Résumé complet de deux semaines de procès sur le système de corruption révélé en basketball universitaire.

Au cours des deux semaines de procès dans un tribunal fédéral de Manhattan, à New York, de nombreux détails ont émergé à propos du système de corruption organisée en basketball universitaire, révélée par le gouvernement fédéral, via le FBI, il y a un peu plus d’un an.

Le premier procès plongeant dans le système de corruption opéré en NCAA s’est focalisé pour le moment sur trois des 10 personnes arrêtées au moment de la révélation du scandale : James Gatto (représentant d’Adidas), Merl Code (consultant pour Adidas) et Christian Dawkins (aspirant agent de joueurs). Ils ont tous les trois plaidé non-coupable et se défendent des accusations d’escroquerie organisée et de complot pour une escroquerie organisée portées par le FBI, avec l’objectif d’influencer des joueurs afin qu’ils signent avec des universités sponsorisées par Adidas.

Les ancien entraineurs assistants, Chuck Person (Auburn), Lamont Evans (Oklahoma State), Emanuel Richardson (Arizona) et Tony Bland (USC), sont également présents du côté de la défense, arrêtés en septembre dernier et accusés par le FBI d’avoir participé à un système de fraude et pots-de-vin.

T.J. Gassnola (consultant pour Adidas et entraineur des New England Playaz en AAU de 2004 à 2015) et Munish Sood (consultant financier accusé d’avoir versé des pots de vin à des entraineurs assistants), initialement arrêtés et accusés par le FBI, ont plaidé coupable et ont coopéré avec le service de renseignements américain au cours de cette investigation et du procès.

Le gouvernement fédéral américain « présume que les accusés ont escroqué certains universités de Division I en les amenant à dépenser des aides financières de leur département athlétique à des athlètes inéligibles pour avoir reçu des paiements illicites dans le but de signer avec des universités sponsorisées par Adidas ».

Les auditions ont pris fin en début de semaine, les jurés sont désormais mis à contribution pour un verdict en fin de semaine, si tout se déroule comme il est prévu initialement.

 

Vous avez manqué les premiers épisodes de cette affaire ? Pour se mettre à jour :

 

Ouverture du procès, le 2 octobre : James Gatto accuse.

 

La plaidoirie d’ouverture du procès n’a pas duré longtemps avant que le premier protagoniste révèlent un certain nombre d’accusations lourdes.

L’avocat de James Gatto, Casey Donnelly, a émis ces accusations :

 

  1. Jim Gatto (Adidas) parle d’un « montant astronomique » proposé par Oregon à Brian Bowen. Les $100.000 de Louisville ont été proposés pour « ré-équilibrer la balance « à la demande d’un assistant des Cardinals.
  2. L’avocat de Gatto admet un paiement de $40.000 dollars pour la famille de Dennis Smith Jr. alors qu’il jouait à NC State.
  3. Un paiement de $20.000 pour le recrutement de Silvio de Sousa à Kansas, mais seulement après que « Under Armour ait offert de l’argent pour recruter le joueur à Maryland ». On apprendra plus tard que cette somme s’élevait à $60.000 et provenait d’un booster influent des Terrapins.
  4. Les preuves sur « un paiement ou une proposition de paiement de $150.000 de Arizona pour le recrutement de Nassir Little ».
  5. Le head coach de Miami (FL), Jim Larranaga, aurait demandé à James Gatto « d’égaler l’offre d’Arizona » pour le recrutement de Nassir Little, donc, possiblement une offre de $150.000.

 

Les avocats des trois prévenus ont chacun avancé que les règles de la NCAA ont été violés, notamment dans l’influence de joueurs pour s’engager avec telle ou telle université via des sommes d’argent plus ou moins conséquentes, mais qu’en aucun cas cela ne viole la loi fédérale américaine.

La ligne de tension du procès est de désigner qui est réellement la victime d’un tel système de corruption organisée ; en d’autres termes, si les universités sont les victimes des représentants d’Adidas et du monde du basketball extra-scolaire (AAU) ou bien si les accusés sont entrés dans un système de corruption bien plus important et global, au sein duquel les universités jouent un rôle crucial et s’enrichissent grâce à cela.

