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(Crédit photo : USA Today Sports)

Sean Miller (Arizona) de retour dans la tourmente dès le début du second procès du FBI

Le premier procès mené par le gouvernement fédéral américain (via le FBI) à l’automne dernier, sur le système de corruption opéré en basketball universitaire, avait mis au goût du jour une vague de détails choquants sur la réalité cachée de la NCAA. Depuis lundi, un second procès (sur trois) s’est ouvert dans un tribunal fédéral de Manhattan, à New York.

James Gatto (ancien représentant d’Adidas), Merl Code (ancien consultant pour Adidas) et Christian Dawkins (aspirant agent de joueurs) ont été tous les trois jugés coupables, lors du premier procès, de fraude et conspiration en vue de commettre une fraude. Merl Code et Christian Dawkins se retrouvent de nouveau à la barre des accusés et doivent, chacun, répondre à quatre chefs d’accusations, notamment pour « corruption et conspiration en vue de corrompre ».

La deuxième volet procédurier du FBI s’attache cette fois-ci sur les faits de corruption et impliquent également 5 entraineurs assistants rattachés à 6 universités différentes (Arizona, Creighton, Oklahoma State, South Carolina, TCU et USC).

Ci-dessous, tout ce qu’il faut savoir des premiers jours du second procès mené par le FBI à l’encontre du système de corruption décelé en basketball universitaire.

 

 

Comprendre les grandes lignes du second procès du FBI

 

Merl Code et Christian Dawkins sont les deux accusés du second procès de corruption en basketball universitaire.

Ils reviennent au barreau de Manhattan quelques mois après avoir été jugés coupables de fraude envers les universités afin de comparaitre pour des accusations de corruption envers des entraineurs assistants. Le paradigme du procès est, effectivement, quelque peu différent : l’accusation (du gouvernement fédéral) se focalise davantage sur les rapports qu’ils ont entretenu avec les entraineurs assistants impliqués dans l’affaire.

Emanuel ‘Book’ Richardson (Arizona), Lamont Evans (South Carolina puis Oklahoma State) et Tony Bland (USC) sont les trois entraineurs assistants directement impliqués dans le procès. Ils ont déjà plaidé coupables à des accusations de corruption et doivent être jugés lors du procès en cours. Preston Murphy (Creighton) et Corey Barker (TCU) ont été accusés de recevoir des pots-de-vin mais n’ont pas été inculpés.

(Crédit photo : AP Photo-Mark Lennihan)

L’objectif des avocats de la défense est de prouver que les accusés avaient noué des relations avec les head coaches et qu’ils n’avaient pas l’intention de les corrompre. Ils veulent montrer que les head coaches étaient ceux tirant les manettes, avec de nouvelles preuves démontrant qu’ils ont enfreint le règlement de la NCAA en payant pour le recrutement des joueurs.

La défense souhaite expliquer que l’ancien conseiller financier, Marty Blazer (accusé de fraude criminelle devenu témoin en coopération avec le FBI après négociation de peine), et que les agents du FBI sous couverture ont piégé les accusés en les forçant à corrompre les entraineurs assistants/clients. 

 

Quel est le niveau d’implication des universités nommées dans le procès ?

 

Au travers des entraineurs assistants accusés et directement nommés par le FBI, Arizona, Creighton, Oklahoma State, South Carolina, TCU et USC sont impliqués dans le second procès sur le système de corruption en basketball universitaire. Voyons ce qui est reproché à chacune des universités.

Arizona :

  • Emanuel ‘Book’ Richardson est l’un des trois entraîneurs assistants accusé d’avoir accepté des pots-de-vin lors du recrutement de joueurs : il a plaidé coupable et pourrait être jugé à une peine de 18 à 24 mois de prison.
  • Richardson, qui a suivi Sean Miller de Xavier à Arizona, a admis la réception de $20.000 en pots-de-vin et d’utiliser $15.000 de cette somme pour influencer une recrue afin de signer avec les Wildcats.
  • James Gatto a accusé en octobre les Wildcats « d’un paiement ou une proposition de paiement de $150.000 pour le recrutement de Nassir Little ».
  • Brian Bowen Sr. a témoigné lors du premier procès que Arizona, au travers de Joe Pasternack (ancien assistant et actuel head coach de UCSB) aurait formulé une offre de $50.000 pour que son fils, Brian Bowen Jr., joue avec les Wildcats.
  • Christian Dawkins avait formulé un plan, détaillé par e-mails utilisés en tant que preuve lors du premier procès, afin de mettre en place une série des paiements vers l’ancien guard d’Arizona, Rawle Alkins, et son cousin qui habitait à Tucson : le plan faisait référence à des paiements mensuels de $2.500, entre Septembre 2017 et Août 2018 (alors qu’il jouait pour les Wildcats), en plus de $30.000 pour les frais de déplacement de sa famille.

