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Killian Tillie (Gonzaga): “Les coaches comptent sur moi”

Killian Tillie a décidé de traverser l’Atlantique il y a plus d’un an après avoir passé deux saisons à l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP). Le français a rejoint les rangs de l’Université de Gonzaga, une école bien connue par les français et notamment Ronny Turiaf, passé chez les Bulldogs de 2001 à 2005.

Après un cours, assis dans les vestiaires des Bulldogs, Killian Tillie revient sur sa première saison dans les rangs universitaires avec Midnight on Campus, comment il a vécu cette année historique pour les Zags, son futur ainsi que d’autres choses.

Midnight On Campus : Comment s’est passé l’adaptation à ton arrivée sur le campus et dans l’équipe de Gonzaga ?

Killian Tillie : Au début, je ne parlais pas super bien anglais et dans une nouvelle équipe, c’était compliqué. Pour le basket, c’était assez chaud parce qu’il y avait beaucoup de concurrence, surtout à l’intérieur. Mais j’ai réussi à me trouver une petite place pour jouer quelques minutes donc c’était pas mal. Mon rôle était de rentrer et donner de l’énergie car je savais que je n’allais pas beaucoup jouer.

MoC : Après l’INSEP, comme s’est déroulé ton adaptation au jeu universitaire ? Quels sont les éléments de ton jeu sur lesquels tu as dû travailler ?

KT : Ici, ça joue plus vite et un peu plus physique qu’en cadet en France. Et moi n’étant pas un joueur super physique, ce fut un peu compliqué. Il fallait que je m’adapte. Ici, on travaille beaucoup individuellement mais je devais m’améliorer dans quasiment tous les niveaux de mon jeu.

J’ai travaillé sur mon shoot et mon dribble, pour pouvoir monter la balle. Après, j’avais déjà des choses comme la vision du jeu et c’est ça qu’ils aimaient bien ici. C’est pour ça qu’ils m’aiment bien et, à Gonzaga, on développe un jeu européen avec plein de joueurs étrangers. C’est ce qui fait un peu notre force aussi.

MoC : Quelles étaient tes attentes personnelles pour cette saison à Gonzaga ? Avec du recul, comment s’est déroulée ta saison plus généralement ?

KT : Ça a vraiment été une bonne saison. On joue le Final Four, le dernier match de la saison devant 77 000 personnes. C’est vraiment une saison « successful » et en plus j’ai eu des minutes et j’ai pu apporter des choses à l’équipe. C’est ça qui est encore mieux.

MoC : Voyant que la saison se passait bien, est-ce-que le Final Four, et le titre, est devenu un objectif pour vous ?

KT : Dès le début, on savait qu’on avait une bonne équipe. L’objectif est quand même d’aller au Final Four et de gagner le titre, même si c’est toujours l’objectif de toutes les équipes. Et puis, c’était la première fois pour Gonzaga. C’était fou, tout le monde était malade.

MoC : Durant la March Madness, vous êtes-vous soucié des concurrents (Kansas, Arizona, UCLA, Duke, etc…) ?

KT : On regardait les autres matchs mais on ne se focalisait pas trop dessus non plus, on était concentré sur nous. Et quand on voit que les grosses équipes commencent à perdre des matchs et que nous sommes toujours là, quasiment invaincus, on se dit qu’on est meilleur qu’eux cette année.

MoC : L’équipe est montée en puissance pendant le tournoi. Avez-vous pensé remporter le titre à un moment du tournoi ?

KT : On est monté en puissance jusqu’à la fin de la saison régulière. On a réalisé une superbe March Madness, et c’est surtout à partir de là que ça devient plus dur. On peut faire une saison de fou et perdre au premier tour de la March Madness comme on l’a vu avec les upsets de Villanova et Duke.

Eux, ils sont en vacances et nous on est encore en course. Cela nous motive encore plus.

MoC : Que tires-tu d’une telle expérience de participer au Final Four et à une finale nationale devant des dizaines de milliers de spectateurs ?

KT : C’était un truc de fou. La salle est aussi grande qu’un stade de foot, c’était énorme. Je me demandais comment les gens tout en haut arrivaient à nous voir (rires). Et franchement jouer devant ça, c’était vraiment excitant.

Gagner le premier match (du Final Four, ndlr) était énorme. On a une petite déception sur la finale avec nos intérieurs qui avaient quatre fautes. On n’a pas pu jouer avec notre line-up habituelle, c’est compliqué comme ça.

MoC : Il a connu une petite montée de hype pendant la March Madness. Que peux-tu nous dire de Przemek Karnowski ?