Dès le lendemain, Christian Dawkins, Merl Code et Munish Sood sont chacun passés devant le barreau avec les révélations suivantes :

 

  1. Malik Beasley (Florida State), Isaiah Whitehead (Seton Hall), Edmond Sumner (Xavier) et Davon Reed (Miami) ont chacun reçu un prêt de la part de Munish Sood à la suite de la Draft NBA.
  2. Munish Sood affirme également avoir envoyé un paiement de $30.000 à un représentant de Markelle Fultz (Washington) et un paiement dont la somme n’est pas connue à Kyle Kuzma, alors que le joueur était encore sur le campus de Utah.
  3. Christian Dawkins a dévoilé une liste de joueurs avec qui il travaillait étroitement : Robert Williams, Mitchell Robinson, Collin Sexton, Brian Bowen, Troy Brown, Landry Shamet, Rawle Alkins, DeAnthony Melton et Chimezie Metu
  4. Selon des documents révélés devant la cour, Christian Dawkins aurait payé Collin Sexton à hauteur de $5.000, de $1.500 par mois ainsi que de $21.000 en frais de déplacement pour la famille du joueur d’Alabama. Il aurait également trouvé un boulot pour le frère de Collin Sexton à hauteur de $35.000 par an, avec une augmentation de $5.000 à chaque année d’un contrat de 4 ans.
  5. Merl Code révèle de son côté les objectifs d’un tel système : “L’objectif ultime est de pousser ces gamins au sein de vos équipes affiliées. Par exemple, Indiana, Kansas, Arizona State, Miami sont des écoles affiliés à Adidas. Si je possède ces gamins sous mon aile au lycée, je peux les faire passer dans ces écoles.”

 

 

Poursuite du procès, le 4 octobre : les accusations du père de Brian Bowen.

 

Témoin majeur du procès, Brian Bowen Sr. s’est invité dans la discussion avec son lot d’accusations à l’encontre des universités.

Le père et mentor de Brian Bowen Jr., qui s’était engagé avec Louisville avant de tomber dans la tourmente et de ne jamais jouer une minute avec les Cardinals, a détaillé une litanie d’offres de paiement et paiements qu’il a reçu au cours de la carrière de son fils au lycée et en AAU. L’ancienne recrue 5-étoiles en 2017 n’a jamais été autorisé à jouer par la NCAA, et après un transfert à South Carolina, il a pris la direction de l’Australian Basketball League pour débuter sa carrière professionnelle.

A chaque fois, en relation avec Christian Dawkins qui souhaitait devenir l’agent personnel de Brian Bowen Jr., il accuse :

 

  1. Arizona aurait fait une offre de $50.000 pour que son fils joue avec les Wildcats, via l’ancien assistant et actuel head coach de UCSB, Joe Pasternack.
  2. Oklahoma State aurait payé $150,000, $8,000 pour une voiture et “un montant inconnu pour acheter une maison” si son fils avait choisi de jouer avec les Cowboys, via l’assistant inculpé par le FBI, Lamont Evans.
  3. Texas aurait aidé à “acheter une maison” si son fils avait rejoint les Longhorns, via l’assistant Mike Morrell.
  4. Creighton aurait payé “quelque chose comme $100,000 et un boulot lucratif” pour que son fils joue avec les Bluejays, via l’assistant Preston Murphy.
  5. Il a été payé $25.000 pour que son fils joue en AAU un seul été avec les Michigan Mustangs.
  6. Il a été payé $5-8.000 pour que son fils joue en AAU avec les Chicago Mean Streets (soutenu par Nike).
  7. Il aurait refusé une offre de $18.000 pour que son fils joue avec Spiece Indy Heat (soutenu également par Nike), car il pensait que les Mean Streets feraient un meilleur job pour développer le jeu de son fils.
  8. Il a été payé $2.000 pour que son fils joue avec La Lumière, équipe qu’il a rejoint après deux ans au lycée local de Saginaw Arthur Hill, dans le Michigan.
  9. Une offre initiale de $60-80.000 de Adidas pour que son fils joue avec Louisville a été augmenté à $100.000 car c’est autant que Billy Preston a reçu pour rejoindre Kansas.