Creighton :

  • L’ancien entraineur assistant des Bluejays, Preston Murphy, a été accusé d’accepter un pot-de-vin de $6.000 de la part de Christian Dawkins en 2017 mais il n’a pas été inculpé par le gouvernement fédéral.
  • Murphy est un ami d’enfance de Christian Dawkins et a participé au recrutement de Brian Bowen Jr. à Creighton : selon une enquête de Outside The Lines (ESPN), Murphy a échangé 59 appels téléphoniques avec Dawkins lors du dernier mois de recrutement de Bowen, alors que le head coach des Bluejays, Greg McDermott, a échangé à 9 reprises avec l’ancien agent de joueurs.
  • Brian Bowen Sr. a témoigné en octobre que les Bluejays ont proposé un paiement de « quelque chose comme $100,000 et un boulot lucratif » pour que son fils joue à Creighton.

Oklahoma State :

  • L’ancien head coach adjoint des Cowboys, Lamont Evans, a plaidé coupable à un chef d’accusation de conspiration en vue de corrompre après avoir admis la réception d’un pot-de-vin de $22.000 en 2017 afin de re-diriger des recrues vers les services de Christian Dawkins, Munish Sood et Marty Blazer. 
  • Brian Bowen Sr. a témoigné en octobre que les Cowboys ont effectué un paiement de $150,000, d’un apport de $8,000 pour une voiture et « un montant inconnu pour acheter une maison » si son fils avait choisi de jouer avec Oklahoma State.

South Carolina : 

  • Avant de rejoindre Oklahoma State, Lamont Evans était un entraineur assistant avec les Gamecocks en 2016, où il aurait débuté ses échanges avec Christian Dawkins, Munish Sood et Marty Blazer. 
  • L’avocat de Dawkins compte démontrer que son client n’a pas corrompu Evans, mais qu’il a utilisé ce dernier « pour véhiculer des paiements en direction de la famille d’un athlète-étudiant qui jouait à l’époque avec South Carolina » : il semblerait que cet étudiant soit P.J. Dozier, actuel meneur des Boston Celtics en NBA.

TCU : 

  • A l’instar de Preston Murphy, l’ancien entraineur assistant des Horned Frogs, Corey Barker, a été accusé d’accepter un pot-de-vin de $6.000 de la part de Christian Dawkins en 2017, sans pour autant avoir été inculpé par le FBI.
  • Les deux hommes cités ci-dessus auraient eu un échange téléphonique au sein duquel ils auraient parlé de rencontrer des joueurs de TCU, notamment un joueur qui aurait un futur en NBA, une fois que les entraînements débuteraient sur le campus.

USC :

  • Tony Bland est le troisième entraineur assistant accusé d’avoir accepté des pots-de-vin pour un total de $4.100 en 2017 afin de diriger ses joueurs vers certains managers et conseillers financiers lorsqu’ils deviendraient professionnels : il a également plaidé coupable pour conspiration en vue de corrompre.
  • Il est accusé d’avoir accepté du cash et d’avoir facilité des entretiens entre l’associé d’un ancien joueur de USC et la famille d’un futur freshman de l’équipe, à l’époque, avec Christian Dawkins, Munish Sood et un agent du FBI sous couverture. 

 

Sean Miller (Arizona) et Will Wade (LSU) seront-ils amenés à témoigner durant le procès ?

 

La présence de Sean Miller et Will Wade au tribunal fédéral de Manhattan devrait certainement être le fil rouge du second procès du FBI à l’encontre du système de corruption en basketball universitaire. 

Pourquoi ? L’avocat de Christian Dawkins, Steven Haney, a appelé les deux head coaches à témoigner lors du procès. Il tente de prouver que son client n’avait pas l’intention de les corrompre et que le problème est institutionnalisé jusqu’aux plus hauts rangs du basketball universitaire. Malheureusement, le juge fédéral Edgardo Ramos a refusé cette requête la semaine dernière et a justifié cette décision sur le fait que les relations entre les accusés et les entraineurs qu’ils n’ont pas corrompu n’ont aucune relation avec le procès en cours. 

