sont finalisés pour la saison suivante, notamment en basketball universitaire.

Avec la réduction des budgets opérationnels, il faut diminuer a fortiori les dépenses et cela impacte en premier lieu les calendriers hors-conférence. Le head coach de Notre Dame, Mike Brey, a confié à CBS Sports qu’il doit changer d’organisation en 2020-21. Habituellement, il planifie 7 “buy-games” où il dépense à chaque fois $90.000 pour inviter des équipes plus faibles à South Bend.

Le nombre de “buy-games” devrait diminuer et il cherche, aussi, à organiser des séries aller-retour avec d’autres équipes majeures où il ne doit aligner de chèques.

La vraie question est de savoir combien de temps cela va durer et quels seront les impacts sur [nos] finances. On doit penser au 1er Septembre. Le football, au 1er Août. Qu’est-ce qui arrivera le 1er Septembre quand la saison de football débute et que l’on commence une nouvelle année académique et sportive ? C’est sur ce quoi nous devons nous focaliser.

Dis au revoir au mois d’avril. Dis au revoir au mois de mai. Dis au revoir à l’été. Qu’est-ce que l’on peut faire lors des 5 prochains mois pour s’assurer que nous aurons une saison de football ?

explique Mike Brey à Matt Norlander de CBS Sports.

De l’autre côté du miroir, une telle situation est extrêmement critique pour les équipes issues des mid-majors.

Celles-ci se reposent grandement sur les “buy-games” pour engranger des chèques nécessaires au fonctionnement du programme de basketball et du département athlétique. Déjà que la économie générale de la ligue est mise sous tension avec l’annulation de la March Madness, certaines universités pourraient se retrouver en grande danger de survie si elles n’arrivent pas à organiser suffisamment de “buy-games”.

Il existe également un certain pessimiste quant à la tenue des tournois de début de saison, surtout ceux de deuxième et troisième zone. Les contrats de ceux-ci sont finalisés au printemps et ils entrent, qui plus est, en conflit avec la restructuration à la hâte des calendriers de chaque équipe.

Cependant, avant d’envisager une (potentielle) saison de basketball, il faut déjà résoudre des problématiques plus importantes que l’aspect sportif.

La primauté de la santé et de la réussite scolaire

Il faut se rendre à l’évidence et remettre l’église au milieu du village : la priorité des universités, à l’heure actuelle, n’est pas de savoir à quelle(s) date(s) pourront reprendre les sports universitaires.

Les Présidents d’Universités tentent de répondre à une crise sanitaire et espèrent conserver les campus universitaires sains face au COVID-19. Ils doivent également affronter une tension forte du point de vue des inscriptions d’étudiants et des impératifs contractuels vis à vis des professeurs et chercheurs. Et puis, l’administration des universités doit lutter face à une crise économique et sociétale, à l’échelle nationale et mondiale.

Le retour des sports universitaires ? Cela reste une projection à long-terme qui n’occupe pas nécessairement les esprits au coeur de la pandémie.

Je pense que la plupart des gens ne pense pas à reconstruire une maison qui est encore en feu ; parce que les gens sont trop occupés à éteindre le feu. Des conversations sur la prochaine réalité n’ont pas encore lieu. Personne n’a une bonne maitrise de ce que l’avenir nous réserve.

confie un Directeur Athlétique du Power Five à CBS Sports.

Si l’on se re-centre un peu vers les départements athlétiques, la priorité n’est pas non plus de lancer les prochaines saisons. Mais, plutôt, de veiller à la réussite académique des athlètes-étudiants.

Alors que les athlètes se retrouvent chez eux, entraineurs, assistants et conseillers doivent garder un contact (à distance) afin de supporter et d’aider les étudiants à compléter leur année académique. Mais, sans interaction directe, il existe une réelle possibilité que les notes régressent et viennent effleurer les standards académiques de la NCAA. Ce qui mettrait en danger aussi bien l’éligibilité de certains que l’obtention du diplôme chez d’autres.

Cette situation d’indépendance, pour les joueurs, et de distance, pour les staffs, est inédite. Être enfermé chez soi, loin de ses coéquipiers et amis, sans avoir de sport pour se libérer des contraintes scolaires, peut devenir un fardeau lourd à porter pour certains athlètes.

Absolument, [ma] priorité n°1 est la progression scolaire de nos étudiants alors qu’ils arrivent à la fin.

Le deuxième semestre pour les joueurs de basketball est toujours le plus dur. Vous avez beaucoup plus de voyages dans des grandes ligues comme la note (la Pac-12 ; ndlr). Lors du second semestre, vous êtes souvent à l’extérieur et puis vous avez le tournoi de conférence, le NCAA Tournament pendant un ou deux week-ends.

explique le Directeur Athlétique de Colorado, Tad Boyle, auprès de CBS Sports.

Je pense que cette situation peut rappeler à tous les athlètes de Division I : quelle est votre identité en dehors du sport ? Et quand vous creusez en profondeur, c’est une idée effrayante. Beaucoup de ces jeunes gens, notamment les joueurs de basketball en Division I, inscrivent leur identité dans le but d’accéder à la NBA.

Mais la vérité est qu’il existe plus que le basketball dans la vie.

poursuit Tad Boyle.

Quoi qu’il en soit, la réalité est relativement simple : tant que les campus universitaires ne seront pas sanitairement sécurisés et ré-ouverts au public, aucune activité sportive ne peut avoir lieu en NCAA.

La majorité des universités se dirigent vers des cours estivaux uniquement en ligne et des campus fermés jusqu’en septembre.

Je vous laisse faire les calculs pour la reprise de la saison de football.

Au prochain épisode : des hypothèses sur la reprise de la saison de football, les impacts d’une saison de football altérée ou annulée, et les conséquences du COVID-19 sur la situation économique des universités.

Plus de lecture ?
JT Daniels QB Georgia Bulldogs 2020
A Georgia, y a-t-il un pilote dans l’avion ?