 

Les détracteurs de Brian Bowen Sr. disent que de l’argent tournait constamment autour de la famille Bowen. Ce n’est pas nécessairement faux, lorsque l’on observe des paiements dès le lycée, puis en AAU et enfin dans l’optique de rejoindre les rangs du basketball universitaire.

« Ma préoccupation majeure état de trouver la meilleure situation sportive pour mon fils. […] Aussi, de la somme d’argent en jeu. »

Brian Bowen Sr. avait trouvé un arrangement avec Christian Dawkins, assistant de l’agent de joueurs NBA, Andy Miller. Il amenait une somme de $2,000 par mois à Brian Bowen Sr. et lui servait aussi de relais, afin de lui faire parvenir les différentes offres et paiements. Une fois Brian Bowen Jr. en NBA, Christian Dawkins posséderait sa propre agence de joueurs et représenterait le joueur.

Brian Bowen Sr. atteste qu’il n’a jamais parlé directement de paiements avec un head coach d’une université, pas même Rick Pitino. Cependant, plus tôt au cours du procès, le conseiller financier Munish Sood a attesté que, juste après que Brian Bowen Jr. s’est engagé avec Louisville, il a donné « un sac de $19.400 en cash, et un sandwich, pour s’assurer que Brian Bowen Jr. joue avec Louisville » lors d’un rendez-vous clandestin sur un parking du New Jersey, le 13 juillet 2017.

Les procureurs fédéraux ont affirmé que l’ancien assistant de Louisville, Kenny Johnson, a donné la somme de $1.300 à Brian Bowen Sr., en cash. Un autre ancien assistant des Cardinals, Jordan Fair, aurait également payé $900 pour le recrutement « d’un autre athlète-étudiant ».

Ces dernières révélations pourraient éventuellement amener de sérieuses conséquences à l’Université de Louisville puisqu’elles impliquent directement un paiement d’une université envers un prospect qu’elle souhaite attirer dans son équipe. Les autres accusations n’ont pour l’instant par reçu de justifications tangibles et demeurent, justement, des accusations.

 

Deuxième semaine de procès : les accusations croustillantes de T.J. Gassnola.

 

Le procès de corruption organisée régnant au sein du basketball universitaire est entré dans une autre dimension lors de la deuxième semaine d’auditions.

T.J. Gassnola, qui a plaidé coupable et a participé aux efforts d’investigation du FBI en acceptant un arrangement, incrimine les pratiques d’Adidas. L’ancien consultant de l’équipementier et figure en AAU à la tête de l’équipe des New England Playaz dévoile des paiements réalisés vers cinq joueurs universitaires : Billy Preston (Kansas), Silvio De Sousa (Kansas), Brian Bowen (Louisville), Dennis Smith (NC State) et DeAndre Ayton (Arizona).

Quel est le rôle de T.J. Gassnola au cours du procès fédéral ?

En coopérant avec l’Etat fédéral (pour éviter une peine maximale de 20 ans de prison et $250.000 d’amende), il tente de prouver que les universités ont été escroquées lorsque les joueurs ont été influencés par des sources externes pour rejoindre telle ou telle école. En d’autres termes, il a retourné sa veste et veut mettre la lumière sur les opérations d’Adidas.

Toutefois, T.J. Gassnola n’est pas immune de tout reproche, et il vaut mieux prendre ses déclarations avec des pincettes jusqu’à preuve du contraire. Il a admis des années d’évasion fiscale, des paiements avec des faux-chèques, et a menti au FBI à des multiples reprises avant de plaider coupable et de témoigner aux côtés de l’Etat fédéral.

