Après deux jours de délibération au tribunal fédéral de New York, à Manhattan, le jury a révélé son verdict et le FBI s’en sort (encore une fois) vainqueur.

Jugés coupable de fraude organisée par le gouvernement fédéral au terme du premier procès, en octobre dernier, Christian Dawkins et Merl Code ont été condamnés pour des faits de corruption organisée : ils ont partagé des pots-de-vin à des entraineurs assistants en basketball universitaire afin qu’ils re-dirigent leurs recrues vers l’entreprise de représentations de joueurs des deux hommes cités.

Les entraîneurs assistants impliqués au sein du procès ? Tony Bland (USC), Emanuel “Book” Richardson (Arizona) et Lamont Evans (South Carolina puis Oklahoma State). Tous ont plaidé coupable de conspiration en vue de corrompre avant l’ouverture du procès et attendent leur sentence.

Les accusés ont écopé d’une peine respective de six mois de prison dans un établissement fédéral à la suite du premier procès, bien que chacun ait déjà fait appel de cette décision. Le juge fédéral Edgardo Ramos doit encore délivré la sentence pour la second procès.

Retour sur les conclusions du second procès contre le système de corruption en basketball universitaire, mené par le FBI, qui clot le premier chapitre de cette affaire pour en ouvrir un autre.

Une petite victoire pour le gouvernement fédéral et le FBI

Le gouvernement a obtenu les résultats qu’il voulait : des deux procès fédéraux menés, en octobre dernier et en avril, à l’instant, il ressort avec deux victoires. Les personnes inculpés (de fraude puis de corruption) ont été condamnés et, bien que l’investigation du FBI reste en cours, le gouvernement a réalisé sa part du travail.

Mais on se trouve à des années lumière des tremblements de terre promis en septembre 2017, par le bureau du Procureur du District Sud de New York, au moment des révélations choc du système de corruption.

Même le verdict du second procès apparait plutôt faible. Christian Dawkins a été reconnu coupable de 2 chefs d’accusation (sur 6 au début du procès) pour corruption et conspiration en vue de corruption et Merl Code a, pour sa part, été condamné d’un seul chef d’accusation (sur 4 au début du procès) pour conspiration en vue de corruption.

C’est-à-dire que les deux accusés ont été acquittés de 7 chefs d’accusation. Une victoire pour le gouvernement, certes, mais le résultat final n’est pas très convaincant.

“Le jury a plaidé haut et fort devant le barreau du District Sud de New York en faveur d’un jugement non-coupable pour 4 des 6 chefs d’accusation, notamment pour l’ensemble des chefs d’accusation de services malhonnêtes, ce qui nous offre un certain degré de satisfaction,” déclare Steve Haney, l’avocat de Christian Dawkins, à la sortie du tribunal.

Christian Dawkins, figure centrale des accusés, s’est plutôt bien démenée lors du second procès et a exposé le système véreux en place à l’heure actuelle en basketball universitaire lorsqu’il a pris sa propre défense. Il a martelé ses propos même à la suite du verdict final.

“Les gars [qui paient des joueurs] sont des bons gars pour moi. Je suis avec eux. Je pense que [les joueurs] devraient être [payé], c’est la bonne chose à faire,” explique à chaud Christian Dawkins. “Si tu empoches des dizaines de millions de dollars… J’ai vu ce que Dabo Swinney a reçu ($93 millions de 10 ans ; ndlr). C’est impossible d’aller se coucher le soir avec un contrat de presque $100 millions et que tes joueurs ne gagnent pas d’argent.”

Coopérer avec les autorités et vendre ses anciens clients ? Cela n’a jamais travers l’esprit du jeune homme de 25 ans.

“J’aurais pu [coopérer],” avoue-t-il à la sortie du tribunal. “N’importe qui payant des athlètes est une bonne personne pour moi. Je pense que toute l’affaire est du n’importe quoi, c’est pour ca que je n’aurais pas coopéré.”

“Il aurait pu faire tomber le monde entier des sports universitaires et il a choisi de ne pas le faire,” renchérit Steve Haney, l’avocat de Christian Dawkins. “Le gouvernement lui a demandé à de nombreuses reprises de coopérer. Et il a répondu : ‘Je ne vais pas vous donner les noms de 15 ou 20 head coaches.’ Et aujourd’hui, il quitte le tribunal en gagnant 4 des 6 chefs d’accusation.”

Steve Haney a supporté les mots de son client en affirmant que “les universités ne sont pas des victimes” et que “le vrai crime reste les athlètes-étudiants procurant des millions de dollars aux universités“.

Malgré une défense plutôt réussie, les accusés rentrent à la maison avec des crimes fédéraux. Les preuves (audio et vidéo) étaient suffisamment lourdes pour attester de leur intention de corruption, au sein d’un système qui touchait aux recrues, aux entraineurs universitaires et à une myriade d’acteurs du basketball américain.

Le gouvernement fédéral ne perd jamais (ou très rarement) quand il amène un dossier devant le procureur.

Le verdict met fin au scandale qui secoue le basketball universitaire depuis 2017

Alors, qui est le réel vainqueur de cette saga hallucinante où les accusations, des plus choquantes aux plus farfelues, se sont succédées sur le devant de la scène depuis 2017 et ont secoué l’univers du basketball universitaire dans son ensemble ?

  • En terme de points marqués ? Le gouvernement fédéral et le FBI.
  • En terme de victoire morale ? Les accusés, qui ont figuré solidement face à la puissance du gouvernement.
  • En terme de non-propagation d’une bombe qui aurait pu causer bien des dégâts supplémentaires ? La NCAA.