« La preuve [un enregistrement de conversations ; ndlr] établit très clairement que Sean Miller paie des joueurs à Arizona, » a renchéri Steven Haney lors d’une audience préliminaire au procès.

Bien que Will Wade soit à peine nommé dans les accusations formulées à la fin du premier procès du FBI, pour le recrutement de Balsa Koprivica, le head coach de LSU est devenu une figure marquante de l’actualité récente. Il a effectivement été suspendu par les Tigers au début de mois de mars à la suite de nouvelles révélations concernant le recrutement de Javonte Smart. 

(Crédit photo : AP Photo-Gary McCullough)

D’après des accusations révélées par Yahoo Sports, on apprend lors d’une conversation avec Christian Dawkins que Will Wade aurait formulé une « strong-ass offer » afin de recruter Javonte Smart chez les Tigers. Il aurait également partager sa frustration quant au retard de l’annonce du prospect, en théorisant qu’un proche de celui-ci n’aurait pas « reçu une part du gâteau assez importante ». 

Yahoo Sports précise encore que 3 échanges téléphoniques ont eu lieu entre les deux protagonistes, entre le 19 et le 30 juin 2017, jour de l’engagement de Javonte Smart pour les Tigers. 

Le juge Ramos ne devrait pas changer d’avis concernant la venue de Will Wade à la barre du tribunal fédéral de New York, hormis, si de nouvelles révélations précisent la nature des liens entre Will Wade et Christian Dawkins.

 

En tout cas, Sean Miller (Arizona) se retrouve dans la tourmente dès les premières auditions

 

A l’inverse, le futur de Sean Miller se rapproche à nouveau du barreau fédéral de New York. 

Dès la seconde journée d’audience à Manhattan, le nom du head coach d’Arizona est apparu à la surprise générale (même celle du juge) à de nombreuses reprises au sein d’enregistrements partagés par l’avocat de Christian Dawkins. On apprend le supposé rôle de Sean Miller dans le recrutement des Wildcats, et notamment les échanges de procédés dans le reculement du futur premier choix de la NBA Draft 2018, Deandre Ayton.

« La chose avec Book [Richardson] et Arizona, c’est que Sean Miller doit tout savoir de ce qu’il se passe, » explique Christian Dawkins, dans l’enregistrement en question, à deux agents du FBI sous couverture. « Je peux appeler Sean [Miller] et avoir une conversation sur ce qu’il se passe et ce qui a besoin d’être réalisé. […] Il parle de choses au téléphone dont il ne devrait pas parler. »

Cet enregistrement est apparu alors que Marty Blazer, un ancien conseiller financier qui est devenu un des témoins sous couverture du FBI, était interrogé par le parquet afin de convaincre le jury. En réponse, il déclare sous serment :

« J’ai compris qu’il voulait dire que Sean Miller parlait de choses inappropriées par rapport au recrutement, comme payer des joueurs et d’autres choses, […], et que Sean Miller s’occupait de tout pour Deandre Ayton et sa famille. »

Il est bon de savoir que les déclarations de Christian Dawkins se sont déroulées sur le pont d’un yacht à New York, et non pas sous serment, dans une cour d’instruction fédérale. La vérité n’est pas nécessairement aussi franche et une part d’exagération doit certainement y trouver sa place. Quoi qu’il en soit, de telles révélations devraient certainement forcer le juge Ramos à reconsidérer son choix d’écarter Sean Miller des témoignages du second procès fédéral.

Si Sean Miller est le grand perdant de ces premiers jours d’audition, Rick Pitino ressort en tant que vainqueur (bien que son égo en ait pris un coup).

L’ancien head coach de Louisville est le seul entraineur d’une grande équipe à avoir subi les répercussions directes des révélations de l’investigation du FBI. Il a toujours clamé qu’il ne connaissait rien des activités illégales qu’on lui reprochait, et, ce mercredi à New York, un autre enregistrement de Christian Dawkins est allé en son sens.

« Rick Pitino est peut-être la seule personne qui ne sait pas ce qu’il se passe, » déclare Christian Dawkins, ce même jour, sur le pont du yacht à New York. « Genre, Rick [Pitino] n’a aucune idée de ce qu’il se passe dans son université. Mais ses supérieurs savent. »

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