Lors de la première journée d’auditions, le 10 octobre, T.J. Gassnola accuse :

 

  1. Il s’est rendu à Kansas en 2014 et a rencontré Bill Self, « où ils ont discuté du recrutement et des futures cibles du coaching staff » et a assuré « qu’ils [Adidas, ndlr] sont là pour les [Kansas, ndlr] aider », d’après un note écrite par lui-même.
  2. Il a orchestré le paiement de $25.000 pour la famille des Bowen, lorsqu’il était au lycée, afin qu’il rejoigne les Michigan Mustangs en AAU : il a donné $7.000 en cash dans une enveloppe cachée dans un magazine et le reste de la somme a été transférée via Chris Rivers, un représentant d’Adidas en charge de l’AAU.
  3. Adidas le payait $75,000 annuels pour diriger les New England Playaz en AAU et lui fournissaient $70,000 en cash afin de couvrir les coûts de déplacement.
  4. Adidas lui a versé une somme supplémentaire de $150.000 (de 2015 à 2017) pour son rôle de consultant.
  5. Il a ramené des notes de remboursement de frais de déplacement pour un total de $200.000-$300.000 : il volait en première classe, a loué des voitures luxueuses et a dormi dans les meilleurs hôtels, malgré les multiples demandes de James Gatto de freiner son train de vie extravagant.

 

Qui sait ce que « aider » Kansas veut dire.

Des accusations de paiement en direction de Billy Preston ($100.000) et de Silvia de Sousa ($20,000) ont été relevées, mais la défense essaie de montrer que ces paiements n’ont pas été construits pour escroquer les universités. Plutôt, ils tentaient d’amener des joueurs dans le giron d’Adidas, surtout en vue des circuits de l’équipementier en AAU.

A la question d’un procureur fédéral « Qui sont les victimes ? », il répond « les universités ».

T.J. Gassnola était connu pour être un élément, parmi tant d’autres, opérant dans un système de « Black Ops » pour Adidas, en jouant le rôle de « bag man » ou collecteur de fonds. Questionné sur ce qu’était un tel système, il a répondu que c’était « obscur, caché, et que personne ne devait être mis au courant ». Les fonds apportés et comblés par Adidas sont peut-être exorbitants pour un simple dirigeant d’une équipe AAU du fin fond du Massachusetts, mais il était un très bon élément pour les affaires d’Adidas.

Il excellait à nouer des relations de confiance avec les familles de joueurs et les joueurs eux-même, ainsi qu’avec les différents head coaches pris dans la boucle. Il était particulièrement bon à apporter des sommes d’argent à n’importe quel protagoniste Adidas était intéressé.

Lors de la seconde journée d’auditions, le 11 octobre, T.J. Gassnola accuse :

 

  1. Il a effectué deux paiements à la famille de Dennis Smith Jr., pour qu’il rejoigne NC State.
  2. Le premier paiement s’est produit lorsque le joueur était encore au lycée tandis que le second s’est produit en 2015 (beaucoup plus intéressant aux yeux de la NCAA), lorsqu’il s’est déplacé en Caroline du Nord et a remis une somme de $40.000 en cash à l’ancien assistant du Wolfpack, Orlando Early, à son domicile, pour qu’il donne cet argent directement à l’entraîneur de Dennis Smith Jr.
  3. Il atteste avoir remis une somme de $15.000 à un ami de la famille de DeAndre Ayton, alors que le joueur participait à son année junior au lycée, pour « établir une relation » et aider DeAndre Ayton à rejoindre le giron d’Adidas. Ironie de l’histoire : le joueur a rejoint une équipe sponsorisée par Nike (Arizona) et a signé un contrat avec Puma en NBA.
  4. Il a payé une somme de $2.500 au tuteur de Silvio de Sousa, Fenny Falmagne, avant d’être mis au courant d’un paiement de booster de Maryland à hauteur de $60.000.
  5. Il atteste de plusieurs paiements pour un total de $90.000 en direction de la mère de Billy Preston : un premier dépôt de cash de $30.000 a été réalisé dans une chambre d’hôtel à New York et un second dépôt de cash de $20.000 a été réalisé dans une chambre d’hôtel à Las Vegas.

 

La séquence la plus croustillante de cette journée d’interrogatoire s’est révélée être les justifications apportées par T.J. Gassnola dans la situation impliquant les proches de Billy Preston.

Billy Preston a été impliqué dans un léger accident de la route sur le campus de Kansas, au volant d’une Dodge Charger. Le service de conformité aux règles de la NCAA de Kansas a décidé d’investiguer cette situation et, selon des rapports de l’avocat de la défense, Mike Schachter, la voiture était enregistrée sous le nom de… l’arrière-grand-mère décédée (!) de Nicole Player, mère du freshman des Jayhawks, qui habitait en Floride.