Tout le monde a gagné, mais, tout le monde a perdu, aussi.

On attendait beaucoup plus de cette série de procès à l’encontre d’un système de corruption organisée dont la majorité croit en son existence. Le FBI promettait de révéler “la face cachée du basketball universitaire” et, au final, deux hommes inconnus ont subi les foudres du gouvernement fédéral pour que ce dernier sorte de son entreprise avec des résultats probants.

On attendait des détails croustillants sur les sombres opérations de tel ou tel head coach. On attendait de savoir quelles universités pouvaient être impliqués. On attendait de se délecter de la rage des supporters des écoles accusées ou de la satisfaction des fans d’écoles rivales. On attendait, en somme, de répliquer la spécificité du basketball universitaire sur le terrain judiciaire.

Mais on a finalement goûté à un extrait de ces attentes, où la quasi-totalité des accusations croustillantes manquait cruellement de preuves tangibles pour avancer dans le processus judiciaire.

La NCAA, qui n’a pas daigné se déplacer à New York pour les deux procès, échappe au pire. Elle s’est tue en espérant passer entre les gouttes ; et c’est finalement ce qu’il s’est passé.

Le verdict final du second procès met un terme au premier chapitre ouvert par le FBI en septembre 2017. Avec les derniers plaidoyers de culpabilité acceptés en mars par l’ancien entraineur assistant de Auburn, Chuck Person, et par l’ancien arbitre de NBA, Rashan Michel, le troisième et dernier procès initié par le FBI n’aura finalement pas lieu.

Il existe certainement bien des coupables au sein du système de corruption déterré par le gouvernement fédéral, mais, pour l’instant, nous n’en saurons rien de plus.

Le FBI a accompli sa tâche ; au tour de la NCAA d’agir si elle le veut bien.

Maintenant, le pouvoir entre les mains de la NCAA

Les hommes d’Indianapolis n’ont pas fait acte de présent au tribunal de New York depuis le début des opérations. Cette absence a été remarquée, en première ligne de la chambre du tribunal, et pose certaines questions.

Ont-ils préféré s’abstenir pour mieux frapper de leur côté, dès que le FBI a terminé sa première moisson ? Vont-ils ouvrir un second chapitre dans cette affaire qui ébranle le basketball universitaire, un si ce n’est le sport le plus profitable de la ligue ? Ou ont-ils choisi de se faire tout petit afin de conserver, dans une forme plus ou moins intacte, un modèle d’amateurisme obsolète qui a été jeté dans la cage aux lions depuis l’ouverture des recherches fédérales ?

Les réponses devraient arriver tôt ou tard. Ceci dit, ne les attendez pas dans un délai rapproché. Les investigations de la NCAA avancent (très) lentement, puisqu’elles ne possèdent pas le poids judiciaire d’une entité fédérale telle que le FBI.

Une action de la NCAA ne devrait pas arriver avant 2020, c’est une certitude. Tout le monde peut préparer “sereinement” la rentrée de la saison 2019-20.

Tout le monde ? Enfin, ne regardez pas forcément sur le campus de Tucson.

Le head coach d’Arizona, Sean Miller, est apparu sous le feu des projecteurs à plus d’une reprise lors du premier et du second procès contre le système de corruption. Des accusations et des preuves (plus ou moins tangibles) ont surgi et elles sont assez fortes pour que la NCAA déclenche une investigation interne à l’encontre du programme de basketball des Wildcats.

De multiples accusations de paiement de recrues à Emanuel “Book” Richardson, son ancien assistant de longue date à Arizona, lâchant qu’il fournissait directement des paiements mensuels de $10.000 à Deandre Ayton, Sean Miller n’est pas sorti d’affaire.

La NCAA agira-t-elle, surtout face à une université qui empoche la meilleure classe de recrutement nationale en vue de la saison 2019 ?

Quoi qu’il en soit, la ligue universitaire possède de la nourriture plein son assiette. Rien que lors du second procès, des employés de Arizona, USC, TCU, Oklahoma State, Creighton, Kansas, Louisville, Alabama, Clemson, UConn et bien d’autres sont apparus dans les enregistrements fournis par le FBI. Et cela n’implique pas toutes les accusations formulées lors du premier procès.

La NCAA affronte une situation intéressante : sans le pouvoir d’investigation du FBI, sera-t-elle capable de révéler plus d’éléments que le gouvernement fédéral ?

Comment peut-elle s’y prendre pour définir les enquêtes au sein de quelles universités ? Au sein de quelle(s) temporalité(s) ? Et avec quel degré de puissance ? Quelles violations peuvent être mises sur le dos des écoles citées ? Faut-il se restreindre aux entraineurs assistants cités ou faut-il étendre la recherche à leurs head coaches ? Peut-elle obtenir des confessions (très peu probables) des recrues/joueurs impliqués de près ou de loin ?

Comme nous, la NCAA avance en eaux troubles.

La situation se décantera au fil des semaines, mois ou années ; et tout repose sur un seul précepte : la volonté de la NCAA d’investiguer les coulisses d’un de ses sports les plus médiatiques.

Difficile de croire qu’une petite dizaine d’hommes est coupable dans cette affaire de corruption organisée. Il en existe beaucoup plus, notamment au sein de la ligue universitaire. La balle se trouve dans le camp de la NCAA à partir d’aujourd’hui.

Mais il est difficile à croire que la NCAA, rongée jusqu’à la moelle afin de garder son concept d’amateurisme en vie, peut également fournir plus de pièces que les investigations à plusieurs millions de dollars et aux enregistrements clandestins du FBI.