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(Crédit photo : Bob Donnan-USA TODAY Sports)

Duke – UCF : autopsie d’un match de March Madness de légende

Certaines ambiances rappellent vite à quel point le basketball universitaire peut être exceptionnel ; et ces soirées du mois de mars nous font vibrer au point de crier jusqu’à perdre la voix, seul, dans son canapé.

Pas de doute : Duke contre UCF était un match marquant à tout point de vue.

Un match qui restera dans les annales tant il s’est joué sur un rien et tant les acteurs auront livré des performances de choix. Zion Williamson, Aubrey Dawkins, Tacko Fall : oui, lorsque l’on parlera de ces acteurs à l’avenir, on ne s’empêchera d’avoir une pensée pour ce match d’anthologie du Second Round de la March Madness.

 

 

Mike Krzyzewski a serré Johnny Dawkins dans ses bras pendant près d’une minute à l’issue du match. Plus qu’un entraîneur savourant une victoire importante au NCAA Tournament, une belle image montrant un entraîneur consolant son ancien élève après une défaite amère.

Si le match en lui-même a été aussi incroyable qu’intense, l’atmosphère et l’histoire liée entre les deux programmes resteront également en souvenir de ce match. L’ancien élève, Johnny Dawkins, passé si prêt de donner une leçon à son mentor, Mike Krzyzewski, avec la complicité de son fils, Aubrey, natif de Durham.

Si le sport universitaire est souvent marqué par de belles histoires, nul doute celle-ci rentre dans le moule et a grandement contribué à faire de ce match un classique.

 

UCF, si proche et si loin…

 

Hélas pour UCF, quelques centimètres ont été fatals.

Pourtant, Dieu sait que Johnny Dawkins et les Knights ont pris le match par le bon bout. D’entrée, UCF impose son rythme. D’un contre rageur sur Zion Williamson suivi d’un dunk sur la contre-attaque qui suit, Tacko Fall montre qu’il n’est pas là pour faire de la figuration.

Aubrey Dawkins est lui-aussi dans un grand soir et ses 18 points en première mi-temps le prouvent rapidement. Si le fils Dawkins termine la rencontre avec 32 points, c’est surtout le travail du père qui est à mettre en lumière.

(Crédit photo : Sean Rayford-AP Photo)

Face à son mentor, l’ancien meneur a tout tenté en alternant les défenses pour tenter de gêner l’ogre Zion Williamson en feu durant tout le match. Pour ce faire, Johnny Dawkins n’a pas hésité à proposer des choix forts : ainsi, Tre Jones et Jordan Goldwire, loin d’être les joueurs les plus adroits derrière l’arc, ont été laissés ouvert à trois points. Un choix qui s’est avéré plutôt payant tant UCF, en difficulté avant la pause, est parvenu à prendre le contrôle du match en seconde période.

La bonne gestion de Tacko Fall, malgré les fautes personnelles accumulées par le pivot, est également à mettre au crédit du coach.

Essentiel, le big man a eu un impact colossal sur la rencontre. En sa présence, UCF menait à la marque ; mais sa sortie a changé la donne puisque UCF a souffert en fin de premier acte. Son retour dès le coup d’envoi de la seconde mi-temps a permis à UCF de réaliser un premier run de 7-0. Ses passages sur le parquet ont totalement changé le cours du match et sans une bonne gestion de la part de Johnny Dawkins, UCF n’aurait sans doute jamais été dans le match jusqu’au buzzer final.

Enfin, Johnny Dawkins n’a pas hésité à donner carte blanche à son fils, Aubrey, auteur de 32 points en 18 shoots. Conscient du potentiel offensif de ce dernier, ainsi que de celui de B.J. Taylor, hélas, peu en réussite avec 2/10 aux tirs, le head coach a fait le choix de placer énormément de ballons entre leurs mains.

Un choix presque payant.

 

“Coach K” et les fantômes du passé de Duke

 

Un match couperet qui échappe à Duke en seconde mi-temps, ça ne vous rappelle rien ?

Une mi-temps où un joueur dominant en première mi-temps n’est pas ou peu impliqué ?

Vous l’avez compris, je fais évidemment référence à la March Madness en 2018 et au match perdu face à Kansas. Mike Krzyzewski avait ce soir-là choisi de faire transiter tous les ballons par Grayson Allen, oubliant totalement un Marvin Bagley irrésistible dans la peinture.