« L’Université de Kansas était satisfait de [cette justification], » déclare l’avocat.

Cependant, au cours de l’investigation, Kansas a découvert un paiement à destination de Nicole Player en provenance d’un homme, je vous le donne dans le mille, nommé T.J. Gassnola. Un tel paiement est intervenu lorsque le représentant d’Adidas a effectué une série de paiement pour un total de $90,000, dont il a attesté sur le perchoir des témoins. Mais mieux encore, pour justifier de tels paiements, Nicole Player a indique à Kansas qu’elle entretenait une « relation intime » avec T.J. Gassnola, pensant que cela serait suffisant pour éviter toute sanction de la NCAA.

Le plus drôle ? Le partenaire de Nicole Player… est en réalité une femme.

 

Fin du procès, le 16 octobre : ultimes révélations.

 

Les auditions des témoins à charge et de la défense ont pris fin à New York, mais elles ne se sont pas closes sans un dernier ‘bang’ dans l’assemblée.

Cette ultime journée devait être le feu d’artifice lancé par la défense ; malheureusement, le procureur général a refusé à de maintes reprises la présentation d’écoutes téléphoniques qui pourraient émaner de l’investigation du FBI. Cela ne les a tout de même pas empêché de taper dans la fourmilière de la NCAA une dernière fois.

Plusieurs conversations, narrées à haute voix par la défense, ont introduit de nouveaux personnages dans la balance, et non des moindres : la recrue 5-étoiles et superstar à la sortie du lycée, Zion Williamson, ains que le head coach de LSU, Will Wade.

  1. Zion Williamson ou un membre de sa famille aurait demandé « de l’argent de poche » et « un logement pour lui et sa famille » à Kurtis Townsend, assistant de Kansas, par l’intermédiaire de Merl Code.
  2. Kurtis Towsend a répondu à Merl Code dans cette discussion : « je dois trouver un moyen car si c’est ce qui est nécessaire pour le faire venir 10 mois, on devra s’en occuper d’une façon ou d’une autre ».
  3. Le head coach de LSU, Will Wade, a discuté du recrutement de Balsa Koprivica (2019) avec Christian Dawkins et il aurait affirmé : « je peux te donner ce que tu as besoin », ce qu’il faut comprendre comme de l’argent.
  4. DePaul aurait offert $200.000 pour recruter Brian Bowen Jr., soit le plus grand montant révélé durant le procès, selon un échange de messages entre l’ancien head coach de Louisville, Rick Pitino, et son assistant au moment des faits, Kenny Johnson.
  5. Brian Bowen Sr. aurait voulu que son fils rejoigne Michigan State, qui n’avait pas ailleurs rien offert en échange à la famille.

 

Il est intéressant de noter que Brian Bowen Sr. voulait envoyer son fils à Michigan State, qui n’avait proposé aucune compensation pour l’engagement du joueur avec les Spartans. La décision serait finalement revenue à Brian Bowen Jr., qui a plus tard choisi de rejoindre Louisville, contre une somme de $100.000 selon les accusations.

En y réfléchissant, si Brian Bowen avait suivi son ami Jason Richardson à Michigan State, il est possible que le scandale de corruption n’aurait jamais émergé et que le procès fédéral n’aurait jamais eu lieu.

Aucune preuve tangible n’a pu être amenée sur la table, toutes bloquées par le procureur général. Selon lui, elles n’avaient pas de relations directes avec le procès fédéral en cours, qui doit se charger de prouver que les universités sont les victimes du système de corruption ou non. Sans preuves, le contexte de ces déclarations devient quelque peu bancal et ne permet pas de prendre ces accusations au pied de la lettre et de comprendre la situation globale.

De plus, les accusations reportées ci-dessus se seraient déroulées après la révélation de l’investigation du FBI, de l’arrestation des accusés et de la proclamation de leurs crimes, en septembre dernier, et ne sont ainsi pas pertinentes dans le cadre du procès en cours.

Les conversations entre Zion Williamson et Kansas, entre Will Wade et Christian Dawkins ainsi qu’entre les deux anciens entraineurs de Louisville, à propos de Brian Bowen Jr., sont beaucoup plus intéressantes pour la NCAA que pour le procès fédéral, si la ligue universitaire décide de poursuivre les infractions de son côté.