KT : Il a eu une super hype pour sa barbe. C’était un truc de fou, tout le monde parlait de lui, même sa barbe avait un compte Twitter ! (rires)

Il est vraiment énorme. En plus d’être technique, il a une vision du jeu qui est vraiment au-dessus des autres. C’était vraiment super de jouer avec lui. Il pouvait te faire des passes extraordinaires, c’était incroyable. A 300 pounds (140 kilos), une fois que tu es derrière lui au poste, bah tu es foutu. Il te met un coup d’épaule et tu tombes. Le problème, c’est qu’à l’entraiment, c’est moi qui mangeait. Mais ça ma fait progressé aussi.

(Crédit photo : AP Photo/Mark Humphrey)

MoC : Enfin, tout aussi important, comment entrevois-tu l’année prochaine à Gonzaga sur le plan personnel et sur le plan collectif ? Quels sont tes (nouveaux) objectifs ?

KT : Nigel (Williams-Goss), Przemek (Karnowski), Zach (Collins), Jordan (Mathews) partent. C’est sur que ça va être compliqué de reconstruire une équipe avec différents joueurs. Ce qui est sur, c’est que j’aurais un peu plus de minutes puisque beaucoup de gens partent à mon poste.

Les coaches comptent sur moi pour travailler cet été et élever mon niveau de jeu l’année prochaine. C’est un beau challenge pour moi.

MoC : Tu penses rester quatre ans à Gonzaga ?

KT : Je ne sais pas. Cela dépend de comment je joue, mon niveau et comment ça se passe. Si j’ai une chance, j’essayerais d’aller en NBA mais je ne suis pas contre faire quatre ans. C’est quand même bien pour se former. C’est ce que mon frère (Kim Tillie, joueur de Vitoria en Espagne, ndlr) a fait et sa carrière est pas mal.

MoC : Un nouveau français va te rejoindre dans les rangs des Zags. A l’image des prospects américains, as-tu recruté Joel Ayayi pour le faire venir à Gonzaga ? Comment lui as-tu vendu le projet de Mark Few ?

KT : Il est venu visité le campus de Gonzaga et j’étais son « host ». Je lui ai un peu tout montré ce qui était bien à Gonzaga et il a vraiment aimé. Je lui ai dis faut que tu viennes c’est un truc énorme pour les français. Ca va être pas mal l’année prochaine.

MoC : Tu as parlé avec les autre français, Yves Pons et Olivier Sarr ?

KT : Oui, Yves Pons (Tennessee) et Olivier Sarr (Wake Forest), je leur ai parlé un peu de ce qui se passe ici. C’était sûr qu’ils voulaient venir aux Etats-Unis. Après, ils ont fait leurs choix et je pense que c’est pas mal pour eux. Ça va être un beau challenge.

MoC : Et tu penses qu’il y aura d’autres français dans le futur en NCAA ?

KT : Je pense, oui, parce que c’est vraiment un univers idéal pour jouer au basketball. La vie d’un étudiant-basketteur star, c’est pas mal. Après ça (son expérience et celle des autres, ndlr), je pense qu’il y aura beaucoup plus de jeunes qui voudront venir ici.

Mais il n’y a pas que la France. Dans tous les pays d’Europe, les joueurs essayent de partir aux Etats-Unis parce que pour bosser individuellement, c’est vraiment idéal avec les infrastructures et des entraineurs qui sont toujours là pour toi. Il y a des coaches individuels et des « managers » qui sont des étudiants qui sont là quand on leur demande pour prendre des rebonds.

MoC : Quels sont tes objectifs avec l’Equipe de France ?

KT : J’espère participer au Championnat du Monde avec l’Equipe de France u19 (Au Caire du 1 au 9 juillet, ndlr). J’en ai parlé au coach (Hervé Coudray, ndlr) et je lui ai dis que j’étais motivé pour y aller. Maintenant, on verra bien.

MoC : Dernière question, comment, à Gonzaga, est perçu l’utilisation de l’image des étudiants-athlètes par la NCAA ? Un sujet qui fait beaucoup parler ces derniers temps aux USA.

KT : On n’en parle pas énormément mais c’est un débat ici. Avec la NCAA qui réalise des milliards de dollars sur nos matchs alors que nous, on ne reçoit pas un centime c’est frustrant pour quelques joueurs. Après, on possède quand même une bourse. Moi, par exemple, c’est 50 000 euros par année donc 200 000 sur quatre ans, ça fait une belle somme que eux (l’université) payent.

Mais c’est vrai, ce serait bien qu’on reçoive quelques chose car il y a de plus en plus de joueurs qui essayent de partir en pro tout de suite pour gagner de l’argent. Si ils donnaient de l’argent, plus de joueurs resteraient en NCAA.

Cette première saison de Killian Tillie restera sans nul doute dans les mémoires et notamment celle du jeune français. L’objectif, désormais, est de terminer sa première année scolaire. Il reviendra ensuite en France pour travailler son jeu ainsi que rejoindre la sélection u19 pour la préparation du Championnat du Monde. Puis, ce sera le moment de retourner aux USA afin de commencer une seconde saison sous le maillot de Gonzaga.

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