Si cette fois-ci, “Coach K” a responsabilisé Zion Williamson, comme en témoignent les 24 shoots tentés, R.J. Barrett a lui totalement disparu de la circulation en seconde mi-temps. Heureusement pour les Blue Devils, Zion Williamson était dans un bon jour et cette situation apparaît désormais comme anecdotique. Toutefois, pour quelques centimètres, cela aurait pu représenter un énorme affront pour “Coach K”.

Ainsi, presque comme un symbole, R.J. Barrett envoie les Blue Devils au Sweet 16 avec un rebond offensif et le lay-up de la gagne après un lancer-franc manqué de son compère freshman. Un symbole suffisant pour rappeler à Mike Krzyzewski qu’il doit composer avec les deux hommes si Duke désire être champion national.

Avant cela, Mike Krzyzewski avait tout de même trouvé la solution pour mettre UCF en situation très inconfortable : une défense tout-terrain proposé durant les dernières minutes du premier acte.

En difficulté face à l’activité défensive des Blue Devils, emmenés par Tre Jones, UCF perdait tantôt des ballons tantôt des secondes précieuses pour mener l’attaque. Malgré le succès de cette entreprise, “Coach K” a fait le choix d’oublier cette défense tout-terrain et a préféré recourir à un schéma plus classique avec une défense de zone.

Oui, Mike Krzyzewski a sans doute commis des erreurs dans ce match, mais comme il l’a rappelé à la fin du match :  “La volonté de gagner de Zion et de RJ, vous ne pouvez pas le mesurer“.

Emmené par ses stars, Duke a déjoué le piège tendu par UCF et il y a fort à parier que les Blue Devils apprendront de leurs erreurs pour la suite du tournoi.

 

Un money-time d’anthologie et la chance d’un futur champion ?

 

La dernière minute était extrêmement tendue. Chaque dribble étant chargé non seulement du résultat, mais de la réalisation, dans chaque âme vivante du bâtiment, que l’histoire du basketball universitaire était sur le point d’être faite.

Les Knights menaient par 3 points à 45 secondes du buzzer final et Duke semblait totalement perdu en attaque. Zion Williamson a pris et raté un shoot extérieur, mais le probable futur premier choix de la Draft NBA a choisi d’y aller en force après le rebond offensif pris par les siens.

Cette fois, il a baissé les épaules et est allé droit dans la peinture, scorant avec la faute et excluant du même coup l’homme le plus important du système de UCF, Tacko Fall.

Zion Williamson manque le second lancer-franc mais R.J. Barrett se précipite au rebond offensif pour donner l’avantage à Duke. Il restait 14 secondes, ce qui paraissait presque une éternité. B.J. Taylor, pour son dernier tir en carrière, a pris le dernier shoot sur un drive vers le panier puis Aubrey Dawkins a surgi de nulle part pour une claquette déjà dans l’histoire.

Oui, si comme moi, ce court résumé vous a procuré d’intenses frissons, c’est bien parce que cette rencontre entre Duke et UCF est un grand cru, que dis-je, un millésime.

Tout y était dans cette fin de match.

Une fin de match qui m’a étrangement rappelé “Match Point” de Woody Allen, version basketball. Pas de Jonathan Rhys-Meyersn cette fois, mais un casting XXL emmené par un Aubrey Dawkins en meilleur acteur.

Si Rhys-Meyers disait que « dans un match de tennis, il y a des instants quand la balle frappe le haut du filet où elle peut soit passer de l’autre côté, soit retomber en arrière. Avec un peu de chance, elle passe et on gagne ou peut-être qu’elle ne passe pas et on perd … », il n’y a aucun doute sur le fait que Aubrey Dawkins puisse faire de même avec le ballon orange.

On a coutume de parler de la chance du champion dans le monde du sport. Si Duke est encore loin de couper les filets de Minneapolis, le 8 avril prochain pour le Final Four de la March Madness, ces quelques centimètres sont peut-être le signe que les dieux du basketball ont fait de Duke leur élu. Après tout, c’était déjà le cas en 2010 lorsque le tir du milieu du terrain de Gordon Hayward était ressorti pour quelques centimètres, offrant le titre à Duke face à Butler.

On peut souhaiter pareil exploit aux Blue Devils.

Mais ce que l’on espère par-dessus tout, c’est que cette March Madness offre d’autres rencontres d’anthologie comme le fut cet affrontement titanesque entre Duke et UCF.

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