Malheureusement, comme depuis le début de procès, aucun entraineur et aucune université (hormis Louisville, éventuellement) ne se trouvent sous le coup d’accusations criminelles directes par le manque de preuves tangibles. Aucun head coach n’a été entendu sur les écoutes électroniques proposées pendant le procès, et il faut conserver les déclarations rapportées dans cet article comme de simples allégations de crime.

Et par ailleurs, si l’Etat fédéral n’arrive pas à prouver leur culpabilité, difficile de savoir si la NCAA se trouve en capacité de prouver davantage de violations.

 

La stratégie de la défense pour sauver les accusés

 

« Ce n’est pas contrite à la loi de violer les règles de la NCAA, » déclare l’avocat de James Gatto, Casey Donnelly. « James [Gatto] n’essayait pas de pénaliser ces écoles, il essayait de les aider. C’est un ‘win-win-win’. »

En montrant que le système de la NCAA est corrompu de fond en comble, avec des accusations en masse et des noms d’universités en pagaille, les accusés tentent de retourner la positon du gouvernement fédéral. La stratégie est de montrer que les institutions universitaires ne suivent pas non plus le code légal de la NCAA et, ainsi, qu’il est plus difficile de cerner les trois accusés comme les principaux instigateurs du système et que les personnes ayant rendu potentiellement inéligible les joueurs ne se trouvent pas uniquement au tribunal.

Les accusés ont admis avoir violé de nombreuses règles de la NCAA mais leur défense est d’argumenter qu’ils n’ont violé aucune loi fédérale (il s’agit d’un procès fédéral qui répond à la loi fédérale, et non à celle de la NCAA) et que leurs actions ont en réalité aidé ces universités en récupérant des athlètes-étudiants de très haut niveau.

Plus il existe des interactions entre les personnes accusées et les institutions universitaires, plus de détails sont déterrés à l’encontre des écoles et de leurs représentants, et plus la défense tient un dossier en béton pour éviter d’être jugé coupable.

 

Que faut-il retenir du procès à l’aube de la troisième semaine ?

 

Un procès fédéral d’une telle ampleur et sur un sujet relativement complexe peut devenir très compliqué, très rapidement, d’autant plus pour des amateurs de sports universitaires.

Malheureusement, l’impact du premier procès à l’encontre du système de corruption organisée en basketball universitaire ne devrait pas aller plus loin que les trois personnes comparaissant à New York. Pourquoi ? Aucun entraineur de la NCAA n’a témoigné et ne témoignera et aucun entraineur n’a été entendu sur les écoutes électroniques performées par le FBI (tout du moins celles écoutées lors des deux semaines de procès).

La seule interaction entre un accusé et un entraineur se limite à un message entre T.J. Gassnola et Rick Pitino, où l’ancien head coach des Cardinals répond seulement avec un « 👍 ».

De nombreuses discussions, révélations et accusations mettent en cause des hommes et des joueurs d’importance en basketball universitaire, notamment Bill Self et deux Jayhawks, Silvio de Sousa et Billy Preston. Mais tant que ces accusations ne sont pas corroborées par des faits tangibles et que les protagonistes ne sont pas appelés à la barre, il n’existe aucune preuve des méfaits des acteurs cités. De plus, les accusés ont rappelé à de maintes reprises qu’ils ne savaient pas si les head coaches cités étaient au courant des paiements qui ont eu lieu, et plus généralement, dans quelle mesure ils étaient au courant des situations avec chaque joueur impliqué.

Il est bon de savoir que les éléments apportés au procès n’est qu’une fraction des éléments regroupés par le FBI. Lors du dernier amendement de son règlement, la NCAA est désormais autorisée à demander l’accès aux informations d’un organisme tiers (disons, le FBI, par exemple) afin de les utiliser et de les appliquer à ses propres infractions.

On ne connait que la partie émergée de l’iceberg et le reste devrait sortir sur la place publique tôt ou tard. Gardez vos popcorns sous la main, on n’a pas fini d’entendre parler de cette situation.